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limes des calamités causées par l’inteuijiérie tics saisons , les encouragements à offrir au commerce et à l’agriculture , et enfin toutes les améliorations réclamées pour le bien-être <lu corps social.
Don Pèdre Iranclia , par une décision appropriée aux localités , une difficulté qui s’était fait sentir fréquemment en Aragon relativement au siège de l’assemblée des certes , et qui menaçait de se reproduire en Sardaigne. Le roi Jacques II avait établi , avec le consentement des cortès tenues dans la ville d’Alagon en i3o7, qu’à l’avenir le congrès se réunirait dans telle ville ou bourg du royaume qui paraîtrait convenable au roi et à ses suceesseurs. 11 en résulta tant- d’abus, qu’on fut obligé de statuer, parla suite, que les cortès ne pourraient plus s’assembler que dans une commune qui eût au moins quatre cents feux. Don Pcdre ordonna <jue le parlement de Sardaigne siégerait nécessairement toujours à Cagliari , et qu’aucun des or- <lres qui le composaient , soit comme faisant partie de l’assemblée générale, soit comme usant de son droit particulier, ne pourrait jamais se réunir ailleurs que dans la capitale. On s’était proposé parla un double but de convenance. Les membres des cortès, qu’on traitait avec beaucoup de considération et d'égards pendant la <lurée de leurs fbiiclions législativ(.‘s , s’y trouvaient inieyx placés que partout ailleurs sous le rapjJorl de la faeililé
des logements et des besoins de la vie. D un autre ct)té, le gouvernement tenait à réunir les ordres de ri'itat , délibérant sur les affaires publiques . sous ses yeux et dans sa propre résidence. C’était d’ailleurs une tradition établie en Espagne, et qui avait été apportée en Sardaigne , que l’assemblée de la nation devait habiter , |>endanl l’exercice de la législature , le même lieu que le monarque, ou que ceux qui le représentaient. On suppose même que c’est de là qu’on a donné à ces congrès nationaux le 'nom de Cortès, cours du royaume.
Les membres de l’assemblée des cortès jouissaient d’une entière liberté d’opinion dans leurs délibérations , et de tous les droits de l’inviolabilité |)ersonnelle. On avait appliqué au parlement de Sardaigne un article du vieux code des Parlidas , portant « que les députés devaient être en sûreté « de leurs personnes et de leurs biens , sans que M personne eût le droit de les tuer ou blesser , » de les offenser , ou de leur prendre par force rien »> qui leur appartînt , et que cette sûreté doA ait com- » mencer du jour où ils partaient de chez eux » pour se rendre à la cour, jusqu’à ce qu’ils fussent » rentrés dans leurs foyers. » On avait même été . en Castille, jusqu’à ordonner que quiconque attaquerait ou maltraiterait un député, de quelque condition qu’il fût . ou qui l’aurait volé, serait /;/////' dr mort.
Le lieu des séances de l’assemblée et de celles des trois ordres était aussi considéré comme inviolable et sacré. 11 n’était jamais permis à la force armée de s’y introduire , à moins qu’elle n’en fût expressément requise pour le maintien du bon ordre , ou pour l’éclat d’une cérémonie. On avait voulu que rien ne gênât les députés dans la libre expression de leur opinion et de leur pensée. Il était interdit à qui que ce fût d’influencer leur vote , et de chercher à diriger leurs résolutions. Ils conféraient entre eux sur les affaires qui leur étaient soumises , ou dont ils avaient fait l’objet de leurs délibérations , sans qu’aucune personne étrangère pût s’immiscer dans ces discussions , ou leur demander compte de l’avis qu’ils avaient énoncé.
