LES ORIGINES HISTORIQUES. — 587 AVANT J.-C. — 412 DE J.-C
L'histoire des peuples, comme celle des individus, est incomplète si Ton ne remonte pas très avant dans la vie de leurs ancêtres ; de tous les héritages, le patrimoine moral est celui
3ui se dissipe le moins vite. Il me paraît utile e rechercher par guelles combinaisons de races se constitua l'individualité du pays de Savoie avant de raconter par quelles incidences de l'histoire cette province, détachée de la France, tint une si grande place dans l'équilibre européen.
Dans les temps anciens, la région des Alpes formait pour les Gaules une sorte de citadelle naturelle. Ses pentes et ses approdies, partout hérissées de forêts, constituaient ime barrière infranchissable, et il semblait qu'il n'y eût audelà que le vide ; le Rhône, l'Arve, 1 Isère, le Drac, s'élargissaient en impénétrables marécages. A peine trouvait-on quelques passages vers le nord, sur les ponts rocheux de Bellegarde
et les lies sablonneuses de Chanaz et de Lucey; vers Test, sur les crêtes escarpées où Ton fraya les premiers chemins. Plus tard, les Romains, prenant à revers le massif des Alpes, entrèrent dans les Gaules par les côtes marseillaises et s'avancèrent à pas comptés en remontant la vallée du Rhône. C'était la grande voie commerciale qui, par les bateHers du Rhône* et la suite non interrompue des lacs de THelvétie * rattachait les peuples du midi à ceux du nord, les côtes de la Méditerranée à la vallée du Rhin et à celle du Danube. Les Phéniciens^ avaient les premiers profité de ces cours d'eau navigables et de c(îs lacs paisibles, chemins qui marchent.
César, calculant le prix du temps, refit bientôt les étapes de Reliovèse et d'Anninal, et prit à travers hîs glaciers le chemin le plus court pour aller de Rome au cœur de la Celtique. Dès lors, la Savoie devint la porte des Gaules pour les légions romaines, en attendant
^ Le Rhône, qui peut déjà lui-même être remonté très haut
Ear des embarcations pesamment chargées, donne accès dans eaucoup de cantons par la raison que les eaux avec lesquelles il est en communication sont également navigables et peuvent servir à transporter les plus lourds fardeaux. — Strabon. Géographie, livre IV, chap. I, S XIV.
* Les lacs de Genève, de Neufchfttelt de Bienne qui se rattachent au Rhin et au lac de Constance. S'il faut user de charrois dans une partie du trajet, dit Strabon (IV» chap. I, % II), c'est sur un espace peu étendu, par des chemins peu difficiles, et Ton utilise les moindres cours d'eau qu'on descend et qu'on remonte alternativement.
' La Chronique dupayt de Vaud rapporte qu'Héracle, venant d'Espagne et se rendant en Italie, bfltit le port de Losonne audessous de la ville actuelle de Lausanne, pour servir de station à ceux qui descendaient du Valley et à ceux qui remontaient le Rhône, et que le petit-ûls d'un de ses capitaines bfttit le port de Genève.
qu'elle servît de carrefour aux ambitions des Éarbares qui se jetaient en Italie. Ces conditions géographiques ont fait ses destinées et ses périls.
