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en 1624; saint François de Sales en 1622; révêque de Maurienne, Philibert Milliet, et le
S résident Favre, les deux plus intimes confients des desseins du prince depuis 1590, en 1624; Belli, Negroni, Morozzo avaient aussi disparu. On retrouve des ministres; mais ce qu'on ne peut remplacer, ce sont les convictions qui se modifient, les intérêts qui se déplacent, les sympathies qui s'évanouissent.
L'esprit d'une époque ne se devine point à travers la simplicité méthodique d'un résumé d'histoire. Rien de plus dangereux que la grande illusion des faits accomplis si l'on n'étudie pas leurs origines. On trompe plus malaisément les peuples que les individus; mais, les motifs, saisissantes de près, perdent souvent leur importance réelle par l'eloignement; la vérité n'est donc qu à demi dans 1 histoire publique; il la faut rechercher tout entière dans l'intimité des hommes et dans la substance des faits. Les esprits qui s'épuisent en combinaisons compliquées et dont le défaut capital est un excès de finesse se trouvent désarmés à certaines heures. Il y a des crises imprévues où là diplomatie impuissante voit se briser tous ses fils; les petits pièges préparés de longue main, les subtiles trames, les ressources vieillies d'une politique dissimulée, ne servent à rien quand un acte décisif s'empare de l'histoire et que la logique, un instant, gouverne le monde. Il est des époques où la foule qui s'ameute sur les places a plus de clairvoyance que les hommes d'Etat, et devine en se jouant les diplomaties souterraines. Les bourgeois de Turin, les citoyens de Genève, les magistrats de Chambéry avait depuis longtemps de9 crain-
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tes communes et redoutaient, pour des motifs différents, le sort que la politique réservait à la région des Alpes.
Parmi tous ceux qui servirent le duc Charles-Emmanuel , deux hommes sont restés po~
frulaires: Antoine Favre et François de Sales, ls résument, dans l'opinion, le double aspect, religieux et positif, du caractère savoyen. Ils étaient pour le cabinet de Turin un mobile et puissant levier qui, tour à tour, maintenait ou agitait la Savoie. Ils jouèrent dans ce pays, et même au dehors, un rôle considérable; ils y façonnèrent l'esprit public ; ils y laissèrent des traces profondes; à tous ces titres, leur portrait doit se détacher en saillie de cette période compliquée qui s'étend du traité de Venins à la convention de Cherasco.
En 1601 , René de Lucinge avait tout quitté plutôt que de servir d'instrument à des faussetés calculées. Un homme d'esprit, préparé, aux intrigues de cour par l'étude des arguties juridiques, le remplaça dans la confiance du prince et demeura, pendant plus de trente années, l'arbitre des affaires intérieures de la Savoie. Charles-Emmanuel aimait qu'on lût heureux et qu'on ne s'embarrassât pas de scrupules; Antoine Favre répondit à son espérance.
Né français 1 , Antoine Favre n'adopta pas la
1 \ Bourg, le 4 octobre 1557, deux ans avant que la Bresse fit de nouveau partie des Etats des ducs de Savoie. 11 étudia à Paris, chez les Jésuites, dont il resta l'élève toute sa vie. 11 fit, en 1606, l'apologie enthousiaste de cette compagnie : Tantosque socielatis Jesa patres quibus nihil œtas nostra tulit feretque eruditiàs, aut religiosiùs, nihil deniquc loti chrisiianœ reipublitce in tantâ seculi infelicitate utiltùï {Codex. 1072). Président du Sénat dès 1610, il mourut à Chambéry le 1er mars 1624. Sauf certaines petitesses de caractère et de singuliers
Savoie qui fit sa fortune et fut, avant tout, l'ami du prince. Ce jeune ambitieux se révèle, au sortir' des bancs, par la publication de ses Conjectures où, hardi novateur, il bat en brèche la routine, raille les commentateurs et oppose la grande loi romaine à leurs minuties. Ce coup de cymbale retentit dans toutes les écoles, et l'on crut que l'audace du jeune avocat présageait un de ces rares génies que se disputent les siècles. Il a du sang aux ongles! s'ecria Cujas. Dixhuit ans plus tard (1598), Favre compléta son •livre de l580 par un réquisitoire contre les Erreurs des praticiens1. Il venait de rencontrer François de Sales ; il fit de cette àme ingénue l'instrument de sa fortune. Ah ! c'est maint e-
1596 en Piémont, qu'il fera bon estre de vos amis d qui en voudra avoir à Rome et à Turin * ! L'amitié de Févèque de Genève a jeté sur le président Favre un si singulier éclat que les fautes du politique sont comme effacées par les vertus du Saint. Dans cette association inégale
procès, on a peu de détails authentiques sur sa vie privée qui parait austère. Il se maria deux fois ; les plus connus de ses enfants sont le grammairien Vaugelas, et Jacqueline, Mère de la Visitation.
