‹ Histoire de Savoie (volume 2)Chapitre 6 sur 38 · TB AT · texte numérisé non relu

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idiomes et la différence des mœurs. L'Aquitaine fut étendue jusqu'à la Loire ; la Belgique resta ce qu'elle était ; et la Celtique, dimmuée de ce qui s'ajouta à l'Aquitaine, prit le nom de Lyonnaise. La province romaine s'appela Narbonnaise au lieu de Gallia braccata; les deux provinces du midi eurent pour capitales Narbonne et Lyon, d'origine romaine, où la population latine était en majorité * .

Des routes secondaires , décrétées par l'empereur et exécutées sous la surveillance d' Agrippa, relient entre elles les grandes artères qui se dirigent de Milan au cœur de la Gaule par la vallée du Rhône et par les Alpes. Près du péage à! Ad Publicanos, une voie militaire se détache de la route de Vienne pour fagner Genève par Civaro (Chevron), le col de 'amie (Sta-medium dans les titres du moyenâge), Annecy; de Suze, un chemin quitte la route de Cottius pour franchir le Mont-Cenis au col de Cérésol et descendre en Maurienne * . L'an 17, tandis qu'Horace écrit le Chant séculaire qu'on chantera aux fêtes du Capitole, la région des Alpes semblait apaisée pour toujours. Trente-quatre ans s'étaient écoulés depuis les dernières campagnes de César; deux générations avaient appris la langue du vainqueur et joui des biemaits de la ^aix. Auguste^ Agrippa, Drusus, le jeune Tibère, achèvent la conquête en imprimant une direc-

* Strabon, livre IV. — Mêla, livre III, chap. II. — Pline, livre III, chap. V. — Àurelius Victor. De CœsaribuSj I.

' La route de Cottius était devenue la voie de Milan à Arles, terminée Tan de Rome 629 (Bergier, tome I, chap. IX). Quant è la route du mont Genèvre, une inscription récemment découverte sur place, fixe son achèvement à l'an 79.

tion nouvelle aux esprits et aux mœurs, et répandent sur ces territoires repeuplés et rajeunis, les lois, les arts et le luxe de Rome. Les Romains avaient supprimé le sénat des AUobroges et attribué à chaque centre de po-

{)ulation le droit de s'administrer; fidèles à eurs principes d'isoler pour mieux contraindre , ils proposèrent à leurs sujets des vallées de l'Isère et du Rhône l'exemple de l'Etat de Cottius et admirent d'abord certaines villes, puis d'autres, à la plénitude de leur régime municipal, s' assimilant petit à petit ce peuple si longtemps rebelle à tout frem. Les gens de Martigny, du haut Faucigny, de Beaufort , de la Tarentaise, obtinrent successivement les privilèges des habitants du Latium, le titre de municipes, et jouirent du bénéfice de la loi Pompeia. L'achèvement des voies militaires, le mélange des races , l'influence des institutions latines civilisèrent cette contrée , au moins sur les Ugnes parcourues par les légions et les marchands, ainsi que dans les villes de Genève, de Vienne, les stations d'Aimé, de Martigny, d'Annecy, de Rumilly, d'Albens, les thermes d'Aix.

Là y chacun lit mes vers, dit Martial en parlant de cette région des Alpes, le vieillard ^ l'adolescent, la jeune femme souriant à son farouche époux. Avec les harmonies virgiliennes, le peuple des AUobroges adopta aussi le droit romain que résumait alors la jurisprudence prétorienne codifiée par Védit perpétuel d'Adrien (131) avant les écrits de Gains, Ulpien, Papinien, et les codes d'Hermogène (328), de Théodose (428), de Justinien (529 et 534), qui devinrent au sein des Gaules les

