CHAPITRE VI
LE SECRET DE LA DYNASTIE. — AVEC LES ASSEMBLÉES NATIONALES ET LE TIERS-ÉTAT POUR POINT d'appui, LE DROIT DE JUSTICE POUR LEVIER, LES COMTES DE SAVOIE PAR- VIENNENT A ROMPRE LES COALITIONS FÉO- DALES.
Les événements qui vont suivre prouvent que les destinées d'une nation résident beaucoup plus dans la solidité de ses institutions que dans la fortune de ses princes. Des actes imprudents ou malheureux peuvent attirer sur un pays des revers et des desastres ; ce seront des épreuves ou des catastronhes, suivant que le peuple compromis présicle à ses propres affaires ou s'abandonne aux mains d'un maître. On y voit aussi ce que l'unité de vues et la fermeté de volonté apportent de prestige et de puissance à une dynastie. L'histoire, à chaque instant, sollicite ainsi la curiosité par des rapprochements naturels et de piquantes leçons. Les souvenirs du moyen-âge offrent
autant d'intérêt oue les faits contemporains ; car s'il n'est pas de fautes où l'on ne retombe, il est peu de périls que l'exemple du passé ne puisse conjurer.
Le fils d'Amédée, Boniface, que sa nature impétueuse et chevaleresque fit appeler Roland, n'avait que neuf ans. Sa mère, l'élégante Cécile de Baux, son oncle, l'aventureux Thomas de Piémont, l'entraînent à de folles entreprises et se heurtent à tous les dangers. Ce règne de dix ans débute par une stérile campagne en Flandre contre Jehan d'Avesnes (1255); il continue par plusieurs expéditions malheureuses contre les communes d'Asti et de Tiuin ; battus aux journées de Moncaliere. et de Montebruno (1257), Thomas et Boniface sont forcés de souscrire à une humiliante transaction. Thomas meurt deux ans plus tard * , laissant le pays livré à l'humeur impatiente d'un jeune prince , trop enthousiaste pour réussit'. — L empire tudesque tombait a' épuisement, et les vertus de saint Louis attiraient à la France le prestige que perdait l'Allemagne ; Urbain IV réussit à faire accepter l'héritage éventuel du sicilien Manfred par Charles d'Anjou, frère de Louis IX. Le marquis de Montferrat, en rapports intimes avec les Provençaux , offrit de livrer les cols de Tende, de Barcelonnette et de Fénestrelle aux troupes que Charles dirigeait en Italie et auxquelles Boniface, beau-frère de Manfred, refusait le passage. Boniface poursuit Guil-
* Voir dans Gnichenon (Savoie» 1. 299.) la vie romanesque de Thomas né en 1199, veuf de Jeanne de Flandre en 1244, marié à Béalrix de Fiesque, nièce d'Innocent IV, en 1251.
lauttie de Montferrat et le bat à Rivoli. Msds les Lombards d'Asti attaquent les cavaleries féodales de Savoie sous les murs de Turin et font prisonnier Boniface, qui meurt à dix-neuf ans de ses blessures (4263).
€ Ainsi Dieu se joue des rois et des princes, re* marque Guichenon ; rude disgrâce pour la royale Maison de Savoye que de voir son prince mourir de déplaisir, captif de ses sujets rebelles ; mémorables exemples pour les jeunes imprudents qui courent sans prévoyance où la passion les précipite. >
L'oncle de Boniface-Roland, Pierre, comte de Romont, esprit insinuant, soldat énergique, sauve les débns de l'armée, repasse le Mont- Cenis et se fait accepter par les barons savoyens. C'était le plus illustré des huit frères d'Amédée et le second des fils de Thomas * ; destiné d'abord à l'état ecclésiastique, il avait renoncé à la certitude de l'épiscopat pour se livrer à ses goûts d'aventures. Apanage de fiefs en Bugey par Amé IV, il réussit à se faire investir par Frédéric II du comté de Romont, sur la route de Fribourg*. Marié en 4234 à la fille du dernier baron de Faucigny, Agnès, il en eut cette Béatrix qui, héritant de sa mère l'énergie, de son père le génie politique, vécut en plein moyen-âge comme une Elisabeth moins la cruauté, une Marie-Thérèse
* Né h Saze en 1303.
* La sucression de Zœhringen, ouverte en 1218 entre la maison de Teck pour les fiefs, et les sœurs de Berthold V pour les alleux, fut répartie à l'amiable par une transaction qui tripla dans cette région les possessions de la Maison de Savoie, déjà héritière des domaines particuliers de Germaine de Zœhringen, seconde femme d'Humbert III.
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tt«ms U rose, une Catberme U moins \ff& vices. Pierre de Savoie avait passé plusieurs années en Angleterre auprès d'Henri III ; devenu comte de Richemont et seigneur d'Essex, grâce à raSection de sa nièce la reine Eléonore, il y attira ses parents *, ses amis, et fit bâtir à Londres YHastel de Savoy e, rendezvous des gentilhoaunes et des lettrés. Ces relations , ces hauts patronages , établirent entre l'Angleterre et la Savoie des liens étroits dont le souvenir, quatre siècles et demi plus tard, fut une des ressources de Victor-Amedée pour s'assurer le crédit et l'affection de la reine Anne. Rappelé dans les Alpes par son mariage et de nouveaux intérêts , Pierre y amène quelques gentilhommes anglais qui firent souche et dont les noms doivent être cités, les Porter (Portier), les Butler (Bouttelier), les Marschall (Mareschal), les Fleschêr (la Fiéchère), etc. En 1244, il s'agrandit aux déjpens de l'évêque de Sion * ; en 1253, Agnès hérite le Faucigny ; en 1256, maître des péages sur les routes qui descendaient du Jura et des Alpes vers Lausanne et Genève, Pierre possédait une petite principauté que jalousaient les barons de la Bourgogne et de l'Helvétié. En 1860, l'église de Lausanne, imitant l'exemple des villes de Payerne, Morat, Berne, qui avaient sollicité le protectorat du comte, lui céda, sous la dénomination de vicariat, la
* En particulier ses frères, Guillaume, évAque de Valence pais de Liège , qui y devint premier ministre, et Boniface, arehevêque de Cantorbéry.
' En 1250 . lorsque Tabbé de Saint-Maurice lui donna Vanneau j il rappela : cornes victoriosus Urrarum Chablasii et Valesii. f Preuves de Guichenon. 73.)
moitié de la juridiction du diocèse ^ ; c'était le rétablissement, sous une autre forme, de TAvouerie supprimée en 1225, et le (Complément des compromis de 1229 et 1244. Pierre profita de l'élection au titre impérial de son neveu Richard de Cornouailles, pour obtenir l'investiture régulière des fiefs qu'il avait conquis, achetés ou hérités. Les chroniques du temps font ressortir la grâce hardie avec laquelle il rendit au roi des Romains l'hommage féodal ; vêtu d'un habit de soie verte sur sa cuirasse mi-partie or et acier, entouré de la fleur de ses chevaliers, il répondit au protonotaire impérial qui le sommait de produire ses titres : Mes titres sont mon épée I Politique
{)erspicace, il avait pris ses précautions pour es éventualités de la succession de Savoie*.