1 Les docteurs gaspillaient leur science à traiter des thèses sottes ou immorales. Cœpola imagina la cautèle pour %e libérer de cent ducats en donnant trois écus, et le piémontais Fcrratius a publié celle pour dire impunément des injures.
2 Lettres inédiles de saint François de Sales. Tome I, 172. Si l'on compare la figure blanche, souriante et blonde de l'évèque, dans tous ses portraits, à la t<Hc osseuse, au visage amaigri, rreusé, fuyant, morose et railleur du magistrat (splendidc bronze de M. Guraery), cette débonnaireté expansive à eette fausse humilité (Voir son épitre dédicatoire des Erreurs des Praticiens et sa lettre au duc sur l'entrée à Paris), on devine, sans efforts, lequel de ces deux hommes a été la dupe de l'autre.
nant, écrivait-il au Saint
de
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où François de Sales mettait tout son cœur, Antoine Favre n'apporta que des calculs. Doué de qualités éminentes, mais faisant bon marché de ces conventions sociales du vice et de la vertu qui ne sont, à ses yeux, que le frein des âmes vulgaires, Favre trouvait dans les duplicités de Charles-Emmanuel, dans l'état embarrassé de . la Savoie, dans les désordres de l'Europe, remploi d'un goût décidé pour l'intrigue, d'une apparente franchise, d'un esprit délié, subtil, d une passion du commandement que contrariait sa cauteleuse prudence ; il était de ces • riches, déguisés en pauvres, qui sacrifient l'éclat du pouvoir pour mieux s'assurer la satisfaction de tout secrètement conduire.
Tour à tour magistrat, ambassadeur, intendant, et presque général d'armée, Antoine Favre réussit dans la plupart de ses entreprises. La conversion du Chablais, les ambassades de Home et de Paris, la publication de deux ouvrages considérables sur le Droit romain 1 , lui firent une réputation d'homme universel à laquelle son Code2 mit le sceau. Ce n'est, à vrai dire, que le Recueil raisonné des arrêts du Sénat de Savoie pendant une période de dix ans ; on fait honneur au seul Favre de ce travail de patience ; ce fut l'œuvre collective et souvent anonyme de ses collègues1. La défense de motiver les
' Rafionalia in Pandectas. (Genève. 1004). — Papinianeœ jurisprudentiœ scientia (Lyon, 1607),
2 Codex Fabrianus. Genève et Lyon, 1606. — In codicc, dr Joseph Aurcl eu parlant de Favre, quantù sui dissimilior, tantb $e ipse melior fResp.juri$c,Q3). Les travaux de Favre firront, de la part do ses contemporains, l'objet de violentes critiques.
3 En particulier de son savant et modeste collaborateur, l'an' rien commissaire des guerres Portier de Bellair. 11 faut citer»
arrêts dépaysait la jurisprudence ; Favre transformant ces motifs en commentaires, révéla par ce tour habile, aux juges inférieurs et aux avocats, sans violer la loi, les secrets de la cour suprême. La hardiesse qui le lit ainsi déroger aux traditions, la méthode qui groupa ces milliers de sentences par nature, l'originalité de quelques aperçus, la nouveauté de certains rapprochements, telle est la part personnelle de Favre dans ce soi-disant code. 11 rendit, toutefois, un immense service aux jurisconsultes et ouvrit une voie nouvelle à l'esprit d'analyse. Mais ce recueil ne possède ni les grandes vues juridiques proclamées, en 4564, par Dumoulin dans la Révision de la coutume de Paris, ni ces rapprochements de l'histoire avec la législation, qui jettent de si vives lumières sur l'étude du droit et qu'avait imaginés F. Hotman, en 1574, dans le Franco-Gallia ; quant à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Guy-Coquille l'avait traitée, en 1591, avec plus de vigueur et de sincérité, dans son livre des Libertés de l'Eglise de France. Au point de vue spécial du sens légal et du progrès pratique, le Code Fabrien est beaucoup au-dessous de la Révision des coutumes d'Aoste par le sénateur Gotofred Ginod (4572 à 4586); livre inconnu, et qu'on ne peut lire sans surprise, tant on y rencontre de clarté, de prudence et de large équité :
Les œuvres du président Favre ont été tant
parmi les émules du président Favre, les savoyens Jean Milles, Charles Baptendier (1559), Guillaume d'Oncieu (1584), François Berliet(1589\ Godefroy de Bavoz (1607), Antoine de Charpêne (1615), etc.
Jlabent sua fata lihelli !