Le parlement des cortès délibérait , ou en assemblée générale, ou par ordres (por estamentos) . C’était aux trois ordres réunis qu’étaient faites les communications du trône. Quand il n’était pas question d’un objet qui fût de nature à amener de longues discussions , et qu’il ne s’agissait que d’annoncer , un événement qui pouvait intéresser la nation , ou quelque faveur du souverain , on se bornait à répondre de vive voix à son représentant . ou à lui témoigner par écrit à lui-même la reconnaissance que ressentait l’assemblée de la conliance qu’il lui avait montrée. Lorsque le gouvernement présentait un projet de loi, ou faisait la
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demande d’un nouvel impôt ou d’une taxe nouvelle, la proposition était remise par écrit à chacun des trois ordres , qui se retiraient pour en délibérer dans leurs chambres respectives. Là, une fois la discussion engagée , chaque membre de l’ordre pouvait prendre la parole pour l’éclairer , indiquer de nouvelles vues , et produire les moyens d’amélioration ou de perfectionnement qu’il trouvait ou dans sa propre expérience ou dans les instructions dont il était porteur. Quand ces conférences et ces discussions avaient amené un résultat , on l’exprimait par écrit comme le vœu de l’ordre , obtenu à la pluralité ou à l’unanimité des suffrages , et si les deux autr^ ordres y donnaient leur assentiment, on soumettait respectueusement l’objet délibéré au roi , qui , par sa sanction , le convertissait en une loi de l’Etat. Il en était de même jx)ur les pétitions que pouvait faire chacun des trois stamenti, et auxquelles leur privilège d’initiative donnait le caractère de propositions de loi. Cet usage dura jusqu’à la session de i5i i, où le droit d’initiative fut restreint et borné.
Les décisions et les lois rendues par les cortès , et sanctionnées par le roi , étaient mises en ordre, sous le titre de Chapitres , et formaient des cahiers insérés textuellement dans une cédule royale , qui servait de sanction à tout ce qui s’y trouvait compris. Les cahiers, scellés par la chancellerie , étaient
déposés aux archives du royaume , et il en élail envnvc un extrait aux tribunaux, conseils communaux et corporations , pour ce qui jxiuvait les concerner. On exigeait autrefois en Aragon le serment du roi de faire observer les résolutions des cortès. Eu Sardaigne, le roi se contentait de promettre , sans la formalite du serment , qui , en Aragon même, avait été abolie dans les derniers temps , de tenir et observer ce qu’il avait accordé , et les décisions prises par son parlement et sanctionnées par lui.
L’ouverture du parlement des cortès était une sérltable solennité nationale. Cet usage était venu lie l’Aragon , où l’on ne croyait pas devoir donner à la réunion des représentants de la nation trop de |K>mpe et d’éclat. Cette grande circonstance étant considérée comme une fête, on la désignait en effet ainsi, et on célébrait les cortès. C’était l’expression reçue. Aucune session du parlement de Sardaigne n’eut phis de faste et de majesté que celle dont le roi don Pèdre fit l’ouverture lorsqu’il créa cette institution et réunit les trois ordres de l’Etat, en i555,. pour leur annoncer qu’il voulait les faire jouir à jamais de ce bienfait de sa clémence et de ce fruit de sa sagesse.
