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Le sénateur Druyset courait de Neufchàtel à Soleure et de Lucerne à Fribourg, pour obtenir des Cantons catholiques que les passages du Jura et du Jorat fussent fermés aux troupes espagnoles 1 ; en Italie , les colères de Charles- Emmanuel, les confiscations et les supplices par lesquels il terrifiait le Piémont % le rappel de Lesdiguières, la réduction de l’armée française, l’amitié dont Louis XIII donnait à Victor- Amédée des preuves sensibles, n’apportaient aucun espoir de paix. On apprit soudain la signature du traité de Mouçon (5 mars 1020) qui, gros d’équivoques 3, sacrifiait Venise et Charles-Emmanuel sans servir Richelieu. Le vieux duc se jeta sur Gènes, comme un lion irrité qui veut au moins une victime ; le complot de Vachero avorte, l’escalade des Piémontais échoue 4; les Génois tentent d’enlever Nice et Montalban par un coup de main ; le duc , à l’aide des galères royales de M. de Guise, attaque sans succès l'ile de Corse ; l’abbé Scaglia , chassé de Paris par
Guillet reçoit l'ordre de se conformer à tout ce q ne lui mandera le maréchal de Bassompierre, ambass. do France à Berne.
1 SENAT. Armoire VI. Papiers en liasse (Lettres et dépêches de 1G24 à 1030).
3 AB. TURIN. Relazione dette rappresaglie dtl marchesato di Spigno, stampata in Torino nel 1620.
3 Les Grisons restaient souverains dans la Valtcline, sauf le cas où les Yaltelins sc diraient Irisés dans leur religion ; le passage était interdit, sauf le cas d'une guerre des Turcs sur le Danube. On a dit que Richelieu avait poussé Fargis à celte entente imprévue avec Olivarès (I)e Flassan. Rist. de la Diplom. française), sauf à le démentir; mais les documents publiés récemment (Avenel. Corresp. de Richelieu. 11. 90), prouvent que le cardinal-ministre fut le premier trahi.
4 César Vachero, fils d'un gentilhomme de Sospello, était le chef du parti populaire ; Drcyss ( Chron, univ. 556) en fait à tort un marchand. Gènes fut sauvée par Doria ctlpsnnbles(10î7),
la haine de Richelieu, lui recrute des ennemis à La Haye et à Madrid; en mai 1628, il décide Charles-Emmanuel à rompre. L’invasion du Montferrat fut un coup aussi hardi que l’invasion de Saluces en 1588. Le duc comptait sur les guerres civiles de France ; son illusion fut courte. La capitulation de La Rochelle (30 octobre) permet au cardinal de concentrer toutes ses forces au pied des Alpes. Louis XIII franchit le mont Genèvre en plein hiver et, le 6 mars 1629, force, l’épée au poing, les barricades du Pas de Suze, brillante journée qui fit aux deux armées un égal honneur * . La trêve du 11 fut suivie par le traité d’Aveillane (20 mars); les Français évacuent le Piémont; le marquis Spinola et le comte de Colalte l’envahissent aussitôt avec 35,000 Hispano-Tudesques et s’efforcent de séduire le duc plutôt que de le vaincre.
La peste s’était abattue sur l’Europe dans les derniers mois de 1028, et, pendant toute cette année 1629, elle fit en Italie, en France, en Savoie des ravages dont nos plus terribles épidémies contemporaines ne donnent qu'une faible idée. L’incurie, l’ignorance, la lâcheté des vivants faisaient de cette contagion la terreur
1 Richelieu y risqua tout; ses soldats n'avaient que six coups à tirer; on se battit à l’arme blanche. Le vieux duc, les porteurs de sa litière tués, faillit être pris. Trois armées abordaient les Alpes; le roi et lo cardinal au centre, droit sur Turin; le duc de Guise et le maréchal d’Estrécs par Nice et le col de Tende; l’armée de Lyon par le Bugcy et le pont de Grésin. Le froid était vif, la peste tuait cinquante hommes par jour. Avant l'invasion , le duc fit répandre à Paris un libelle du comte d'Aglié où il refusait au roi le droit de se mêler des affaires d’Italie t'Advis d'un bon Fransoys au Roy}; de même, le cabinet de Madrid jeta à profusion en Piémont des manifestes contre Charles, Louis et Richelieu; on froissait, on brusquait l'opinion, et cependant, des deux partis, on y faisait appel.