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titres officiels des lois civiles et criminelles. Ces provinces furent de droit écrit comme la Lyonnaise et la Narbonnaise. Toutefois, la période de trois siècles, qui s'écoula entre la mort d'Auguste et l'avènement de Constantin (14 à 313 après J.-C), fut souvent troublée. Malgré le silence des historiens, on peut supposer que les Allobroges , soldats éprouvés, se mêlèrent à. ces sanglantes et stériles querelles qui passionnaient les armées aux dépens des peuples. Il est à peu près impossible de déterminer aujourd'hui la part que prirent les villes de ces contrées à la révolte de Julius Vindex contre Néron (l'an 68), à l'élection de Galba et aux entreprises de Vitellius dont le lieutenant Valens dévasta la vallée du Rhône. Un siècle de calme relatif fut suivi par la guerre de Septime-Sévère et d' Albinus (197) ; la vengeance du vainqueur poursuivit, après la bataille de Lyon, les partisans d' Albinus jusque dans les retraites les plus cachées des Alpes. Une nouvelle période de calme dure soixante ans; puis l'empire est ébranlé par une soudaine commotion. Tandis que Valérien tombe vivant entre les mains des Perses (260) , l'avant - garde des futures invasions ' germaniques passe le Rhin , force les passages des Vosges et du Jura, pénètre jusque sous les murs d'Arles où les Barbares sont exterminés par les populations. Les Allobroges Valerius Asiaticus qui servit Tibère, Caligula et Claude; Vestinus que tua Néron, et d'autres encore, se montrèrent dignes de l'adoption de Rome pendant ces années de trouble universel où l'histoire suit malaisément sa route dans le dédale de faits mal connus.

Durant la période anarchîque des trente tyrans , la Gaule profite du désordre général pour s'isoler de 1 empire; obéissant pendant douze années à des chefs nationaux * , qui la protègent contre les irruptions des Germains, elle accepte enfin la victoire d'Aurélien sur Tetricus que fatiguait sa gloire (274). Dioclétien et Maximien se partagent la lourde tâche de défendre l'empire menacé sur toutes ses frontières et qui, comme un navire battu de la tempête , faisait eau de toutes parts. Maximien eut à vaincre, au cœur des Gaules , l'insurrection formidable des Bagaudes ^ les Jacques de la période galloromaine. Ges paysans des campagnes gauloises, si longtemps assujettis à la rude domination des Di*uides, surchargés d'impôts, forcés comme au temps de César de se vendre pour vivre, trouvèrent dans la doctrine du christianisme plus de motifs de révolte que de résignation. Cette fraternelle égalité de la loi du Christ au lieu de les apaiser leur mit les armes à la main. Vaincus pendant dix ans (286 à 296) ils ne cessèrent de courir les provinces et ne disparurent que dans le tumulte et la confusion des invasions. C'est vers 286 que Maurice, capitaine de la légion thébaine, appelé d'Italie pour réprimer cette o'uerre sociale , refusa de combattre des chrétiens et fut mis à mort avec tous ses soldats, dit la légende, à Agaune dans le Valley. Dioclétien abdique (306) et six empereurs se déclarent à la fois. Avec Constantin (Si 3) le christianisme triom-

* Posthumus, allobroge (261 à 267) ; Viclorinus et sa mère Victorina (267 à 268) ; l'armurier Marius (268) ; le sénateur Tetricus (268 à 273).

phe et une ère nouvelle s'ouvre pour les peuples des Alpes.

