‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 4 sur 78 · VU · texte numérisé non relu

VU

INTRODLCTIOS.

presque toute ses périodes. Les publicistes ne le verront pas sans un vif intérêt , après de longs déchirements intérieurs , après tous les fléaux des guerres civiles , reconstituant son état social sous les auspices d’un roi sage , recevoir de lui , en i555, comme base de ses institutions politiques, le gouvernement représentatif. Ce n’est pas sans étonnement peut-être qu’on le reverra , un demisiècle après , à une époque où le reste de l'Europe était plongé dans la grossièreté et la barbarie , où l’Angleterre était livrée aux horreurs de la rose rouge et de la rose blanche , doté par une généreuse princesse , l’honneur de sa patrie , Eléonore d’ Arborée , d’un code des lois civiles et cri-> mineUes , qui , sous le nom de constitutions ou charte (carta), est devenu la jurisprudence de ce pays , où il est encore aujourd’hui en vigueur . et où , malgré les traces de la rouille du temps , il n’a cessé d’être , pour les magistrats et les légistes, un objet d’étonnement , d’admiration et d’étude.

Pourquoi les vicissitudes singulières de la Sardaigne et les variations de son sort ne mérite-

raienl-élles pas de fixer ratlention des économistes et des moralistes politiques ? Il leur appartient de rechercher les causes de sa décadence , qu’ils trouveront bien moins encore dans les effets des maux de la guerre et des fléaux de la nature , réparés si vite , avec un sol fertile, par une population agricole bien gouvernée , que dans les longues et irréparables calamités d’une mauvaise administration , comme celle sous qui elle a gémi pendant des siècles , avant l’avénement de la maison de Savoie. Ils les trouveront dans l’établissement des grands fiefs , à l’époque de la conquête aragonaise , dans l’absence des grands feudataires , représentés par des tyrans subalternes , et dans l’abandon que l’exubérance des possessions de la couronne d’Espagne lui avait fait faire de celle-ci, qui n’était pour elle qu’honorifique, à l’avidité et à l’ineptie de ses vicerois. Ils nous expliqueront comment un pays comblé de tous les dons du Ciel , qui a eu de l’opulence et de la prospérité , qui a nourri autrefois une population de douze cenl mille hommes , active et industrieuse , compte à jieine aujourd’hui 4oo,ooo habitants sur toute sa surface, et n’est plus re-

INTKODUGTIOIN.

noianié que par son insalubrité , bien, que fort exagéré(; , par l’absence de toute industrie et par sa pauvreté. C’est à eux de commenter ce passage de Montesquieu, où , après avoir établi que/<?^ pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité ^ mais en raison de leur liberté , il dit que la Sardaigne , ruinée par les Carthaginois , qui défendiœnt , sous peine de la vie , de cultiver les terres, n était pas rétablie du temps d’Aristote , et ne test point encore aujourd’hui ‘ . C’est à eux enfin de nous dire pour quelles raisons, après tant d’alternatives diverses de bonne et de mauvai.se fortune , la Sardaigne , malgré ce que le zèle de ses derniers princes a fait pour améliorer son sort i en est venue » aux temps où nous sommes , à présenter aux yeux de l’observateur ce triste spectacle : dans les villes la civilisation arriérée , la misère dans les campagnes , et dans les monUignes de l'intérieui’ les habitudes de la vie sauvage.

Tel est le tableau animé que nous ollrent les fastes de la Sardaigne. On jhjuI donc dire avec assurance que , s’il est toujours utile d’ajouter qiielr,s[ii‘it «les Lois; li\. XVTTT, fha}>. iii.

Iti T UODUCTION.

que chose à la masse des connaissances humaines , et que si toutes les parties de l’histoire , de quelque manière même qu’elles soient écrites ‘ , attachent le lecteur par le plaisir des rapprochements qu’il découvre et des sympathies qu’il partage , celle de la Sardaigne , tant dans ses points d’enchaînement avec les événements généraux de l’Europe que dans ses particularités nationales , n’a pas moins qu’aucune autre mérité d’être apprise , et qu’elle a droit aussi d’exciter l’intérêt \

et la curiosité par un grand nombre de laits , qui n’auraient besoin , pour paraître importants et instructifs , que d’être tirés de l’oubli dans lequel le hasard et l’indifférence des hommes les ont laissé tomber.

‘ Historia , gucxjuo modo scripla , dfh-ctat.

Page 1