Outre que don Pcdiv , qû'*)n appela le Cérémonici/jc , avait du goût jx)ur la représentation , ce fui un. calcul bien enteiulu de situation et de po-
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lilique qui le porta en ce momcnl.à environner «le spl«Muleur le berceau de la constitution politique qu’il donnait à la Sardaigne comme moyen de centralisation , de concorde et de stabilité , et à frapp<M' les yeux par l’aspect d’une brillante cour militaire et par l’appareil de la puissance royale. Les Maiospina , 1rs Doria , et surtout le juge d’ Arborée Mariano IV, homme remuant et ambitieux , s’étalent mis à la tète d’une ligne formée de longue main contre les Aragonais , qu’ils voulaient chasser de l’île , et sur lesquels ils avaient déjà obtenu des succès , qui eussent même été décisifs sans le courage et l’habileté du capitaine - général Bernanl de Cabrera. Quoique battu , Mariano n’avait pas renoncé à ses projets contre scs anciens bienfaiteurs , et il entretenait des liaisons , dont l’eflet pouvait être funeste , av(*c le souverain de IMilan , et surtout avec les Génois , ennemis naturels de l’ordre et du repos en Sardaigne. Le roi, n’ayant qu’une armée peu nombreuse , et inquiet de l’avenir , venait de conclure avec le juge d’Arborée un traité de paix , qv’il avait fait négocier par son général victorieux Bernanl de Cabrera et par son ami et son compagnon fidèle , don Pedro d'Exerica , qui avait épousé la sœur de Mariano. On aN’ait accordé au juge d’Arborée le traitement le plus honorable , à condition qu’il romprait ses liaisons avec les Génois , et qu’il se conduirait
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désormais envers le roi comme un vassal envers son seigneur suzerain. Le roi promettait à Mariauo et à Mathieu Doria , son principal allié , l’oubli de tout le passé , la suppression de toute procédure commencée et de toute sentence^ rendue pour le lait de la guerre heureusement terminée. Il assurait au premier , qui ne donnait que deux de ses forts pour garantie , la jouissance , pendant cinquante ans , de tous les châteaux et fiefs qui appartenaient au domaine de la couronne dans la province de GaUura. Il lui restituait en outre Gelida et Mataro , qu’il possédait en Catalogne , et qui avaient été séquestrés pendant la guerre. Il confirmait enfin à Mathieu Doria la possession de ses fiefs de Monteleone et de Gastelgenovese , à la charge d’en faire hommage à la couronne d’Aragon. Quelques personnes de la suite du roi trouvèrent qu’il avait montré dans cette occasion une facilité qu’on appela même de la faiblesse. Ce fut pour qu’on ne se méprît pas sur les motifs de sa modération , dont la politique avait le secret, qu’il crut devoir déployer un appareil de puissance capable d’imposer à d’anciens ennemis réconciliés , sur la bonne foi et la soumission desquels il comptait peu , et montrer une heureuse combinaison de douceur et de fermeté , qui lui semblait être le meilleur moyen de mettre fin aux dissensions et de faire respecter l’autorité souveraine.
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Don Pèdiv choisit le jour même de l’ouverture du parlement des cortès pour prononcer la sentence d’un des plus puissants seigneurs de l’île , convaincu de haute- trahison. Il voulut que le même moment qui voyait consacrer une transaction politique dont un peuple entier devait attendre son repos et son bonheur , fût marqué par l’éclatante punition d’un acte de félonie. Le coupable était le comte Gérard de Donarlico , de la famille pisane de la Gherardesca (i). Le comte , ayant un commandement dans l’armée du roi , avait livré un poste qu’il était chargé de défendre aux portes de (iagliari, aux généraux du juge d’Arborée, Pierre Serra et Azon de Busquis , lorsqu’ils s’avancèrent jusque sous les murs de la capitale. Non. content de cette lâcheté , il avait entraîné d’autres chefs dans sa désobéissance. Le comte Gérard était mort avant l’arrivée du roi à Gagliari ; mais ce prince n’en crut pas moins devoir faire informer contre lui , et saisir cette occasion de donner un grand exemple. Il réunit au palais , dont l’entrée fut libre pour toute la population , son conseil d’état , les commissaires qui avaient instruit l’affaire , ses généraux et toute sa cour , et là , assis sur son trône , et environné de toute la pompe royale , il déclara le comte Gé-
' l.’hisIorien dr l'Aragon , Zurita , l’appelle le romtc de Ponoraticn. J’ai pi rfért’’ le nom de Donarlico , qui se trouve le plus ordinairement dans les écrivains sardes.
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vard de Donarlico altcinl et convaincu du crime de lèse-inajesté , et prononça sa décliéance des fiefs qu’il tenait de la couronne , au j)rofit de laquelle ils furent dès ce moment confisqués.