La division administrative de Tan 27 s'était perpétuée jusqu'à Dioclétien qui paraît avoir, te premier, subdivisé les provmces du nord ^ , sans doute pour réprimer avec plus de vigueur la révolte des Bataves et mieux surveiller les entreprises des Germains. Constantin, lorsqu'il réorganisa l'empire, sépara dans le gouvernement des provinces le pouvoir civil du pouvoir militaire et créa les diocèses. La Gaule transalpine, l'Espagne et la Bretagne ne formèrent qu'une seule préfecture, gouvernée par un préfet du prétoire qui résidait à Reims au temps de Strabon et qui, à Tépoque où écrivait Eusèbe, s'était transporté à Trêves. Les Gaules, l'Espagne et la Bretagne insulaire constituaient chacune un diocèse administré par un vicaire ; celui des Gaules résidait à Arles. Lorsque l'invasion des Barbares eut fait reculer le préfet du prétoire de Trêves à Autun, puis d'Autun à Arles, cette dernière ville resta la seule capitale des Gaules, et le * souvenir de sa primatie devait se perpétuer, sous divers aspects, à travers le moyen-âge. La période gallo-romaine, qui s'étend durant quatre siècles et demi, de l'avènement d'Auguste à l'installation définitive des Barbares sur le territoire de l'empire, fut extrêmement brillante. Mais les détails de cette histoire curieuse sont obscurcis par de telles incertitudes, les documents écrits sont si rares, les matériaux retrouvés si mal étudiés, qu'on est

* Lucius Gecilius fapud Lactantium) reproche à Tempereur d'avoir morcelé les provinces, comme les deux Germanies, etc* (Mém, de VAcad. des inscriptions, tome VIII, 407.)

le plus souvent réduit aux conjectures. Par une série de faits, dont il est aisé de se rendre, compte, rhistoire ecclésiastique a seule survécu; c'est dans les annales de l'Eglise qu'il faut chercher, à cette époque, la politique, les arts , les derniers trésors d'une civilisation raffinée qui s'écroule sous son propre poids.

Les deux grandes villes des Allobroges, Genève, qui servait d'entrepôt, grâce aux communications faciles et peu coûteuses du lac et des fleuves, aux marchandises des Italiens et des Belges, Vienne, ville de plaisance et de loisir, à côté de l'active et populeuse cité de Lyon, avaient des temples célèbres, des jeux, des assemblées, des rhéteurs et des poètes, tandis que Paris, ou plutôt Lutèce, n'était encore qu'une triste bourgade, perdue dans les bois et les marécages, froide et sombre, et où, suivant l'empereur Julien qui l'habita dans sa jeunesse, on parlait un langage assez semblable au croassement des corbeaux, le celtique. La Gaule, dont le nom Gaèl veut dire forêt, méritait cette appellation primitive ; les solitudes boisées où erraient quelque trois cent mille affamés, enveloppaient de silence les cent trente cités pleines de bruit et de vertige, où les cavaliers d'Attila vont se précipiter en furieux. Chambéry n'existait pas; quelques bourgades, Aix (Aquœ Gratianœ) fréquentée par les malades et les oisifs, Aoste (AugustumJ au pied du dernier contrefort des Alpes, Moûtiers (Darantasia) , Aime (Axima), Aoste (AugustorPrœtoria), Suze (Segu^ium), etc., sur les grandes voies militaires, conservaient une importance relative. Mais le val d'Isère, le Graisivaudan, n'étaient que de vastes

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marécages; lo Faucigny, le flhablais, los Rau- •gos, le massif (lu Grarisom, couverts d'hu^xtrical)l(;s fon'ts, sorvaiont d^asiliî à dos tribus agricoles oA pasioralcîs qu'allai(;nl opoiivanUu' les invasions des I$arbiu*es. Le premier /îveque des Al|)es fui celui de (Wmèvcr, le christianisme se rc'îpandit dans celtcî région av(îc la semence des martyrs (»t v lit de sensibles progîvs, surtout dcîpuis 2o(5 (massacre d'Aganne) jusqu'à 325 (concile de Nicée). Depuis lors, Tcxagération des lois fiscales, Texcjnjption d'im])ols îiccordée au clergé, et je ne sais quel enrnjî passionné du monde jetèrent davs le désert, comme on disait, tant de soldats, de curiales et d(î paysans, b^s déshérités, l(;s misérables du t(împs, (jU(; Valens ordonnait à ses ofliciers, en 37U, d'arracher à la reiraile ces lâches et CCS paresseux (jui, sons prétexte de relûpoiif cherchent la solitude et se rnfilent aux contre" nations de moines.