Tel était l'homme que choisirent, au lendemain d'une défaite, les Etats-Généraux, souverains juges de la loi de succession '. Dans ces temps reculés, ce fut beaucoup plus à l'empire des circonstances (ju'à la force d'un droit reconnu que la Savoie dut l'inappréciable avan-
* Le dioeèse de Lausanne comprenait 801 paroisses, T afobayesi 2i prieurés, 6 prërôtës, 8 collégiales, 13 hospices dépendant du Grand-Saint-Bernard, 4 de l'ordre de Saini- Jean de Jérusalem, 1 de l'ordre du temple, 1 de l'ordre Teutonique, et plus de 28 maladreries. ^Pouillés de 1328 dressés par Conon d'Ëstavayer, et de 1522 publiés par Zerlaiibenj
* Les testaments contradictoires de 1353 et des 3 mai et 14 novembre 1*262. etc. Le 7 juin 1263, à Versoix, sa femme Agnès déclare qu'elle lui doit les A'ais de construction ou de réparation des châteaux de Fluroet, Sallanches, Chfttillon, Fancigny, Pont-sur-lrve, etc. Singulier hasard, cet acte fut signé le jour même de la mort du comte Boniface-Roland.
' F. dal Pozzo. Essai sur ks assemhl. I. 173. ^ Millier. Hist. des Su^isses^ içime III. chap, XVI.
tage de ne voir jamais sa couronne passer aux mains d'une famille étrangère ^ Le soin jaloux que mirent les assemblées à choisir un chef habile et à le prendre toujours, pour éviter toutes compétitions dangereuses', dans une même famule, sauvèrent l'autonomie de la province en 1263 comme dans les précédentes crises. Guichenon, tout en dissimulant le rôle des assemblées, parle de jugements de préférence, de sentences arbitraires ; il est plus rationnel de caractériser ces actes comme l'a fait un historien moins prévenu :
« Les Etats-Généraux de Savoie sont le prince-né, attirant à soi la puissance suprême dès que le prince est mort ; jugeant les successions contentieuses entre les divers prétendants nationaux ou étrangers, sans appel ni recours, pour le bien public'. i>
Le premier acte connu dans lequel Pierre fut qualifié comte de Savoie est daté d'Aiguebelle, le 16 juin 1263; il reçut l'investiture impériale le 17 octobre V
Toutefois, ce ne fut pas sans conflit que le comte de Romont put saisir et conserver le pouvoir. Contessina Béatrix, la petite comtesse, mariée au sire de Châteaubellin en Bourgogne, Constance et Léonor, les trois
' Marquis Costa. Mém. hi$t. Tome 1. 130.
* Les institutions du grand fief de Savoie, sorte de république féodale , qui rappelle la constitution de l'ancien royaume de Pologne, étaient plus sages que celles des Palatins sarmates. On n'eut jamais h redouter, dans les Alpes, de scènes tragiques semblables à celles des 25, 36 et 27 juin 1697 dans la plaine de Varsovie. (Election du prince de Conti.)
' Emm. Tesauro. Origini délie guerre civili del Fiemontê.
* R. GEN. No 956. — Cibrario. Tabl. ehran. 45.
sœurs de Boniface*, réclamèrent leur droit à l'héritage ; les Etats, leur appli(juant la loi salique, les exclurent. S'ils admirent les droits de Pierre à rencontre de ceux des enfants de Thomas, prince de Piémont, son frère aîné, mort en 1259, c'est que le principe de la représentation indéfinie par ordre de primogéniture n'était pas encore accepté. Les bavoyens, observant en cela les usages de la
La préoccupation du comte Pierre, que son esprit organisateur a fait surnommer le Petit" Charlemagne, fut de régulariser l'annexion du pays de Vaud et des seigneuries du Valley aux domaines héréditaires de Savoie. Depuis le
frand interrègne , l'extinction du Rectorat de ourgogne et la dissolution du fief impérial dont l'évêque de Lausanne était comte, la patrie de Vaud se subdivisait en de nombreuses seigneuries indépendantes que Pierre réorganisa dans leur unité féodale^ et politique par raccord de 1264 : cet acte, la grande charte de la Suisse romande, réglait la composition des Etats et leurs attributions^. L'accord de
' En 1263. Léonor de Savoie n'était point mariée. C'est à tort qae Goichenon, Pingon, Délia Chiesa et d'autres qui les citent sans contrôle, supposent que ses droits à l'héritage furent revendiqués devant les Etats par son mari, Guichard de Beaujeu, sire de Montpensier. Elle ne l'épousa que six ans plus tard, en 1969.
* Bodin. De rêpublicd. V. — Comte Sclopis. Storia délia legiilaxione italiana. — Cibrario. Origini e progretso, etc.
> Le Coûtumier de Quizard (manuscrit des Archiver de l'Etat de Vaud) constate le nom et le rang des membres de Tassem-^ b;ée« habituellement conroquée à Mondon ; les ecelétiaitiquef ,
IÎW.1268 — 254 —
1204, ainsi que les statuts iégislatift qui traitent de la justice, furent acceptés et consentis par les nobles et non, nobles du comté de Savoie et Bourgogne^
Le comte Pierre, ai heureux de ce côté des Alpes, n'eut pas la môme fortune en Piémont. Le pape Clément IV poursuivait avec énergie les projets de son prédécesseur Urbain; il venait de signer avec Charles d'Anjou un traité qui révélait les espérances et les appréhensions de Rome. Prompte à l'enthousiasme, car les Italians faisoient feu de paille avec tout, l'Italie se livrait aux Français, mais à demi, confirmant une fois encore le reproche que lui adressait en 924 l'un de ses chroniqueurs patriotes : les Italiens veulent toujours servir deux maîtres afin de contenir le premier par la terreur du second^. Les rapides succès de Charles d'Anjou, la mort héroïque de Manfred. l'échafaud de Santa-Lucia, d'où Conradin fit pleurer Naples (1266 à 1268) , font avorter les tentatives des Savoyens pour abattre en Piémont la puissance du marquis de Montferrat, intime allié des Angevins'. Cependant, le comte Pierre n'avait rien négligé pour assu-
les nobles , les patriote» ou envoyés de quatorze villes, mandements et bourgades, le bailli du prince présent.
* Mémoiret de la Soc. d'hùt. de la Suisse romande, I. 315. «-> Les procès-verbaui de ces assemblées , vas et étudiés par Qoizard, Ruchatet Jean de Millier, ont disparu au XVI 11» siècle comme ceux de U Savoie et du Piémont.
* Muratori. Rerum italicarum scriptores. II. 431. (luUpranéi ticin9nti$ historiaj
* Liff«, pour la suite compliquée de ces éréûemwiê : Giov. ytlkai, ChrontùuM. VH. 9«7. Sismondi. Bist. des rép. itdi. m. 840. Z«Utr. Epi$^d»$ dramati^nm de I'h4$kpér4 d^îtéHe.