Les Savoyens * ne sont pas autochthones ; leur origine complexe se ressent des migrations des races qui tour à tour envahirent les Gaules pour s'en disputer la possession et les Alpes pour passer en Italie. Cherchons de quelle souche sortent les Savoyens, de quels éléments s'est formé ce peuple, ce que les siècles y ajoutèrent et ce que la civilisation y corrigea. Une étude capitale doit servir d'introduction à l'examen des documents écrits, je veux dire la connaissance approfondie du sol et des habi-
* Le mot de Savoie s'est écrit de neuf manières différentes, suiyant les âges et la langue dominante ; le nom du peuple a varié presque autant de fois. Seyssel, C. de Buttet, Honoré d'Urfé, Jean Menenc, saint François de Sales, ont écrit SÀVOYSIENS, comme les éditions de Froissart en 1559 (Jean de Tournes à Lyon) et de Comines en 1529. — Les traités publies à partir de 1672, l'édition de Marot de 1731 (La Haye, III, 301), les récentes éditions de saint François de Sales, les écrits de Joseph de Maistre portent SAVOISIENS. — Je ne veux point partager l'affectation de ceux qui s'obstinent, malgré l'étymologie, la tradition et la convenance, à dire SAVOYARDS, le mot des manifestes espagnols, des chansons genevoises et du patois piémontais. L'usage aurait dû adopter de préférence l'expression si correcte des manuscrits les plus authentiques de Froissart et de Comines: SAVOYENS (MSS PARIS), expression reproduite en même temps que la variante savoysiens dans les Froissart d'Anth. Verard (1500), de Michel Le Noir (1505), d'Anth. Couteau (1530), et seule dans le Comines de 1747. La Chronique de Savoy e de Jlf« Guillaume Paradin^ imprimée à Lyon par Jean de Tournes^ en 1602, porte une seule fois le mot de Savoysiens (à la page 2) et partout ailleurs SAVOYENS. (Voir une dissertation du savant G. M. Raymond, dans les Mém. de la Soc. acad. de Savoie, 1829. j On sait aussi que quantité de familles en Savoie portent le nom de SAVOYEN. Je n'invente donc pas en choisissant Savoyens ; je rajeunis un mot vieilli, répétant avec Horace : Il n'y a de nouveau que ce qui est oublié, — Multa renascentur quœjam cecidere.
tants. Il faut se défier des systèmes ; mais, en histoire comme en toute chose, on ne peut s'appuyer pour conclure que sur des idées
Fénerales, à la condition que la synthèse et analyse se prêteront un mutuel secours.
L'ethnographie de la Savoie est la même que celle des Gaules avec cette différence que, dans ces vallées profondes où les issues manquent, la lutte souvent renaissante deç invasions fut
f)lus passionnée, la résistance plus opiniâtre, 'empreinte plus nette, le souvenir plus vivace. Les Ibères, l'une des tribus de la grande famille indo-germanique, paraissent avoir les premiers quitté l'Orient pour envahir les soUtudes européennes ; partis des vallées au sud du Caucase, ils traversent les plaines de la Scythie et les forêts de la Germanie pour s'établir au pied des Alpes dont les cimes neigeuses leur font l'illusion d'une nouvelle patrie. Peut-être les Ibères des Gaules prirentils le nom de Galls ; toujours est-il qu'à une époque fort ancienne les Celtes, venus aussi du continent asiatique, envahirent à leur tour le pays qui s'étend entre le Danube, les Pyrénées, la mer et les Alpes, se mêlant aux Cfalls et refoulant les Ibères. La race ibérienne, la
f)rimitive * , rebelle à toute assimilation, se retira entement de vallées en vallées, de montagnes en montagnes, jusqu'à ce que la terre manquât sous ses pieds. L'esprit de résistance prit alors le dessus sur la passion de l'isolement ; il fallut subir le contact des envahisseurs, ne fût-ce que pour les combattre. Les Ibères, aont le désespoir décuplait l'énergie, et quiretrou-
* iLiuédée Thierry. — Let Invasions des Barbarei. — Ampère. — Revue des Deus^Mondes, du !«»' août 1S38.
valent au bord de l'Océan les pics et leis horizons de leurs Alpes, réussirent à se maintenir dans les positions inexpugnables de la Biscaye et du Guipuscoa.
Les Celtes formèrent souche avec le plus de permanence *. Ce sont eux qui, mêlés aux Kymris , leurs frères d'origine % laissèrent la plus frappante empreinte de leurs allures vives, de leur esprit audacieux, dans les traditions des générations qui leur succédèrent.
