‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 51 sur 78 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Mariano ly, opini&tre dans sa haine pour la maison d'Aragon , renoue des intrigues et continue la guerre. — Il se flatte de faire déposséder don Pèdn par le pape Urbain V, et de se faire déclarer par la cour de Rome roi de l’ile entière. — Il meurt, laissant son fils Hugues IV héritier de son trône et de ses projetsd’ambiüon. — éfu^er se montre le digne fils d'un père aussi enheprenant. — Le duc d’Anjou , qui fait la guerre au roi d’Aragou et veut lui susciter des ennemis, recherche l'alliance du juged’Arborée. — Rdation d’une singulière ambassadc.~«Cérémouial de la cour d’Oristano. — Diplomatie brutale du prince sarde. — De i356 à i3;8.

Mariano, qui avait juré une haine à mort à la maison d’Aragon , profita de l’éloignement du roi don Pèdre pour recommencer ses intrigues, lui susciter des ennemis , et rallumer partout le feu de la guerre. Une treve conclue eu i356 , par la médiation de l’archevêque d’Oristano et de l’évêque d’Alès , ne fut pas de longue durée ; les hostilités continuèrent de part et d’autre, sans rien amener de décisif, jusqu’en i36o. C’est le 27 mars de cette année, que le marquis de Monlferrat , appelé comme arbitre entre le roi d’Aragon et la maison Doria, qui lui avait remis en dépôt la ville d’Alghero , prononça une sentence qui déboutait celle dernière de la plus grande partie de ses prétentions. Le roi d’Aragon n’avait pas assez de moyens de

AISCIENNU ET MODERNE. IQJ

faire exécuter cette sentence arbitrale, Jjour empêcher les parties adverses de l’interpréter comme elles l’entendraient et suivant leur bon plaisir. Le juge d’Arborée, pour sa part, n’en tint guère compte. 11 négociait pendant ce temps-là avec le pape Urbain V, pour faire retirer au roi d’Aragon et se faire donner à lui-même l’investiture du royaume de Sardaigne. Le pape , irrité contre don Pèdre , qui avait osé , par un édit, mettre la main sur les revenus des cardinaux et des autres ecclésiastiques espagnols absents , ne demandait pas mieux que de saisir l’occasion qui se présenr tait de se venger et de lé punir. On vit le moment , en i364, où le roi d’Aragon serait dépossédé de la Sardaigne par le saint siège , qui l’en avait investi en 1297 , et où la couronne allait être placée sur la tête du juge d’Arborée.

Mariano n’eut pourtant pas cette satisfaction. Il fallut qu’il se dédommageât des mécomptes de sa politique en faisant aux Aragonais et aux Catalans tout le mal qu’il pouvait leur faire. Il y avait si bien réussi, et la garnison de Cagliari avait été tellement harcelée par lui et serrée de si près , que le gouverneur, réduit au désespoir, avait résolu de mettre le feu à la place et de la lui livrer en cendres. Pour comble de malheur , Hugues , fils de Mariano, tenait la mer avec un certain nombre de galères, et interceptait tous les se-

LA sakdai<;nl

lijÿ

cours. Une flottille catalane, aux ordres de F'r. d’Âversa, parvint cependant à rompre la ligne, et ravitailla les châteaux et les forts.

L’événement le plus heureux qui pût arriver à l’Aragon, dans ces circonstances, était d’être délivré d’un si terrible ennemi. La fortune lui donna cette consolation. Martano mowrxxi , en iSjG, après avoir mené une vie très active et très agitée , qui lui avait cependant laissé le temps de faire quelques lois utiles, et en léguant à Hugues , son fils et son successeur, ses projets, son ambition et ses haines.

Hugues IH, en succédant à son père Mariano , hérita de son aversion pour la maison d’Aragon , et ne continua pas avec moins d’ardeur que lui la guerre dans laquelle il se trouvait engagé. L’état d’ Arborée était alors arrivé à son plus haut degré d’importance militaire. Hugues était un prince assez considérable pour que des souverains étrangers recfierchassent son albance et son amitié. C’est à cette époque que le duc d’Anjou, ennemi et rival du roi d’Aragon , lui envoya consécutivement deux ambassades qui avaient pour objet de l’attacher de plus en plus au parti de la guerre , et de l’engager à la poursuivre avec une vigueur nouvelle, pour l’intérêt commun. La relation de celle dernière , qui se trouve dans les Extraits des Manuscrits de la Bibliothèque du Roi , est une peinture

A?^CIENNE ET MODER-yE. 1 97

trop curieuse des mœurs de l’époque , dans un pavs jusqu’ici inconnu, pour que je me refuse de la nieltre sous les yeux du lecteur.

Le duc d’Anjou dont il est ici question était Louis second fils du roi de France Jean, et frère de Charles V, dit le Sage. C’est lui qui fut régent en France pendant la minorité de Charles VI , son neveu , et qui ayant été adopté et appelé au royaume de Naples par la célèbre Jeanne veuve du dernier roi de Mayorque ne put arriver assez tôt pour le secourir, et mourut misérablement en i384. L’ambition’ de ce prince entreprenant fut toujours de chercher un établissement hors de la France, et de s’élever au rang des rois. Mais la fortune s’était déclarée contre lui. Il fut la tige de cette seconde maison d’Anjou , qui , malgré tant d’efforts , ne put jamais s’affermir sur le trône de Naples.

Louis d'Anjou, croyant avoir des droits acquis au royaume des Iles Baléares (Mayorque et Minorque), possédé depuis un siècle -par la branche cadette de la maison d’Aragon , fît tous ses efforts pour les faire valoir. Comme il prévoyait avec raison que le roi d’Aragon , maître de ces états, ne consentirait pas à s’en dessaisir , et ne rcs-

' roi de Mayorque , Jaofues , élail iiu aveiitiiriei . iié{;lif;eanl loujmir> , dit M. Gaillard, les ronronnes qui sViaicuI offorle» à lui , |>our roiu ir nprr< c i'lirs qui lui érhap]>aimt.

Page 1