‹ Histoire de Savoie (volume 2)Chapitre 5 sur 38 · λ-M5 AV · texte numérisé non relu

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d'une importance capitale pour Tintelligence de l'invasion romaine, de déplacer le centre politique et religieux de la Celtique. Du pays des Bituriges il passe à celui des Allobroges ; plus tard, après leurs premières défaites, ceuxci transmettront leur héritage à leurs vieux alliés, les Arvernes.

Il serait intéressant de suivre ces établissements des Celtes * en Italie, où ils portèrent de rudes coups à la civilisation des Etrusques. Ils réussirent à les expulser des contrées situées au nord des Apennins, et, l'an 390, s' attaquant à la civilisation romaine, ils prirent Rome qui s'épuisa pendant quarante-cinq années pour les vaincre. Ces irruptions réitérées nirent aussi fatales aux populations italiques que devait l'être plus tard pour l'Empire Tinvasion des Barbares.

L'an 225, les Gaulois de la Cisalpine appellent d'au-delà les Alpes, pour les entraîner contre Rome, leurs frères de la Celtique. Les peuples qui habitaient entre le Rhône et les Alpes et que Polybe appelle du nom générique de Gésates^ répondirent à cet appel et soutinrent, unis aux Cisalpins, cette rude guerre qui détermina Tassociation des villes latines. L'an 218, Annibal traverse les Gaules, passe

^ Je rappelle ici que parmi les causes d'erreur les plus fréquentes 4 dès qu'il s'agit de ces âges incertains, c'est la confusion que font les anciens des Ibères et des Galls, des Gaulois et des Celtes. Pythéas donne l'Elbe pour limite septentrionale à la Celtique ; dans les auteurs grecs, le mot Gallia est synonyme de celui de Celtique ; Cicéron appelle Gaulois les Gimbres que battit Marins ; Âppien nomme Cimbres les Gaulois qui vinrent à Delphes (Galli quos Cimbres votant) ; Lncain fait du meurtrier de Marins un Cimbre, Tite-Live le dit Gaulois ; Plutarque (in Sertorio) raconte que les Gimbres et les Gaulois ont le même langage, etc.

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le Rhône au-dessus de son confluent avec FIsère, parcourt Vile des Allohroges *, remonte la Maurienne et franchit les Alpes au col du petit Mont-Cenis, entraînant avec lui comme auxiliaires quantité de ces hardis montagnards habiles à manier le gœsum et dont quelquesuns avaient peut-être combattu à la journée de Telamone *.

Polybe, écrivant soixante ans après Tentreprise hardie d'Annibal en Italie, donne des détails aussi précis que possible sur la géographie de la région des Alpes '. Dans toutes les questions qui intéressent la géographie ancienne, au lieu d'imaginer des théories séduisantes, il faut faire table rase des systèmes, remonter aux textes y les traduire littéralement, sans commentaires, et chercher ensuite, sur le terrain, à quelles localités s'appUque la description habituellement exacte qu'on a lue. A cette seule condition, il sera aisé de déterminer les peuples qui habitaient dans les limites actuelles de la Savoie.

« Certains voyageurs, écrit Polybe *, ont osé dire

* On troavera ce point géographique, trop étranger au bal de cet ouvrage pour que je m'y arrête longtemps, traité avec autant de netteté que de science par M. Fivel, dans son mémoire inédit sur Hercule, Ànnibal, César et le Delta allôbrogique,

* Où Viridomar leur chef fut tué par Marcellus, en combat singulier, Tan 225. Voir Tite-Live et Cornélius Nepos.

' Ce sujet a paru s'embrouiller à mesure qu'on faisait plus d'efforts pour l'éclaircir, dit Walckenaër à propos du passage d'Ànmbal à travers les Alpes. La raison en est qu'on a vu entre le récit de Polybe et celui de Tite-Live une contradiction qui n'existe pas ; au lieu d'exclure l'un des deux récits, il fallait les mettre d'accord.

* Histoire généraleAiyreUl, ckap, XLVIU.

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que dans ces Alpes tout n'est que déserts, rochers escarpés, chemins impraticables ; c'est une fausseté manifeste. Avant qu'Annibal en approchât, les Gaulois habitant les rives du Rhône avaient souvent franchi ces montagnes pour se jeter en Italie ; elles sont habitées par des populations nombreuses et que j'ai visitées. Je ne parie que de quatre passages connus de mon temps à travers les Alpes, et je les désigne par le nom des peuples C[ui en étaient maîtres : le passage par les Rhœli (Coire) ; celui par les Salasses (le val d'Aoste) * ; le Saltus taurinensis ou petit Mont-Cenis ; et la route de la Corniche, de Gènes à Monaco et Marseille ' >

Les hautes vallées des Alpes étaient occupées par de petits peuples belliqueux, pillards, et qui surent conserver longtemps une indépendance absolue entre les Confédérations gauloises de la Celtique et les Romains devenus maîtres de toute ITtalie ^ C'étaient les Caturiges dans les vallées de Chorges et d'Embrun, les Garocèles en Maurienne \ les Centrons en

' On peut, quand on vient d'Italie, prendre la route qui suit la vallée des Salasses; à l'extrémité, la vuie se bifurque; l'un des chemins se dirige sur le mont Pœninus, mait devient impraticable aux chariots vert le point culminant du paaage (le grand Saint-Bernard et le Valley) ; l'autre traverse le pays des Centrons (Tarentaise). — (Strabon. Géographie, livre iV, chap. VI, S 7.)

* Le passage du mont Genëvre, soit par la vallée de Pragelas, soit par le col de Fénestrelle, n'a été découvert et surtout pratiqué que beaucoup plus tard, lors de l'expédition de Pompée en Espagne, ainsi que l'attestent fort nettement Salluste (Fragmenta, III , 157) et Appien (De belle civili, h cap. CIX) quand on ne dénature pas les noms de lieux qu'ils citent.

' Les peuples des Alpes, excepté ceux qui sont situés au« dessus de Fembouchure du Var, ne firent point partie de It Pro>ince romaine ; César fut toujours obligé de forcer le passage. (Walckonaër, I, 251.)