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rer le succès d'un retour offensif préparé de longue main : relations de commerce et d'amitié avec les villes helvétiques * ; acceptation du Srotectorat de Berne (4266); agrandissement e la citadelle de Montmelian et des forteresses de la vallée du Rhône-; construction de défenses nouvelles à Romout, Morat, Yverdon'; compétition du fiof de Kyburg. Sa résidence de prédilection était le château de Ghillon, (jue lui avait légué son frère A.ymon, et d'où, à deux pas de Htalie par le Valley et le Grand-Saint-Rernard, il surveillait ses possessions du Jura et de l'Helvétie, Il mourut à Pierre-Châtel , le 16 mai 1208, au milieu de ces préparatifs ^ A sa dernière heure, il transmit à son frère Philippe l'anneau de saint Maurice, dont l'usage bourguignon , devenu savoyen, faisait la marque réelle du droit à l'héritage :
« Il le (ist prier de porter sa vie cettu^ annel sur soy, dit Paraain, le cnargeant de le transférer par ainsy à son propre hoir avec semblable adjuration de le porter ains toujours sur soy, désirant que ledict annel
* Simier. De republicd hetvetied. Tome I.
> De 1263 à 1269r il dépensa beaucoup d'argetit à fortifier, dans ses fiefs du Dauphiné, les villes de Voiron, la Gôte- Saint-Ândré , Saint-Georges d'Espéranche , Saint-Symphorien d'Ozon, etc. (Arch. de la Ch. des comptes./ En 1241, il avait marié sa fille Béatrix à Guy d'Âlbon^ dauphin de Viennois. (Chorîer. Hist. du Dauphiné.J
^ Albert, son rival de ce côté, possédait Habsbovrg, le comté d'Argovie et les alleux d'Alsace ; il y avait réaiu par un mariage le comté de Kyburg en 1264. Son fils Rodolphe acquit en Allemagne le duché d'Autriche et devint empereur en 1273.
*■ Livro 4e4 ai»«%eniairei de Saint-^PiiMT» de 6«iàv«. pébt. de G^i^TB. MSS. u<' 149.)
demourast en Thostel de Savoye comme gage visible et saint de ceux qui seroient contes es Savoye. »
Philippe de Savoie ' succède ati comte Pierre à Texclusion de Béatrix, sa nièce, et de ses neveux les fils de Thomas, par les mêmes motifs qui avaient déterminé le choix de 1263. On a blâmé PieiTe d'avoir laissé échapper l'occasion de réunir sous la main de Beatrix les fiefs de la Savoie et du Dauphiné*. Mais en admettant qu'il eût consenti à livrer ses Etats héréditaires aux chances d'un second mariage de Béatrix, éventualité qui se réalisa quatre ans plus tard, les barons et le tiers-état se fussent opposés à un acte si contraire aux traditions nationales. Ce q^ui le prouve, c'est l'hésitation même du prmce mourant qui teste, le 6 mai, en faveur de sa fille, et annule cet acte, le 14, par un codicille motivé sur la condition d'étrangère faite à cette princesse par son mariage avec le dauphin Guy. Plus insouciant que son frère des éventualités féodales, Philippe avait persévéré dans l'état ecclésiastique; évêque ae Valence en Dauphiné * , puis archevêque de Lyon, il prend goût, un peu tard, aux âpres jouissances du pouvoir. A l'âge de soixante ans, il se démet de son siège pour épouser la veuve du comte
< Né à AiguebeUe en 1207.
* Philippe, par une faveur alors trop commune, avait joui de ses bénéfices et dignités iant être lié aux ordrei tacrei. Clément IV lui écrivit qu'il voulait qu'il ekantatt la mêt'9 ou qu'il laittait itt commendei, (Monum. hiiL palria. Chroniques de Savoie. 174.)
* En cette qualité, il traita avec Aymar, comte de Valentioois, au sujet des châteaux du Tricastin. Crest, Allez et Lésif nan. (Arch. impériales. Titres de la famille de Foilifrf.y
de Châlons, Alix , héritière de vastes fiefs eh Bourgogne. Accepté par les Etats de Chambéry (1^69), mais comptant peu sur ses héritiers directs, il marie son neveu Amédée à une cousine de sa femme Alix, Sybille de Baugé, qui apporte en dot une partie de la Bresse , entre l'Ain et le cours inférieur de la Saône (1272). Le panégyriste Frézet remarque à cette occasion que I^s princes de la Maison de Sa^ voie ont rarement manqué l'occasion de s'a^ grandir en épousant des héritières,
Philippe met à exécution les desseins de son frère ; il s'installe à Turin, bat le marquis de Montferrat dans plusieurs rencontres, le prend et ne lui rend la liberté qu'en échange de l'abandon de ses droits sur les fiefs acqiiis par les comtes de Maurienne et de Savoie a partir duXII^ siècle et perdus depuis. Les villes piémontaises, à l'exemple des communes lombardes , des bourgeoisies toscanes et des seigneuries romagnoles, s'étaient fiévreusement jetées dans celle mêlée confuse qui est toute l'expression de la vie politique du XIII® siècle : empereurs contre papes, seigneurs contre évêques, artisans contre bourgeois*. De cette bataille tumultueuse d'opinions et d'intérêts se dégagent des duels acharnés de ville à ville : Florence écrasant Pise , Pavie succombant sous Milan, Ivrée harcelant Verceil. Ultalie, s'écriait Dante, l'amer patriote, V Italie est pleine de tyrans, et tout manant qui
• Les guerres locales des bourgeois contre les seigneurs portaient en Italie le nom particulier de Tussinaggio, (Cibrario. Studj storici.J En Savoie, on disait Tacconnage, et la vieille place de Genève, où se rassemblait le peuple, a gardé le nom de Plae^ de la TaeonnerU*
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intrigue passe pour un héros ! Amoindri dans les i^ées des Alpes , le marquis de Montferrat perd son influence à Milan . ^e cherchant sans succès des appuis, il marie sa fille à Andronic Paléologue (1285) ; elle aura pour dot le titre dérisoire de Thessalonique , royaume perdu depuis cinquante ans pour sa famille et déjà cédé à la maison de Souabe en 1227. Cet abaissement consolide pour de longues années la prépotence des Savoyens sur les populations du Piémont.
Le comte Philippe se désintéressa vite de la neutralité de ses prédécesseurs ; la ruine de l'empire, la défaite des Gibelins ne lui assurant aucune compensation, il se déclara pour Innocent IV, joua un rôle actif dans la guerre des Romagnes, et persista dans cette politique sous le pontificat de dix papes * de 1245 à 1285. Le panégyriste d'Innocent IV rappelle amatissimo ael papa e benemerito aella Chiesa. Devenu comte, il eut quelque difficulté à résister aux variations diplomatiques. L'empereur ne lui pardonnait pas son attitude en Italie et çrit prétexte, pour rompre, de sa revendication du fief de Kyburg et de la guerre de la succession du Faucigny.
Les débats qui se continuèrent pendant près d'un siècle entre la Savoie et le Dauphiné eurent pour origines des droits héréditaires , des cessions, des arbitrages, et, pour conséquences, des transactions si compliquées que Guichenon et Chorier renoncèrent à en donner le
^ (Mathieu Paris. Hittoria major. 1246 — 1248.) Innocent IT, Alexandre IV, Urbain IV, Clément IV. Grégoire X, Innoeent V, Adrien V, Jean XXI, Nicolas III et Martin IV.
