LES ORIGINES SOCIALES
L'état des Gaules sous le gouvernement des empereurs fut la servitude politique la plus avifissante et la plus cruelle ; les Barbares et les Moines sauvèrent cette société qu'ils rajeunirent et moralisèrent. Les redevances féodales seront moins onéreuses qu'une fiscalité qui forçait les femmes à se vendre pour payer la taxe ; le servage sera moins dur gue l'esclavage des curiales * . Mais quelles nmts sinistres que celles de l'invasion, et quels éclairs à travers ces ombres !
Les Burgondes apparaissent pour la première fois dans l'histoire vers le milieu du second siècle de notre ère ; ils habitaient entre l'Oder et la Vistule ; au IIP siècle, ils descendent la vallée du Mein. Pendant près de cent ans ils ne cessent de se quereller avec les Âlemanni au sud ; à l'est, ils entrent en rela-
* Palladins. UUtoria Lausiaca, cap. 63. — Code Théodosien, lib, XII, Ht, XVIII. Si curiales, etc.
lions avec les Romains qui les prennent à leur solde et les opposent comme un rempart vivant aus multitudes vagabondes qui erraient dans les forêts germaniques. De là le nom de Romana soboles donné aux Burgondes par les récits contemporains ou les actes officiels ; ce nom explique à son tour les alliances des deux peuples, une certaine communauté d'intérêts et la similitude de religion, de mœm« adoucies, qui facilita singulièrement leur établissement définitif dans les Gaules. Vers la fin du IV' siècle, les Burgondes continuent leur migration et s'arrêtent un instant sur la rive droite du Rhin. La jeunesse passe le fleuve et court aux aventures ; elle entraîne successivement le gros de la nation qui se composait, en 412, de huit cent mille hommes, suivis de femmes, d'enfants, et d'esclaves chargés des bagages et du soin des troupeaux. Installés pour un peu de temps dans les régions de Worms et de Mayence, les Durgondes s'y convertirent à la loi du Christ selon la doctrine d'Ariiis'. C'est de cette époque et des lottes passionnées qui la remplirent que date l'épopée allemande des Niebelungen. Eu 413, leur chef Gondicaire avait obtenu d'Honorius im droit légal d'établissement dans la grande Séquanaise ; vers 420, Constance leur abandonne au nom de l'empereur Jes deux tiers des
' 8oUicit4« par dei mieaionntire; grecs depuU le règne de
Vatens (864 k 378), lia fiirenl ariens romnie les peuples d'ori-
Rfne celtique, Goths, Gépides, Lumbards, Hërules, qui em-
irurtraat le chrjatiaDleme dans le cours du IV» et do V'
.u.]. lOr^r,^ CT.-.(. teaiporii, I, 173. — Edft. de 16M). Lk
u sein do la Gaule par les évoques gallo-
1 et les Bavarois, baptisés Tiolemnent par
1 ao contraire orlbodoies dès ie début. ,
terres et le tiers des esclaves à partager avec les propriétaires gallo-romains * . De 423 à 437, pendant les troubles qui suivirent la mort d'Honorius, Aëtius, partisan de Jean le Secrétaire, avant de se rallier à Valentinien, associe les Burgondes aux Huns pour s*en faire une armée, puis les désunit en les voyant si forts. Jouets un instant de la perfidie romaine, les Burgondes sont traités de rebelles par les Gallo-Romains qui les appelaient jusque là milites romani et aiixiliarii. Comme de toutes parts on leur contestait leurs établissements, Aëtius, espérant se servir d'eux contre les invasions futures, les rattache à sa fortune et leur concède des titres réguliers. Les Burgondes ne s'établirent ainsi dans les Gaules qu'à la suite d'arrangements amiables et successifs : d'abord répartis sur les terres des Romains, à titre précaire, comme des soldats que l'on envoie en cantonnement, ils habitèrent les maisons de leurs hôtes, puis la population nomade augmentant et ces rapports étant de nature à durer longtemps, il fallut, pour éviter les conflits et ménager le droit de propriété des Gallo-Romains, en venir à un règlement définitif. En 443, Aëtius les autorise à s'avancer dans la Sabaudia ; en 446, les domaines personnels des sénateurs gallo-romains, réservés jusque là, sont attribués pour une part aux derniers venus des Burgondes ; en 451 , associés par Aëtius à tous les habitants du sol gaulois
* Les textes semblent établir que le partage eut lieu d'abord par moitié ; plus tard les Burgondes. mécontents de leur lot, eiigèrent une répartition nouvelle, ainsi qu'il est expliqué aux titres dé la nova tompetitio et de la calumnia (Loi Gombette, UV, 2.) —Voir aussi Chorier (Hist, du Dauphiné, I, 557).
