‹ Histoire de Savoie d'après les documents originaux. T. 2Chapitre 16 sur 43 · MM · texte numérisé non relu

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écrivait-il au duc, donnera de garde aux gens d’armerie de trop faire les maistres hors du pays et aussy a quitté V. A. de ses plus turbulents subjects. Hector Milliet, Janus d’Oncieu, Antoine Gaud ou Jacaues Salteur, ses futurs collègues, auraient vu les choses de plus haut.

Le baron de Péroges croyait trop a la puissance du prince , et pas assez à celle des lois ; il ne pressentait pas qu’une heure vient où les mœurs et les intérêts échappent à cette discipline plus capricieuse qu’énergique qui, née de l’arbitraire, disparait dans la désuétude. Resté légiste dans la politique, Favre plaidait une ambassade comme il aurait fait d’un procès ; ses dépêches diplomatiques sont des mémoires à consulter, où les exceptions dilatoires suppléent aux bonnes raisons et les laux-fuyant aux principes. Gouverneur de Savoie, il n’y prit d’autre initiative que d’expédier sans cesse a Turin des courriers chargés de rapports de police; ambitieux, il voulut se hausser jusqu’au pouvoir et ménagea tout le ponde pour ne point s’exposer à brusquer les futurs favoris du hasard; honnête soit, mais de cette moralité douteuse qu’on ne peut surprendre et qui cependant inquiète. On devine ie ne sais quelle dissonnanee entre la valeur réelle de cet homme et le rôle important que les circonstances lui valurent; ce fut un donneur d’avis, jamais un homme d’Etat. Avec plus de fierté dans l’âme et moins de paresse de cœur , s’il n’avait pas toujours dissimulé son opinion derrière la volonté du prince et dérobé l’initiative du ministre sous la servilité du sujet, Favre aurait pu

{'ouer, en Savoie, le rôle d’un marquis de Pomial ou dlun Olivarès. Mais nul ne poussa aussi

loin le grand art de n’être pas responsable; Sui quàm veritatis amantior', il n’était point de taille à assumer ces lourdes charges de périls et de gloires; ses succès eux-mêmes manquent d’idéal, et il faut quelque grandeur jusque dans le positif de la vie. Si les arrêts du Sénat avaient moins souvent cité les définitions du président Favre, qui se souviendrait du baron de Pérores?

François de Sales possédait tout ce qui manquait à son adroit ami : la fierté de race qui se traduit par une confiance touchante ou par de virils éclats; la fermeté vis-à-vis du prince, et cette recherche d’exquise et agissante bonté qui ennoblit jusqu’aux moindres détails de sa vie. Né! d’un père qui voulait faire de lui un courtisan et d’une mère qui souhaitait le voir évêque, François de Sales étudia à Paris, y lut les premiers livres des Essais, desséchants de froide logique, s’y réchauffa le cœur aux harangues de M. de Thou, revint en Savoie où, comme plus tard Joseph de Maistre, il sentit le vide de la vie à la mode et Y énorme poids du rien, reprit ses études à Padoue, et s’y attacha aux séduisantes et persuasives doctrines des PP. Possevino et Scupoli, beaucoup plus qu’aux abstraites leçons de Pancirolo. Jeune, beau, appartenant par ses alliances de famille à la meilleure noblesse de Savoie, possédant une aptitude singulière pour la controverse, il avait surtout une éloquence naturelle, abondante,

' Selon le mot piquant de Joseph Aurel (Resp. J urne. J

* Le 21 août 1567, au château de Sales, près d'Annecy ; prêtre en 1593, évêque le 8 décembre 1602, François de Sales mourut à Lyon le 28 décembre 1622. Il fut béatilié par Alexandre VII le 28 décembre 1601, et canonisé en 1666.

qui jaillissait sans effort d’un cœur ingénu. Les grâces un peu efléminées de son langage étaient alors l’image de son caractère, doucement passionné , saintement enthousiaste , mais prêt à suivre l’impulsion d’autrui et cherchant la voie la plus rude, la plus abrupte, la plus dédaignée, pour y servir Dieu humblement. Ce jeune homme sensible, confiant et bon, parut à ses maîtres réunir les qualités acquises et les séductions innées qu’on trouve toutes rarement à ce degré dans le même homme. Son ingénuité ne s’émut, en effet, d’aucune combinaison; il accepta, comme autant d’ordres de la Providence, les hasards concertés par ceux qui disposaient de sa personne.