* Ocelum ou AussoiSi au pied du col du petit Mont-^enis» dn

Tarentaise *, les Nantuates ' en Faucigny, les Seduni , dont la ville de Sion (SedunumL quoique d'origine gallo-romaine, a retenu le nom, dans le Valley ^, et les Veragri, dans la gorge profonde qui descend du mont Cervin jusqu'à Martigny (Octodurus).

A cette époque reculée, les limites naturelles de chaque petit peuple marquaient d'une manière presque absolue ses frontières politiques. Les montagnards étaient enfermés dans la vallée ou le bassin qu'ils occupaient, et, quand il y a de l'incertitude sur l'extension de leur territoire, c'est que les écrivains latins ou grecs, mal informés, ont attribué à toute une confédération le nom de la fraction dominante. Dans les vallées géographiquement italienjies de la Dora Baltea (val d'Aoste) et de la Dora Riparia (val de Suze), des populations cel-

côté de la Maurienne, paraît être cette localité mystérieuse dont parle César quand il raconte sa campagne contre les Helvètes (De bello gall,, lib. I, cap. X) et que Ton confond avec l'Ocello de la vallée de Fénestrelle, ou l'Oscellum de la vallée d'Oulx. Strabon don7ie Ocelum pour limite à cette portion de Vltalie (Géog. III), et les calculs tirés des itinéraires se rapportent avec une exactitude singulière à cette attribution.

' Le mot d'origine celtique Tarins a été traduit par l'équivalent latino-grec Centrons, les hommes des pics ; le nom d'Acitavones résume les deux sens primitifs. Sur la foi d'une faute d'orthographe commise par un tailleur de pierres, on a proposé récemment de lire Centrons.

' Peuples des torrents; César nomme les Nantuates avec les Seduni et dit qu'ils sont situés sur les confins des Allobroges, entre le Rhône, le lac Léman et les plus hauts sommets des Alpes. (De hello gallico, III, cap, I.}

' Les Nantuates occupent le territoire des Chalbici de Festus Avienus, et sont le même peuple sous une autre dénomination (Walck., I, 550). Ces peuples formaient avec les Veragri et les Viberi, occupant la crête des montagnes entre le Valley et le val d'Aoste, les quatre civitates des vallées pennines dont parlent les inscriptions (Muratori, tome II, page 1080).

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tiques, les Salassi elles Segusini, avaient avec leurs voisins du versant nord des rapports d'origine, de mœurs et de langage que le temps n'a point effacés. Les AlloEroges occupaient la région inférieure des Alpes, entre le Rhône, l'Isère et l'Arve. Les textes ne laissent aucune indécision sm^ ce dernier point : César indique Genève comme l'extrême oppidum des Allobroges; il n'est pas aussi aisé de déterminer leurs limites au nord et à l'ouest. Tite- Live raconte que les Volcœ \ nation forte et qui occupe les deux rives du Rhône, disputèrent à Annibal le passage du fleuve ; Polybe ajoute que, remontant le long du Rhône vers le nord, Annibal rencontra l'île -des Allobroges, sorte de Delta compris entre le Rhône et le Scorax ^

Tite-Live en parlant de ces deux cours d'eau remarque que leurs sources sont situées dans des parties différentes de la chaîne des Alpes ^. Enfui, César atteste que les Allobroges avaient des possessions au-d!elà du Rhône sur le territoire des Edui-Ambarri ou des Sebusiani ^ ; la nature et l'importance de cette extension de l'AUobrogie jusqu'au pied du Jura n'ont jamais été déterminées avec certitude. On attribue aux Allobroges, tantôt les vallées dp Châtillon et de Micnaille en Val-

* n y avait les Volcœ Tectosages, Àrecomici et Cavares, ces derniers sur la rive gauche du Rhône et voisins des Voconces.

^ Le nom de cette rivière se trouve écrit ainsi dans tous les manuscrits de Polybe; pour se tirer d'embarras, les savants ont imaginé de le remplacer par le mot Àrar, d'après un texte de Tite-Live corrigé Jui-même par les copistes.

' Diversis ex Àlpibus decur rentes (Lib. XXI, cap. XXXI).

* De bello helvetico, I, cap. XL — Tacite. Annales^ I, chap.

romey, tantôt le district de Belley, tantôt te rive droite du Rhône jusqu'à Miribel *. Ce qui est certain, c'est que l'ancien diocèse de Belley, certaines médailles frappées à Segusia, qui n'est point Segusium (Suze), et des traditions locales persistantes reportent jusqu'au centre de la Bresse et du Bugery les frontières probables de la vieille confédération des AUotooges. En faut-il conclure que, depuis Annibal jusqu'à César, le territoire allobrogique a eu pour limites l'Isère (Isara)j le Guiers (Scorax ou Bis Arar)^ les marais des Bombes, l'Ain et le Jura, le I^hône, l'extrémité du Léma», où l'oppidum de Genève servait de tète de pont, et F Arve? Il faudrait alors considérer le quadrilatère formé par le Rhône, le Guiers, le massif de la Chartreuse et l'Isère comme attribué aux Allobroges par la réorganisation romaine des Gaules ; le changement de limites et le transfert de la capitale a Vienne, colonie césarienne, auraient eu pour but de déplacer les habitudes et les influences; c'est la politique traditionnelle de Rome chez les peuples conquis.

Quoiqu'il en soit de ces hypothèses , les Allobroges étaient une des nations les plus célèbres de la Celti(jue. ApoUodQre les proclame Galïorum fortissimos; Tite-Live atteste qu'il n'est pas, dans les Gaules, de peuçile plus illustre et plus riehe?'; Horace ajoute, il est vrai, que leur fidélité variait avec les

' Bernard. Origines du Lyonnais, — Lateyssonnière. JtechMchis hisU)riques sur le département de VAin, — lacqjBies Maissiat. Jules César en Gaule,

^ Nulla gallicà gmt$ opibvé aut famâ infmar, (LUk UI.)

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caprices de la fortune*, mais Horace n'est qu'un poète.