C’est après avoir donné cet exemple de j ustice et de sévérité, que le roi don Pèdre fil, avec une dignité vraiment royale , l’ouverture du parlement des cortès. Toute la garnison aragonaise , dans la plus brillante tenue, était sous les armes. Don Pedro d'Exerica et don Bernard de Cabrera commandaient la garde chargée de veiller sur la personne du roi. On avait fait venir dans la capitale et dans ses environs. les corps d’élite de l’armée, sans dégarnir les places fortes du royaume , et surtout celles qui confinaient avec les états d’ Arborée, à la sûreté desquelles on avait soigneusement |K)urvu. Leroi fit aux états assemblés une allocution simple et noble , qui fut accueillie avec des Iransjwrts d’enthousiasme.
Le roi avait appelé à faire partie de l’ordre de la noblesse, comme en étant membres nés, tous les seigneurs aragonais , catalans et Valenciens , p)ssessionnés dans l’île , et tous les nobles sardes, de quelque imjwrtance que fussent leur rang et leurs lîefs. On a vu plus haut quelle était la composition des autres ordres. Don Pèdre , ne perdant pas de vue le dessein profond qu’ü avait conçu de former un ordre de noblesse nationale, dont totisles inem-
hres fussent pairs et égaux entre eux , dans la sphère de leurs fonctions législatives, avait adressé une lettre d’invitation au juge d’Arborée , son feudataire. 11 en avait fait également adresser , toujours dans les mômes vues , à Mathieu et à Catenetn Doria , à Gaudino et à Aldohrando de Aceni , à Manfredo Darde , à Bartnlo Catoni , chefs de la ligue antiroyaliste , et au vicaire -procureur de la seigneurie de Pise , qui régissait les biens que la république conservait dans l’île , quoiqu’il se fût compromis dans les troubles et dans la révolte. Mariano ne jugea pas à propos de se rendre en personne auprès du roi, et, s’excusant sur un prétexte qui n’était pas le véritable , il s’y fit représenter par un fondé de pouvoirs. Ce privilège n’était point particulier au juge d’Arboréc ; il était commun à tons les membres de l’ordre de la noblesse et du clergé , qui pouvaient voter par procuration , ce qui est un rapport assez singulieravee une prérogative delà pairie anglaise. Mariano laissa pourtant aller à la cour, pour figurer à l’ouverture des cortès et soigner les intérêts communs , sonfils , qui fut Hugues
dont la mort fut si tragique , et sa femme, donna Timbora , comtesse de Goceano. 11 exigea qu’on leur envoyât des sauf- conduits , et , en général, il affecta de traiter avec le roi d’égal à égal. Mathieu Dorià ne voulut pas se présenter. On remarqua aussi l’absence des marquis de Mnlaspinn, sei» 1. 23
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gneurs de Nice , qui avaient de jt^randes propriétés tlans le nord de l’île.
Cette session du parlement des cortès de Sardai- ^'ne , qui fut la première , et une de celles qui se distingua par les plus importants travaux , fut la plus remarquable de toutes , à cause de la présence du fondateur et de sa cour , par la pompe du cérémonial et par le faste de la représentation. Une circonstance particulière donna aussi beaucoup d’éclat à la session qui eut lieu en i388, et à laquelle intervinrent la princesse Eléonore d\4rbo~ rée , son mari Brancaleone Doria , et leur fils Mariano , pour signer le traité de paix qui établissait les nouveaux rapports de leurs états avec la couronne d’Aragon. Depuis lors , l’assemblée des cortès de Sardaigne ne fut plus honorée de la présence d’aucun souverain , et les vice-rois étaient exclusivement chargés d’en diriger les travaux et d’en régler le cérémonial , qui , sans avoir le faste du parlement de 1 335 , ne manquait pourtant ni de pompe ni d’éclat.