Nommé prévôt du Chapitre de Genève (mai 1593), il fonde à Annecy la Confrérie des pénitents du très saint crucifix, puis, passionné d’apostolat, il part pour le Chablais (9 septembre 1594), suivi d’une seule personne, à pied, sans autres armes que trois livres. C’est l’acte héroïque de sa vie. Il croyait aller au martyre, et ne se savait pas soutenu par les protections puissantes dont il était l’instrument. Les fatigues et les périls de cette mission de trois ans sont dignes des confesseurs d’outre-mer; mais l’apostolat allait faire place aux manœuvres indécentes de la politique. François osait dire : Qui presche avec amour presche assez contre les hérétiques, quoiqu'il ne prononce pas un seul mot ae dispute contre eux. Les Capucins1, les magistrats et le duc ne pensaient pas de môme ; ces hommes con-

1 Histoires des missions des pères capucins de Satoye, d’après tes Mss. de 1607 et de 1680.

vaincus, capables <le croyances fortes (je parle des premiers), mettaient au service de leui foi la passion froide, l’ obstination intraitable lu caractère savoy en. Ils s engagent dans . contre l’hérésie pour satisfaire leur propre aus-

... . .... 1 miioAmb hriilnlp..

Châblais fut converti La renommée çois de Sales sortait pure de ces violences que sa vertu semblait rendre impossibles. J le séduisit par sa bonne grâce et des pi o - • •pour le bien public, et le Saint, car vrau méritait déjà ce nom, put écrire a Clemei une lettre enthousiaste où il vantait la pietc du prince, sa foi vive, ses efforts pour déraciner l’hérésie, et qu’il terminait par ce cri digne du Cantique des cantiques : « Le chant < e a retentit de toutes paris comme la voix ai u

tourterelle, et nos vignes, renouvelées et ie florissantes, répandent une odeur qui charme et

qULe ^décembre 1002, il prend possession à Annecy , du siège épiscopal de l.eneve, et, malgré la pénurie de ses ressources , sit, en peu d’années, a rebâtir les églises

’ Voir ci-dessus, chapitre V, page 189 et suivantes.

s 11 avait mille écus d'or de revenu, dont il ne lui restait que 700 ducatons (de 3 fr. 15 l'un) pour ses dép™3Cs personnelles. Sa simplicité do mœurs était communicative ses i hiles do la Visitation n’auraient pas dtne, leur premier couvent, sans l’uuméne d un voisin. d<- Bonvillars légua sa fortune à l’Ordre naissant. Le.- dentiers voulurent plaider Le saint évêque, résistant cette fois aux con «dis d'Antoine Favre, céda tout : voulant pas que sn

abeilles allaitent débattre avec les fourmis ménagères les biens Je ce monde. L'exemple est rare dans 1 histoire des couvents.

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lées par les Bernois, à couvrir son diocèse d’établissements de propagande ou de charité*. Son zèle pour la discipline lui fit imposer la règle, non sans péril, à l'abbaye de Sixt, à celle d’Abondance, et réussir dans la réforme des religieux de Talloires; on ne rencontre, pendant les vingt ans de son épiscopat, qu’un seul conflit avec l’autorité civile*. Il apportait, dans toutes les choses de la religion , l’ardeur passionnée d’un abbé de Rancé sans y mêler l’austérité sombre de l’abbé de Saint-Cyran 3; sa nature, obstinée dans la charité, l’élôignait de l’âpreté mystique du Jansénisme autant

1 La Sainte-Maison de Thonon, dont la bulle de fondation fut obtenue par le P. Chérubin (15 septembre 15!)9), et que dota richement le duc. porte dans ses statuts l’empreinte de l’esprit de prévoyance et de charité de saint François de Sales. Cet établissement, qui participait à la fois du couvent, du séminaire, de l’école, de l’atelier et de l’hospice, comprenait : une congrégation do huit prêtres séculiers ; une mission de capucins pour la propagation de la foi dans le bassin du Léman, (type de la vaste congrégation érigée, le 22 juin 1622, par Grégoire XV) ; un collège pour des leçons de belles-lettres ; un séminaire pour le noviciat des prêtres ; des cours publics de théologie, dedroit civil et de médecine ; «ne Auberge de vertu ou maison des arts avec des ateliers pour former des apprentis et des ouvriers do divers métiers ; une maison de refuge pour recevoir les pauvres convertis et les catéchumènes ; un hospice pour les malades et les vieillards. — Le 31 juillet 1601, le duc admit la bulle de 1599 ; le 2 février 1602, il donna pleins pouvoirs au P. Chérubin d’organiser la Sainlc-Maison ; le président de Bavoz mit les Capucins en possession, le 24 mai suivant, des terres, biens, revenus et privilèges qui leur avaient été concédés par lettres-patentes données à Turin le 4 janvier 1602 Archives dn Sénat).