dans une action commune contre les cavaliers d'Atlila, ils figurent à la terrible bataille des Champs Catalauniques et y paient leur dette à l'Empire'. Gundahar, leur Hendin ou chef,
5 résida au partage de la Sabaudia ; à sa mort, est remplacé par Gundioch et ChUpéric de la famille des rois Wisigoths qui dominaient dans le midi de la Gaule et s'étaient alliés à la famille de Gundahar. Gundioch eut pour iîls Gondebald, qui pamnt au pouvoir vers 470 et exerça tout d'abord une suprématie lé^time, d'après la loi burgonde, sur ses trois frères Godesigel, Chilpénch et Godemar. En 481, Euiic, roi des Wisigoths, dont la cour, imitant les splendeurs de Ravenne, avait adopté les mœurs latines, fait la conquête de l'Espagne ;
Î)uis, dans la Gaule, dépassant les limites de a concession de 412, airive au nord jusqu'à la Loire, et, à l'est, franchit le Rhône. C'était l'année même où Chlovis, chef des Franks Saliens , héritait du commandement -. Les Franks et les Burgondes, également menacés, font alliance et repoussent l'ennemi de leurs frontières ; ils sont arrêtés sons les murs d'Arles par les Goths d'Espagne et les Goths
* Sahaadia Burgondiorwa reliquiU datur cum indigenU iividenda aimo CCCCXLIII. (Chronica Praip. Tyronis). — Chrcmica Marti. XLVl. ^ Un texte de la loi Gombeite (litre ÏVIII. 3.) constate l'importance de celte gnerre dans l'hisloirB particalière des Burgondes : 1b bataille contre les Huns eel prise pour point de départ de la prescription en matjëre civile, et tons les procès untérienrs sont annales.
parition des Franks dans la valide de la 3. Les Saliens vers l'ïssel, les Ripnaires indirent ensuite dans l'intérieur, tirent de lie et, aprËs la conquête de Chlovis. douai ils E'^taient empares le nom de Franeia. ail en Neutiria et Àiutna.
d'Italie, réunis au nom de leur commune origine. Tandis que lesPranks s'étendent dans la Gaule centrale par la victoire de Chlovis sur Syagrius, chef des Gallo-Romains de Soissons, Gondebald accuse son frère Chilpérich d'intelligences avec les Wisigoths, Tassiége dans la ville de Vienne, le tait jeter au Rhône avec sa femme et brûle son autre frère Godemar dans l'attaque du palais; il ne demeura de cette famille infortunée que deux jeunes filles qu'il enferme à Genève. Le royaume burgonde se complétait par l'unité ; mal acquise, elle fut peu durable*. Le pape Félix II cherchait partout des défenseurs à la foi catholique plus menacée que jamais par les progrès de la doctrine d'Arius * ; ses lettres expliquent la révolution politique qui livra la Gaule aux Franks parla main des évêques orthodoxes.
« Les évécjues étaient les plénipotentiaires des cités gauloises, soit avec Tempire qui s éloignait d'elles, soit avec les Germains qui approcnaient. Ils conduisaient à leur gré les négociations diplomatiques ; et, soit habitude, soit crainte, nul ne s'avisait de les contredire ; car leur pouvoir avait pour sanction pénale les sanglantes lois de police de l'empire à son déclin. Enfants de Rome et strictement tenus , en vertu des ordonnances impériales , de reconnaître comme leur chef commun
* L'éfendne de la domination burgonde est indiquée par ces roots d'un choniqueur, vers l'an 500 : Tune Gondobaldus et Godegiselus fratres regnum circà Rhodanum aut Àrarim eum Massiliensi provinciâ retinebant. (Dom Bouquet, II, 178.)
* Les Wisigoths et les Burgondes semblaient & la veille de se partager les Gaules; les Ostrogoths, ariens comme les Hérules, venaient de remporter sur Odoacre les victoires d'Aquilée et de Vérone ; enfin l'hérétique Anastase. qui avait été élu patriarche d'Antioche, devint empereur (491) en épousant la veuve de Zenon.
révéque de la ville éternelle » de ne rien faire sans son aveu, de prendre ses décrets pour lois et sa politique pour règle, de modeler leur propre foi sur la sienne, et de contribuer ainsi par Tunité de religion à Tunité d'empire, les évêques des provinces gauloises, au moment où la puissance impériale cessa d'acir sur eux , travaillèrent encore , par instinct ou par calcul , à retenir sous l'autorité de nome, par le lien de la foi religieuse, les pays où s'était brisé le lien de la sujétion politi({ue * . »
L'aptitude à recevoir la foi catholique leur sembla plus grande dans un peuple encore païen que dans des chrétiens schismatiques ; entre les Wisigoths et les Burgondes, presque romains, et les Franks sauvages et féroces, ils n'hésitèrent pas. Voulant à tout prix diriger la politique des Gaules*, ils souhaitèrent la domination des Franks avec une sorte de désir d'amour^. Le jeune et ardent Chlovisfut marié, par rintermédiaire des évêques de Lyon et de Genève , à la seule femme orthodoxe qu'il y eut alors parmi les princes teutoniques, à Ghlotilde, fille de ce Chilpérich assassiné dans l'ancienne capitale gallo-romaine des Allobroges et qui, vindicative mais patiente % attendait auprès de sou oncle Gondebald Theure
' Aug. Thierry. Histoire dé la conqxiéte de l'Anglelerre par lês Normaridâ, tome 1, page 59.
' Populos Galliarum, quos limes Gothicœ sortis incluserit. teneamui ex fide, et si non lenemus ex fœdere, écrivait Sidoine Aponioaire, évi^que de Clcrruont, en 174. (lettres en [X livres, raitiOD de Sirmond, 1614 ;
* Cùm omnes eos amore desiderabili cuperent regnare, écrivait Grégoire, évoque de Tours, du 577 à 595. iHtstoria Francorum, lib. II, cap. XXIII.)
^ Frédégaire. Historia Francorum, épit. cap. XVUl.