Les Allobroges, pas plus que les Germains et les Celtes, n'avaient de villes ; ils habitaient des maisons de bois, couvertes de chaume, réunies en petites bourgades, à mi-côte, le long des cours d'eau, sur la lisière des forêts V Ils avaient l'habitude, à certaines époques, de se réunir dans quelqu'une de ces bourgades, soit pour y échanger leurs produits, soit pour y délibérer sur les afl'aires communes ; ces centres devinrent plus tard des villes quand les Romains y eurent étabUs des camps retranchés (Castra stativa)^ des lieux d'étape, le chef-lieu des Civitales ou communautés; plus tard encore les évoques choisirent ces cités poiu' y placer le siège de leur apostolat. Les AUobroges avaient aussi des Oppida, vastes enclos fortifiés par la nature, au débouché des vallées, dominant le cours des fleuves, placés sur des crêtes inaccessibles et qui, en cas d'attaque, servaient d'asile à tout un peuple.

L'aspect des Alpes variait suivant qu'on vi-. si tait les larg(^s vallées des Voconces et des Allobroges. ou qu'on pénétrait dans les gorges profondes nabitees par les montagnards.

€ Dans la chaîne des Alpes, dit Strabon ', on trouve des terres arables et certaines vallées bien cultivées ; mais vers les sommets, là où se sont concentrés les brigands, le froid, l'âpreté du sol, font de ce pays

* Novitque rebut infideUt Allobrox, (Epodes, XVI).

* Tacite. De moribut Germanorum, — Vitruve. De arehiteelurà. II. — Slrabon. De géographie, I> cap. I. — Cajrliia. Recueil d'antiquitit, IVf 356.

' De géographie. Livre IV, chap. VI, g 9.

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l'image désolante du chaos. Les seuls objets d'échange avec les populations des vallées inférieures sont la poix, la résine, le fromage et le miel. Les Alpes nourrissent des chevaux, des taureaux sauvages et un animal sin* gulier, ayant la forme d'un cerf, mais l'encolure et le poil d'un sanglier, i»

Il faut compléter cette indication sommaire des produits naturels des Alpes, aux temps

Primitifs, par les données plus détaillées de olybe et de Pline, Tun de beaucoup antérieur à Strabon, le second qui lui est postérieur de quelques années.. Polybe raconte que les vallées qui avoisinent le Rhône sont populeuses et riches en bestiaux, et qu'on y trouve des mines de fer et de cuivre * ; Pline parle avec éloge des fromages de la Tarentaise , il remarque que les vaches de cette région des Alpes sont petites mais excellentes laitières, il distingue les vins des environs de Vienne des vins résineux de TAUobrogie, et s'étend sur la variété des métaux exploités jusqu'au pied des glaciers^.

La défaite d'Annibal livrait aux Romains les villes italiques et l'univers. Le Sénat attaque les Gaules par deux points; tandis que les légions remontent péniblement la vallée du Rhône , la colonie d'Eporedia (Ivrée) com-

* Histoire générale. Liv. III, 51 — et 11, 15. (Edit. d'Isaac Gasaubon. Paris, 1609.)

» Histoire naturelle. Liv. VI, 42 — VIII, 45 — XIV, 27. (Edit. de Leyde, variorum, 1669.) Pline parle ici de la mine dite des Sarrasins, au Mont-Cenis, la plus haute exploitation connue. Les mines d'Allevard, des Hurtières, du Salève, du Jura, étaient exploitées depuis une haute antiquité. (Quiquerez, De Vàge du fer). Le trafic des Phéniciens en Europe avait surtout pour objet l'achat ou l'exploitation des métaux. (Rougemont, De Vàge du bronze, 312, 347.)

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maAidé la vallée des Salasses. Les Ligures veulent s^opposer à l'asservissement des villes massaliotes ; le consul Sextus les bat, Tan 423, et fonde au centre de leur territoire la ville ôi'Âquœ Sextiœ (Aix). Deux ans plus tard , le consul Domitius iEnobarbus combat avec succès les Allobroges près de Vindalium*, au confluent du Sulgas et du Rhône. Les Allobroges se confédèrent de nouveau avec les Ar ver nés, dont le roi Bituit était célèbre par son faste et sa bravoure. Le oonsul Fabius Maximus écrase les alliés au confluent de risère et du Rhône (Fan 121), et reçoit avec les honneurs du triomphe le surnom d'AUobrogique.

La province romaine de Sextius était primitivement enfermée entre le Var, le Rhône et la Durance , moins les enclaves massaliotes de Marseille et Antibes. Les défaites réitérées des Bituriges, des Arvernes et des Allobroges firent avancer la frontière , à l'ouest jusqu'aux limites du territoire des Volcœ Tectosages ^, et au nord, dans la région des Alpes, jusqu'à l'Isère. Ce fut la Gaule narbonnaise. L'an 113, les Gimbres et les Teutons heurtent en Illyrie l'armée consulaire de Papirius Carbon; c'était l'émigration de deux peuples. Ils

' Ce lieu est inconnu; d'Anville, et les autres après lui, ont attribué à la Sorgue le nom de Sulgas. La géographie de ees premiers temps historiques des Gaules est fort obscure ; parmi les localités dont l'attribution est restf^n douteuse, je citerai Àetia, dont cinq auteurs anciens indiquent l'importance sans en déterminer la position exacte, et qui parait devoir être définitivement placée à Plan de Baix (Drôme).

* Àusone. De elarhurbihus. Edition de 1730, page 221. — Valèjre Maxime. IV, chap. VU. — VI, chap. IX. — Appieii. De bellis gallicis.

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tournent l'obstacle des Alpes et pénètrent dans les Gaules pai^ la vallée du Rhin et le pays des Belges. Ils avaient trouvé des frères en Helvétie, us en rencontrèrent d'autres dans la Belgique ; revenant à l'est, puis au sud, ils atteignirent enfin les bords du Rhône où le consul Silanus se fit écraser (109). Les Cimbres avaient mis quatre années à franchir l'espace qui sépare le Danube du Rhône. Ils forcent à Genève et à Montluel le passage du fleuve, se répandent dans la ProVince, font essuyer coup sur coup aux Romains d'épouvantables désastres. Le 6 octobre 105, ils détruisirent près d'Orange une sixième armée romaine. Marins sauva l'Italie; les deux nations s'étaient partagées les provinces méridionales ; l'an 102 , il extermine les Teutons dans deux effroyables batailles livrées près d'Aix; l'an 101, il rejoint les Cimbres gui avaient franchi les Alpes, et les anéantit a leur tour dans les plaines de Verceil.