« Tous les peuples appartenant à cette race, dit Strabon^, sont fous de guerre, irritables, prompts à tirer Tépée , du reste simples et point méchants. Faciles à provoquer, aisés à persuader, ils joignent à leur franchise, à leur fougue naturelle une grande légèreté, beaucoup de présomption et la passion de la parure. Cette frivolité de caractère rend les Gaulois insupportables d'orgueil s'ils sont vainqueurs, aussi désespérés que timides s'ils sont battus. Il est juste d'ajouter qu'ils vont à la mort en chantant. »
La conquête romaine assouplit ces fiertés sauvages, adoucit l'humeur querelleuse de ces peuplades toujours en armes et dirigea leur activité remuante vers l'agriculture, l'étude des lettres et de l'éloquence. Les Gaulois étaient remarquables entre tous les peuples de l'an-
* En Germanie, ils occupèrent la Bohême et la Bavière ; en Italie, la Ligurie et TOmbrie ; en Espagne, la Galice et le Portugal, où il semble qu'ils aient poursuivi les Ibères ; en Bretagne, le pays des Gaëls purs.
* On place la première invasion Kymrique vers le XIII« siècle avant l'ère chrétienne. De 614 h 578, de nouvelles bandes de Kymris, conduites par un puissant roi nommé Œsus, envahirent une seconde fois les Gaules et déterminèrent les émigrations de Sigovèse et de Bellovèse. En 132, Marius eut à refouler la troisième de leurs invasions.
' GéograpMe de la terre habitée, livre lY» chap. IV.
tiqtdté par le mépris de la mort, la croyance à l'immortalité de Tâme, à la perpétuité de l'univers. Ils se séparaient des autres sociétés antiques par la part considérable qu'ils attribuaient aux femmes dans la famille et dans l'Etat. Rome, qui imprimait partout la marque de sa grandeur, légua à ses vieux ennemis des Alpes le sens pratique de ses lois et le respect de l'autorité.
Les Germains envahissent à leur tour la région des Alpes : Goths, Lombards, Burgondes, Francks. Ils apportent avec eux la conscience des droits de l'individu, les utopies allemandes, et l'instinct voyageur personnel, différent des élans tumultueux des foules gauloises *. Puis, à ces vastes migrations de peuples en marche, succèdent les irruptions des Hon^ois, des Sarrasins ; puis enfin les combinaisons de mœurs, d'esprit, de tendances n'amène le contact des nations étrangères et es habitants de la Savoie, soit aux Croisades, soit pendant les guerres d'Italie.
Si l'on étudie et que l'on pénètre l'ensemble du caractère savoyen , on y retrouve, à des degrés différents, ses aptitudes diverses et comme une empreinte , tantôt énergique , tantôt effacée, du type de chacun des peuples qui ont vécu dans ces vallées '.
* Angastin Thierry. — Lettres iur l'higtoire de France, VI. — Gnizot. De la eivilitation en Europe»
* Les femmes de la Tarentaise portent encore de nos jours la coiffare originale appelée frontière, qui rappelle le casque d'or et de dentelles des Frisonnes, et aue Strabon a décrite trait pour trait (Géogravhie, livre 111 ^ chap. lY) en parlant de la coiffure des femmes aes Ibères. Elles 8e coiffent, dit-il, d'un petit tambour» parfaitement appliqué en rond sur le chignon
Les Savoyens sont de taille moyenne* et bruns comme les Ibères '. D'humeur voyageuse tout en adorant leur pays, ils ont à l'étranger l'énergie et l'activité gauloises ; chez eux., la lenteur allemande. Leur naturel offre des traits saillants et contradictoires. Ils ont pour vertus dominantes une patience qu'on prendrait ailleurs pour de la ténacité, et une force de résistance telle qu'on l'appellerait volontiers de l'initiative. Ouverts pour les idées, hospitaliers pour les personnes, ils se refusent à toute contrainte ; leur naïveté se compose de tous les secrets de la finesse , de toutes les malices du bon sens ; ils paraissent (luelquefois insouciants quand ils ne sont que méditatifs, et leur réserve se traduit souvent par une affectation d'isolement. Ce caractère de sévérité dans le visage, de froideur dans l'abord, particulier aux hommes forcés de se tenir sur la
et qui serre la tête jusque derrière les oreilles, se tressant avec les cheveux et se rapprochant du front comme un casque qui se renverserait ensuite en s' évasant.
