‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 37 sur 78 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Lrs Puaus donnent de» Cefi oux prinripaux chefs et aux Génois, et se résencnl la souveraineté du reste de Pile. — Ils établissent ou ronfirmrnt la dnision en quatre principautés oti judicati, .qn’ils donneut à régir à autant de princes ou jugtt. — De l’autorité des jugft , et de l’origiiM de ce titre.

Les Pisans, rentrés dans la paisible possession de leur ancienne conquête , eurent à s’occuper sans délai du soin de dédommager et de récompenser ceux qui les avaient aidés à la reprendre , les grands seigneurs du continent qui avaient pris part à l’expédition , et surtout les Génois , qui ne se contentèrent pas cette fois de la dépouille des vaincus , et voulurent se faire payer généreusement , de leurs services. Pise donna des fiefs aux principaux confédérés , et concéda aux Génois des possessions importantes à Alghero et au cap septentrional, se réservant pour elle la suzeraineté sur ces grands vassaux et la souveraineté immédiate sur le reste de l’île.

Ce fut précisément cet arrangement, conçu dans l’idée de satisfaire toutes les avidités et de con- -server la bonne harmonie, qui donna lieu aux plus épouvantables dissensions. Le contact et le

LA SARDAIONE

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voisinage, dont on n’avait pas assez prévu les inévitables effets , devinrent, peu d’années apres, la cause des longues guerres qui désolèrent la Sardaigne.

Nous la retrouverons assez tôt , en reprenant le fil des événements , inondée de sang et couverte de ruines , au milieu des querelles de ses cruels maîtres.

Cependant, la Seigneurie de Pise, après avoir assouvi autant qu’elle avait pu l’ambition et la cupidité de ces amis , qui ne devaient pas lui rester long-temps fidèles , sentit qu’il fallait bien aussi à la fin s’occuper du peuple , et que , pour conserver sa conquête et en tirer parti , il était nécessaire de lui donner une organisation politique et administrative qui eût quelque caractère de jîermanence. Gualduccio ne j>arlagea point l’île entre les confédérés , comme l’avance M. de Sismondi ‘ ; mais il la divisa, après la donation des fiefs, en quatre provinces , celle de Cagliari, celle de Gallura, celle Arborée ( Oristano) , et celle de Torrès (ou de Logudoro). Il est même probable que le gouvernement de Pise, d’après les intentions duquel agissait Gualduccio , ne fit que remettre en vigueur la circonscription provinciale établie après la conquête de 1022; mais la trace de cette première

' Histuirc dpsR^ptibli<]uo< ilalionncs du moypii Age.

ANCIENNE ET MODEHNE. lo5

iastitution, quoiqu’on ne puisse douter de son existence , s’esl perdue dans l’agitation et les troubles de ces années tumultueuses, et ce n’est qu’à partir de io5o , qu’on voit figurer dans l’histoire du pajs , avec leurs divisions territoriales et les variations de leur destinée respective , ces principautés , dont la durée sous cette l'orme fut, pour trois d’entre elles , de près de trois siècles , et pour une autre de près de 5oo ans.

Les chefs de ces quatre provinces furent primitivement des gouverneurs que Pise leur donna, et que leur ambition , favorisée^ par le désordre et l’anarchie, porta bientôt à secouer le joug de l’obéissance, et à s’ériger en princes indépendants , ou du moins à se mettre en position de ne plus prêter que foi et hommage, comnic grands feudalaires , à la république souveraine.

Ces petits princes, dont quelques-uns contractèrent par la suite des alliances royales, prirent le litre de juges , déjà consacré en Sardaigne , dès les premiers temps du moyen âge, et les provinces qu’ils gouvernaient, ou plutôt sur lesquelles ils régnaient, s’appelèrent des judicals '.

Le premier de ces judicats était celui de Cagliari. 11 se composait de la presque totalité de la partie méridionale de l’ilc. L’avantage qu’il -avait

' Je suis oliligé-dc franriscr le mot ilaiini gindlcato , relui de jiidicalure asant une autre accepliou dau» notre lanç;ue.