Cette période de quelques années^ si mémorables pour les AragOnais et pour les Sardes , et pendant lesquelles leur roi don Pèdre JE réforma une constitution et en créa une autre , fut aussi une des époques les plus notables dans l’histoire des institutions politiques. L’Europe entière était en fermentation ; une commotion sympathique en
ii^lait toutes les parties. C’était un de ces élans périodiques de l’esprit humain , qui ont tant d’influence sur la destinée des nations. Tous les peuples, au milieu du quatorzième siècle, voulaient réformer leurs institutions et leur jurisprudence ; tous cherchaient dans de nouvelles combinaisons politiques un système de gouvernement plus conforme aux nécessités du temps- et aux idées dominantes. L’Angleterre venait d’être mise en possession de sa grande charte , arrachée aux résistances de J ean- sans- Terre ; la Suisse avait conquis et proclamé sa liberté ; l’Allemagne , l’Italie , l’Espagne et la France , étaient en convulsion.
Nos annales françaises offrent un rapprochement curieux entre ce qui se passait en même temps, dans l’année i355, à Paris et à Gagliari. C’est au même moment où don Pèdie faisait dans cette dernière ville l’ouverture de la première session du |>arlement des cortès, que s’assemblaient dans la capitale de la France ces états-généraux de i355 , les plus importants qu’on ait jamais tenus dans notre pays, et ceux dont nos historiens ont le moins parlé. En comparant ensemble les événements de r Aragon en i347, ceux de la Sardaigne et de la France en i355 et dans les années subséquentes , on voit combien les mêmes principes peuvent produire , suivant les circonstances , des résultats différents , et à quel point leur application et leur
effet peuvent être modifiés par le caractère des peuples et pwr les vices ou les vertus des princes.
L’esprit de liberté avait fait dans toute l’Europe des progrès immenses. L’introduction des députés des communes dans les assemblées d’états des pays qui étaient gouvernés par le régirtie représentatif, avait déterminé une grande révolution dans les idées ,• et tendait tous les jours de plus en plus à changer la condition générale des hommes. Dans les deux monarchies constitutionnelles d’Espagne , l’ Aragon et la Castille , et en France, où l’on ne professait rien moins alors que la doctrine de la souveraineté du peuple , on mettait tous ses efforts à combattre le pouvoir absolu et à limiter la prérogative royale. Cette ardeur de l’indépendance, cette aversion pour la tyrannie, celte conscience qu’avait le peuple de ses foi-ces , et cet abus qu’ont toujours fait de son enthousiasme ceux qui le mènent , ne furent jamais plus remarquables qu’à cette époque extraordinaire , et dont les suites furent si désastreuses pour la France. L’amour de la liberté, qui n’était dans les autres pays qu’une opinion exaltée ou un sentiment profond , était devenu dans l’esprit impétueux de nos ancêtres une fièvre contagieuse , une véritable frénésie. On no peut comparer , sous quelques rapports du moins , le grand mouvement qui agita la France en i355 , qu’à celui qui l’a bouleversée
A.WCIEfiKB ET MODERNE.
de fond en comble en 1789. Il n’est rien resté de la révolution du quatorzième siècle , livrée à toute l’extravagance des passions en délire et à la férocité de l’ignorance. L’âge présent sera plus heureux ; les progrès des lumières , les calculs de la sagesse et le perfectionnement de la science sociale conserveront pour la postérité les nobles conquêtes de la raison humaine. ^
Les mesures prises par les etats-généraux de i355 pour faire face aux calamités dont la France était accablée par les imprudences du roi et de sa cour , la conduite politique de cette assemblée , ses relations avec la couronne, étaient plus conformes, dit Robertson, à l’esprit d’un régime républicain qu’à celui d’une monarchie féodale; mais malgré les fautes qu’elle fit, malgré les excès dont elle se souilla , cet historien ne veut pas lui ôter le mérite d’avoir eu quelquefois des idées saines sur les principes du gouvernement ’. Le tiers -état était devenu dans cette assemblée une puissance prépondérante , et on s’en aperçut bien par la marche imprimée à la direction des affaires et par ses délibérations. Les états -généraux de cette session étaient composés de près de huit cents membres , dont plus de la moitié étaient députés des villes. Le parlement , qui n’était pas alors perpétuel , n’eut
’ Inli'oduction à l'Histoire de CliarUi-Quinl.