* Sauf sur les hauts plateaux de la Maurienne et dans les vallées élevées de Valorsine, de Chamonix. de Hauteluce, du Val de Tignes, où l'on trouve des hommes de haute taille et de belle mine, et des femmes dont la finesse de race a résisté à tous les mélanges. Les scrofuleux, les goitreux et les crétins répandus dans les gorges étroites des vallées d'Isère et d'Arc sont incurables. (En 1806, M. de Verneilh comptait en Savoie 8,848 goitreux ou crétins, dont 5,000 en Maurienne). Mais les règlements énergiques et les sages précautions de l'administration française suppriment chaque jour les causes du mal par l'assainissement des logements Insalubres, la dérivation d'eaux potables et l'amélioration toujours croissante du bien-être social.
* Les Savoyards sont petits, actifs; ils ont la mâchoire allemande, très carrée; l'œil gris, les cheveux noirs, les sourcils bas, épais. (Price. — Essai sur les races humaines, Londres, 1839.)
défensive, dérive de la situation géographique du pays. Pendant des siècles, resserrés entre les neiges, les avalanches, les torrents et des voisins dangereux, il leur fallut se défendre à la fois de la nature et des hommes; au midi, l'absorbant Piémont ; au nord, la remuante et jalouse Genève; à l'ouest, la France vers laquelle on incline, mais en se roidissant. Ils ont la souplesse métallique d'un ressort qui ploie mais peut se rompre.
Une fois les dehors pénétrés, sous cette écorce de brusquerie et de défiance, on découvre une franche simplicité, l'attrait du bon sens, une bonhomie qui s'accentue d'ironie, une sorte de bonté rude qui écarte la prétention, qui se pique de n'en point avoir, et, au demeurant , n'a que celle-là.
Prompts à la réplique, lents à l'action, penchant ordinaire aux gens convaincus qu'ils valent mieux que leur fortune , les Savoyens sont peu démonstratifs. Nés soldats, comme tous les Français, ils ont maintes fois justifié leur antique réputation de foi et de fidélité. On les croit Italiens; ils n'en ont ni le langage ^ ni les habitudes , n'en déplaise à Sé-
* « Je rapprends et je retrempe mon français chez les gens simples, restés fidèles aux vieilles mœurs, *comme il en est encore dans la Suisse romande, en Valais et en Savoie C'est là qu'en accostant le paysan qui descend la chaussée, ou en s'asseyant le soir au foyer des chaumières, on a le charme d'entendre le français de souche, le français vieilli mais nerveux, souple, libre, et parlé avec une antique et franche netteté par des hommes aussi simples de mœurs que sains de cœur et sensés d'esprit. » (TOpflfer. — Voyages en Sorotc.y— Tout en ce pays rappelle la France. La Savoie est toute française, le Piémont l'est encore à demi; le Savoyard parle le français mieax que ne le parle souvent le paysan français lai-même, etc. (Lettres de M»e Swetchine, 24 septembre 1823.)
nanconr*. Où les accuse d'âpreté au gain; mais la vie est rude au pied des Alpes, et l'homme calcule d'autant mieux que son labeur est plus pénible. Dans tous les cas , leur probité est proverbiale à l'étranger; les Dauphinois auraient mauvaise grâce à critiquer leur finesse; les Normands ne sont pas plus sincères , ni les Auvergnats plus délicats. Un de leurs meilleurs princes, celui qui peut-être les a le mieux connus, et qui les aimait fort tout en les raillant', ne disait-il pas : Les Savoyards ne sont jamais contents ; s'il pleuvait des sequins^ ils diraient que le bon Dieu casse leurs ardoises !
Les premières notions positives que la mémoire des hommes ait conservées, relativement aux habitants primitifs de la région des Alpes de Savoie, remontent aux traditions grecques recueillies par AppoUodore ^ , Artémidore * et Posidonius ^ . Ces traditions citent le delta des Allobroges comme l'une des étapes d'Hercule, c'est-à-dire l'une des stations de
* « Ce qui eat impraticable en France se fait encore en Suisse et dans toute la Savoie; on y est aussi négligé d'allures
Su'en Italie. l\ y est reçu de s'y rencontrer, vers le soir, dans es maisons qui ne sont autre chose que des cabarets choisis. Ni l'âge, ni la noblesse, ni les premières magistratures ne font une loi du contraire. fObermann, — Lettre 89.)
