CHAPITRE XXIX
Le saint siège , en vertu des donations des empereurs, annmice ses prétentioiLS à la souveraineté de la Sardaigne. — Il en donne rinseslilurc féodale. — L’empereur Frtdirie Barberouue refuse de reconnaître ce préteudu droit des papes, et veut lui-méme faire rentrer l’ile sous la domiiialinn impériale. — U vend pour de l’argent le titre de roi de Sardaigne à Harisone , juge d’ Arborée. — Il oublie son marché, et vend la Sardaigne une autre fois. — Intrigues et guerres auxquelles ces événements donnent lieu. — liarisone ne peut réussir à prendre possession du ses états. — I.TS Génois , ses protecteurs et ses créanciers , le gardent pendant huit ans prisounier pour dettes. — De iiSoà 1174.
Les papes, qui auraient dû, comme chefs de la religion, s’efiforcer d’arrêter l’effusion du sang hu-' main, et qui pouvaient être les conciliateurs naturels de ces longs et tristes débats, ne faisaient plus que les aigrir et les envenimer , depuis qu’ils y intervenaient comme princes temporels, et que l'ambition et les prétentions exagérées du saint siège avaient armé pour sa cause et pour ses intérêts un parti dont il était l’ame , et qui ne se battait pas avec moins de fureur que celui qui lui était opposé. La politique de la cour de Rome avait eh effet compliqué toutes les questions, et c’est pour elle et par elle que tous les maux avaient fondu sur la partie la plus civilisée de l’Europe. C’était la querelle des investitures qui avait mis les armes
LA SAIIDAIGXE
aux mains du parti des Guellès , et eusan^laiilé ritalie et ses dépendances. L’île de Sardaigne faisait partie des pays dont la cour de Rome soutenait que la concession lui avait été faite par les donations des empereurs. Elle s’appuyait de ces donations fictives, dont l’existence n’a jamais été prouvée , pour prétendre à l’exercice du droit de souveraineté sur cette île, et du droit, qui en était la conséquence , d’en donner l’investiture à qui bon lui semblerait. Celte prétention à la souveraineté réelle, qui ne pouvait être mise en avant sans ridicule , et qui ne le fut point en effet, comme je l’ai montré , tant que le saint siège n’eut qu’une existence dépendante précaire, fut hardiment manifestée lorsqu’il eut acquis la consistance politique qui jusqu’alors lui avait manqué. Le premier acte ostensible de ce genre remonte à l’année ioo4 et au pontificat de Jean XP^III , qui , dans la bulle où il invitait les puissances chrétiennes à s’armer contre les Maures, conquérants et maîtres de la Sardaigne , promettait à ses libérateurs de leur en donner l’investiture , comme fief du saint siège. Benoît /^///fit valoir les mêmes motifs, et renouvela les mêmes promesses, par l’organe de son légat, l’évêque d’Oslia , lorsqu’on 1020 il excita les Pisans à entreprendre sur la Sardaigne l’expédition qui fut couronnée de tant de succès. La république de Pise reconnut sans difficulté cette pré-
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ieiilioii, donl elle ne diM:ula point les litres, el (|ui , en cas de succès, ne devait lui couler qu’un vain hommage. Sa condescendance en fit dès ce moment, pour Rome, un droit acquis, alternativciuent>ireconnu ou contesté par la suite , selon les circonstances el les localités , de ceux sur lesquels il voulait s’exercer , el suivant les opinions de parti auxquelles ils appartenaient. Quant à la cour de Rome , elle se conduisit désormais d’après ce principe , et le suivit imperturbablement sans jamais en dévier d’une ligne. Elle distribuait en conséquence les investitures partielles des divers étals de la Sardaigne, tantôt aux Pisans, tantôt aux (Jénois, tantôt aux juges, selon qu’elle y avait plus ou moins d’intérêt, ou qu’elle avait l’espoir de consolider son droit prétendu et de grossir les revenus qu’elle en tirait.