LA SARDAIOPIF.
point entrée dans celle assemblée nationale ,où la plus ^ande influence était exercée par l’évêque de Laon , Robert-le-Coq , et par le fameux Marcel , prévôt des marchands de Paris, député né de la première ville du royaume, qui porta la parole au nom du tiers-état, et qui n’abusa que trop souvent de sa funeste popularité. Cet ordre , qui avait alors une représentation égale à celle des deux autres , marchait exactement sur la même ligne , et ne reconnaissait aucune suprématie. Les états accordèrent au roi , pour V enlrelenement de trente mille hom-^ mes , un subside de cent quatre-vingt-dix mille marcs d’argent, qui aujourd’hui équivaudrait à plus de dix millions. Les diverses résolutions des états eurent pour objet de régler la levée , la nature et la durée des impôts , dont la perception n’était pas alors confiée à la couronne , mais à des commissaires nommés par l’assemblée , de déterminer le mode d’administration de la justice , d’ôter au roi la faculté d’altérer ou de changer la monnaie , et de faire fournir , par voie de réquisition , aux besoins de sa maison et de sa personne , en vivres , loge-, ments et voitures. Le tiers-état , dans cette session mémorable , s’érigea , pour ainsi dire , entre le roi et les nobles , en une puissance intermédiaire , destinée à réprimer tour à tour les usurpations du pouvoir absolu et les envahissements de l’aristocratie. Les états projwsèrent enfin , et firent signer au roi
ANCIENNE ET MOÜEKNE.
Jean de France , une charte à peu près pareille à celle qu’avait signée le roi Jean d’Angleterre.
Il est à remarquer que les conquêtes de l’ordre populaire en France et son imposante attitude dans l’assemblée de la nation , précédèrent de beaucoup
d’années le moment où la chambre des communes ,
en Angleterre , eut acquis une influence réelle dans la législation. Robertson , qui en attribue la cause à ce que le système léodal, s’étant élevé en France à un plus haut période qu’en Angleterre , devait avoir aussi un déclin plus rapide , fait observer que presque tous les efforts qu’on a faits dans sa patrie pour établir ou pour étendre la liberté du peuple ont été couronnés de succès , tandis qu’ils ont eu dans la nôtre un sort tout opfH>sé.
Si c’était ici le lieu d’établir un parallèle entre la Sardaigne , dont l’histoire est si obscure ou si négligée, etlaFrance, dont les destinées eurent toujours tant d’éclat dans le malheur comme dans la prospérité , il serait facile de prouver qu’à l’ép>oque dont le tableau est sous nos yeux , la petite île oubliée du monde entier avait un incontestable avantage . en ce qui touche aux principes d’ordre et de justice , à la modération dans les actions , au bonheur commun et au succès des résultats, sur la grande monarchie envahie par l’étranger , déchirée par les factions , et précipitée j>endant une longue suite d’années dans un abîme de maux. Tandis que
LA SARDAIGNB
le sage roi don Pèdre améliorait encore les l>elles institutions de T Aragon , et fondait en Sardaigne un établissement politique, qui créait pour ses habitants une patrie, et qui, les élevant à la dignité d’hommes , leur promettait pour long-temps le repos et le bonheur, le roi Jean, par son luxe effréné, par ses folles dépenses, par la légèreté de sa conduite , par la faiblesse de son caractère, et par des malheurs aussi alTreux qu’imprévus , faisait de la France un vaste théâtre de séditions, de guerres civiles , de rapines et d’horreurs
' En jetant un coup d’iril rapide mr les principaux évcncrtaciits du règne de Jean et de la régence du dauphin Charles, pendant sa captivité, il sera facile de juger lacpiellc , de la France ou de la Sardaigne, était alors le pays le plus iKirbaix: , ou du moins celui dans lequel il sc commettait le plus de barbaries. J’empiiinterai , pour en citer quelques traits , le langage de Mêlerai , qtn n’a pas encouru le reproche d’exagérations et de déclamations qu'on fait à des historiens plus moslemcs. Jean ftar <jueLjues-uns dit le lion, suivant l’expression de Mezeray, dcbuUi par l’assassinat du comte iTEu , son connétable. Le roi de Navarre , Charles le Mauvais, qui méritait autant ce surnom que le roi, son lxau-|ÙTe, méritait peu celui de bon, Ct assassiner, quelque temps après, le nouveau connétable. Le roi s’eu vcjtgca, bien qu’il lui eut panloniic eu plein parlement , en le faisant arrêter au château de Rouen , où U fut si dope que de venir et de se laisser leurrer a>rc toutes ses malices. Ce bon prince mit son gendre au cachot, et fit trancher la tête , sans aucune forme de proeès , à quatre gentilshommes qui raccompagnaient....