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louées, et par de si excellents esprits1, que je suis à l'aise pour signaler ce qui leur manque. Travailleur infatigable, possédant à fond les textes, Favre perdit dans fétude de la chicane la verdeur d'allures, la vivacité de jugement qui, à sou début, firent le succès des Conjectures ; il est ingénieux et disert, mais souvent banal dans l'expression, et sans élévation dans la pensée. La morale de sa vie se résume dans l'épigraphe du Code : Quod tibi fieri non vis, alteri non feceris; c'est le droit exclusif, inerte du rhéteur antique ; ce n'est point cette sympathie active, cette charité agissante qu'on devaitattendre de l'ami de saint François de Sales. L'essentiel pour lui, c'est de réussir, et, s'il échoue, de n'être pris ni pour un coupable ni surtout pour une dupe. Ses opinions politiques se marquent dans l'esprit qui dicta ses livres. Au libre examen du droit romain parCujas, Pithou, Godefroy, à la synthèse des coutumes par Alciat, Estienne Pasquier, Poyet, Dumoulin, Ginod, Favre oppose le texte impératif des lois impériales, qui font du prince le centre d'où tout émane, où tout revient ; il supprime d'un trait de plume les libertés du moyen-âge, les conquêtes du tiers-état, et se retrouve, sans effort, aux temps où César-Auguste était à la fois tribun, consul, censeur et pontife.
On n'a point, que je sache, suspecté la fidélité d'Antoine Favre ; mais il mettait celle des autres à de rudes épreuves. Il avait, un peu partout, des espions intelligents qui le prévenaient aussi-
1 Le sénateur Àvct a publié, en 1824, un éloge hist. du prêt. Favre où il 9'écrie : « Puisse cet essai faire germer dans les caurs l'amour des sublimes vertus dont Favre offrit le plus parfait modèle l »
tôt de tous les accidents ou propos d'importance1; il s'empressait de les résumer et d'en faire part au duc Charles dans des lettres curieuses -, où le verbiage n'exclut pas la finesse, et qui révèlent l'homme tout entier. L'ambassadeur de France traverse Chambéry ; Favre le traite magnifiquement (il a soin d'indiquer au duc le chiffre de sa dépense) ; il n'en peut rien apprendre. En désespoir de cause, il le met entre les mains de son ami le bon père Recteur des Jésuites qui, tout en lui montrant son église, lui tira des lèvres ccrtaùies choses dont il fît le mémoire que je dépesche cy après tout au long. En juillet 1010, les Espagnols, cantonnés h Rumilly et à Faverges, donnaient des inquiétudes aux habitants, ne craignant pas de dirè, qu'au départ, ils secoueroient les bourses des dix ou douze plus riches de la ville. Les querelles étaient fréquentes ; les soldats allaient criant partout que les Savoyens étoient atissi Luthériens que ceux de Genève et que le duc étoit uv traître. Après le fameux : Impâta ! d'Annecy :î, Favre ne parut point fâché d'un tumulte qui,
1 « Un gentilhomme mien amy, et qui me favorise en ce lieu d'avoir l'œil aux affaires du monde pour m'en donner advis pour le service de V. A. » (Lettre publiée dan» YHist. du Sénat. Tome I. page C79.) — Taisand (Vie des Jurisconsultes) rapporte que Favre envoyait souvent à Turin jusqu'à trois et quatre courriers par jour chargés d'informations et d'avis.
* On conserve aux Archives de cour à Turin, une centaine de ces lettres inédites ; correspondance politique du président avec le prince. Leur publication intégrale modifiernit profondément l'opinion qu'on s'est faite sur cet habile homme, qui a eu le rare bonheur de réussir jusqu'après sa mort.
3 Je laisse à de plus heureux que moi le plaisir de déterminer, avec une entière certitude, la date et les détails de ces Matines savoyennes, dont les Génois devaient imiter, en 1746, Ja sauvage énergie.
écrivait-il au duc, donnera de garde aux gens d'armerie de trop faire les maislres hors du pays et aussy a quitté V. A. de ses plus turbulents subjects. Hector Millict, Janus d'Oncieu, Antoine Gaud ou Jacques Salteur, ses futurs collègues, auraient vu les choses de plus haut.
Le^ baron de Péroges croyait trop à la puissance du prince , et pas assez à celle des lois ; il ne pressentait pas qu'une heure vient où les mœurs et les intérêts échappent à cette discipline plus capricieuse qu énergique qui, née de l'arbitraire, disparait dans la désuétude. Resté légiste dans la politique , Favre plaidait une ambassade comme il aurait fait d'un proces , ses dépêches diplomatiques sont des mémoires à consulter, où les exceptions dilatoires suppléent aux bonnes raisons et les faux-fuyant aux principes. Gouverneur de Savoie, il n'y prit d'autre initiative que d'expédier sans cesse à Turin des courriers chargés de rapports de police; ambitieux, il voulut se hausser jusqu'au pouvoir et ménagea tout le monde pour ne point s'exposer à brusquer les futurs favoris du hasard ; honnête soit , mais de cette moralité douteuse qu'on ne peut surprendre et qui cependant inquiète. On devine je ne sais quelle dissonnance entre la valeur réelle de cet homme et le rôle important que les circonstances lui valurent; ce fut un donneur d'avis, jamais un homme d'Etat. Avec plus de fierté dans l'âme et moins de paresse de cœur , s'il n'avait pas toujours dissimulé son opinion derrière la volonté du prince et dérobé l'initiative du ministre sous la servilité du sujet, Favre aurait pu jouer, en Savoie, le rôle d'un marquis de Pomfaal ou d'un Olivarès. Mais nul ne poussa aussi
loin le grand art de n'être pas responsable ; Sut quàm vcritatis àmantior1, il n'était point de taille à assumer ces lourdes charges de périls et de gloires; ses succès eux-mêmes manquent d'idéal, et il faut quelque grandeur jusque dans le positif de la vie. Si les arrêts du Sénat avaient moins souvent cité les définitions du président Favre, qui se souviendrait du baron de Péroges?