U empereur Frédéric JBarèerousse , qui était touiincnté du désir de reconquérir les anciennes limites de l’empire romain , avait réussi à soumettre l’Italie entière au joug impérial; mais il u’avail |X>inl encore rétabli sa domination sur la Sardaigne, il déclara en 1 1 58, sous le pontifical d'^ftlrten |>ar qui pourtant il s’était fait couronner dans Saint- Pierre, qu’il ne reconnaissait point les donations attribuées à ses prédécesseurs, ni par conséqiuMit les droits de souveraineté du saint siège sur cette ile ; et , pour prouver que telle était sa ferme rcMi-
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luüon , il y bnvoya des commissaires pour percevoir les contributions, qu’il disait lui être dues en qualité de souverain légitime. Gênes ayant hasardé de faire quelques difficultés , l’empereur, pour première leçon, lui fit payer une amende de mille marcs d’argent. Les Pisans et les Génois n’eurent rien à répliquer , jx)ur leur compte , à un prince si tranchant et qui parlait si haut. Le pape Adrien envoya deux légats à l’empereur pour réclamer de lui un argent qui, disait-il, ne lui appartenait pas. Mais Frédéric n’était pas un homme de quion pût obtenir aisément des restitutions, et le Saint Père prit sagement le parti de laisser passer l’orage ' .
L’empereur vint à la fin de l’année 1 163 visiter ses états d’Italie. De nouvelles discordes avaient éclaté entre les deux républiques de Pise et de Gênes, et la Sardaigne était redevenue le théâtre de la guerre. Les deux parties belligérantes convinrent, on ne sait d’après quelles suggestions , de recourir à la médiation de l’empereur, qui en pro-
' "Ce I>apr {Adrien /F) est, dit M. De foliaire, un des grands exemples de ce que peuvent le mérite personnel et la fortune. Né Anglais , fds d’un mendiant , long-temps mendiant lui-méme, errant de pays en |iavs avant de pouvoir être retps valet chei des moiues en Daupliiné , enfin jioi té au comble de la grandeur, il avait d'autant plus d’élésatiun dans l'esprit qu’il était parvenu d'un état plus afaicet. Lorsqu’il eouroiina l’orgueilleiiv Darberousse, il imposa pour cérémonial à l'empereur de lui liaiser les pieds, de lui tenir l’étrier , et de conduire sa haquenée lilanrhe l’espare de neuf |»as romains. ( Annal, dé l’Empire , 1 155. )
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mettant d’interposer ses bons offices, ce qu’il ne fît pas , trouva dans cette circonstance une occasion favorable j)our l’exécution de son plan. Un incident d’une nature singulière vint encore y concourir , et occupa pendant quelque temps son attention.
L’un des quatre judicats de la Sardaigne , celui d’ Arborée , qui déjà tendait à cet état de puissance et de prospérité auquel il parvint depuis , et que lui promettaient la richesse et la fertilité de son sol, était gouverné par Barisone , le neuvième juge de cette dynastie, homme ambitieux et remuant , qui avait formé le projet de se faire roi de nie entière. Barisone , qui méditait depuis long- temps ce dessein , avait traité avec les Génois , et il venait de passer à Gênes au moment où l’empereur visitait l’Italie. Le prince sarde se présenta devantluiàFano,.et lui offrit , à la condition d’être déclaré et reconnu par lui roi de Sardaigne, de lui faire hommage du nouveau royaume et de lui verser comptant une somme de 4ooo marcs d’argent, somme très considérable pour le temps et surtout pour un petit prince barbare. Le gouvernement génois, avec qui Barisone avait pris antérieurement des engagements, et qui se flattait de tenir cet ambitieux sous sa dépendance et de l'attacher à scs intérêts par la reconnaissance ou par le lien plus puissant de la nécessité , avait envoyé à la suite du
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