1 A propos d'un monitoire qu’il refusa de publier malgré l’ordre du Sénat ; sa foi évangélique répugnait h l’usage de ce moyen brutal d’utiliser la conscience dn chrétien au service d’intéréts matériels et privés.

J Voir, pour les relations de saint François de Sales avec Port-Royal, V Histoire de M. Sainte-Beuve. (Tome f. 217 à 303,

qu’elle le séparait des àpretés sensuelles ou fanatiques des moines de Savoie. En 1607, le P. Chérubin le dénonça à Home comme perdant son temps à confesser les dévotes , à échanger avec elles des lettres mielleuses, au lieu d’écraser l’ hérésie'. Les femmes furent, en effet,

la grande préoccupation de sa vie ; il ne voyait qu’en elles le salut de mœurs fort compromises et le réveil d’une société frivole; le souvenir

de sa mère y aioutait le sentiment d’un devoir. À dater de 1604, il échange avec Minc de Chantal cette correspondance pathétique qui fait penser à Mn,c Svvetchine ; en 1605, il écrit pour Mmc de Charmoisy Y Introduction à laviedévote.

Peu de traits suffisent à peindre cet esprit amoureux de jioésie et tout pénétré de mansuétude. En lo99, fort malade et croyant qu’il allait mourir, il demande les musiciens de la cathédrale et fait chanter à demi-voix l’hymne

de sainte Madeleine (Ardens est cor meuin), et le psaume qui commence par cet élan sublime : Comme le cerf altéré brame après l’eau des fontaines! Est-il dans l’antiquité un tableau plus touchant que celui de cet homme de bien prêt à s’endormir dans le baiser du Seigneur, au bruit des voix alternées , au son des instruments'? Comparez à cette sereine préparation à la mort les scènes les plus vantées par les rhéteurs : Socrate laissant pour adieu à la terre une épigramme de mauvais goût, Caton, l’ironie du doute, Brutus, une insulte à la vertu.

Dur à lui-même s, facile à autrui, le saint

4 K*e de saint François de Sales. Tome I«r, page 683. — Voir aussi les lettres dé M« de Chantal.

* /Règlement de vie de l’èvèque de Genève Opuscules. î42y.

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évêque consolait ainsi une pénitente qui se repentait tous les mois : Je vois bien , ma chère fille, que vous n’irez jamais A Dieu tout droit ; vous n’y arriverez qu’en passant par les créatures. Sa douceur évangélique n’excluait pas, à l’occasion, une fermeté réfléchie. Il devinait les infinies bontés de la Providence et y engageait les âmes tendres; avec les hommes, il était moins accommodant et ne transigeait pas sur l’honneur. Servez Dieu payement et en liberté d’esprit, disait-il à une dame ; il importe infiniment de se faire connoistre de bonne heure tel qu’on veut estre toujours, écrivait-il à un homme de cour '. En lfi03, malgré sa tolérance des habitudes mondaines, il supprima dans la société d’Annecy l’usage, importé d’Angleterre, de fêter la Saint-Valentin par des badinages qui dégénéraient souvent en scandales.

L’influence que l’évêque de Genève e verra, au XVIIe siècle, par sa doctrine et ses écrits, fut immense et durable. Saint François de Sales a produit beaucoup et sans effort; l’oranger de la Florimontane est son emblème ; des Heurs et des fruits à la fois, de la douceur, de la grâce, la saveur du miel, toutes les séductions. 11 résume, en leur donnant un cachet personnel de caressante sagacité, la gravité d’Amyot, l’imprévu, le naturel de Montaigne, qu’il aimait à citer quoyque laïc, et quelque peu la bizarrerie de Ronsard. Aussi clair, aussi simple que son contemporain Malherbe, il ne sut pas, comme lui, réprimer l’abus de l’érudition, et ce Ilot ondoyant de métaphores et de figures où se per-

1 Œuvres. Ëdit. de Paris. 1669, tome 1. 1050 el 1085. — Vie de saint François, tonie 1. 411.

