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Gallo-Romains contre les exigences des Burgondes*. Ce recueil, composé de trois parties promulguées à des dates différentes*, est remarquable par sa mansuétude, sa tolérance^, et les nombreux emprunts qu'il fit au code tiiéodosien. Il consacre le partage égal des droits entre les anciens possesseurs du sol et les nouveaux venus admis au partage (œquali conditions teneanturj. On y rencontre des dispositions fort équitables et d'un esprit qui paraîtrait avancé même aujourd'hui. Les femmes y étaient l'objet d'une prévoyance toute particulière ; dans le doute , les présomptions devaient être admises à leur profit et, au criminel , il y avait aggravation dès que la victime était une femme. La confiscation est proscrite, de peur de punir les parents du coupable; la vie humaine y est estimée à prix d'argent, et, sauf le cas d'assassinat d'un homme libre, la peine de mort n'est prononcée que contre les juges prévaricateurs*. Les terres sont divisées en allodiales, bénéficiaires, censitaires, et l'état des personnes suit celui des terres, plus la classe des esclaves , qu'on appelle déjà les serfs de la glèbe,
* Burgund. leges mitiores instituU ne Romanos opprimèrent,
^ La loi Gombette comprend une codification de lois antérieures en 41 titres* et 48 titres de lois nouvelles rédigées par Gondebald; un supplément de lois occasionnelles, en 20 titres, promulgué par Sigismond, et un second, de 13 titres, par Godémar.
' Le professeur Matile, de Neufchàtel, à qui je dois la plupart de ces détails sur les Burgondes, a publia un excellent traraii de critique historique sur la Gombette (Mém, de l'Académie royale de Turin, 1847, tome X, page 223.)
* Scœphlin. Dissertatio historica de Burgundiâ cis et tram-juranû. Edit. 1741.
les serviteurs du sol. C'est Thumeur nomade qui se fixe et, passant d'un extrême à l'autre^ se passionne pour la propriété territoriale et s'y attache avec une énergie dont l'organisation féodale développera les instincts.
Les Burgondes, alliés aux Franks, échouent en 508 et 511 contre les Wisigoths dont le roi, Théodoric, rétablit à Arles le siège de la préfecture des Gaules. Gondebald meurt en 516, cinq ans après Chlovis; son fils Sigismond, convaincu qu'il a tout à perdre en restant arien, se fait catholique malgré les sollicitations de r empereur schismatique Anastase qui lui décerne les honneurs consulaires et le titre de patrice envoyés dès 509 à Chlovis. En 517, Sigismond réunit le concile d'Epône (Yenne), auquel assistèrent vingt-sept évoques, et parmi eux tous ceux de la Sabaudia, c'està-dire les titulaires des sièges de Tarentaise, Genève, Martigny, Grenoble, Vienne, Lyon, Avenche et Embrun. Le royaume burgonde s'étendait encore, à cette date, d'Orange et Carpentras à Besançon et Langres. Sigismond bâtit en Savoie une ville qui a conservé son nom, entre la forteresse aHol3rogique de Civaro et la station romaine à' Ad publicanos ; il tua son fils, alla faire pénitence dans l'abbaye d'Agaune, puis, attaqué par les fils de Chlovis et assassiné par Chlodomir, l'un d'eux (524), il fut mis au rang des saints, ainsi que sa cousine Chlotilde , pour les services politiques rendus à l'Eglise de Rome. Godêmar, second fils de Gondebald, venge son frère Sigismond en remportant sur Chlodomir la victoire de Vézeronce, l'une des batailles les plus célèb;:*es qui se soient livrées sur le sol de l'anGiôïuaô
AUobrogie ; cependant, obligé d'acheter la paix des Ostrogoths et des Franks ^ , il cède aux Goths d'Italie les passages des Alpes, de la mer aux sources du Rhône, et tous les droits qu'il pouvait prétendre sur le cours iiiférieiu* du fleuve, au-dessous de la Durance. Bien des fois, dans lo cours des siècles, nous verrons ainsi la Savoie servir d'appoint aux marchés de la politique.
La mort de Théodoric-le-Grand (526) ébranle la puissance romano-gothique dans les Gaules ; ses petits-fils partaient ses royaumes et sa
f gloire : Amalanc, roi des Wisigoths, et Athaaric, roi des Ostrogoths, prennent pour limites communes le Rhône, divisé à la mode germanique par le milieu de son cours V Les Goths marquèrent leur rapide passage en Savoie par la puolication d'un abrégé des lois impériales ^, destiné à régir les Gallo-Romains comme la loi Gombette régissait les Burgondes, et qui conserva le nt)m de Breviarium Wisigoth, Godémar ne put résister, malgré une défense héroïque, aux coups redoublés des rois franks ; il se réfugie chez les Wisigoths tandis que les fils de Chlovis envahissent ses Etats et les ramènent violemment à l'orthodoxie. C'est la fin du premier royaume de Bourgogne (534). Les Franks avaient pris possession de tout le
* C'est l'époque que la loi (Tombette appelle tempus excidii (Il . A. 4) ; afin de réparer les maux de la guerre, un titre spécial conserve le patrimoine des captifs pour lo moment éventuel de leur retour et accorde aux étrangers des facilités d'établissement dans les vallées des Alpes (V et XIU).