Vers 'Mi ou 294, (piebiues colonies de Sarmateîs et de Franks avaicuit été accucnllies par (constance, nui, dj\ns Timpuissance où il se trouvait de hîs r(»jeter au-d(îlà du Hhin. leur concéda des terrcîs Vîiincîs, à la charge ne les habiter et d'y amenr^r d(;s troupeaux. Kn ^)C)^ lorsque Julien vint dans les (laubîs, c(;s premiers immigrants avaicînt été suivis de bien d'autres; au lieu de solliciter la concession de territoinîs incultes, les Jînrbares s'étaient rués sur les vilb;s les ])lus florissantes de ja frontière du Hhin vi en avai(»nt détruit (juarante-cin^i. Kn ;W)5, Valenlinien fortifia les passagers (hi fleuve dont la terreur du nom romain iw, suflisait plus à défendre les approches ; il ne fallut que cin(juante années pour

renverser ces nouvelles barrières. Ammien Marcellin, qui écrivit son Histoire des empereurs de 360 à 390, explique comment FHelvétie, dépendance primitive de la grande Séquanaise, fut partagée entre elle et la province de création nouvelle des Alpes grées et pennines, qu'on démembra de l'Italie pour l'annexer à la Gaule. La province des Alpes avait pour limites naturelles à l'ouest le Jura, et comprenait les cités d'Avenches * près de Fribourg, de Martigny en Valley et de Moûtiers en Tarentaise. Lorsque plus tard les Goths eurent fait des établissements dans le nord de FHelvétie, la Séquanaise devenue province frontière et le siège d'un grand commandement militaire fut augmentée de l'Helvétie méridionale, et la province des Alpes fut réduite au Valley et à la Tarentaise. Cette nouvelle division des Gaules, militaire plutôt qu'administrative, imposée par la nécessité de la défense du territoire, modifia les noms avec les circonscriptions. La Notice de l'empire * fait mention d'une province lacustre et fluviale (provincia Gallia riparensisj qui comprenait les vallées du Rhône et de ses affluents, les lacs de Genève, d'Yverdun, de Neufchâtel, d'Annecy et du Bourget, et le commandement des flottilles armées sur ces lacs et ces cours d'eau pour en défendre le passage aux Barbares. La partie la plus menacée de cette circonscription était FHelvétie

^ Cette vieille capitale des Helvètes, nommée Àventicum par les Romains, ruinée par Galba, reconstrnite par Vespasien, incendiée par les Barbares Tan 307, n'offrait plus en 355, lorsque Aramien Marcellin la visita, qu'un amas de ruines. (Wild. ÀpoL pour Àvenches, Berne. 1710.)

* Notitia dignitatum imperii romani, LXV. Edit. Pancirolo.

et FAUobrogie; on la désigna, dans Tusace vulgaire, sous un nom tiré de son aspect le

Elus frappant, Sapaudia, du celtique sap-wald. .a Sapaudia, dont Ammien Marcellin fait mention le premier*, s'étendait de Cularo (Grenoble) a Ebrodunum Sapaudiœ (Yverdun).

Dans le chaos du moyen-àge, Tétymologie si naturelle de ce nom se perdit ; on en restreignit l'application au pays des AUobroges, bientôt exclusivement designé sous le nom de Sabaudia^, puis depagus Sabojensis ou de Saboja^, appellation qui, par un nouvel abus de langage, s étendit ensuite à la Mamûenne et à la Tarenlaise, englobées dans le fief ducal de Savoie *. Quatre préfets se partageaient le commandement et la défense de cette grande route navigable qui allait de la vallée du Rhin au lac de Neufchàtel par l'Aar et ses affluents, du lac de Neufchàtel à celui de Genève par la rivière d'Orbe et la Venoge, et se continuait par le Rhône jusqu'à la Méditerranée. L'un de ces officiers habitait Marseille ; les trois autres avaient leur résidence dans la Sapaudia, sur le territoire des AUobroges et des Helvètes, à Vienne, Grenoble et Yverdun. Mais les empereurs se déclaraient impuissants à résister

* Rhodanus per Sapaudiam fertur et Sequanos. (Lib. XV, cap. XI.)