dent ses plus tendres harmonies, ses plus sublimes méditations. Il participe de Claude de Seyssel dont il a le trait , de Claude de Buttet qui lui légua le sentiment passionné de la nature, de l’abbé des Portes dont il surprit la poétique capricieusement délicate. En religion, il ouvre la voie large et la parfume dès l’entrée ; en littérature, il met la plume aux mains des femmes par ces milliers de lettres, et ces livres pleins d onction où il traduit si complaisamment aux âmes tendres un monde idéal fait de soumission et de joie, où il transporte dans les sentiments le charme voilé, attiédi des lacs de Savoie , la senteur résineuse et vivifiante des forêts de sapins, les éclats de lumière des hautes cimes. La Philothée,\e Théotime lus partout, ses lettres qui passaient de cercle en cercle, eurent une action très énergique sur l’esprit des femmes de ce temps, si mêlées à la politique et aux affaires. Balzac et Voiture lui empruntèrent leurs qualités les plus heureuses ; mais sa merveilleuse abondance , ses badinages persuasifs devinrent des fautes sous leur plume. Chez ses disciples directs, l’évêque Pierre Camus, le marquis d’Urfé , le P. de La Bivière , Nicolas de Hauteville et beaucoup d’autres , la délicatesse est efféminée et la logique subtile, l’idéal s’est voilé de brouillards ultra-mystiques; un parti pris de raffiner sur tout a changé en idées vagues, en réflexions abstraites, en leçons tâtonnantes les simples vérités que le maître traduisait avec bonheur et clarté.

François de Sales se piquait peu de politique. Il disait à Henri IV : Je ne suis pas assez intelligent (ou dissimulé ) dans les affaires de V Estai pour m’en mesler. Plus tard, il écrivait au duc

(le Savoie : Le s affaires d'Eslat ne sont pas de mon fjoust ;je n’en parle qu’à contre-cœur et je n’y pense qti’iiivolontairemcnt ' . Aussi je ne le erois pas l’auteur des requêtes, si minutieusement détaillées, présentées à Turin pour sévir contre les Calvinistes du Chablais ; j’y retrouve les précautions de style et de procédure du président Favre, cet ami d’expérience que le prince impose à l’apôtre, et qui cherche le défaut delà cuirasse, chez ses adversaires, parmi les plus mauvais côtés du cœur humain. - - C’est grand cas combien la commodité de la vie a de pouvoir sur les hommes , écrivait François au duc, le 7 avril 1505; et il ajoutait avec une nuance de tristesse : Il ne faut pas penser d’apporter aucun remède à cela. Le mémoire de 1504, les lettres administratives de 4598, 1000, 1001 - ne sont plus dans ce ton ; le Saint, à celte date et pour ces occasions, écrivait sous la dictée de l'homme d’alTaires. Malgré l’âpreté du sujet, le charme du style y trahit son âme, comme dans le Mémoire contre Genève; après les attaques les plus vives, les termes les plus acerbes, il s’écrie, par un retour de charité : Mais ce n’est n’y de mon gibier ny de mon humeur.

Charles- Emmanuel abusa pourtant de son désintéressement et de sa grande réputation; il ne cessa d’envoyer en ambassade ce prélat dont la loyauté proverbiale couvrait , sans qu’il s’en doutât, les manœuvres d’agent secrets. A

1 Lettres, tome 1er n"* 49 et 185. — Vie de saint François par le curé de Saint-Sulpice. I. 405.

i Lettres inédites publii(e* par M. Dalla. Tome I. pages 128. 170 et 247.

Rome, en 1599, à Paris, en 1602, 1608 et 1619, comme à Thonon en 1597, partout François de Sales est précédé ou accompagné par Antoine Favre qui, près de lui, joue le rôle actif. Il ne fut point, cependant, à l’abri des soupçons dont le duc poursuivait ses plus fidèles serviteurs; une candeur aussi juvénile parut inquiétante; on lui fit un crime de ses succès à la cour de France et des relations qu’il y conserva; on lui refusa d’aller prêcher à Dijon, on le fit épier dans ses voyages au pays de Gex1 et à Grenoble* ; il fut obligé de se défendre de calomnies incessantes, et il le fit dans une lettre du 8 mars 1616, très belle et très ferme. Ce sont les petites persécutions comme les grandes qui font les vrais apôtres 3. Le duc Charles-Emmanuel avait sur la liberté de l’Eglise et sur le rôle de l’épiscopat les idées que Victor-Amédée II mit plus tard en pratique dans ses Etats, à l’exemple de Louis XIV, ne dégageant les prélats de l’obéissance due à Rome que pour leur infliger, au profit personnel du prince, la double servitude du temporel et du spirituel. Mais François de Sales n’eut pas été de l’humeur de Bossuet.