François de Sales possédait tout ce qui manquait à son adroit ami : la fierté de race qui se traduit par une confiance touchante ou par de virils éclats; la fermeté vis-à-vis du prince, et cette recherche d'exquise et agissante bonté qui ennoblit jusqu'aux moindres détails de sa vie. Né * d'un père qui voulait faire de lui un courtisan et d'une mère qui souhaitait le voir évêque, François de Sales étudia à Paris, y lut les premiers livres des Essais, desséchants de froide logique, s'y réchauffa le cœur aux harangues de M. de Thou, revint en Savoie où, comme plus tard Joseph de Maistre, il sentit le vide de la vie à la mode et Y énorme poids du rien, reprit ses études à Padoue, et s'y attacha aux séduisantes et persuasives doctrines des PP. Possevino et Scupoli, beaucoup plus qu'aux abstraites leçons de Pancirolo. Jeune, beau, appartenant par ses alliances de famille à la meilleure noblesse de Savoie, possédant une aptitude singulière pour la controverse, il avait surtout une éloquence naturelle, abondante,
1 Selon le mot piquant de Joseph Aurel (Resp. Jurisc.J
* Le 21 août 1567, au château, de Sales, près d'Annecy ; prêtre en 1593, évêque le 8 décembre 1602, François de Sales mourut h Lyon le 28 décembre 1G22. Il fut béatifie par Alexandre VII le 28 décembre 1601, et canonisé en 1666.
qui jaillissait sans effort d'un cœur ingénu. Les grâces un peu efféminées de son langage étaient alors l'image de son caractère, doucement passionné , saintement enthousiaste , mais prêt à suivre l'impulsion d'autrui et cherchant la voie la plus rude, la plus abrupte, la plus dédaignée, pour y servir Dieu humblement. Ce jeune homme sensible, confiant et bon, parut à ses maîtres réunir les qualités acquises et les séductions innées qu'on trouve toutes rarement à ce degré dans le même homme. Son ingénuité ne s'émut, en effet, d'aucune combinaison; il accepta, comme autant d'ordres de la Providence, les hasards concertés par ceux qui disposaient de sa personne.
Nommé prévôt du Chapitre, de Genève (mai 1 503) , il fonde à Annecy la Confrérie des pénitents du très saint crucifix, puis, passionné d'apostolat, il part pour le Chablais (9 septembre 4504), suivi d'une seule personne, à pied, sans autres armes que trois livres. C'est l'acte héroïque de sa vie. Il croyait aller au martyre, et ne se savait pas soutenu par les protections puissantes dont il était l'instrument. Les fatigues et les périls de cette mission de trois ans sont dignes des confesseurs d'outre-mer ; mais l'apostolat allait faire place aux manœuvres indécentes de la politique. François osait dire : Qui presche avec amour presche assez contre les hérétiques, quoiqu'il ne prononce pas un seul mot ae dispute contre eux. Les Capucins 1 , les magistrats et le duc ne pensaient pas de même; CBes hommes con-
1 Histoires des missions des pères capucins de Savoye, d'après les Mss. de 1657 et de 1680.
vaincus, capables de croyances fortes (je parle des premiers), mettaient au service de leur, foi la passion froide, l'obstination intraitable du caractère savoyen. Ils s'engagent dans la lutte contre l'hérésie pour satisfaire leur propre austérité ; la politique utilise leur sincérité brutale, leur ferveur impitoyable; le coup d'Etat de Thonon (4598) brise les dernières résistances, et le Chablais fut converti 1 . La renommée de François de Sales sortait pure de ces violences aue sa vertu semblait rendre impossibles. Le duc le séduisit par sa bonne grâce et des promesses pour le bien public, et le Saint, car vraiment il méritait déjà ce nom, put écrire à Clément VIII une lettre enthousiaste où il vantait la piété du prince, sa foi vive , ses efforts pour déraciner l'hérésie, et qu'il terminait par ce cri digne du Cantique des cantiques : « Le chant de V Eglise retentit de toutes parts comme la voix de la tourterelle, et nos vignes, renouvelées et reflorissantes, répandent une odeur, qui charme et qui pacifie, »
Le 14 décembre 4602, il prend possession, à Annecy, du siège épiscopal de Genève, et, malgré la pénurie de ses ressources 2 , réussit, en peu d'années, à rebâtir les églises brû-
• Voir ci-dessus, chapitre V, page 189 ci suivantes.