* Le premier texte où apparaisse le nom de Sabaudia, le P et le B se prenant fréquemment Vnn pour l'autre dans le langage du temps, est la chronique de Prosper Tyro à la date de 443. (Recueil des Hist. de France, l^ 396.)

^ En 806. — Recueil des Hist. tome V, page 771.

* On trouve un exemple d'une appellation de ce genre lors de la création d'un commandement militaire spécial pour défendre les rivages de l'Océan contre les pirates Saxons (Fan 386), Cette subdivision maritime s'appelait Saxonicum littus.

à cette inondation de peuples qui venait du Nord ; forcés d'abandonner les provinces envahies, ils déguisaient leur retraite en traités de cession, se hâtant de subdiviser les provinces qui leur restaient afin d'en noter toujours le même nombre dans les publications impériales et d'avoir un prétexte pour au^enter les impôts * . En 379, Gratien se rendit dans les Gaules pour voir le mal de plus près et n'y trouva point de remède. Honorius laissa l'empire crouler de toutes parts ; chaque province proclame un empereur ; tout n'est plus que désordre et confusion. Théodose mourant (395) donne le signal du démembrement définitif de l'empire en partageant le monde romain entre ses deux fils; séparation irrévocable et qui persiste dans la religion et la civilisation différentes de ces deux moitiés du vieil empire des Césars. L'empire d'Orient, grâce à sa situation, pourra résister dix siècles encore à l'invasion ; mais Rome, menacée la première, va se débattre pendant quatre-vingts ans seulement dans une douloureuse agonie. La dissolution de la grande machine ro" maine avait commencé par son élément le plus vivace et le plus mobile, l'armée ; la trsdiison de StUicon entraîne au cœur des Gaules les troupes qui défendaient les forteresses élevées par Valentinien sur la rive gauche du Rhin. Cet immense camp retranché, qui s'appelait l'empire, s'entr' ouvre sur tous les points ; les Barbares, à l'affût depuis trois siècles derrière les épaisses forêts de la Germanie, s'y précipitent : le 31 décembre de

^ Claodien. Poemafa, XX, 584. Invective contre Eutrop$^'^ M4m, d$ l'Àcad, des inscript, et belles lettres. Y, 380.

Kannée 406, ils passent le Rhin. Tfois an^ plus tard, saint Jérôme laissait échapper ce cri de douleur:

n. Des nations innombrables se sont répandues dans les Gaules. Les Quades, les Vandales, les Sarmates, les Alains , les Gépides , les Hérules , les Saxons , les Burgondes, les Alamans, les Pannoniens, ont dévasté tout le pays entre les Alpes et les Pyréaées, rOcéan et le Rhin. 0. cités infortunées! De Mayence à Toulouse, il n'est pas de ville qui n'ait vu la flanune des incendies. Dans la Lyonnaise, la Viennoise et la Narbonnaise, le petit nomnre de . cités que leurs murailles ont protégées du fer ont été décimées par la faim, jt

La plupart des territoii*es des Gaules changèrent de limites et de noms \ et Arles devint la métropole de cette partie de l'empire que les Notices de 404 et 425 divisent en dix-sept provinces*. LesWisigoths pénètrent les premiers dans la province des Alpes \ Ces peuples errants ne s'y fixent pas. Ils ont parcouru et dévasté ritalie du nord au sud; ils reviennent sur leurs pas, du sud au nord , franchissent les AJpes cottiennes et inondent les territoires situés sur la rive gauche du Rhône. Vers

* Jusqu'à la fin de l'empire^ la Narbonnaise et la Viennoise avaient été considérées comme distinctes de la Gaule proprement dite qui commençait à Lyon. Dans le pays des AUobroges et la région des Alpes on comptait les distances en milles romains ; au-delà de Lyon on les évaluait en lieues gauloises. (Àtnmien Marcellin, lib. XV, cap. II.)