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détail, et que Valbonnais lui-même, si consciencieux et si exact, n'a pu y mettre quelque clarté. Le 15 juillet 1267, le dauphin uuigues avait testé en faveur de son fils J ean , lui substituant successivement ses deux filles , Anne et Catherine, pour le cas où leur frère ne laisserait pas de fils. L'une et l'autre venant à mourir sans postérité, l'héritage passait à Hugues, duc de Bourgogne, et à ses enfants; ce prince devait aussi recevoir la régence et la tutelle confiées à Béatrix de Savoie, en cas qu'elle vint à se remarier. En septembre 1273, Béatrix marie sa fille Anne à Humbert, seigneur de la Tour, et épouse elle-même le vicomte de Béarn, oncle des quatre reines de France, d'Angleterre, de Sicile et d'Allemagne; la tutelle de Jean passe au jeune duc Robert, Béatrix ne conservant que la baronnie du Faucigny qu'elle possédait du chef d'Agnès, sa mère, et les terres et droits que lui avait légués son père, Pierre de Savoie ^ Le 24 septembre 1282, le jeune dauphin Jean mourut dans la maison du curé de Bonneville ; une enquête de 1284* donne le détail des circonstances dramatioues , longtemps ignorées , qui accompagnèrent et suivirent la mort prématurée de ce prince, provoquant le même jour, de la
S art de Béatrix, la grande dauphine, l'acte de onation de toutes ses seigneuries à son petitfils Jean de la Tour et Coligny.
* Voir le testament de Gaigues au tome II. A. 3. des Preuves de Valbonnais; celai <de Pierre de Savoie (1268), au tome III, 75, de Y Histoire de Savoie de Guichenon, et celai d'Agnès, au document N" 1 des Pièces justificatives de ce livre.
^ Publiée par Gibrario. Storia, tome II. 178.
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La découverte d'un document précieux, — inconnu à Valbonnais\ à Guichenon et à Ci* brario. — que je dois à Tamitié de M. l'abbé Chevalier, et que nous avons tout lieu de croire inédit, permet de jeter quelque lumière dans l'obscurité des mystérieux événements dont l'étroite enceinte de Bonne^iUe fut le théâtre en septembre 1282. Le testament du dauphin Jean est retrouvé*, et il explique les actes immédiats de Béatrix, de même que le traité de 1285 et la sentence du roi Philippe constatent les motifs de la guerre de la succession du Dauphiné, entre Humbert de la Tour et les coalisés Robert de Bourgogne, Amédée et Louis de Savoie, Pierre d Arvillard, l'abbé d'Ambronay, etc. Le testament du dauphin Jean est rédigé en telle hâte que la plupart des noms y sont indiqués par de simples initiales ; point de seigneurs ni d'hommes de loi autour du prince mourant; sa mère, avec son chapelain et le juge du Faucigny, des médecins, des moines mendiants pris pour témoins. Le prince conlirme en quelques mots le testament de son père, fait un legs au comte de Genève et prie sa mère Béatrix de distribuer des aumônes et des legs dans la mesure qu'elle jugera conve-
^ Uo acte da 24 juin 1281 est le dernier de ceux qui restent où il soit parlé de Jean l^ comme encore vivant, dit Valbonnais. Le temps de sa mort n'est pas connu parfaitement, son testament n'étant pas venu jusqu'à nous. Il paroit toutefois qu'il en avait fait un. On a une quittance de l'an 1292, passée par le grand-mattre de Saint-Antoine, d'un legs de vingt-cinq livres de revenu annuel, lequel fut payé par le dauphin Humbert en exécution de cet acte. Preuves de l'hist. du Dauphtné. A. 23. Edition de Genève, 1722.
* Je le publie aux PREUVES : docoment n« II.
nâble et à qui elle voudra. Ce dernier trait est caracléristique à une époque où l'on prenait un soin particulier de choisir et d'énumérer les éfflises et couvents pour lesquels on avait une aévotion spéciale et les œuvres pies qui servaient de viatique au chrétien, de môme que les dettes à payer, les meubles à répartir, même les plus simples, ainsi qu'on le voit par le testament d'Agnès (document N^ I). En 1333, le dauphin Guigues, blessé à mort à l'assaut du château de la Perrière, et transporté dans une grande, eut la présence d'esprit de dicter à un notaire une longue liste d aumônes et legs pieux*. Mais l'acte de 1282, bref, coupé, hâtif, nous fait assister à une agonie rapide, en face de périls imminents.
Le même jour, dans le même lieu, en présence de deux chevaliers, Béatrix, le cœur navré, arrache de son sein l'enfant au berceau de sa fille Anne, le jette dans les bras d'Hartmann de Valdeck, grand-bailli de Bourgogne pour Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains, et s'écrie, en adjurant les témoins de conserver ses propres paroles, ce que le notaire rédacteur de 1 acte a fait avec un soin pieux :
« Jean, mon fils, pauvre et bel enfant ! je te fais la donation libre et sans réserve de la terre que m'ont laissée mon père et ma mère; je m'en dépouille et ie t'en investis, ô mon fils bien aimé, de tout cœur, ae pleine volonté. Jeté confie à la sauvegarde dusérénissime roi des Romains qui saura te défendre. Je le supplie, au nom de la justice étemelle, de t'aider à recouvrer les biens qui ne sont plus en ma possession, car j'entends que nul autre que toi n'ait rien démon
* Valbonnais. Preuves, II. A. 837.
tm — JM —
héritage» 4ue loi muI me suceédes, et après toi k» tiens r »
Il est rare de trouver dans le protocole d'un notaire du moyen-âge T expression aussi émue, aussi vibrante, de la volonté des parties. Mais le scribe de 1282 n'eut pas le loisir de traduire en style banal et froia le cri de douleur et d'indignation de la grande dauphine, se dé-
f)ouillant de toutes ses seigneuries pour ne ivrer aux ennemis qui la poursuivaient qu'une prisonnière indigente, et léguant au futur empereur le soin de venger ses malheurs. Le comte Philippe, qui exige l'exécution des actes de 1262, entre avec ses chevaUers sur le territoire du Faucigny où le comte de Genevois le tient en échec, tandis que les troupes allemandes font le siéçe de Payerne. Grâce à l'intervention des éveques de Bâle, de Belley et de Lausanne, Rodolphe consent à la paix ; Philippe renonce aux seigneuries de Morat et de Guminen et à l'avouene de Payerne ; mais Rodolphe ne fait aucune réserve en faveur de ses alhés du Genevois, du Faucigny et du Dau-
Ehiné ; ce sera la source de nouveaux conflits, .e traité de Payerne, du 27 décembre 1283 *, rédigé avec une hauteur de vues et une dignité de langage bien rares à cette époque de violences, stipulait que toute querelle entre la Savoie et l'empire ne serait plus livrée désormais au hasard des armes , mais serait soumise à V équité d'un arbitrage. Toutefois, les nécessités féodales ne permutent pas au
* Pièce$ juiHfUaiiui : document No IIL
* Publié par BOhmer. n» 768. — Voir Hisely. Comtes iê Genêvoii, I. 80.