des peuples. En face du mal invisible qu’apportait le vent, qu’on respirait dans le souffle, qu’on s’inoculait par le toucher, par la parole, presque par le regard, tous les liens se brisaient; les plus saintes affections s’évanouissaient impuissantes; quelques actes héroïques firent encore plus ressortir la honte universelle. La crainte de mourir jetait les foules dans de scandaleux excès; trait commun de ces vastes calamités ; il semble qu’en abusant de la vie on découragera la mort. En Savoie, le carnaval se prolongea jusque vers la fin du mois de mai i629. On ne rencontrait le soir par les chemins que des troupes de masques dont plusieurs furent saisis par le fléau en pleine débauche sans que leurs amis cessassent de chanter' . La peste, arrêtée au pied des Alpes par l’hiver, avait repris à la fonte des neiges; la contagion éclate à iîelley en février, à Chambéry en mars, à Rumilly en avril, à Annecy le lundi de Pâques1. Les mesures de salut public prises dans ces malheureuses cités devinrent aussi terribles que le mal qu’on voulait écarter. Chacun s’enferma; les villes restèrent désertes, l’herbe poussa dans les rues que ne hantaient plus que les mureurs de portes, les archers du guet et de grandes bandes de loups attirés par l’odeur des cadavres laissés sans sépulture. Les paysans désertaient les villages , se réfugiaient dans les bois, sur le sommet des montagnes. Une année de peste amenait une année de famine , laquelle, à son tour, ramenait la peste; cercle fatal dans lequel on tourna longtemps.
1 Lettres du baron Louis de Sales.
* On a conservé dans cette ville le souvenir du dévouement du premier syndie, Hector de Fessigny.
La peste n’avait point arrêté les troupes royales au Pas de Suze ; elle ne ralentit pas davantage les allées et venues des diplomates. Le sort de l’Italie dépendait une fois encore du duc de Savoie, et ce prince versatile ne pouvait manquer l’occasion de mentir une fois de plus à la France tout en rusant avec l’Espagne ' ; il ajourne le ravitaillement de Casai , laisse les Espagnols entrer dans le Montferrat, les Allemands occuper le Mantouan, puis, dépêche à Richelieu un gentilhomme de Savoie, M. de Montfalcon, pour demander quel prix mettra le ministre au maintien des traités. Trébuchant d’un allié douteux à de dangereux amis, Charles -Emmanuel, comme il lui arriva souvent, fut enveloppé dans ses propres finesses. Spinola, peu disposé à s’aventurer sur le sable mouvant de la diplomatie piémontaise, profite de l’embarras où cette démarche précipitée jette le duc pour lui dicter les conditions d’une alliance devenue forcée ; il saisit les gages qu’on lui refuse, se concentre sur le Tanaro et bloque Mantoue. Richelieu, pour sa part, plus vite dégagé de la guerre cévenole qu’on ne l’espérait a Turin, exige l’exécution du traité d’Aveillane et, refusant d’accepter des conférences au Pont de Beauvoisin, déclare qu’il ne traitera qu’à Lyon. En août, le cardinal , faute d’argent, licencie trente régiments; il regrette alors d’avoir pris une attitude si fière et sollicite l’entrevue qu’il venait de refuser; il était trop tard; le
1 Frà Paolo, ajoutait en parlant de Charles-Emmanuel allié de Venise : On pourrait s'aider de la Savoie s'il y avait quelque sûreté à traiter avec le Savoyard ; mais son inconstance prend les formes les plus imprévues, et ses seuls caprices épuiseraient en quelques mois le trésor de Saint-Marc.
prince Victor, s’étant assuré qu’il ne pouvait sauver la Savoie de l’invasion, avait quitté Chambéry et s’occupait en toute hâte de mettre en état de défense les passages des Alpes.