A Rome , un siècle de guerre et de corruption avait détruit la classe moyenne qui fonda la puissance de la République. Il n'y avait plus, selon le mot énergique de Catiliria, que des multitudes d'affamés conduites par quelques nobles plus riches et plus fiers que deà rois. La guerre sociale, la révolte des esclaves, la tentative de Spartacus, la guerre de Mithridate , les. discordes civiles avaient mis le comble au désordre public. Depuis là défaite des Cimbres et les fatales journées où ils avaient perdu les plus hardis de leurs fils, les Allobroges consentirent à payer au Sénat romain un tribut déguisé sous le nom de présent d'amitié. Pendant que Sertorius s'éman-

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cîpaît en Espagne, Lépidus, gouverneur de la Province, se révolte a son tour et fait appel aux AUobroges. Pomj)ée, chargé par le Sénat de réduire Finsurrection d'Espagne, évite les passages des Alpes défendus par les Centrons et les Garocèles et pénètre dans la Province, en suivant la vallée de Barcelonnette * ; attaqué

Ear les AUobroges unis aux Voconces, il les attit en plusieurs rencontres au milieu des épaisses forêts dont tout ce pays était couvert au temps de Tite-Live '.

L'an 63 , les AUobroges avaient è Rome des ambassadeurs chargés de porter plainte au Sénat contre les prévarications clu préteur Fonteius. Il résulte du plaidoyer de Cicéron que Fonteius gouvernait la Narbonnaise pendant que Pompée rétablissait l'ordre parmi les peuples des Pyrénées, que la plus importante de ses attributions était la construction de routes militaires et qu'on venait de paver la grande voie tracée par Domitius dans la vallée du Rhône. Cette période de l'histoire des AUobroges, l'une des plus intéressantes, est aussi l'une des plus obscures , parce que tous les écrivains qui en ont parlé ne l'ont fait qu'incidemment et sans rattacher l'un à l'autre les faits épars dont la trace s'est conservée. Fonteius levait des impôts sous prétexte d'ache-

' C'est du moins Topinion do Walckenaër. — L'abbé Chuit a essayé avec succès, en 1827 et 1828, d'écrire l'Histoire des AUobroges pour une période de 1253 uns. dans laquelle il résumait leur existence. L'histoire de son pnv-j n'est pas ordinairement celle qu'on sait le mieux, disait-il. Aurons-nous la honte de rester muets en face de l'étranger qui nous demandera qui nous sommes et d'où nous sortons?

* Crispus Sallustius. — l^x epistolâ Cneii Pompeii ad Senatum, in Fragmentit,

ver les routes et enrôlait de force des soldats qu'il envoyait à l'armée de Pompée. On sait ce qu'étaient les pillages de ces Romains de la décadence. Verres, accusé pour ses excès en Sicile , se disait sûr de l'impunité parce qu'il avait fait trois parts de ses trois années d'administration : l'une pour son défenseur, l'autre pour ses juges, la troisième pour luimême. Cicéron plaida contre Verres et , sept ans plus tard, fit acquitter Fonteius, coupable des mêmes crimes. Induciomar, l'un des dé-

Îmtés allobroges, vint réclamer devant le Sénat a punition du magistrat infidèle et la garantie à ses compatriotes de l'indépendance qu'on voulait leur ravir : Nous ne sommes pas tellement écrasés par vos victoires, ô Romains! s'écria-t-il, que nous ne puissions nous redresser sous la honte de vos injustices. C'est alors que se tramait à Rome la conjuration de Catihna; on essaya de séduire Induciomar et de s'en faire un allié pour la révolte ; Cicéron agit de son côté, et réussit, quoiqu'il eût plaidé contre les Allobroges , à capter leur confiance et à obtenir des révélations*. Il n'avait pas de preuves écrites contre les conjurés ; Induciomar livra les lettres de Catilina, et sa dénonciation coûta la vie à Lentulus et à ses amis. Mais Cicéron ne fut pas plus reconnaissant que le Sénat n'avait été juste ; les députés allobroges quittèrent Rome la rage dans le cœur, avec la honte d'avoir trahi et le dépit d'avoir été trompés. A leur voix, les Allobroges courent aux armes et battent les légions de

* Voir dans Am. Thierry {Hist. des Gaulois. Edit. de 1863, l, 54) l'attitude des députés, la duplicité romaine, et la surprise dédaigneuse qu'affecta Cicéron.

Manlius dans la vallée de l'Isère. Le pays des Allobroges ne faisait nullement partie, à cette date, de la province romaine qui avait Tlsère pour limite au nord. Cette guerre est d'une importance capitale en ce qu'elle précède immédiatement la conquête des Gaules par César et qu'elle en fut comme la préparation. Malheureusement, Dion Cassius, le seul historien qui en ait donné les détails, l'a racontée avec une brièveté que rend inintelligible la connaissance imparfaite de la géographie de cette région, telle que nous l'ont faite les savants. D semble résulter des récits de Dion Cassius et de Florus, ainsi cpie de la correspondance de Cicéron * , que les deux citadelles allobrogiques étaient situées l'une, Ventia, près de Seyssel, sur le Rhône, dont Lentinus s'éloigna, effrayé qu'il était par les barques des mariniers du fleuve, pour tourner la position par les collines boisées de Vence ^ ; l'autre sur le Fier, Solonium, près de laquelle le préteur Promptinus détruisit entièrement l'armée des coalisés ^ Ce double désastre a décimé pour de longues années la belliqueuse population des Allobroges ; réduits à l'impuissance, ils ne prendront qu'une part incertaine à la grande guerre de l'indépendance et leur territoire est réuni de nom à la province romaine.

' ÀDDceus Florus. Lib. IV, 1. — Cicéron. Oratio tertia in Catilinam. — Lettres familières^ etc.

* On a voulu successivement retrouver la Ventia de Lentinus à Vinay, à Cornillon, à Saint-Robert, à Saint-Nazaire, à Saint- Paul-lès- Romans sur F Isère, etc.