« Dans CCS malheureux tcin|)s, les plus petites villes se fortifioient; les «villages même se fermoienl de murailles' contre les courses des pillards. - Cette multitude infinie de chÂtcau.x ne sers oit qu’à faire durer la guerre , ct » dévorer les peuples par les brigands qui se, nichoient dedans,... La noblesse » et la gendarmerie triomphoient des misères des pauvres gens. Le luxe, qui « le crèroit? nacquit de la désolation. Læs gentils-hommes commencèixuil à se « parer de pierreries , de perles et de babioles , comme des femmes , .à porter ► sur le Ixmhet des bouquets de plumes, marque de leur légèreté, et à s’adun-
Autant l’un de ces princes mérita la haine de ses sujets par les calamités dont il fut cause , et qui ne sont que trop célèbres , autant l’autre eut de droits à leur reconnaissance par ses bienfaits , qui ne le sont point assez.
» ner passioiiDoment au jeu... A l’exemple du souverain, qui avoit plus songé
> à l’agrandissement de sa puissance qu’au bien publie, tout le monde ne mt
> sourioit que de son intérêt jiarticulier , et renversoit tout pour y parvenir.'
- Les bandes de gens de guerre n’étant ni licenciées ni pavées, les pillards » s’assembloient avec tontes sortes de méchants garnements , et couroient im-
> punément les provinces , le plat pays étant abandonné à leur miséricorde. » Les gens commis par les états pour l’administration des rmances firent bien- ■■ tôt connoitre qu’ils ne l’avuient pas prise pour en dé|xisséder les niéchanls , » mais pour avoir eux-mémes leur part au pillage.... Pendant cette anarchie , » la noblesse et les autres gens de guerre excri;oient toutes sortes de violences “ sur les pauvres peuples de la campagne. Ces malbetireux , battus , pillés , » courus comme des bêles sauvages , n’ayant la plupart autre retraite que les » bois , les cavcnies et les marais , firent comme ces lièvres qui , étant aux U abois , SC jettent au cul des lévriers ; iU s’altroupi'rcnt par grandes liandes , » et SC résolurent d’exterminer tous les gcntils-bommes. Cette fiireur com -
> mem^a dans le Beauvoisis, et eut pour chef un nommé Caillrl. On la nomma " la Jatqufrie , parce que les gentils-hommes, lorsqu’ils pilloient le paysan, » l’appeloicnt Jacques bon homme. Si les villes se fussent jointes à ces rustres, •• c’était fait de la noblesse et de l’état monarchique , aussi bien qu’en Suisse ,
• mais pas une ne leur ouvrit les portes, de crainte d’être pillée. Ils comùii- » rent tant de cniautés plus que brutales ( ils firent rôtir un seigncôr dans son
• château , et forcèrent sa fille et sa femme de manger de sa chair) , que la
- noblesse de tous les partis se i-allia contre eux. Le roi de Navarre défit la » trou|)c de Caille! , qui , ay ant été pris , eut la tête tranchée ; le dauphin en « mit en pl('*res plus de vingt mille; et ce soulèvement i'accoitn tout d’un » coup.
( Muesay, .abrégé chronologique de P Histoire de France. )
LA SAUDAIOM-