En 1020, après la prise de Montauban, comme en 1028 après le siège de la Rochelle, Richelieu se rapproche des Alpes; il fallait, à tout prix, sauver Casai et Mantoue. Le cardinal avait pour principe de ne menacer qu’à bon escient; il lève, sans bruit, sous la pique des soldats, dans le Lyonnais et le Dauphiné, la taxe arbitraire des gens aisés; après quelques mois d’économie, il peut solder 12,000 vétérans; son agent à Turin, Mazarini, le tient informé des menées italiennes et du dissentiment qui éclate entre les chefs des coalisés, le génois Spinola, l’autrichien Colalte; tandis que le duc rejette l’une après l’autre les offres de paix de Créqui et de M. d’Eméry, Richelieu investit le col du mont Genèvre et occupe les avenues de la Savoie ; quand tout est prêt, il lève le masque et parle haut. Le duc, toujours irascible, tombe dans le piège et rompt le premier. La campagne de 1630 se fit sur les deux revers des Alpes; en Piémont, l’armée royale s’attarde à des sièges, ne force pas la route de Mantoue et campe a dix lieues de Turin pendant que Spinola attaque Casai; en Savoie, Richelieu flatte les goûts chevaleresques de Louis XIII par une rapide invasion et de faciles conquêtes.
Le 14 mai 1630, vingt ans, jour pour jour, après l’assassinat d’Henri IV , le maréchal de Créqui investit Chambéry ; on ferma les portes ; les Français tirèrent quelques coups de mousquet et entrèrent en pourparlers avec Hectpr Milliet, premier président du Sénat, comman-
dant général, du fait de sa charge, en l’absence du prince Thomas. Le 15, MM. de Sainte-Colombe et de Buttet, députés par la Aille, se rendirent au camp du roi, à Barraux, et obtinrent une capitulation flatteuse1. Le 17 mai, à huit heures du matin, Louis XIII lit son entrée solennelle, complimenté par le Conseil de ville, le Sénat et la Chambre des comptes ; les syndics en robe de satin violet, les magistrats en toges de pourpre et en toques fourrées d’hermine. Le 18, le roi remplace les Chambres souveraines par un Conseil suprême de dix membres, chargé de la justice et des finances. Le dauphinois Claude Expilly en fut le chef; il mérita par son activité et sa courtoisie les éloges que Victor-Amédée lui adressait quatre ans plus tard à Turin : « Dieu veuille que les juges que j’ai mis en Savoie y suivent votre exemple 2. » La Savoie, désintéressée de la politique et foulée par le Piémont, ne renouvela pas ses résistances de 1536 et de 1600. Le prince y faisait des levées de troupes, en tirait de gros revenus, mais se préoccupait fort peu de tout ce qui n’était pas utile à ses projets militaires 3. Le Sénat avait obtenu par ses remontrances la suppression du tabellion 1 en échange
1 Publiée par Grillet (Dict. hist. II. 50). Un article stipulait que la justice souveraine s'exercera à Chambéry et non ailleurs.
3 Boniel de Catilhon. Vie de Claude Expilly. 1660. Le Conseil siégea treize mois ; ses Archives sont confondues avec celles de la Chambre des comptes à Turin.
3 En 1628, les impôts de Savoie avaient produit 2,833,532 livres, et, d'après le rôle général des commissaires des guerres, la dépense totale de l’armée y avait été, non compris les blés, ustensiles et logements militaires b la charge des communautés, do 1,248,236 livres. (AR. CII. C. Rouleau 298.)