^ Walckenaër propose, en raison de la similitude des noms, de placer Solonium à Scillonnaz, canton de l'Huys (Ain).

Cette même année, les Helvètes entrent en rapports avec les Germains d'Arioviste et acceptent de leur servir d'avant-parde pour Tinvasion des Gaules ; un mot de César laisse deviner que les Allobroges, rongeant impa-liemment leur frein ' , étaient disposés à leur prêter main-forte si déjà même ils n^avaient convenu de leur alliance. Rome se rappelle les Cimbres et les Teutons * ; on réunit les deux Gaules et rillyrie poui' en donner le commandement à (îosar avec mission de refouler les Barbares.

Tandis que les Helvètes sollicitent It* passage sur le territoire allobrogique et déclarent qu'ils ne veulent que traverser pacifiquement les Gaules pour aller s*établir sur les bords de rOcéan, César les représente aux Gaulois transalpins comme prêts à envahir leurs villes, et montre les Suèves d'Ariovisle occupés à franchir le Rhin. De Genève, où il ordonne la construction rapide d'une muraille sur la rive gauche du fleuve, du lac Léman au pont d'Arlod (avril 58), César va chercher des renforts en Italie. Il en revient par le chemin le plus court ^ ; attaqué au col du petit Mont- Cenis, qu'il traversait à la hâte, par les trois peuples qui habitent les hautes vallées, les Caturiges, les Garocèles, les Centrons, il force le passage, descend à Ocelum, côtoie la frontière des Voconces, traverse le territoire des Allobroges et gagne le pays des Séquanes par

' Qui nuper paeati erant... Quod nondùm bono animo in populum romanum viderenliir. (De bello kelveticoj I.)

* Ck'dron. EpiituUv ad AUicnm, XVUI.

' Que prooHfMi'm iter in uUeriorem GaiHcm per Alpe» erat»

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les gués de Chanaz et de Lucey * . Les Helvètes, battus trois fois, sont rejetés en désordre dans leur pays, et César inaugure cette politique de séduction et de terreur qui va, en dix années^ lui livrer les Gaules.

L'attitude des Allobroees ne rassurait pas le Sénat ; ils ne cessaient de réclamer contre les abus de pouvoir dont ils étaient victimes; en 59, ils avaient accusé de péculat Flaccus l'un des successeurs de Fonteius ; il est acquitté sur le plaidoyer de Cicéron devenu le défenseur de toutes les causes véreuses. L'an 54, tandis que César est obligé d'abandonner sa seconde expédition en Bretagne pour châtier la révolte des Belles, le Sénat autorise le triomphe de Promptinus pour sa victoire de 61.

La présence continuelle des légions dans la région des Alpes maintint la paix. Chaque année, César traverse deux fois le pays aes Allobroges, lorsqu'il va en Italie prendre ses quartiers d'hiver et lorsqu'il en revient * ; soit qu'il suive sa route habituelle par le col du petit Mont-Cenis ^ soit qu'il traverse le petit

* In Sebusianos qui sutu extra Provinciam trans Rhodanum primi.

* Ditcedens ab kibemis Cœsar in Italiam, ut quotannit facere instituerai, (De bello gallieo. V, cap. I).

' On a longuement discute sur l'étyroologie du nom Alpes juliennes, qu'on a supposées en Vénétio, et que Walckenaër prouve avec raison ne pouvoir appartenir qu aux défilés des Alpes cottiennes (Géoa. anc 1,63), mais toute incertitude cesserait si on voulait bien admettre, en relisant les commentaires, que le plus court chemin de César fut le Mont-Cenis, la route d Hercule et d'Annibal, celle aussi qu'adopte la science contemporaine, et que ce passage, innommé jusqu'alors, a reçu des légions le nom glorieux de Saltus Juliœ Àlfis (Tite-Live. — Edit. Drakenboroh, II, 149) du nom du dimn Jules.

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Saint-Bernard par la Tarentaise, le meilleur des deux passages qui partent du val d'Aoste et le seiù qui fût alors praticable aux attelages militaires * . Dans l'hiver qui précède la septième campagne de César, les Gaulois prenant occasion du meurtre de Glodius, font courir le bruit du séjour forcé du proconsul en Italie et se lèvent en masse pour secouer le joug détesté de Rome. La lecture du livre vu des Commentaires et Tétude d'une bonne carte physique des Gaules remplacent avec avantage, pour les années 52 et 51, les trop nombreux mémoires publiés avec l'intention d'éclaircir les points obscurs de cette courte période ; c'est 1 avis de Napoléon.

César, pour rejoindre son armée en péril, ne put franchir les Alpes que défendait l'attitude menaçante des Allobroges, attitude dont l'esprit public à Rome leur garda longtemps rancune *. César se rend à Narboniie par la route des Alpes maritimes et, de là, imagine cette marche audacieuse qui déjoue les plans de ses adversaires. Quand, battu devant Gerffovie, il se jette à marches forcées à travers la Séquanie pour échapper à la levée en masse des Gaulois, son lieutenant Lucius défend à grand'peine la ligne du Rhône, les portes de la Gaule, contre les attaques des Eduens et des

* Celle des deux routes qui se dirige vers le mont Pœninus, au sortir du territoire des Salasses, devient impraticable aux chariots vers le point culminant. (Strabon, livre IV, chap. VI.)

^ Horace dans ses vers, Cicéron dans ses lettres ne les ménagent point et leur reprochent avec ironie le service qu'Induciomar avait rendu au Sénat en 63. Plutarque (in vità CieeronisJ les appelle : une nation fort maltraitée depuis quelque temps et qui supportait péniblement le joug.

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Sé^iens et l'hésitation hx>stiie des Allobroges * . Enlin, le jeune Vercingétorix, des Arvernes, capitule dans Alesia ^ après une résistance désespérée et de sublimes efforts. La chute de ce dernier rempart de la liberté des Gaules porte le coup de mort à l'uidépendance des Allobroges ^ On a soutenu récemment, dans l'intérêt d'un système particulier, que les Allobi'oges 116 cessèrent pas a être les amis des Romains pendant la septième campagne de César ; mais la vérité historique fait bon marché des préférences. Quel que soit remplacement réel d*Alesia, il est hors de doute que les Allobroges furent hostiles à César, qu'ils lui en donnèrent des preuves et qu'il les en punit.

