‹ Histoire de Savoie d'après les documents originaux. T. 2Chapitre 17 sur 43 · MMM · texte numérisé non relu

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vince dont Voltaire écrivit l’histoire en treize mots. La Compagnie s’établit de la sorte , dit un des biographes de saint François de Sales et le prélat en tira tous les avantages qu’il s'étoit proposés. Mais les travaux de la Société sont perdus. Il serait intéressant de retrouver la liste des fondateurs, celle des conférences, le choix des sujets, et d’étudier si cette institution, à deux pas du centre intelligent et du foyer de Genève * , n’avait pas une haute portée politique. Un éminent critique , familier avec tous ces délicats problèmes de l’érudition, pense que, dès 1610, au départ d’Antoine Favre, l'Académie ralentit sps réunions et que la mort de l’évêque, en 1022, lui causa un dernier préjudice, si toutefois à cette époque elle subsistait encore *.

L’opposition que l’évèque de Genève rencontra, chaque fois qu’il osa heurter les préjugés du siècle, est une marque de la pureté de ses vues, de la droiture de son cœur. Il scandalisait les Capucins par la façon dout il compre- nait la conversion du Chablais; il scandalisait"

’ Marsollier. Tome 1, page 133. Edit. Didot.

’ Où il y avait toujours des catholiques, surtout parmi le I»eup!e , où les capucins recevaient d’abondantes aumônes ; etc.

3 Sainte-Beuve. Hist. de Port-Royal. 1. 270. Edit, de 1867. Trente ans plus tard, Kichelieu créait l’Académie française qui procède des Académies italiennes, provençales et languedociennes, comme l’attestent les titres de son établissement. Vaugelas y apporta peut-être le souvenir de ce prélude d’Annecy ; mais avec le scrupule excessif du grammairien plutôt que par les grâces familières et les libertés heureuses de ce style à la bonne et fine fleur gauloise, dont soit enfance avait dû être nourrie. Henri de Savoie, duc de Nemours et Suzerain du Genevois, accepta le titre do prince de l’Académie florimontane ; Charles-Emmanuel en approuvait les statuts à la condition que le choix des membres fût soumis à son contrôle.

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le prince par l’essai des écoles d’adultes dont l’Académie florimontane était le prétexte; il scandalisa l’épiscopat par sa tentative de réforme des couvents de femmes. Le courant d’idées du siècle, les débats religieux, la tournure d’esprit des gens du monde, les mœurs, la législation, tout se réunissait pour contredire et contrarier les instincts de nouveauté de l’apôtre. Dans la défaillance de la foi, dans le renouvellement des intérêts politiques , il fallait qu’à défaut de principes admis sans conteste, le frein du passé retînt le présent. Saint François de Sales voyait un péril pour l’Eglise dans l'esprit qui animait les ordres monastiques, bien déchus déjà de leur primitive noblesse. Entre les dangers de la clôture, l'abus de la commende et les tristes résultats du désœuvrement, l’évêque de Genève eut pour dessein de créer une association de femmes saintes, de tout âge, de toute condition, liées par la charité plus que par des vœux, destinées à servir Dieu par une active sollicitude tout "autant qu’avec la prière. Visiter les pauvres, panser les malades , catéchiser les enfants et les vieillards, et surtout toucher les plaies secrètes où le prêtre est inhabile, où l’homme devient impuissant, raffermir l’esprit de famille, réchauffer le loyer domestique, confier aux mains discrètes de femmes instruites cet obscur et magnifique apostolat, tel fut, si on l’étudie dans toutes ses phases, le vaste projet du Saint. Il ébranlait trop de préjugés, il menaçait trop d’abus pour réussir 1 . Quand on apprit que sainte

1 Le cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon, empêcha que l’institut fût approuvé à Rome ; les statuts primitifs furent complètement changés (1615 — 16J6) ; il n’y resta pres-

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( Hiantal consentait à substituer le silence de l’adoration perpétuelle à la visite des pauvres, ce fut un véritable enthousiasme ' ; les obstacles tombèrent comme par enchantement; l’idée hardie de l’apôtre, accablée par la routine, était morte en naissant. Toutefois, les idées de saint François sur l’aumône et l’éducation ne furent point entièrement perdues pour la charité. Ses Visitandines sont les mères des sœurs de Saint- Vincent de Paul. La duchesse de Mantoue, fille du duc Charles-Emmanuel, prit l’ordre sous sa protection ; plus tard, les régentes Chrestienne de France et Jeanne-Baptiste de Nemours réalisèrent, par des mesures législatives et de riches fondations, une partie de ce vaste et délicat problème de l’assistance publique qui, depuis les premiers siècles de l'Eglise, a préoccupé les meilleurs esprits de la Savoie*.

Ce rapide aperçu de l’œuvre du saint évêque prouve quelle influence générale et persistante il exerça sur le pays au milieu duquel il vécut. Ses enseignements et ses fondations présentent un admirable caractère d'unité doctrinale et de vues pratiques : la charité et le travail sont les instruments que Dieu met aux mains des hommes pour faire avancer vers le bien l’humanité, vaste harmonie où tout s’accorde, s’appuie, s’équilibre et s’en tr’ aide. En haut, la religion qui tient l’âme dirigée vers l’idéal ; en bas, le lien de la discipline qui empêche le corps social de

que rien de l'idée mère éllist. de tainle Chantal d'après les documents inédits, par l’abbé liougaud). Remarquez-le, son échec à Rome coïncide avec le mécontentement de Charles- Emmanael et les essais d'éducation populaire à Annecy.

1 L’abbé Bougaud. Loco citato. Tome I. 534.

* Voir, ci-après, le chapitre XIV.

se dissoudre, la famille qui reste la substance de la société, le travail qui en est la vie et le nerf. C’est à tous ces titres que saint François de Sales laissa dans les mœurs une empreinte durable, la plus énergique peut-être, et la plus délicate à coup sûr, que le génie d’un homme ait jamais imposée à une société civilisée

1 J'ai déreloppé ces idées dans une étude inédite sur l'Apos total de saint François de Sales en Savoie, dont je détache le passage suivant :

c Tout le génie de saint François de Sales est dans son cœur de chrétien. 11 avait, peut-on dire, une de ces âmes délicates qui, pareilles à un parfait instrument de musique, vibrent d'clles-mènies au moindre attouchement. Il possédait au plus haut degré ce don de la sympathie qui groupait autour de lui, sans efTort , les esprits rebelles ou prévenus. Les tendresses exquises, l'abandon demi-féminin de cet orateur persuasif, de ce fécond écrivain, de ce causeur inimitable, ont laissé une empreinte profonde dans le pays où il a vécu ; ses contemporains n'ont pas soûls senti le charme et subi l'étreinte fascinatrice. Notre siècle est encore séduit par ces grâces pénétrantes, enveloppé dans les effusions de celte charité qui. hardiment et volontiers, descendait des sereines hauteurs de l'enseignement pour donner au monde, jusque dans les détails que dédaignait la brillante et sensuelle société du XVIIe siècle, ta forte leçon de l'exemple. »

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