1 Edit du 7 janvier 1626 ; suppression faite tant pour le
- edbyfi|g)gle
d’unsubside extraordinaire pourfraisde guerre; mais le commerce était nul, les fréquents passages de troupes affamaient le pays, la peste désolait le Faucigny et le Genevois', et, à part les gentilshommes que séduisait l’existence brillante et agitée des camps, ou les soldats, déshabitués du travail par une vie de pillages et de fainéantise, la Savoie n’aspirait qu’au repos. Un graveur célèbre, tils du peintre de prédilection de Philippe IV4 et qui naquit au moment où les grandes guerres de la péninsule italique prirent fin, a buriné sur le cuivre l’antithèse qui, au XVIIe siècle, frappait tous les yeux : les misères de la guerre en face des bienfaits de la paix. Ici, un vieux partisan, tout écloppé, charge de sa ferraille de guerre et dont l’arquebuse ri est plus qu’une béquille, regagne péniblement, à petites étapes, le village d’où il partit, vingt ans plus tôt, pour se mettre à la solde de Charles-Emmanuel , et où il ne trouvera peut-être qu’une maison incendiée ; là, seul au milieu d’un champ fraîchement labouré, libre et confiant, le semeur3. L’amertume et la stérilité du présent; l’espoir dans l’avenir. Telles étaient les pensées qui dominaient toutes les autres au milieu de la lassitude universelle.
Aussi, lorsque l’armée française se présenta
soulagement des peuples que pour une nouvelle lev/e accordée à S. À. par ses sujets. (Sénat, lteg. XXXIII, folio 92.)
1 Un arrêt du Sénat du 18 mai 1629 enjoint aux juges du Genevois de continuer à rendre la justice nonobstant la contagion et, pour ce, de se déplacer autant que besoin sera.
* Giuscppe-Maria Metelli (1634-17 18), fils d’Agostino (1597- 1660), de Bologne. — Mag. pitt. XXXV. 59.
3 Biblioth. imp. — Cabinet des estampes. (Ecole italienne .)
devant Chambéry, ce fut sans débat ni appréhension qu’on reproduisit dans la capitulation les termes identiques de celle accordée par Henri IV le 21 août 1600. La Savoie n’était déjà plus considérée comme un Etat étranger, sujet aux avanies ou aux rigueurs de la conquête; elle fut assimilée purement et simplement aux autres provinces du royaume ; le Sénat seul changea de nom; les juridictions inférieures ne cessèrent pas de rendre la justice
Bassompierre et Châtillon, avec dix mille hommes, prirent possession des provinces. Annecy capitula après l’échange de quelques coups de feu le 23 mai, et Rumilly le 24. Leurs garnisons se replient, à travers les Bauges, sur la forte position de Conflans, que le prince Thomas évacue à son tour devant le mouvement offensif des Français. Evian ouvrit ses portes le 7 juin, Thonon le 8, sous la menace du feu. Louis XIII force, en personne, les châteaux de la vallée de l’Isère % prend la ville de Montmélian (18 juin), bloque la citadelle et, malgré la peste 1 * 3 , s’avance , avec le gros de l’armée , en Maurienne, d’où Créqui menace les Piémontais d’une attaque de flanc par les cols de la Made-
1 SENAT. H. XXXV, folio 7. — Arrêt du conseil d’Etat, du 16 juillet 1631, rappelant ce qui s’est passé en Savoie lors de l’occupation française, à propos de la cause des prieurs de Lémenc et d’Abondance.
s Le cardinal fit remarquer au roy, estant en son logis à Saint-Pierre d’Albigny, que de son cabinet on distinguoit d’une seule veüc la fumée de ses canons qui battoient en mesme temps Montmélian, Charbonnières et Lœuille. (Aubery. Bist. de Richelieu. I. 128.)