eomte PMlippe de mettre sans réserve en
Pratique ses théories de justice internationale, tovoqué par les intrigues de certains feudataires, associés à la résistance des légataires de Béatrix contre le duc de Bourgogne et contre lui-même, il fit dans le pays de Vaud, le pays de Gex et le Bugey une courte campagne pour forcer quelques châteaux et recevoir à merci une vingtaine de seigneurs. Il mourut au retour de cette expédition, à La Roche tte, selon Mallet% le 15 ou le 16 août 1285, et non pas le 16 octobre comme le dit l'anonyme de Hautecombe, ou le 17 novembre, à Rossillon, comme récrit Guichenon^ Il déléguait à sa nièce, la reine Eléonore, et à son petit neveu, le roi Edouard d'Angleterre, le droit et le mandat spécial de distribuer son héritage comme Us le jugeraient utile, en se conformant aux inten^ lions qu'il leur avait fait connaître^, Philippe, fils de Thomas, frèi^e aîné d'Amédée , héritier légitime par la loi des fiefs, n'était qu'un enfant à la mort do son grand-oncle; Amédée, au contraire, dans toute la vigueur de l'âge*, associé depuis plusieurs années aux soins du gouvernement*, ayant lui-même un fils, dé-
* Doc. inédits pour servir à la généaL de la Maison de Savoie.
* Cette année 1385 fut fatale aux sonverains : Charles d'An-
ion était mort le 7 janvier, le pape Martin V, le 39 mars; 'hilippe-le-Hardi, roi de France , mourut le 5 octobre, Pierre III d'Aragon, le 11 novembre.
' Archives de cour. — Testament du 10 août 1285.
^ Né le i septembre 1249 au château du Bourget, il avait trente-six ans.
* Acte d'hommage des habitants des Val et Cité d'Aoste» représentés par l'évéque et des députés, du 21 décembre 1283, à Chlllon. (Archives de cour.)
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dàré solennellement héritier de son oncle dans ses domaines et son successeur dans ses fiefs et dignités * , offrait aux barons savoyens des garanties qu'il eût été téméraire de négliger pour les hasards d'une régence. Aussi succéda-t-il au comte Philippe par le choix et la volonté des Etats de Savoie, qui préférèrent à une hérédité chanceuse leur propre intérêt et les vertus dAmé^. Amédée fait arbitrer la réclamation de son frère cadet, Louis de Savoie, et lui concède en apanage la baronnie de Vaud ^ ; puis il prend d'office la tutelle de son neveu et rival Philippe. Cette énergie ne se démentit pas. Pendant un règne de trente-huit ans, contemporain de grands événements, Amédée V mérita le nom de grand et sut introduire ses Etats dans les conditions de l'équilibre européen. Jusqu'au XIV® siècle, ce versant des Alpes était moins Savoie que Cairétienté ; dominé plus gue les pays voisms par la féodalité et par l'Eglise, il restait obscur
* Archives royales. — Testament du 17 décembre 1984.
* L. Délia Chiesa. Sloria del Piemonte. I. 78. — Le pommentatenr Lun\g {Codex Jtaliœ diplomafieus. I. 802), rapporte deux lettres par lesquelles le comte Philippe (en 1984 et 1385)) priait la reine £léonore et le roi Edouard d'Angleterre de faire choix de celui de ^es neveux qui devrait lui succéder, on plutôt (si l'on traduit exactement) de donner leur assentiment a son propre choix, sollicitant lui-même les évéques, barons et communes de Savoie d'accepter le choix qui serait fait. Le testament d& 1284 parait n'être antre chose que la déclaration du roi Edouard aux Etats, leur faisant part du désir du feu comte. Les petits-fils de Thomas, deux fois écartés du trône par la raison d'Etat, ressaisissent leur héritage par les mêmes motifs politiques qui les firent jadis exclure.
3 Un arbitrage conclu à Lyon, le 14 janvier 1286, régla entre les deux frères le partage des successions paternelle et maternelle et de celles de leurs oncles. Pierre et Philippe. fMonum. hi$t, pat, "^Seriptores. 1. 1570.)
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et comme perdu dans ces grandes ombres. Les légistes vont succéder aux chevaliers et aux prêtres ; la loi remplacera la force ou la tradition. A dater de 428d, ne se laissant plus absorber parles soins d'une entreprise unique, mais négociant ou combattant sur plusieurs points à la fois, la Savoie se mêle à tous les faits contemporains. Cette sorte d'ubiquité marque un progrès décisif.
Le règne d'Amédée s'ouvre par une violente réaction des seigneuries féodales. Les barons s'agitent et se coalisent; ils s'arment contre cet état naissant qui menace de tout absorber ; les collatéraux et les alliés du jeune comte refusent d'admettre cette suzeraineté que les Etats-Généraux de Chambéry lui décernent au nom des seigneurs, bourgeois et manants de la patrie de Savoie. Menacé sur la rive droite du Rhône par la rébellion des feudataires qu'avait mal domptés Philippe mourant, sur la rive gauche par les prétentions du baron de la Tour-du-Pin, dans la vallée de l'Isère par les réclamations des Dauphinois, dans le Faucigny par l'ambition du comte de Genevois, Amédée dégage par quelques coups de main l'héritage de Sybille* , protège par une trêve sa frontière dauphinoise, et reporte à Genève tout l'intérêt du débat ^.
* Sa première femme, morte en 128^ ; il en avait eu six enfants : Edouard et Aimon qui lai succèdent ; Marguerite, qai épouse le marquis de Montferrat en 1396 ; Eléonore , mariée au comte d'Auxerre : Agnès, an comte de Genevois en 1397 ; Bonne, à Hugues de Bourgogne.
* Les Etats de Savoie comprenaient, en 1985, les bailliages de Savoie, de Maurienne, de Tarentaise (18 châtelienies). du Val d'Aoste et du Val de Suze (8 chÂtellenies}» du Chablais
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La rivalité qui s'était longtemps perpétuée à Genève entre Tévêque et le comte paraissait éteinte depuis près d'un siècle; V accord de Seyssél (4124)' avait été successivement confirmé par les patentes impériales* et par les compromis de Saint-Sigismond (4456) et d'Aix (4484); mais, délivré d'un rival puissant, l'épiscopat se voyait engagé depuis plusieurs années dans une querelle bien autrement dangereuse : les essais d'émancipation des bourgeois. Ceuxci, désireux d'imiter l'exemple que les citoyens de Moûtiers venaient de leur donner (charte de 4278), après avoir sollicité sans succès les prélats Bernard Chabert et Aimon de Grandson ^, firent appel au comte de Savoie. Amédée
(16 châtellenies), de la Bresse et du Bugey (17 châtellenies), de la Novalaise et du Viennois (18 châtellenies) . — Archiyes de la chambre des comptes.
* Aimon, comte de Genevois, y prête foi et hommage à l'évéqae Humbert, et déclare le reconnaître pour son seigneur après Tempereur : l'évéque seul possède dans la ville de Genève le domaine direct et tous les droits de finance et de justice. (Archives de Genève. — Portefeuilles des pièces htst.V.)