* Il avait mille éeus d'or de revenu, dont il ne lui restait que 700 ducatons (de 3 fr. 45 l'un pour ses dépense» personnelles. Sa simplicité de mœurs était communicative ; ses fille* de la Visitation n'auraient pas diné. le jour de leur entrée dans leur premier couvent, sans l'aumône d'un voisin. — La baronne de Bonvillars légua sa fortune à l'Ordre naissant. Les héritiers voulurent plaider. Le saint évéque, résistant cette fois aux conseils d'Antoine Favre, céda tout : Ne voulant pas que ses abeilles allassent débattre avec les fjurmis ménagères Us 6f>«* de ce monde. L'exemple est rare dans l'histoire dos couvents.
lées par les Bernois, à couvrir son diocèse d'établissements de propagande ou de charité1. Son zèle pour la discipline lui fit imposer la règle, non sans péril, à l'abbaye de bixt, à celle d'Abondance, et réussir dans la réforme des religieux de Talloires; on ne rencontre , pendant les vingt ans de son épiscopat, qu'un seul conflit avec l'autorité civile*. 11 apporlait, dans toutes les choses de la religion , l'ardeur passionnée d'un abbé de Rancé sans y mêler l'austérité sombre de l'abbé de Saint-Cyran 3 ; sa nature, obstinée dans la charité, l'éloignait de l'àpreté mystique du Jansénisme autant
1 La Sainte-Maison de Thonon, dont la bullo de fondation fut obtenue par le P. Chérubin (15 septembre 1599;, et que dota richement le duc, parte dans ses statuts l'empreinte de l'esprit de prévoyance et de charité de saint François de Sales. Cet établissement, qui participait à la fois du couvent, du séminaire, de l'école, de l'atelier et de l'hospice, comprenait ; une congrégation de huit prêtres séculiers ; une mission de capucins pour la propagation de 1? foi dans le bassin du Léman, (type de la vaste congrégation érigée, le 22 juin 1622, par Grégoire XV); un collège pour des leçons de belles-lettres; un séminaire pour le noviciat des prêtres ; des cours publics de théologie, de droit civil et de médecine ; une Auberge de vertu ou maison des arts avec des ateliers pour former des apprentis et des ouvriers de divers métiers : une maison de refuge pour recevoir les pauvres convertis et les catéchumènes ; un hospice pour les malades et les vieillards. — Le 31 juillet 1601, le duc admit la bulle de 1599 ; le 2 février 1602, il donna pleins pouvoirs au P. Chérubin d'organiser la Sainte-Maison ; le président de Bavoz mit les Capucins en possession, le 24 mai suivant, des terres, biens, revenus et privilèges qui leur avaient été concédés par lettres-patentes données à Turin le 4 janvier 1602 (\rchives du Sénat).
* A propos d'un monitoire qu'il refusa do publier malgré l'ordre du Sénat ; s* foi évangélique répugnait à l'usage de ce moyen brutal d'utiliser la conscience du chrétien au service d'intérêts matériels et privés.
1 Voir, pour les relations de saint François de Sales avec Port-Royal, l'Histoire de M. Sainte-Beuve. (Tome 1. 917 à 303.
qu'elle le séparait des àpretés sensuelles ou fanatiques des moines de Savoie. En 1607, le P. Chérubin le dénonça à Rome comme perdant son temps à con fesser les dévotes, à échanger avec elles des lettres mielleuses, au lieu d'écraser l'hérésie*. Les femmes furent, en effet, la grande préoccupation de sa vie ; il ne voyait qu en elles le salut de mœurs fort compromises et le réveil d'une société frivole; le souvenir de sa mère y ajoutait le sentiment d'un devoir. A dater de 1604, il échange avec M,,,c de Chantai cette correspondance pathétique qui fait penser à Mmc Sw etchine ; en 1605, il écrit pour Mme de Charmoisy Y Introduction à lavie dévote.
Peu de traits suffisent à peindre cet esprit amoureux de poésie et tout pénétré de mansuétude. En 1599, fort malade et croyant qu'il allait mourir, il demande les musiciens de la cathédrale et fait chanter à demi-voix l'hymne de sainte Madeleine (Ardens est cor meum}, et le psaume qui commence par cet élan sublime : Comme le cerf altère brame après Veau des fontaines! Est-il dans l'antiquité un tableau plus touchant que celui de cet homme de bien prêt à s'endormir dans le baiser du Seigneur, au bruit des voix alternées, au son des instruments? Comparez à cette sereine préparation à la mort les scènes les plus vantées par les rhéteurs : Socrate laissant pour adieu à la terre une épieramme de mauvais goût, Caton, l'ironie du aoute,Brutus,une insulte à la vertu.