L’établissement compliqué fondé à Thonon, sous le nom de Sainte-Maison , ne produisait pas tous les résultats qu’on en avait espérés, surtout au point de vue de l’enseignement pro-

1 L’évêquo de Genève avait des relations d'affaires, pour les paroisses du pays de Gex qui dépendaient do son diocèse, avec les Etats de Bourgogne, le baron de Lux et d'autres seigneurs français influents.

* Où il prêcha deux fois l’avent et le carême (1616 — 1617 et 1617 — 1618).

* Lire la lettre qu’il écrivit i Mm< de Chantal le 6 sept. 1607.

fessionnel des lettres et des arts. Vers 1607, François de Sales et son ami Antoine Favre eurent l’idée de réunir sous leur influence, dans la ville d’Annecy, les lettrés et les savants du pays, autour desquels on grouperait les hommes intelligents du tiers-état ; c est la plus pratique, la plus originale et la moins connue des fondations du saint évêque. L 'Académie jlorimontane reçut pour emblème un oranger chargé de fruits et de fleurs: souriante image, mais qui semble dépaysée au flanc des Alpes ; les châtaigniers du Faucigny, les noyers superbes du Chablais, arbres utiles et robustes, auraient mieux symbolisé peut-être l’esprit pratique de l’institution. L’ Académie a pour objet la gloire de Dieu et le service des princes , disent les statuts ' ; le bien public vient ensuite. Les idées du saint évêque sur l’aumône et la visite des pauvres, la déviation qu’on imposa à la règle des Visitandines, permettent de croire que, dans sa pensée, l’enseignement libre des adultes devait être le corollaire de l’éducation des enfants dans la famille et du rôle considérable qu’il attribuait anx femmes. Le bien public se confondait, dans cette belle âme , avec l’amour de Dieu et le respect du prince. L’Académie délia Crusca existait à Florence depuis 1582; on lui a comparé l’Académie d’Annecy ; mais cette dernière société n’avait avec elle qu’une apparente similitude. Ses statuts renferment une disposition neuve, utile, et qui aurait pu modifier, dans cette compagnie, la stérilité

1 Finis Academiœ virtutum omnium exercilium eslo , suprême Dei gloria, sereniss. principum obsequium et utilitas publica. /'Œuvres de saint François de Sales, — Kdit. de Didot. Chap. XIV, page 427.)

habituelle de ces sortes de cénacles. 11 s’agissait de l’enseignement public et gratuit des langues, et surtout de ta française des mathématiques, des arts appliqués , et des lois. On convoquait aux assemblées générales peintres, sculpteurs, architectes, artisans, et quiconque voulait secouer l’oisiveté d’Annecy ou perfectionner ses études ; les membres dé l’Académie traitaient, à tour de rôle, un sujet annoncé d’avance; des affiches indiquaient la matière, le lieu et l’heure des leçons ou lectures. C'étaient, on le voit, des conférences publiques, semblables à celles que donnait Platon dans les jardins d’Académus, plutôt que de stériles dissertations dans un cercle do littérateurs comme on le fit au début de la Société dcl Cimento à Florence (1057) , de celle des Arcades à Rome (1600), de l’Institut de Bologne (1090), ou de la Philosophical society d’Oxford (1615). On peut aussi comparer cet essai d'enseignement supérieur, religieux, littéraire et scientifique, aux grandes écoles d’Allemagne, analogues ellesmêmes à nos Facultés, et qui ne sont qu’une faible imitation de l’enseignement public au moyen-âge. Les professeurs de l’Académie d'Annecy avaient mission (Y enseigner bien, beaucoup et en peu de temps. Cet article du règlement était d’une pratique trop malaisée pour ne pas tomber en désuétude; et l’Académie fiorimontane ne fit ni plus ni mieux que ses sœurs de pro-

1 Le développement du génie et do l'esprit français, éminemment logique et vulgarisateur, est le but vers lequel tout converge dans ce plan d’éludes. puant aux sciences appliquées, l'idée sera reprise par les pères de l’Oratoire, on 1639, dans leur collège deJuilly, et, eu 1613, parles solitaires de Portiioynl pour leurs petites écoles.

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