' En 401, sous Honorius, Notitia provinciarum et civitatum Galliœ; en 425, sous Valentinien III, Notitia dignitatum mperii romani.

' La notice de 401 divise toute la Gaule en provinces gallirr canes et en sept provinces. La province des Alpes figure parmi les sept, Qomme le prouvent la lettre du pape Zozyme en 417, et la fettre 4'Aonorius à Agricola en 418.

412, les rivages du lac Léman sont dévastés ; Audax, évêque de Nyon, chassé de sa ville incendiée, se retire à Billiat dans le décanat d'Aubonne, comme plus tard Tévêque Izarn, expulsé de Grenoble par les Sarrasms, ira se rémgier à Saint - Donat * . La même année, Honorius autorise Ataûlf à s'établir ' dans la Narbonnaise. L'humeur nomade de ces tribus vagabondes les entraîne plus loin encore ; ils franchissent les Pyrénées comme ils ont franchi tes Alpes et ne se fixent en Espagne que parce que l'Océan les arrête. Ce n'était pas une invasion ordinaire que cette émigration de toute la nation gothique dans les provinces espa-

F noies et gauloises, déjà à demi perdues pour empire. Les Golhs désiraient s'établir en Italie; ils avaient proposé à l'empereur de partager le territoire ou de s'en remettre au jugement de Dieu^; les Goths valaient les Gimbres; mais le fils de Théodose n'était pas Marins. Emu de cette alternative inquiétante, il leur sacrifia les Gaules et l'Espagne ^ et donna sa sœur Placidie au barbare devenu son allié. Les Wisigoths s'installèrent à titre de colons, conservèrent leurs lois nationales, leur indépendance absolue, et s'attribuèrent une part des biens et des terres des habitants indigènes, heureux de ne subir qu'une confiscation partielle ; mieux valait un partage avec les Barbares que la perpétuité de la misère

* Bouhat. Mémoires sur Vhist. anc. de la Suisse, l, 69. — Gallia christiana, h 169. Anc. édit. IV, 118.

* Sin aliter hellando quis valebat expelleret. (Jornandès. De rébus Gothorum, 1, cap. XXXI.)

' Honorius, deliberato consilio, Gallias Hispaniasque quas jam perdidisset eisdem concessit. (Eist, miscell., XIII»)

dans les liens de la fiscalité romaine. En 418, Honorius ordonna aux évéques et aux magistrats des sept provinces de se réunir à Arles tous les ans. En 425, dans la Notitia dignitatum, l'empereur ne parle plus que de cinq provinces, parce que les Goths étaient désormais seuls maitres de la seconde Aauitaine et de la Novempopulane * ; à cette date l'ancienne Allobrogie, la nouvelle Sapaudia, fierait encore, partie sous le nom de Viennoise, partie sous le nom de province des Alpes, parmi les possessions impériales ^ Je ne puis mieux résumer l'état des Gaules à cette heure suprême de décrépitude et de rajeunissement que par ces mots de M. Laboulaye :

« L'empire s'effondrait par la perfection même de son régime; ceux qui gouvernaient et (|u'on payait étaient plus nombreux que ceux qui payaient et qu'on gouvernait. Aussi n'avait-on plus affaire qu'à un peuple affamé, languissant, mourant. Ce qui vivait, c'étaient ces chrétiens qu'on persécutait et qui grandissaient par la liberté. Ce qui vivait, c'étaient ces peuplades du Rhin longtemps méprisées et qui maintenant se ietaient sur l'empire comme une meute sur un cerf aux abois. *

* Recueil det Historiens de France, tome I, 766.

* (Walckenaër, II. 419.) Toute l'Helvétie ayant été attribuée À la Séquanaise, devenue province frontière, la province des Alpes se trouva réduite au Valley et à la Tarentaise, le Biiançonnais, le val de Suze et la Maufienne demeurant attribuées comme autrefois à l'Italie,

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