Appien dit des Allobroges qu'ils furent écrasés par César \ Strabon, plus rapproché des événements % écrivait :

« Les Allobroges, qui entreprirent naguère tant d'expéditions avec des armées de plusieurs my-

• Vercingétorix Allobroges sollicitât ^ quorum mentes nondi^m à superiote bdh resedisse sperabat. Horum. principibus, pecunias; civitali autem, imperium totius provincia pollicelur.

- Le Xle jour des Kaleode« d'octobre de l'an de Rom^ 70î (date qui répond au 18 septembre de l'an 51 avant l'ère chrétienne), ainsi qu'il est permis de le déduire des notes de ï Histoire de Jules César, par Napoléon lll (tome II,chap. X).

' Un érudit savoyen. M. Fivel, qui a le droit de répéter h ses compatriotes ce que leur disait Joseph de Maistre le 24 octobre 180S, a émis l'idée neuve qu'Alesia se trouve dans la vallée du Rhône et non point en Bourgogne : l'Àlesia de César, près de Novalaise an- Savoie (1866). — Voir aussi le BuUeti^t de la Société d'archéologie et de statistique de la Drôme (1867) : Réflexions sur l'Alesia de Savoie.

* Histoire romaine, — Fragments sur la guerre des Gaules, XXVI. Leipsick, 1785, — Appien vivait sous les Antonins.

^ Strabon, né vers 50 avant J.-C, mourut à la fin du règne de Tibère.

riades d'hommes, en sont réduits aujourd'hui à cultiver ]a plaine qui s'étend entre le Rhône et l'Isère, ainsi que les premières vallées des Aines. Ils vivent presque tous dispersés dans des bourgaaes ouvertes ; toute la noblesse cependant habite Vienne, simple village dans l'origine, mais qui a hérité du titre de métropole de ce peuple, et dont on a réussi à faire une ville . »

César parle de certains faits et de certaines localités avec une concision désespérante ; de son temps, ces lieux et ces faits, connus de tous, n'avaient pas besoin d'indications aussi détaillées que celles que notre ignorance ac^ tuelle réclame. De là, autant de problèmes qui restent à résoudre ; car les certitudes historiques ne s'imposent pas, comme je l'ai dit ailleurs, ni ne s'improvisent. Elles s'étudient en pleine liberté et ne deviennent indiscutables que par l'accord de tous.

L'asservissement de la Gaule fut complet lorsque César, après avoir fait subir à Uxellodunum le sort d'Alesia, eût réussi, par sa diplomatie, ses coups d'audace et son opiniâtre ténacité, à diviser les intérêts et à se rallier toutes les confédérations gauloises en les opposant l'une à l'autre. Le territoire des AUobroges fut alors réuni de fait à la vieille province romaine et, comme les autres agglomérations politiques de la Belgique, de la Celtique et de l'Aquitaine, ils furent légalement contraints à payer le tribut annuel du cens et à fournir à l'armée des levées régulières ^

• De geographiâ, lib. IV, rap. I, § XI. — Traduction latine de Xylander; Bâle, 1671. — Voir aussi les commentaires dp Laporte du Theil et Coraï.

* Clcéron. De provinciis consularibui. — Pomponius Mêla. Geographiaj IV. — Salluste. De bello catilinensi.

César distingue toujours la GaMia provincia (entre la mer et l'Isère) de la Provincia (entre la mer et le Rhône), comprenant les sujets, les clients et les fédérés, lant que Rotne n'eut

Ïu'une province extérieure, on l'appela la ^rovince (Provincia) , comme on disait de Rome la ville (urbs) ; plus tard, il fallut distinguer cette province, c'est-à-dire le littoral méditerranéen, de Marseille àNarbonne et la vallée du fJas-Rhône, des autres annexions faites en dehors de l'Italie, on l'appela Gallia provincia; plus tard encore, on rendit à ce territoire agrandi le nom de Provincia, par opposition a tout le rcjste de la Gaule (Aquitaine, Lelticjue et Belgique), et ces quatre grandes divisions furent celles de César après la conquête.

Les camps retranchés (prœsidia, castra slaliva), suttisants lorsque les légions y prenaient leurs quartiers d'hiver, ne T'étaient plus auand la guerre civile eut rappelé en Italie les eux tiers de l'effectif de l'armée des Gaules. César étendit alors à cette région le système des colonies miUtaires *. Il transforma en colonie le camp de Nyon (Julia equestrium) en face de l'oppidum allobrogique de Genève, dans l'avant-dernière année de son proconsulat, après la chute d'Alesia'. Les colonies mili-

* On a beaucoup écrit sur la date réelle de la fondation de ces colonies; les savants se mc^ttraient d'accord s'ils tenaient compte de rintervalle qui s'écoulait forcément entre le décret de fondation et l'installation légale de la colonie. On en voit une preuve dans les décisions que prit le Sénat après la mort de César et aue rapportent Suétone (in Julio Catare, XVi.) et Appien fDebellii civilibut. II, cap. XVII 1).

* Roth. Diitertation tur Vin$cripiion de GaëU m l'honutur d$ Munatiut Planeut.

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taires de Raurica en Helvétie, de Lyon, de Vienne et -de Valence sur le Rhône, furent décrétées à la même époc^ue ; leur établissement fut évidemment motivé par la nécessité de fortifier la puissance romaine dans ces contrées, si violemment remuées par la guerre de l'indépendance. Il est remarquable que ces cinq colonies furent installées simultanément dans la région des Alpes, de manière à commander les avenues stratégiques du pays des Allobroges dont elles enveloppaient le territoire.