Dur à lui-même * , facile à autrui , le saint
1 Vie de saint François de Sales. Tome Ier, page 583. — Voir aussi les lettres de M"* de Chantai.
* /"Règlement de vie de l'évêqne de Genève Opuscules. £42>>.
évêque consolait ainsi une pénitente qui se repentait tous les mois : Je vois bien, ma chère fille, que vous n'irez jamais d Dieu tout droit; vous n'y arriverez qu'en passant par les créatures. Sa douceur évangélique n'excluait pas, à l'occasion, une fermeté réfléchie. Il devinait les infinies bontés de la Providence et y engageait les âmes tendres; avec les hommes, il était moins accommodant et ne transigeait pas sur Thonneur. Servez Dieu payement et en liberté d'esprit, disait-il à une dame; il importe infiniment de se faire connoistre de bonne heure tel qu'on veut estre toujours, écrivait-il à un homme de cour En 1603, malgré sa tolérance des habitudes mondaines, il supprima dans la société d'Annecy l'usage, importé d'Angleterre, de fêter la Saint- Valentin par des badinages qui dégénéraient souvent en scandales.
L'influence que F évoque de Genève exerça, au XVIP siècle, par sa doctrine et ses écrits, fut immense et durable. Saint François de Sales a produit beaucoup et sans effort; l'oranger de la Florimontane est son emblème ; des fleurs et des fruits à la fois, de la douceur, de la grâce, la saveur du miel, toutes les séductions. Il résume, en leur donnant un cachet personnel de caressante sagacité, la gravité d'Amyot, l'imprévu, le naturel de Montaigne, qu'il aimait à citer quoyque laïc, et quelque peu la bizarrerie de Ronsard. Aussi clair, aussi simple que son contemporain Malherbe, il ne sut pas, comme lui, réprimer l'abus de l'érudition, et ce flot ondoyant de métaphores et de figures où se per-
1 Œuvres. Êdit. de Paris. 1609, tome.l. 1050 et 1085. — Vie de saint François, tome I. 41X.
dent ses plus tendres harmonies, ses plus sublimes méditations. Il participe de Claude de Seyssel dont il a le trait, de Claude de Buttet qui lui légua le sentiment passionné de la nature, de l'abbé des Portes dont il surprit la poétique capricieusement délicate. En religion, il ouvre la voie large et la parfume dès Ventrée; en littérature, il met la plume aux mains des femmes par ces milliers de lettres, et ces livres pleins d onction où il traduit si complaisamment aux âmes tendres un monde idéal fait de soumission et /le joie, où il transporte dans les sentiments le charme voilé, attiédi des lacs de Savoie, la senteur résineuse et vivifiante des forêts de sapins, les éclats de lumière des hautes cimes. LdLPhilothée,le Théotime lus partout, ses lettres qui passaient de cercle en cercle, eurent une action très énergique sur l'esprit des femmes de ce temps, si mêlées à la politique et aux affaires. Balzac et Voiture lui empruntèrent leurs qualités les plus heureuses; mais sa merveilleuse abondance , ses badinages persuasifs devinrent des fautes sous leur plume. Chez ses disciples directs, l'évêque Pierre Camus, le marquis d'Urfé , le P. de La Rivière , Nicolas de Hauteville et beaucoup d'autres, la délicatesse est efféminée et la logique subtile, l'idéal s'est voilé de brouillards ultra-mystiques; un parti pris de raffiner sur tout a changé en idées vagues, en réflexions abstraites, en leçons tâtonnantes les simples vérités que le maître traduisait avec bonheur et clarté.
François de Sales se piquait peu de politique. Il disait à Henri IV : Je ne suis pas assez intelligent (ou dissimulé) dans les affaires de V Estai pour m 'en mesler. Plus tard , il écrivait au duc
de Savoie : Les affaires d'Estat ne sont pas de mon goust ; je n'en parle qu'à contre-cœur et je n'y pense qu'involontairement \ Aussi je ne le crois pas l'auteur des requêtes, si minutieusement détaillées, présentées à Turin pour sévir contre les Calvinistes du Chablais ; j y retrouve les précautions de style et de procédure du président Favre, cet ami d' eoopérience que le prince impose à l'apôtre, et qui cherche le défaut de la cuirasse, chez ses adversaires, parmi les plus mauvais côtés du cœur humain. — C'est grand cas combien la commodité de la vie a de pouvoir sur les hommes, écrivait François au duc, le 7 avril 4595; et il ajoutait avec une nuance de tristesse : 1/ ne faut pas penser d'apporter aucun remède à cela. Le mémoire de 1594, les lettres administratives de 1598, 1600, 1601 2 ne sont plus dans ce ton ; le Saint, à cette date et pour ces occasions, écrivait sous la dictée de l'homme d'affaires. Malgré l'àpreté du sujet, le charme du style y trahit son âme, comme dans le Mémoire contre Genève; après les attaques les plus vives, les termes les plus acerbes , il s'écrie , par un retour de charité : Mais ce n'est n'y de mon gibier ny de mon humeur.