* En 1154, Frédéric Barberousse confirme h l'évéque Ardu> tins les droits régaliens et en particulier celui du monnayage. (Muratori. Àntiq, ital. med. œm, VL 55.)
3 On trouve de précieux détails sur la puissance de l'épiscopat au XIII» siècle et la moralité des gens d'église dans l'enquête dirigée en octobre 1227 contre Aimon deGrandson. qui fut évéque de Genève pendant quarante-cinq ans (1315 à 1260). — Arch. de Genève. Portef. hist. N» 46. — Régeste N» 634. — Les témoins déposent que les mœurs publiques se sont améliorées depuis Tépiscopat de Bernard Chabert et les douze années de l'administration d' Aimon. Les curés qui jouent aux dés , qui hantent les danses et les tavernes ou qui portent des capes à manches et des broderies d'argent sur leurs capuces sont punis ; maift l'évéque , depuis qu'il s'est brouillé avec son chapitre, n'officie plus à la cathédrale et récite ses matines au lit ; il a donné l'église de Serraval à un petit enfant, son neveu fantequam braeat haheretj, celles d'Anne-
renoua les intrigues négligées par ses oncles ; il se créa rapidement assez de partisans dans la ville pour traiter avec Tévêque Robert et publier presque aussitôt des lettres-patentes assurant son secours immédiat à tout nabitant de Genève qui réclamerait sa sauvegarde. Il reprenait ainsi, mais avec plus d'énergie et de décision, la politique subtile inaugurée par ses cinq prédécesseurs immédiats et qui avait si bien réussi dans le Val d'Aoste. Ces patentes (\^^ octobre 1285), considérées par les bourgeois comme une reconnaissance de leur communauté, leur servirent désormais de titre contre les droits de Tévêque*. En 1286, Amédée s'empare du château du Bourg-du-Four, manoir héréditaire des comtes de Genevois ; après la mort de Robert, pendant la vacance du siège et tandis qu'on discute l'élection de Guillaume de Conflans, il fait le siège du château de l'île qui commandait le pont du Rhône % puis prend possession des péages, des droits de justice, résiste aux attaques combinées des chanoines et du comte de Genevois, et autorise
masse et d'AIsse à des idiots ; il tolère les violences, les vols et les impiétés de ses domestiques, etc. On comptait au XIII« siècle, dans le diocèse de Genève, 4 abbayes (Abondance, Entremont, Filly et Sixt), 50 prieurés et 389 paroisses payant redevance à l'évéque pour les visites pastorales ; les 4 abbayes de Bénédictins (Àulps, Bonmont, Ghésery, Hautecombe), les 7 chartreuses (Aillon, Arvières, Mélan, Oujon, Pomier, Le Reposoir, Vallon). Les couvents de femmes et les commanderies du Temple ne payaient pas cette finance. fPouillé de 1315}.
* Elles furent confirmées à Evian , par le comte Aimon , le 3 janvier 1330, et par Amédée VI, le 30 août 1356. (Arch. de Genève. iV» iOO des Port, H.)
* Ce château, bâti par Aimon de Grandson pour assurer la perception des péages et défendre le passage et le port, fat assiégé du 34 janvier au 94 juillet 1387.
les citoyens à s'organiser en bourgeoisie libre avec des syndics, une garde urbaine et un capitaine. Un acte délibéré en public, le 3 janvier -1288, règle la procédure du vidomnat ou tribunal * de première instance : pas de loi écrite, la coutume; le débat oral, public, en langue vulgaire; pour juges, des citoyens;
Îoint de clercs, ni de frais, ni de sursis. En 289, le concile de Vienne ménage une transaction entre le comte Amédée et l'évêque; le 19 septembre i290, le traité d'Asti abandonne définitivement au comte de Savoie l'office du vidomnat; l'évêque Guillaume rentre dans sa ville, mais, en 4292, annulant les libertés qu'il
I)rétend surprises, il révoque les privilèges de a bourgeoisie. Les tumultes, les assemblées dans l'église de Saint-Pierre, les appels au comte de Savoie forcent enfin l'évêque à solliciter l'arbitrage d' Amédée. Ce dernier avait atteint le but que se proposait sa politique; l'office de vidomne, devenu dans ses mains le protectorat légal de la cité, forçait l'évêque et les chanoines à recourir sans cesse à ses bons offices. Cétoit le loup dans la bergerie, dit une chronique du temps; l'effet ne s'en fit point attendre. L'accord de 1293, négocié par Amédée, concilia pour un temps l'évêque Guillaume de Conflans et les bourgeois, mais à des conditions que le comte n'était peut-être pas
* Le Vidomnat était nn office de jndicature inférieure débiembré de la jaridiction souveraine de TévAque et inféodé, moyennant finance, h certaineH familles nobles du pays, puis devenu héréditaire dans l'une d'elles. Âmédf^e, pour s'emparer de cette charge, prit occasion d'un conflit survenu entre les bourgeois et le seigneur Gautier de Confignon, dernier ridomne épiscopal.
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fâché de stipuler aussi mauvaises, pour laisser en face de la citadelle épiscopale de 1 lie un foyer de conspiration : — Les citoyens jurent qu ils n'ont pas de sceau commun et s'engagent à le briser de leurs mains si les officiers de Tévêque en saisissent un ; c'était le sacrifice le plus pénible à la fierté municipale. — L'office de capitaine est aboli; les clefs de la ville $ont remises aux soldats de l'évéque; le guet ne sera fait que par un petit nombre d'hommes assujettis aux ordres du prélat et cantonnés dans certaines rues; suppression presque radicale de l'organisation militaire des bourgeois. — Il sera sursis pendant cinq ans au règlement par arbitre des réclamations de la ville; sûr moyen d'amortir la querelle et de désunir les mécontents. — Neuf citoyens influents sont exclus de toute participation aux délibérations ou em-
Çlois publics, et parmi eux le syndic Âimon de avel, le marchand Tardy et le iDOucher Riche. — Les seules garanties concédées par l'évéque sont la défense de lever des taxes sans son ordre exprès, l'exemption d'impôt sur les maisons neuves du bord du lac, et l'autorisation de barrer certaines rues avec des chaînes *.
La solution provisoire des atfaires de Genève permet au comte Amédée de lutter avec la coalition féodale. Héritier de la plus grande partie de la Bresse, il considérait comme de simples enclaves les seigneuries de la famille delphinale sur les deux rives du Léman ; il re-
Erend les projets du comte Philippe que semlait tolérer le traité de Payerne. Les arbitrages
.. * Archives de Genève. — Port. d€s Pièee$ hitt. N® 130 (transactiou du 17 juillet 11^93..)
de 1287. les donations anticipées de 1280, les trêves ae 1291 ne satisfont aucun des deux
Eartis, et ne servent qu'à gagner du temps. le 1203 à 1295, le comte Amédée s'empare de Nyon, dépouille les sires de Cossonay et de Prangins, force son frère Louis de Vaud à un échange de fiefs et oblige Béatrix à se déclarer sa vassale pour tous ses domaines de la rive droite du lac , depuis Seyssel jusqu'à Fribourg^ En 1296, la grande dauphine, sur le conseil du roi de France, renouvelle au profit de Tun des iils du dauphin , dont elle se réserve le choix, la brusque donation de 1282 ; en 1297, Humbert émancipe à cette intention son fds Hugues. La môme année, le mercredi après 1 Annonciation , intervient le célèbre traité de la Balme de l'île de Crémieu, confirmant la coalition du dauphin Humbert, de Léonète, dame de Gex, de son fils Guillaume de Joinville. pour défendre la baronnie de Faucigny et leurs propres seigneuries :
« Contre totes gens et lors garderons de tote force petite et grane, specielment contre le conte de Savoue et ses oyrs et ses aydens si aveneoit que H dit Cuens le voloit onendre ne damager; et si mestier lorfasoit por guerre, que il ou nos ausons al devant dit conte, nos lor
Iirometons de maintenir à nostres propres despans ait et doné sus sainz Evangèles et sus saintes reliques etc.*
* 1394. Acte publié aux Preuves de rvuichenon. I. 81 (Edit. de Turin.)