Profitant de l'absence de César et des troubles du premier triumvirat, les Gaulois, sous prétexte de prendre parti dans la guerre civile mais en réalité pour ressaisir leur indépendance, coururent aussitôt aux armes. Les Allobroges, dont les principales familles avaient été contraintes d'habiter Vienne, la récente création romaine, mais dont les tribus belliqueuses vivaient dispersées dans les vallées au Graisivaudan et de la Savoie, marchèrent sur la station d' Aoste et sur la colonie de Vienne et en chassèrent les partisans de César. Cette révolte amena plus tard la défection d'un corps de cavalerie gauloise commandé par deux capitaines allobroges que César avait emmenés avec lui en Orient et qui, sous un prétexte frivole, passèrent de son camp dans celui de Pompée, à la veille de Pharsale, l'an 48. Hirtius Pansa, l'ami de César, nous le dit ainsi ; mais il est parfois utile de contrôler les assertions des confidents politiques, et, si rares (jue soient les documents sérieux de nature à infirmer certains détails accrédités, c'est une bonne fortune de contredire les Commentaires

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au profit de la vérité historique. Dion Cassius affirme que les chefs allobroges qui s'échap-

Eèrent du camp de César, à la veille d'une ataille, n'étaient point des alliés mais des {)risonmers ; retenus par force, ils allèrent où es attiraient leurs sympathies ; ils ne trahirent pas * . Si différent (lu nôtre que fût à cette époque le point d'honneur, je n'en suis pas moins heureux de disculper ces chefs d un injuste soupçon. Le succès des Allobroges ne répondit pas à leur haine du nom romain ' ; le consul A. Fabius, petit-lils du vainqueur de Valence, réprima l'msurrection des Alpes, ainsi que le constatait l'inscription latine de Versoix, près Nyon.

Pendant les guerres civiles qui précédèrent l'avènement d'Auguste, le pays des Allobroges fut le théâtre de faits militaires importants et en particulier de la lutte de Munatms Plancus contre Antoine et Lépide. Plancus, successivement l'allié ctl'ennemi d'Antoine, et qui l'abandonna avec la fortune, favorisa Lyon aux dépens de Vienne, d'où la rivalité de ces deux villes, mais ne changea rien à l'état politique des Allobroges. Dans l'une de ses lettres à Cicéron,il cite le nom d'une bourgade des Allobroges, Civaro ',

* Dionis Historiœ Romanœ XLIII. — Quod à se nonnulli Allobroges j quos in hello contra Curionem Juha captos dono ipêe dederat, transfugerant (traduction latine de 1542).

• Le chroniqueur savoyen Delexius, qui écrivait on 1571, s'écrie dans sa Chorographia insignium locorum Sabaudiœ : « Nous, les amis des Romains I Impudent et effronté mensonge! Nous, les amis des Romains ! alors que les récits les plus véridiqnes, les plus anciens, les plus autorisés prouvent à chaque mot qu^ le peuple des Allobroges fut depuis la fondation de la ville de Rome son enneqii le plus obstinément passionné ! »

' La lettre de Plancus^ est datée ex finibus Allobrogum. (Ciceronisepisi, adfamiliares. Lib, X, epist. XXIII.)

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probablement Saint- Sigismond ou Chevron, près d'Albertville, et dont on s'obstine à corriger l'orthographe pour en faire Cularo, Grenoble. L'an 43, l'entrevue de Bologne consacre le second triumvirat et prépare les proscriptions, la lutte d'Antoine et d Octave et le rétablissement de la dictature. Resté le maître, Octave- Auguste réorganisa l'empire. Il ne suffisait pas d'occuper quelques points du vaste territoire des Gaules pour s en assurer la possession paisible ; il fallait, exécutant les plans de César, envelopper ce pays par un réseau de grandes routes jalomiées elles-mêmes par des stations permanentes et rapprochées. Les Romains, experts dans la pratique difficile de la colonisation autant que dans l'art de la guerre et les finesses de la diplomatie, se hâtèrent de compléter le système de leurs routes stratégiques à travers les Alpes.

Les préteurs Fonteius et Flaccus avaient achevé la voie domitienne, qui remontait la vallée du Rhône; l'an 5o , César chargea Galba, avec la 12° légion et un corps de cavalerie, d'occuper le cours supérieur du Rhône et le versant helvétique des Alpes pennines. Il s'agissait d'établir une route plus commode pour les marchands italiens qui franchissaient ce col dangereux et allaient trafiquer avec les Germains et les Belges ; mais Galba se heurta aux Yeragri et échoua dans sa mission. Ce ne fut que sous le règne d'Auguste, que le défilé des Alpes pennines (grand Saint-Bernard), quoiqu'il n'offrit encore sur tout son parcours, dit Strabon, qu'un sentier étroit et à pic, fut pratiqué parles légions, en même temps que ceux des Alpes rhé tiques, carniques et no-

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riques. La voie militaire qui partait d'Aoste en prenant au nord, faisait le tour du lac Léman pour arriver à Genève * et s'y rattacher aux routes stratégiques de la Savoie*. D'après Strabon :

« Les petites peuplades qui, réduites par la misère à vivre de brigandages, inquiétaient autrefois lltalie, sont aujourd'hui ou à peu près détruites ou complètement domptées, de sorte qu'on voit les passages oans la montagne, si peu nombreux naguère et si peu praticables, se multiplier sur leur territoire et offnr au voyageur, avec la plus complète sécurité contre les dangers venant des nommes, tout ce que Tart a pu faire pour éviter les accidents. On doit en effet à César Auguste, outre l'extermination des brigands, la construction de routes aussi excellentes que le permettait rétat des lieux ; il a fallu souvent forcer la nature, mais il n'y a pas de remède contre l'irruption des torrents et la chute des avalanches de neige. »

La route de Milan à Vienne par le val d'Aoste et la ïarentaise avait pour étapes, d'après l'itinéraire d'Antonin et la table Theodosienne ^ Novaria, Vercellis , Eporedia, (Ivrée), Augusta-Prœtoria (Aoste), Arebrp-

* Passant par Octoduro (Martigny), Vivisco (Vevey), d'après le segment 11 de la table Tht^odosienne, lacwn Lotonne (Lausanne) et eolonia equettrit (Nyon) , d'après le segment III, route de Mediolanum (Milan) à Argentoratum (Strasbourg).

' Pendant près de doux mille ans, depuis l'invasion romaine dans les Alpes, il n'y eut pas de chemin sur la rive allobrogiuue du lac Léman. En 1800, avant l'ouverlure de la route du Simplon, Bonaparte fut obligé de traverser le canton de Vaud et de faire transporter son artillerie par le lac. (Verdeil. — Hitt. du canton de Vaud, III, 869.)