Charles- Emmanuel abusa pourtant de son désintéressement et de sa grande réputation; il ne cessa d'envoyer en ambassade ce prélat dont la loyauté proverbiale couvrait, sans qu'il s'en doutât, les manœuvres d'agent secrets. A
1 Lettres, touie 1" ir" 19 et 185. — Vie de saint François par le curé de Saint-Sulpice. I. 405.
* Lettres inédites publiées par M. Dalla. Tome l. pages 128, 170 et 247.
Rome, en 1599, à Paris, en 1602, 1608 et 1619, comme à Thonon en 1597 , partout François de Sales est précédé ou accompagné par Antoine Favre qui, près de lui, joue le rôle actif. Il ne fut point, cependant, à l'abri des soupçons dont le duc poursuivait ses plus fidèles serviteurs; une candeur aussi juvénile parut inquiétante ; on lui lit un crime de ses succès à la cour de France et des relations qu'il y conserva; on lui refusa d'aller prêcher à Dijon, on le fit épier dans ses voyages au pays de Gex1 et à Grenoble2; il fut obligé de se défendre de calomnies incessantes, et il le fit dans une lettre du 8 mars 1616, très belle et très ferme. Ce sont les petites persécutions comme les grandes qui font les vrais apôtres 3. Le duc Charles-Emmanuel avait sur la liberté de l'Eglise et sur le rôle de l'épiscopat les idées
3ue Victor-Amédée II mit plus tard en pratique ans ses Etats, à l'exemple de Louis XIV, ne dégageant les prélats de l'obéissance due à Rome que pour leur infliger, au profit personnel du prince, la double servitude du temporel et du spirituel. Mais François de Sales n'eut pas été de l'humeur de Bossuet.
L'établissement compliqué fondé à Thonon, sous le nom de Sainte-Maison , ne produisait pas tous les résultats qu'on en avait espérés, surtout au point de vue de l'enseignement pro-
f L'évôquo de Genève avait des relations d'affaires, pour les paroisses du pays de Gex qui dépendaient de son diocèse, avec les Etats de Bourgogne, le baron de Lux et d'antres seigneurs français influents.
* Où il prêcha deux fois l'avent et le carême (1616— 1617 et 1617 — 1618).
' Lire la lettre qu'il écrivit à Mm« de Chantai le 6 sept. 1607.
fessionnel des lettres et des arts. Vers 1607, François de Sales et son ami Antoine Favre eurent l'idée de réunir sous leur influence, dans la ville d'Annecy, les lettrés et les savants du pays, autour desquels on grouperait les hommes intelligents du tiers-état; c est la plus pratique, la plus originale et la moins connue des fondations du saint évêque. V Académie florimontane reçut pour emblème un oranger chargé de fruits et de fleurs: souriante image, mais qui semble dépaysée au flanc des Alpes ; les châtaigniers du Faucigny, les noyers superbes du Chablais, arbres utiles et robustes, auraient mieux symbolisé peut-être l'esprit pratique de l'institution. L'Académie a pour objet la gloire de Dieu et le service des princes, disent les statuts1; le bien public vient ensuite. Les idées du saint évêque sur l'aumône et la visite des pauvres, la déviation qu'on imposa à la règle des Visitandines , permettent de croire que, dans sa pensée, l'enseignement libre des adultes devait être le corollaire de l'éducation des enfants dans la famille et du rôle considérable qu'il attribuait anx femmes. Le bien public se confondait, dans cette belle âme , avec l'amour de Dieu et le respect du prince. L'Académie délia Crusca existait à Florence depuis 4582; on lui a comparé l'Académie d'Annecy; mais cette dernière société n'avait avec elle qu'une apparente similitude. Ses statuts renferment une disposition neuve, utile, et qui aurait pu modifier, dans cette compagnie, la stérilité
f Finis Aeademiœ virlutum omnium exercitium esto » suprema Dei gloria, sereniss. principum obsequium et utilitas publiea. ("Œuvres de saint François de Sales» — Edit. de Didot. Chap. XIV, page 437.)