* Procope. De bello gothico, I, cap. XIII. — Jacob Grimm. Antiquités germaniques.
'^ En 539, Justinien publie son Code^ en 533 le Digeste et le» SnêtituUs, Bn 5d4| Thierry rédige la loi des Bipnaires.
pays au nord du lac Léman et, de là, menaçaient les vallées des Alpes. Vitigès, roi des Oslrogoths, battu en Italie par Bélisaire, croit acheter T appui de Chic taire et de Thierry par la cession des territoires qu'ils convoitent ; il leur abandonne le Valley, le Faucigny, la Tarentaise, la Maurienne et tout ce qui appartenait à ritalie sur le revers des Alpes, en vertu du traité de partage de 526, entre le Rhône et la Durance.
L'histoire de la Savoie redevient plus obscure que jamais ; soumis au hasard des invasions, ce pays fera partie successivement des diverses agrégations de territoires qui vont se former sous les noms de second royaume de Bourgogne, royaume des Deux-Bourgomes, royaume a' Arles. Vers Tépoque du siège de Ravenne par Bélisaire, les Goths occupaient encore dans les Alpes quantité de lieux fortifiés, sortes de colonies militaires qu'ils durent évacuer à la suite de la trahison de Sigisès, un de leurs capitaines. En 539, Théodebert, sollicité à la fois par Bélisaire et Vitigès, traverse la Savoie avec cent mille hommes, franchit les Alpes au Montr Cenis, pille Gênes, Pavie, Milan, se fait céder la Provence par Vitigès et ne ramène que quelques milliers de soldats échappés à la peste. En 548, Justinien confirme aux Franks d'Ostrasie la possession du bassin du Rhône, définitivement abandonné par les Ostrogolhs d'Italie et qui n'était plus habité que par des Gallo-Romains et des Burgondes. En 553, les Franks deThéodebald veulent renouveler les pillages de Théodebert, et sont presque tous tués au passage des Alpes et dans les plaines lombardes. De 570 à 575, les Lombaids, maîr
très de la Cisalpine^ font dans les Âlçes plusieurs invasions ; Rufus, évêque de Turin, poursuivi par eux, dut se réfugier à Saint-Jean de Maurienne, qui dépendait de son diocèse, ainsi que le Briançonnais, bien que ces deux districts fissent partie du royaume burgonde *. Après la mort du petit-fils de Chlovis , Théodebert, du fils de celui-ci, Théodebald, et de ses oncles, Chlotaire régna seul un instant sur le royaume des Franks (558 à 561) qui n'avait à vrai dire pour limites que celles de 1 ancienne Gaule ^. Les quatre fils de Chlotaire lui succèdent ; le territoire d'Orléans agrandi de la vallée du Rhône et de tout le pays qu'on désignait alors sous le nom de Burgundia, forme le lot de Gontran. L'annexion du royaume burgonde aux Etats des rois Franks n'eut pas pour résultat de modifier l'état social des vaincus. Le principe des lois personnelles se maintint et, jusque vers le milieu du IX« siècle, les contemporains se plaindront de ce quon est forcé de faire aux parties en cause la vieille question juridique : Qud lege
* Les Longûbards avaient paru sur l'Elbe pendant le règne de Tibère ; après avoir dépossédé successivement les Uérules (518), les Gépides (567)i ils passèrent en Itcflie sur l'invitation de Narsès (568).
' A cette époque le pays des MéduUes perdit son nom de Vallée de Cottius pour prendre celui de Morienne ou Maurienne (Walckenaër, II, 394). Dans une notitia provinciarum du VIo siècle, on trouve le mot de Civitas Monenna à Gondranno rege constructa; plus tard, dans le testament d'Abbon, de l'an 739, on lit Vallis Maurigenica, On ignore l'ëtymologie de ce nom ; peut-être le retrouverait-on dans la présence d'un poste des soldats désignés sous l'appellation de Maufi, comme il y en avait à Vannes et à Saint-Pol de Léon.. Voir Grégoire de Tours. De glorià martyrum^ l^ cap, XI V.
' Cette date de 558, mieux que celle de 534, marque la première annexion de.la S(Woie à la France»
vivisf et d'ordonner enquête sur enquêté pour établir leur nationalité. L'évêque de Lyon, Affobardus, qui mourut en 840, donne corame fréquent le cas de trouver sous le même toit des personnes ayant le droit d'invoquer jusqu'à cinq législations différentes. Cependant, tout en consacrant le droit des Burgondes à être régis par leur loi personnelle, la loi des Franks- Ripuaires établissait une différence sociale entre le vainqueur et le vaincu * .