* Documents publiés par Valbonnais. Preuvet» II. 89 à sis. Le traité de coalition, de troia pages in-folio, est en langue vulgaire et fort curieux. En 1398, les seigneurs de Ronssillon, de Meuillon, les comtes de Valentinoia et beaueottp d'antres s'engagèrent aussi à défendre le danpUn contre les entreprises dtt comte de Savoie.
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Le comte de Savoie ne parrient à rompre ce cercle d'ennemis qu'en se suscitant des par* tisans au sein des seigneuries rivales, et en essayant à Sallanches, à Gex, à Lausanne, ce qu'il a fait à Genève. Il offre partout sa sauvegarde à quiconque lui prêtera serment de fidélité et se fera son homme ; il se déclare le protecteur particulier des bourgeoisies, des routes et des marchés. Cette ingérence occulte dans chaque juridiction^ qui permettait à un seigneur d'intervenir dans les villes ou domaines de ses voisins sous prétexte d'y veiller aux droits de vassaux soustraits à leur suzerain naturel, devint le plus dangereux abus de l'organisation féodale. Nul moyen d'échapper à ce péril que par l'association des seigneurs contre ceux d'entre eux, plus ambitieux ou plus puissants, qui exagéf*aient à leur profit le droit de sauvegarde. En 1300, Amédée s'associe au prince d'Orange pour balancer les alliances du dauphin dans le Bas- Dauçhiné. En 1305, le moUard de LuUin, que venait de bâtir le baron Hugues, investi du Faucigny depuis 1303, fut pris d'assaut, après onze jours de siège, par le jeune Edouard de Savoie ; en 1307, le dauphin Humbert meurt, et tandis que son fils aîné Jean continue sa politique dans la vallée de l'Isère , son fils cadet Huffues renouvelle avec Guillaume de Genève (1308) les alliances intimes de leurs prédécesseurs contre le comte de Savoie :
c Nous Guillaumes Cuens de Genève et nous Hugues dauphin, sires de Foucigney, façons savoir à touz, que nous avons promis et prometons li uns à l'autre en bone foi et par nos sairemenz sus sainz Evangèles faiz
corporelment, que nous garderons entièrement et par* faiteinent senz nulle violaycion les alliances et les convendons faites cev en arriers entre home de noble recordation Mons. ktney conte de Genève d*une part, et ledit seigneur de Foucigney d*autre. Et les prometons tarder par covenant sollempnel et par stipulation parfaite et par noz sairemenz suz sainz Evangiles donez. Et que nos pour nous et pour autruy ne vindrons encontre lesdiies convenances. Après prometons li uns à l'autre que nous ne fairons noveles convenances ne novele paix à noble home Mons. Amey conte de Savoye senz la volontey de noble baron Mons. Jehean de Chalon seigneur d*Arley et le conseil de luy. Et prions ledit Mons. Jehean que il mette son sael à ces présentes lettres en tesmoign de veiritey. Et parcçque la chose soit plus ferme : Et nous luy dit Jehans à la requeste desdites parties avons mis nostre sael ez dites lettres, ensamble les seauls desdites parties. Donné le jeudi devant Penthecoste Tan de grâce mil trois cenz et huict ' . »
L'agitation continuait à Genève, grâce aux manœuvres des agents savoyens ^ En 1306, revêtue Aimon du Quart frappe d'excommunication les syndics librement élus par les bourgeois ; ceux-ci font appel à la justice du pape Clément V. L'évéque et le Chapitre, se rattachant de nouveau aux projets des seigneurs du Genevois et du Faucigny. rédigent avec eux, le 15 mai 4307, un traite éventuel
* Valbonnais. Hist, du Dauphiné. — Pnuvet : tome II. page 139. No XI. — Je conserve le texte littéral.
* De 1302 & 1306, un grand nombre d'habitants de Genève
1)rétent homroage-lige an comte de Savoie , snuf la fidélité à 'ëvéque et la réserve des franchises de la ville, par le baiur et la joncUon dit mains, et reçoivent en échange des sommes dont le chiffre varie, snivant l'état social des inféodés, de 10 à 76 livres. (Actes notariés publiés au tome IX. IMl. des M4m, de la Soc, d*hUt. $t d'arch. d$ GeniveJ
pour le cas où le château de Tile serait repris sur les Savoyens" et la cité sur les bourgeois. En exécution de cette alliance , le comte Amédée de Genevois et Hugues Dauphin, seigneur de Fauci^ny, entrent par trahison dans Genève, le 0 juin 1307. Les syndics et conseillers Guy de ïavel, Guy de Saint-Apre, Perrissot, etc., courent aux armes, sauvent la ville, tuent cent trente-deux hommes et en prennent trois cents près de la porte de l'Eau. Cette entreprise, qui fait penser à l'escalade de 1602, coûta la vie à deux bourgeois, Medici et Bosselet, pendus comme traîtres. Les alliés vengent leur défaite par de furieux excès * . En septembre, nouvelle coalition contre le comte de Savoie et la ville, pour réintégrer l'évéque dans ses anciens droits et juridictions *. Il suffit de quelques brillants coups d'épée du comte Amedée en Dauphiné pour rompre cet impuissant faisceau de colères. Toute cette région du Léman, périodiquement dévastée par les cavaleries féodales, aspirait au repos; les seigneiurs s'y trouvaient isolés déjà au milieu de bourgeoisies entreprenantes et de vassaux ruinés par la guerre. Le 16 août 1308, le comte de Savoie pour lui et ses adhérents de Genève, Hugues de Faucigny pour la dauphiné Béatrix et les bannis de Genève, partisans de l'évéque, s'accordent à Montmélian par le sacrifice des
* Une bnlle de Clément V, datée de Lyon le 13 janvier 1306, autorise l'évéque de Genève à faire par délégués» pendant trois ans, la visite de ses églises, à cause des guerres féodales qui troublent la paix publique et rendent souvent tout voyage impossible. — Voir aussi le Fasciculus temporis,
' Traité passé nu Vuaclie et conservé au Protocole dtt Dotaire Et. Pugin.