3 De juin à décembre 1630, il périt en Maurienne 3,403 individus sur une population de 40,545 habitants. (Archives de la chancellerie épiscopale de Saint-Jean de Maurienne.)
lèue et de la Vanoise. Le prince Thomas battait en retraite, lentement, par la Tarentaise ; dès que les grand’gardes françaises parurent à Bozel, il passa dans le val d’Aoste , sans essayer de défendre les défilés du Petit-Saint-Bernard. Trente -quatre jours avaient suffi pour la conquête de la Savoie; elle coûtait 64 hommes à 1 armée royale ; mais l’héroïsme ne se mesure pas au nombre des morts.
Lorsque le maréchal du Hallier somma la ville de Uumilly d’ouvrir ses portes et, pour décider la capitulation, annonça la reddition de Chambéry: Hé! quand même! répondirent simplement les syndics; — E quapoë! L’artillerie royale les foudroya pendant deux jours ; il fallut se rendre à discrétion; l'usage brutal du temps condamnait les villes prises'. Humilly fut sauvé par la présence d’esprit et la hardiesse de trois sœurs, Mll(“1 * * * * * * 8 de Peyzieux de Salagine, dont du Hallier accueillit la prière en accordant à leur maison et à leur enclos le droit d’asile. Les Savoyens ont de si nobles annales qu’ils sont prodigues de leur gloire et la conservent mal. A deux siècles à peine de distance, les dévouements de leurs pères ne se retrouvent plus que dans la tradition. Les archives municipales de Rumillv, de Sallanches, deClu-
1 La guerre de trente ans avait endurci le siècle ; tout deve-
nait permis. Lire les récits de Schiller où l’historien n’em-
prunte rien au poète. — Waldslein rétablit le règne du soldat, et lui livra le peuple, biens et vies, hommes, femmes et enfants.
L’horreur du sac des villes et les affreuses joies qui suivent
l’assaut, furent renouvelées tous les jours sur des villages ouverts et des familles sans défense. — L’écho de ces plaintes
sans nom, d’Allemagne et d'Italie, arrivait au cceurdes Alpes.
Les bourgeois de Rumilly furent donc bien hardis. Lire la spi-
rituelle et mordante chanson patoise du médecin Béard.
ses, de Thônes, d’Aiguebelle, de La Rochette, de Thonon sont muettes sur tant de faits héroïques qui vont s’éteignant peu à peu dans l’obscurité légendaire des récits du foyer.
Créqui traverse la Maurienne et rejoint l’armée française du Piémont (6 juillet); douze jours plus tard, les Allemands prenaient d’assaut Mantoue et livraient à d’inouïs outrages cette ville infortunée (18 juillet)1. Charles- Emmanuel, cœur vraiment italien , fut anéanti par les coups redoublés de ces désastres : la Savoie perdue, l’Espagnol désertant la défense du Piémont, l’Allemand saccageant la Lombardie. Ecrasé sous le poids de sa propre impuissance, il parlait d’abdiquer quand il mourut presque subitement, au camp de Savillan (vendredi, 26 juillet 1630), d’apoplexie, disent les uns*, ou du poison', ou de la peste4. Sa mort fut le salut de la dynastie.
Travaillé, dans sa pditesse, d’un besoin terrible de s’étendre, de grandir et de grossir, le duc Charles-Emmanuel Ior eut tous les défauts de ceux qui accusent la fortune d’erreur et essaient de la corriger. D’un naturel irritable, il se fit insinuant et souple ; petit et mal fait, il poussa la bravoure jusqu’à la témérité, l'originalité jusqu’à l’élégance ; ne pouvant être fort, il futspirituel ; n’ayant pas labeauté, il se donna le charme. Le portrait de la galerie de Turin (deir ignoto) offre l’idée juste de son impé-
’ En voiries navrants détails dans Michelet fHist. de France. XII. 39. Edition de 1858.)
5 Albcrti. Sloria di Sospello. Parle II. cap. XIII.
* Diedo. Storia delta Reppublica di Venesia. III. Lib. III.