LA SARDAICTiE

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fl’ètre baigné par trois mers, à l’est, au midi et à l’ouest, de présenter au commerce un grand nombre de golfes , de ports et de rades , et de posséder l’antique capitale et la première forteresse du pays , lui assurait à tous les titres la primauté. Le judicat de Caglia'ri avait dix-sept cantons.

Le judicat Arborée, dont la capitale était Oristano, confinait au midi avec celui de CagUari. Il était borné à l’ouest par la mer. On y comptait quinze cantons.

Le judicat de Torrès ou de Logudoro , dont la capitale était Torrès, maintenant Porto-Torre , avait pour limites, au midi celui ^Arborée, à l’est la Gallura, et la mer à l’ouest. U se comp»osait de vingt cantons.

On regardait comme le second judicat par rang d’institution celui de la Gallura, qui n’était que le quatrième par son importance. Le chef-lieu était Ampurias , ville aujourd’hui détruite. Confinant dans quelques-unes de ses parties avec le Logudoro , \ Arborée et ï Ogliaslra , il était dans tout le reste de son étendue baigné par la mer. Il comprenait, outre les îles adjacentes et les intermédiaires , qui se trouvent à l’entrée du détroit de Bonifacio , dix cantons dans la Gallura proprement dite , et quatre dans la Gallura orientale.

On a beaucoup recherche l’étymologie historique du titre de juges, que reçurent des Pisans les chefs

des qualre provinces sardes, ou plutôt que ces derniers prirent eux-mêmes , et qu’ils ne regardaient pas , ainsi que le prouvent mille circonstances de leur liistoire , comme inférieur à celui de roi. Ceux qui ont été dirig'és dans ces 'recherches par les lumières de la critique , auraient pu en trouver l’O’ rigine , sans faire des frais d’imagination pour remonter plus haut , dans les institutions et les usages des Vandales et des Golhs. C’est une des traces du passage de ces peuples en Sardaigne. Leurs princes , pénétrés de ce principe que la justice émane du chef de l’Etat , s’honoraient par prédilection du titre qui caractérisait la possession d’une si noble prérogative. Cette idée était moins barbare que leurs noms et que leure mœurs. On voit en elTet, dans un grand nombre de diplômes du temps, qu’ils prenaient indifféremment le titre de rois ou celui de juges , et quelquefois tous les deux ensemble. Les généraux, les commandants, les comtes , les ducs , envoyés par les empereurs pour gouverner les parties de la Sardaigne qui n’étaient pas occupées par les Maures, et' ceux d’entre les nationaux qui, dans quelques coins de leur île , avaient pu s’emparer de l’autorité , s’étaient parés de ce titre depuis long-temps vénéré ' .

' Il pourrait bicu >c faire aii-isi que les premiers commissaires envo}i és |iar remfereiir eussent re^ii du maître lui-même le litre et la qualité de jii^e dans le sens alrsolu. Charlemagne et ses snceessem-s exi>t-diaieul souvent

• I.A SARDAIGNE

Les légats envoyés en 865 , au rapport du bibliothécaire Anastase , par le pape Nicolas /*' , piour réformer les abus introduits dans les moeurs et dans les pratiques de la religion, étaient adressés aux juges du pays. Il ne s’agissait sûrement pas des juges subalternes qui jugeaient les procès , mais bien des chefs politiques. Les Pisans, ayant trouvé cette qualification passée en habitude 'chez les Sardes, à l’époque de leur organisation de 1022 , la donnèrent ou la laissèrent prendre aux gouverneurs de provinces institués par eux, et la confirmèrent à leurs successeurs , lorsque , vingt-huit ans plus tard, ils- reprirent possession de la Sardaigne , et rétablirent leur ancienne division territoriale. C’étial le titre qu’ils leur donnaient.

dans les prosinres où il éclatait luie rés'oite, des comtes d'empire qui réunissaient à runtorité du général des fonctions judieiaii-cs. Leur manière de procéder en pareil cas avait de l’analogie avec l’institution prévôtale de nos temps modernes. C’est ainsi que Charlemagne , pour faire exécuter les mesures plus que sévères que prescrivait contre les Saxons rebelles le capitukire de partibus SasjonUe, envoya sur les lietix le comte-juge TrauUmamn.

ANCIETfKE ET MODER^VE.

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