intérêts d'Aimon du Quart*. Le 23 octobre, le comte de Savoie et le comte de Genevois signent le traité de Saint -Georges -d'Espéranche, qui ratifie la paix d'Annemasse, de 1287, et la sentence arbitrale de 1293; la condition essentielle de cet accord est Tinterdiction au comte Guillaume de toute alliance qui
Pourrait préjudicier aux droits du comte Améée sur la ville de Genève^. L'évéque, abandonné par ses alliés, consent à son tour, le 24 février 1309, à soumettre à un arbitrage ses différends avec la ville. Les arbitres, quoique ecclésiastiques et dépendant de l'évêque, prononcent leur sentence à bref délai, quatre jours plus tard, et consacrent définitivement l'existence de la commune de Genève par l'organisation légale du syndicat; l'acte, reçu par les notaires de Pouilly et de Saint-Branchier, est voté à l'unanimité des citoyens présents ou représentés, dans l'église de Saint-Gervais ^. Ce fait, qui prépare l'affranchissement radical de 1535, devait exercer sur les destinées de la Savoie une influence décisive. Amédée V ne se doutait pas que de ces chaînes épiscopales brisées par ses mains les citoyens de Genève
* En exécnlion de ce traité, Hugues épousa, le 8 septembre 1309, Marie, fille du comte de Savoie, et la grande dauphine 86 retira au château de Montfort, en Graisivaudan, voisin de celui de Montfleury, proche Grenoble, qui fut longtemps son séjour de prédilection.
^ Cinq actes, rédigés le même jour et au même lieu, expliquent les motifs et les conditions de cet arrangement ; ils sont analysés au n® 1627 du Régeste genevois.
' Archives de Genève. P. Hist. N" 168. — Quelques jours après, le 26 avril, les syndics agissent pour la première fois légalement, au nom de la commune constituée, dans Talbergement d'un casai h un homme d'Eviao.
forceraient des fers de lance contre ses arrièrepetits-fils. L'évêaue Aimon (dont Tépiscopat dura de 1304 à 4311) protesta toutefois contre le maintien des officiers savoyens dans l'office du vidomnat; puis, fatigué des tumultueuses rivalités du comte de Savoie, du baron de Vaud, du dauphin de Viennois, du JDaron de Faucigny, du comte de Genevois, blessé des entreprises des bourgeois sur ce qui lui restait de prérogatives, il prit le parti de l'empereur Hfenri Vll et le suivit en Italie (1310). Il y proposa au comte Amédée le partage au temporel de Genève * ; mais Aimon mourut à Ivrée quelques mois plus lard, et ce projet n'eut pas ae suite.
Du Faucigny, les hostilités furent transférées maintes fois sur les bords du Rhône, de l'Isère et du Guiors. Les particularités de cette longue guerre ne diffèrent pas sensiblement de celles habituelles à toutes les guerres féodales ; on coupait les arbres, on arrachait les vignes *, on dévastait les métairies, on égorgeait les troupeaux, on branchait les hommes, on violentait les femmes ^ Cette belle vallée du
* Transaction provisoire signée & Milan , le 5 mars 1311 (Archires de cour. — Section des traités publics.) En prévision de cette association, l'évêque venait d'obtenir des patentes impériales autorisant la perception de droits sur les vins et les blés pour subvenir aux frais de construction d'un pont de pierre sur le Rhône.
^ Fasciculus temporis et rêrum genevensium. Chronique manuscrite dont la traduction française du XV^ siècle a été publiée par Cibrario fStoria délia monarchiaj.
^ Archives de la chambre des comptes de Grenoble (Ckartœ générales Delphinatûs, ad annum 1301. y — Guichenon. Hist. généal. 1. 361 — Valbonnais. Histoire du Dauphiné, II. 155. — Les archives de la chambre dos comptes de Savoie et celles do la chambre des comptes du Daapbiné contiennent, pour
Gradsivaudan fut, de part et d'autre, lé théâtre d'actes sauvages qui ruinaient une paroisse ou une seigneurie pour deux générations. Un chroniqueur résume fort judicieusement les conséquences de cet état permanent d'hostilités.
€ Les Savoyens qui avoient esté les plus forts faisoient maux et dommages inimmérables au pais du Dauphîné ; et les Dauphinois à leur endroit faisoient courses incessamment et le païs cxiloient partout où ils se rencontroient, à l'occasion de quoy fut en bien peu de temps tout le païs des uns et des autres rédigé à grande povreté, pairce n'estant des plus fertiles encores estoit perdu ce qui y pouvoit estre produit ou ensemencé à cause de cette guerre continue qui empeschoit les labourages des champs. Dont estoient contrains grand nombre d'habitans quitter leurs maisons pour trouver autre demeurance. Et n'est de merveille si du temps de la guerre plusieurs abandonnoient le païs pour vivre puisque du temps de la paix coutumièrement se jette sur le païs de France un grand nombre de gens venant des montaignes de Savoye et Dauphiné, desouels sont la pluspart massons de Savoye et merciers du Dauphiné qui est argument que lesdits païs sont plus stériles de biens que d'hommes eu les femmes plus fécondes que la terre * . »
Les incidents les plus connus de cet échange de violences sont le combat de la Côte-Saint- André (1307), où furent donnés tels coups que oncques on ne vist gens si acharnés^ et le cartel adressé par Amédée au dauphin Jean II (1343),
cette période, quantité de faits inédits dont le cadre restreint de ce travail ne me permet pas d'indiquer l'imprévu et le piquant.
* Le chanoine Paradin. Chronique de Savoye, Ch. XLVI. ^'29. — Edit. de Lyon. 1553.
ajprès qu'il l'eût acculé dans le château de Goncelin. Le chevalier savoyen chargé du message reçut du dauphinois cette réponse d'iuie finesse mordante :
<ic Mon aniy, dy à ton maistre que la vertu d'un prince ne consiste en force corporelle et que, s'il se veut vanter d'estre nerveux et robuste, je n'ay taureau qui ne soit plus fort et roide que luy. ^
En 1314, la paix fut négociée par l'évéque de Grenoble et rarchevêque de Tarentaise ; elle devint définitive en 1320 par le troisième mariage d'Amédée, qui épousa Alix de Viennois. Ces gages de bonne amitié ne prouvaient plus rien ; les mariages des princesses de Savoie s Agnès et Marie, en 1297 et en 1309, avec le comte de Genevois et le baron de Faucimy, n'avaient qu'assoupi un instant ces rivalités haineuses suscitées par la prospérité croissante de la dynastie a Humbert aux blanches mains. Mais les peuples ont un tel besoin de croire à ce capricieux idéal du repos public qu'ils se laissèrent prendre, cette fois encore, à ces beaux semblants.
« Et pour raison desdites alliances se firent de grans et somptueux festins et esbats. Ainsy finissent coutumièreraent les différens et discordes des princes, et sont pareils aux comédies des Antiaues, lesquelles commençoient par troubles et grand oruit, et en estoit le commencement plein de pleurs et perturbations et, en la fin, c'estoient nopces et mariaiges ' . »
* Paradin. Chronique, ch. XLVI. — Les traités de 1314 et de 1320 sont aux Preuves de Valbonnais, XXIX. La même année 1314, le dauphin et le roi de Sicile se liaient pour six ans en cas de rupture de la paix par Amédée.