4 Fiochetto. Trattato dette peste del 1630 in Piemonte. Celle que Manzoni peint dans les Promessi sport.
tueuse et irascible jeunesse'. On le voit de profil, de même qu’on ne le devinait jamais qu’à demi. Il a les cheveux et la barbe courts, la moustache au vent comme tous les princes militaires de sa maison. I/œil est vif, le front obstiné ; la lèvre, sensuelle, cache des dents de bête fauve ; on ne sait s’il va sourire ou s’irriter ; mais on devine que sa colère sera terrible ou sa grâce irrésistible.
Sa mauvaise foi devint proverbiale en un temps où l’on avait peu de souci de la parole jurée ; il faut remarquer, toutefois, que ceux qui l’accusèrent avec leplusd’indignation furent ceux-là mêmes qui provoquèrent ses défaillances ou en tirèrent profit. Ma casaquè n’a pas (Fenvers, disait-il à don Pèdre, mais elle est de deux couleurs ; voulant exprimer par là qu’il était prompt au changement ; aussi redoutaitil trop chez autrui ce dont il se sentait capable lui-même1 * 3. Il avait horreur du repos, et ne sembla jamais mieux à l’aise qu’au milieu des périls les plus multipliés et des complications les plus hasardeuses. Un Etat ne se maintient que s'il est en action decroitre, disait-il; l’exagération de cette idée l’entrainadans une série d’aventures où il compta trop sur les fautes de ses adversaires, pas assez sur la justesse de ses plans et la solidité de ses alliances. Il faisait
1 Son portrait du Musée de Chambéry le représente rose et pâle, languissant et attentif ; on hésite, à le voir, entre un mignon d'Iienri III ou un page des Médicis. Cette peinture, signée Carrachio et datée de 1580, est un chef-d'œuvre trop peu connu.
: Il se porta à de fâcheuses extrémités contre des personnes de condition dont la fidélité était irréprochable, dit Guichenon fSavoie. 11.806). Se rappeler l'affaire de Jacqueline de Mont-
bel (1599) et les lettres de saint François de Sales (1616).
peu de cas des hommes et n’y voyait que des instruments; prodigue plutôt que libéral, il donnait avec une hauteur qui marquait tout ensemble le mépris du don et l'indifférence de la personne. Résumanten lui seul le droit et lajustice, il disait avant Louis XIV : l’Etat c’est moi ! quand il se vantait de tirer par un édit tout l’argent de la Savoie, et de compter autant de soldats que de sujets. Intolérant, parce qu’il n’admettait pas une liberté qui fût à l’abri ae ses caprices ; injuste, parce qu’il sacrifiait tout aux nécessités du jour et de l’heure ; inconstant, parce qu’il ne représentait que l’intérêt immédiat et variable de sa dynastie, le duc Charles-Emmanuel, s’il eut les brillantes et dangereuses vertus de l’homme de guerre ou du diplomate, ne posséda point assez celles du prince *.
Il ne mérite pas les éloges austères de l’histoire ; mais son caractère inflexible, cette vigueur qui ne se démentit jamais, ces ressources hardies qu’il puisait au milieu des désastres, font du duc Charles-Emmanuel un type puissamment original, qui participe à la fois de Waldstein et de Richelieu. Il mourait à soixante-huit ans, après en avoir régné cinquante. Il est malaisé de supporter pendant un demi siècle la responsabilité du pouvoir suprême. Il faut des aptitudes de corps et d’esprit3 bien
' Guichenon remarque avec affectation qu’il imita la légèreté d’Henri IV, mais sans chercher ses amies ailleurs que dans les plus grandes maisons, et qu'il eut vingt enfants reconnus, dix de l’infante Catarina, et dix des autres. — Saint François de Sales a dit de lui qu'il e’toil très habile scion les hommes, et un perdu selon Dieu fifém. pour servir à l'hist. de Port-Royal. Utrecht. 1742. — tome 11, 30t.)