habituelle de ces sortes de cénacles. 11 s'agissait de l'enseignement public et gratuit des langues, et surtout de la française *, des mathématiques, des arts appliqués , et des lois. On convoquait aux assemblées générales peintres, sculpteurs, architectes, artisans, et quiconque voulait secouer l 'oisiveté d'Annecy ou perfectionner ses études ; les membres de l'Académie traitaient, à tour de rôle, un sujet annoncé d'avance; des affiches indiquaient la matière, le lieu et l'heure des leçons ou lectures. C'étaient, on le voit, des conférences publiques, semblables à celles que donnait Platon dans les jardins d'Académus, plutôt que de stériles dissertations dans un cercle de littérateurs comme on le lit au début de la Société del Cimento à Florence (1657), de celle des Arcades à Rome (1690), de l'Institut de Bologne (1690), ou de la Philosophical society d'Oxford (1645). On peut aussi comparer cet essai d'enseignement supérieur, religieux, littéraire et scientifique, aux grandes écoles d'Allemagne, analogues ellesmêmes à nos Facultés, et qui ne sont qu'une faible imitation de l'enseignement public au moyen-âge. Les professeurs de l'Académie d'Annecy avaient mission d'enseigner bien, beaucoup et en peu de temps. Cet article du règlement était d'une pratique trop malaisée pour ne pas tomber en désuétude; et l'Académie florimontane ne fit ni plus ni mieux que ses sœurs de pro-
1 Le développement du génie et de l'esprit français, éminemment logique et vulgarisateur, est le but vers lequel tout converge dans ce plan d'éludes. Quant aux sciences appliquées, l'idée sera reprise par les pères de l'Oratoire, en 1639, dans leur collège deJuilly.et, en 1040, par les solitaires de Port- Hoyal pour leurs petites écoles.
vince dont Voltaire écrivit l'histoire en treize mots. La Compagnie s'établit de la sorte, dit un des biographes de saint François de Sales \ et le prélat en tira tous les avantages qu'il s'étoit proposés. Mais les travaux de la Société sont perdus. Il serait intéressant de retrouver la liste clés fondateurs, celle des conférences, le choix des sujets, et d'étudier si cette institution, à deux pas du centre intelligent et du foyer de Genève 2 , n'avait pas une haute portée politique. Un éminent critique, familier avec tous ces délicats problèmes de l'érudition, pense que, dès 1610, au départ d'Antoine Favre, l'Académie ralentit ses réunions et que la mort de l'évêque, en 1622, lui causa un dernier préjudice, si toutefois à cette époque elle subsistait encore1.
L'opposition que l'évêque de Genève rencontra, chaque fois qu'il osa heurter les préjugés du siècle, est une marque de la pureté de ses vues, de la droiture de son cœur. Il scandalisait les Capucins par la façon dout il comprenait la conversion du Chablais; il scandalisait
1 Marsoiiicr. Tome î, page 433. Edit. Didot.
* Où il y avait toujours des catholiques, surtout parmi le peuple , où les capucins recevaient d'abondantes aumônes ; etc.
3 Sainte-Beuve. Hist. de Port-Royal. I. 270. Edit. de 1867. Trente ans plus tard, Richelieu créait l'Académie française qui procède des Académies italiennes, provençales et languedociennes, comme l'attestent les titres de son établissement. Vaugelas y apporta peut-être le souvenir de ce prélude d'Annecy ; mais avec le scrupule excessif du grammairien plutôt que par les grâces familières et les libertés heureuses de ce style à la bonne et fine fleur gauloise, dont son enfance avait dû être nourrie. Henri de Savoie, duc de Nemours et Suzerain du Genevois, accepta le titre de prince de l'Académie flonmontane ; Charles-Emmanuel en approuvait les statuts à la condition que le choix des membres fût soumis à son contrôle.
le prince par Fessai des écoles d'adultes dont F Académie florimontane était le prétexte; il scandalisa l'épiscopat par sa tentative de réforme des couvents de femmes. Le courant d'idées du siècle, les débats religieux, la tournure d'esprit des gens du monde, les mœurs, la législation, tout se réunissait pour contredire et contrarier les instincts de nouveauté de i'apôtre. Dans la défaillance de la foi, dans le renouvellement des intérêts politiques , il fallait qu'à défaut de principes admis sans conteste, le frein du passé retînt le présent. Saint François de Sales voyait un péril pour l'Eglise dans l'esprit qui animait les ordres monastiques, bien déchus déjà de leur primitive noblesse. Entre les dangers de la clôture, l'abus de la commende et les tristes résultats du désœuvrement, l'évêque de Genève eut pour dessein de créer une association de femmes saintes, de tout âge, de toute condition, liées par la charité plus que par des vœux, destinées à servir Dieu par une active sollicitude tout autant qu'avec la prière. Visiter les pauvres, panser les malades , catéchiser les enfants et les vieillards, et surtout toucher les plaies secrètes où le prêtre est inhabile, où l'homme devient impuissant, raffermir l'esprit de famille, réchauffer le foyer domestique, confier aux mains discrètes de femmes instruites cet obscur et magnifique apostolat, tel fut, si on l'étudié dans toutes ses phases, le vaste projet du Saint. Il ébranlait trop de préjugés, il menaçait trop d'abus pour réussir 1 . Quand on apprit que sainte
1 Le cardinal de Marquemout, archevêque do Lyon, empêcha que l'institut fût approuvé h Rome ; les statuts primitifs furent complètement changés (1615 * — 1616) ; il n'y resta près-