2 Le roi Victor- A médée IIL
^ Histoire des dieux et des héros jusqu'au retour des Héraclides dans le Péloponèse. — Traduction latine d'iEginus de Spolète. Rome, 1550.
* D'Ëphèse, qui vivait environ cinquante ans après Àpollodore, vers l'an 99 avant l'ère chrétienne, et qui a laissé un Périple on voyage autour du monde, publié en 1698, par John Hudson.
^ De Rhodes. — U a laissé des fragments publiés en 1810, par John Rake.
la grande route commerciale qui, ouverte par les Phéniciens aux échanges de l'Orient, réunissait la péninsule ibérique à la péninsule italique en traversant la Celtique et les Alpes. Hercule, ou plutôt les hardis trafiquants de Phénicie, dont on lui attribua plus tard tous les voyages, de même que les rapsodes grecs se confondirent dans la sereine individualité d'Homère, vivaient au XHP siècle avant l'ère chrétienne. L'Hercule tyrien, dont les expéditions sont retracées dans les récits allégoriques des historiens grecs, est le symbole de cette activité féconde qui, du XHI® siècle au VI® siècle, couvrit de colonies les rivages de la Méditerranée, et l'Afrique et l'Espagne fort avant dans l'intérieur. La tradition que rapporte Diodore de Sicile marque l'ensemble des entreprises tentées par le génie aventureux des Phéniciens, les stations principales de leur commerce et les résultats de leurs conquêtes. Hercule traverse la métropole religieuse de la Celtique et s'ouvre un passade à travers les Alpes; c'est le premier essai d émancipation et d'association des petits peuples disséminés dans les solitudes de la Celtique ; ils se rapprochent pour les échanges, ils vont se confédérer bientôt contre le péril commun.
De 6l4 à 578, les Kymris, se détachant de la souche commune des peuples indogermaniques, suivent à leur tour les routes parcourues par les Celtes. L'identité de race ne les fait point hésiter devant la dépossession des habitants des Gaules ; au lieu de s'établir dans les espaces restés incultes, ils trouvèrent plus simple de partager les régions qui jouissaient déjà d'une civilisation relative. Vers
587, Ambigatus, chef des Bituriges*, recula devant les nouveaux venus ; ses neveux, Sigovèse et Bellovèse, entraînant après eux des milliers d'émigrants, quittent la Celtique. Sigovèse et les Volces tectosages franchirent le Rhin * et passèrent en Germanie ; Bellovèse traversa les Alpes, conquit la Gaule cisalpine et fonda Milan ^ Tite-Live, qui a écrit près de six siècles après ces événements, est le premier auteur qui fournisse sur ces peuples des détails précis ; nous sortons du domaine de la tradition pour entrer dans celui de Thistoire.
Les rapports de commerce et d'amitié qui se continuèrent entre les Gaulois d'Italie et les Gaulois de la Celtique contribuèrent à augmenter la population des Alpes, à y créer des routes permanentes. Les passages des Salasses et des Taurins (le Saint-Bernard, le Mont- Genis et le mont Genèvre) devinrent bientôt aussi fréquentés que ceux des Alpes maritimes ; l'extension de la nationalité gauloise dans la péninsule italique eut également ce résultat,
* Tite-Live dépeint les Bituriges de cette époque comme le peuple domiDant de la Celtique ; leur capitale s'appelait Avaricum avant de prendre le nom du peuple. (Walckenaër, Géog. anc. des Gaules, I, 52.)
' Tite-Live (Livre V, chap. XXXIV) indique les Boii de TAquitainc, les Volcœ de Tolosaj et les Helvètes. Ce furent les petits-fils de ces émigrés qui pillèrent le temple de Delphes et fondèrent en Orient la Gaule asiatique. (Livre \t chap. XLIL) U se trouva certainement parmi eux quelques AUobroges si voisins des Helvètes.
^ Quatre émigrations des Gaulois en Italie se succédèrent à des intervalles assez rapprochés : celle de Bellovèse vers 587 : celle des Cenomanij favorisés par Bellovèse; celle des Ligures Libui, qui fondèrent Verceil; celle des Ligures Salluvii, qui entraînent avec eux une peuplade des Voconces^les Vertacomiri (habitants du Vercors), fondateurs de Novaria (Novare).