1 11 s'était formé une riche collection de gravures rares, de manuscrits grecs, latins, arabes et de marbres antiques. Jamais
variées, une force d’àme singulière, une étonnante souplesse, pour répondre successivement aux intérêts de trois générations, pour tenir tète, l’un après l’autre, aux capitaines les plus heureux, aux diplomates les plus déliés du siècle : Lesdiguières, Sully, Henri IV, Philippe II, Santa-Grux, Spinola, Olivarès, Richelieu. 11 y a, dans cinquante années de responsabilité politique, assez de surprises, d’accidents et de fatalités pour user trois princes. Que doit-on penser de celui qui put se llatter un instant de monter sur le trône de France ; qui rêva le royaume des Alpes, et eut la pensée de reprendre Genève aux Protestants, l’ile de Chypre aux Turcs, Gênes aux républicains, le royaume de Portugal à l’Espagne, l’Espagne ellemême à la Maison d’Autriche ; qui disputa l’empire à Ferdinand et lui ravit un instant la Bohème ; qui, se passionnant trop tard pour les libertés italiennes, convoita la pourpre cardinalice pour se faire pape 1 et jouer le rôle d’un Félix V moins irrésolu, d’un Pie V plus heureux ou d’un Clément VIII plus hardi; qui, enfin, vit briller à ses yeux les couronnes de Lombardie, de Ligurie, de Corse, et ne succomba épuisé, trahi, serrant d’une main convulsive son impuissante épée, que lorsqu’il eut fatigué son peuple à le suivre, et l’Europe à le détester!
il ne fit un voyage ou ne partit pour l'armée sans emporter des livres.
1 Voir l’abbé Vilt. Siri. — (Memorie recondile. 1 et 111). — Muratori. (Annali dllalia II. — eomte de Salaces. ( Hist . mijil. III.), et surtout : AR. CII. C. Comptes des trésoriers généraux et des contrôleurs des guerres. (Missions d'Allemagne ; secours aux Bohèmes ; etc.)
Victor-Amédée ‘ , retranché à Savillan , ne put résister aux attaques simultanées des Génois et de trois armées françaises qui, menaçant Turin2, le forcent à s’y jeter et le coupent des Impériaux. La diète de Ratisbonne amène la trêve de Riva ; mais, en Allemagne comme en Italie, les efforts de Richelieu sont compromis par l’impatience des armées. L’armistice expirait le 26 octobre ; les armées combinées se seraient heurtées sous les murs de Casai sans l’intervention chevaleresque d'il signor Giulo Mazarini, comme on disait alors, les arrêtant d’un coup de chapeau, au péril de sa vie. La peste de Turin, la maladie de Louis XIII à Lyon, puis la journée des dupes (Tl novembre 1Ô30) retardèrent l’issue des conférences. L’énergique main de Richelieu réussit enfin à briser la coalition; en Autriche, le capucin Joseph décide l’empereur à reconnaître le duc de Nevers comme héritier du Mantouan et du Montferrat et signe avec Gustave-Adolphe le traité qui livre l'Allemagne au héros du Nord (Berwald, janvier 1631); en Italie, l’abbate Mazarini rédige la convention de Gherasco (6 avril) qui rouvre aux Français, par la remise de Pignerol, cette porte que leur avait fermée le traité de Lyon; Casai et Chambéry sont restitués.
Depuis cinquante ans, la Savoie ne respirait plus ; il lui sembla renaître avec la paix de Cherasco et le printemps de 1631 .
1 Né à Turin, le 8 mai 158” ; son frère ainé, Philibert, mourut en Espagne en 1605.
* Le maréchal de Schomberg força les redoutes d'Aveillaue, défendues par un gentilhomme de Savoie, M. do Manuel, qui résista, derrière des épaulements de terre, à neuf jours de tranchée ouverte.