^ Voir au tome III de la Géographie ancienne det Gaulet, de Walckenaër, la reproduction des mesures des itinéraires et leur analyse comparée. C'est dans ce précieux travail critique ainsi que dans les publications de Bergier (Histoire des grands chemins de l'empire romain pour faire suite à la carte ae PeU"

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gium (Pont de Seran), Columna Jovis (col du petit Saint-Bernard), Bergintrum (Bellentre), jDarantasia (Moûtiers), Ad Publicanos (Conflans- Albertville), Mantala (entre Saint-Pierre d'Albigny et Saint-Jean de la Porte), Lemincum (Chamnéry-Lémenc), Lavisco (Saint- Jean de Chevelu), Augustum (Aoste-Saint-Genix), et Bergusia (Bourgoin). L'an 43, Decimus Brutus,

f)oursuivi par Antoine, avait pris cette route ; es Centrons ne lui livrèrent passage que lorsqu'il se fut décidé à leur payer une forte redevance. L'an 34, Varron dompta les Salasses après de furieux combats dont la tradition a perpétué les navrants détails ; et dix ans plus tard, Auguste fonda la ville d'Aoste par l'envoi de trois mille prétoriens qui bâtirent les arènes et l'arc de triomphe, monuments inséparables de l'établissement de toute colonie romaine, sur l'emplacement même du camp de Varron * . Les Centrons, isolés entre les Salasses décimés et les AUobroges impuissants, acceptèrent la paix qu'on leur offrit. Auguste, imitant en cela l'exemple de César, jugea plus sûr de reconnaître l'indépendance de l'un des peuples des Alpes alin de rompre leur association, que d'avoir sans cesse à combattre ces montagnards obstinés qui se laissaient exterminer plutôt que de s'avouer vaincus.

Il y avait dans la vallée de Suze un peuple, les Segusini, dont le chef, Donnus, avait, par

tinger, Bruxelles, 1736} et d'Albanis Beaumont (Description des Alpes grecques et coitiennes» 1802), que la plupart des auteurs contemporains ont puisé les documents dont ils font la base de leurs mémoires sur la géographie des Alpes.

' Tite-Live. Epitome, CXXXV. — Mémoires de V Académie* royale de Turin, tome XXV, page Vf.

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sa neutralité ou ses services, mérité l'amitié de César ; son fils Cottius resta le protégé d'Auguste qui réunit plusieurs territoires au domaine primitif du roi Donnus pour en former VEtat de Cottius. Cottius fit construire à travers les Alpes que-, de son nom, on appela Cottiennes, par la vallée de Suze et la vallée d'Oulx, une route plus sûre et plus large que celle du val de Fenestrelle ; il érigea à Suze, en l'honneur d'Auguste , un arc de triomphe portant le nom des quatorze peuples dont il avait l'administration *. Ce petit Etat fit partie de l'Italie, comme toute la chaîne des Alpes, dans les divisions géographiques et politiques d'Auguste % et ne fut réuni à l'empire qu'après la mort de Cottius , sous le règne de Néron ^ La Maurienne, habitée parles trois peuplades des Garocèles ^ ( Lans - le - Bourg , Ocelum), des Adanates (Modane) et des MeduUes, faisait partie de l'Etat de Cottius.

Ainsi, au temps d'Auguste, la région des Alpes n'était pas uniformément soumise à Fad-

' Massazza. Varco antico di Susa descrilto, 1750, ïurino.

' Strabon, Pline et Ptolémée placent en Italie tous les peuples habitant ce revers des Alpes, tels que les Caturiges, les Centrons, les Yeragri^ etc. L'Italie avait pour limites Ocelum en Maurienne, Scingomagus dans le Briançonnais, etc. Les anciennes frontières de la Maurienne et du Piémont, ainsi que les circonscriptions des diocèses de Turin et de Maurienne, se rapportent exactement aux mêmes points de sujétion. (Dnrandi. Notizia delV antico Piemonte. — Besson. Mém. écclés. sur les diocèses de Savoie, 478. — Muratori. Monnm. hist. patriœ. — Inscript. /

' Àmmien Marcellin. Histoire des empereurs romair^s.

^ Le nom delà rivière Gara (l'Arc?), que mentionnent certaine titres des Archives royales de Turin relatifs à la Maurienne» et .celui de la ville d'Ocelum, seraient une étymologie sérieuse pour le nom de Garocèles.

ministration des magistrats Impériaux. L'Etat de Gottius et les Centrons restaient à peu près indépendants; les Voconces avaient conserré, comme les Massaliotes, le privilège de se gouverner par leurs lois nationales * ; les AUobroges proprement dits étaient réduits à la condition des peuples de la Narbonnaise ; ils restèrent toujours frémissants, prêts à saisir le plus léger prétexte de révolte; Tibère fut obugé d'employer la force pour faire payer l'impôt du cens, et déposséda Vienne, au profit de Lyon , de son rang de centre politique et commercial. C'est à Lyon que soixante peuples des Gaules dédient un autel à l'empereur , et cette colonie si rapidement florissante va bientôt imposer son nom à toute la Celtique. Un an après l'érection de l'arc de Suze, Auguste élève au-dessus du port d'Hercule (Monaco) à la Turbie , un monument destiné à consacrer le souvenir de ses victoires sur les peuples des Alpes. Le trophée des Alpes portait le nom de tous les vaincus'^, gentes alpinœ devictœ, et parmi eux ligurent les Caturiges, les Nan?tuâtes , les \ eragri , les Salassi , les Medùili ^ , les Acitavones (val de Tignes), dont les vallées sont comprises dans les limites de la Savoie. L'an 27 avant J.-C, Auguste visite les Graules, réunit à Narbonne les dé{>utés de toutes les confédérations, et partage le pays en owatre grandes provinces suivant la diversité des

« Strabon, livre IV. — Pline, livre XXXIV. — Dion Cassius.

* Ptolémée. Géographie, III, 68. — Pline, III, chap. XX. — Clnvier. Italia anttqua, tome I, 64.

' Auxquels Walckenaër donne, pac méprise sans doute, Darantasia pour capitale (tome II, page 65). Je dirai comment le Yal d'Àoite fit toujours partie de la Savoie,

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