Il -reste peu de détails positifs sur le règne de Gontran dans la région des Alpes; les chroniques lui donnent le nom de bon, ce qui à cette époque surtout voulait dire foible. Il se maintint par un système de bascule entre rOstrasie et la Neustrie ; mais ce fut aux dé-
f)ens de sa propre autorité , que les seigneurs ranks et burgondes réduisirent à n'être plus que nominale.
<L Adieu , lui disait une députation de leudes çstrasiens mécontents de l'un de ces arrêts de justice que le chef rendait à l'ombre des chênes, adieu, roi ! Souviens-toi que la hache qui a brisé le crâne de tes frères n'est point rouillée. Et bientôt c'est à toi qu'elle fera sauter la cervelle * ! »
Les évêques continuaient à s'adjuger les immunités avec lesquelles ils complétèrent ce
{)OUvoir temporel qui reçut, par le classement éodal, sa consécration définitive. Les récits de Grégoire de Tours , les poésies de Fortunatus, la correspondance des papes, les actes
^ Si un Ripuaire tue un Frank, qu'il compose pour 200 sols ; s'n tue un Burgônde. pour 160. (Titres VII, XXXI, 2 et XXXVI.)
* Grégroire de Tours, VU, chap. XIV.
des conciles, si merveilleusement résumés par un historien moderne \ nous montrent ce qu'était au VI® siècle cette société galloromaine dont l'histoire est encore si confuse ; on y peut voir comment se gouvernaient les villes èpiscopales, quelles étaient les relations des autorités rivales du comte et de l'évéque, à quoi se réduisait l'action du pouvoir central, quelle fortune pouvait espérer , sous la domination des leudes franks, le Gallo-Romain ou le serf. Ce qui était vrai, du IV® siècle au VIII®, pour la vallée de la Loire ou la vallée de la Garonne, l'est aussi pour la vallée du Rhône *. Les Lombards n'avaient point cessé, depuis leur arrivée en Italie, de se jeter dans la vallée du Rhône par les passages du Mont-Cenis et du mont Genèvre. Vainqueurs une première fois du patrice Âmatus, près de Lémenc, ils sont enfin battus et détruits, sous les murs d'Embrun, par le patrice Mummolus , lieutenant du roi Gontran, en 572. Les évéques d'Embrun et de Gap, sous le casque et le harnois de bataille, avaient conduit en personne les soldats levés pour la défense commune et tué de leur main plusieurs ennemis. Us furent déposés pour ce fait au concile de Châlons en 579, par le motif que, s'ils avaient le droit de conseil, c'était aux seuls officiers du prince à tenir l'épée^. Ce fait est l'une des
* Aug. Thierry. Récits des temps mérovingiens,
* L'histoire du comte de Tours, Leudaste, rappelle par certains traits celle de ce gallo-romain des Alpes , Mummolas, qui, devenu le favori de Gontran, rejeta les Lombards au-delà des Alpes, puis se fit tuer dans les Pyrénées pour la cause d'un fils de Ghlotaire sous le nom duquel il comptait régner.
* Chronique de la Novalèn^ I, eh. VIL — Fleury. Hietoire de NglUe, XXXV.
premières indications du conflit permanent oui existe déjà entre les évêques et les chefs militaires au sujet du temporel. Tout occupés de leur installation violente dans les villes italiennes dont ils allaient faire autant de principautés, et rêvant déjà la conquête de la pénfiisule, les Lombards renoncent à la peîre difficile et peu lucrative des Alpes. Vers la fm de 576, ratifiant la cession de 534, ils cèdent les vallées d' Aoste , de Suze et d'Oidx au roi Gontran, qui créa aussitôt le diocèse de Maurienne, en enlevant à févêque de Turin la Maurienne, le Briançonnais et Suze, qui, pour la première fois depuis la conquête romaine, furent démembrés de l'Italie*. Le pape Grégoire en écrivit pour se plaindre aux chefs des Franks, Théodoric et Théodebert, et ne put obtenir du roi Gontran qu'un règlement de limites entre les diocèses de Maurienne, d'Embrun et de Turin*. Gontran rebâtit la ville de Saint -Jean de Maurienne, dévastée par les récentes incursions des Barbares, et concéda à Felmase, son premier évêque, le droit absolu de souveraineté (omne jus regale) sur plus de dix sept paroisses ^ Gontran protège les évêques des Alpes et les moines du
* Le royaume des Golhs, anéanti en 553 après 64 ans de durée, fut réuni à Tempire grec avec le reste de Tltalie ; Narsès en fut le duc jusqu'en 568 que les Lombards Je dépossédèrent.
* Voir la correspondance de Grégoire-le-Grand, livre IX, lettre XV. — D'après un titre cité par Besson (Mém. eceléi. pour servir à l'hist, des diocèset de Savoie, 478) on planta les oornes inter paroehiam Maurianensem et epitcopatut eonjaetntet in partibut Italiœ in loco qui dicitur Vologia usque in partes Provinciœ, eU*
^ Duchesne. Histoire de Bourgogne. — Chartes du diocèse de Maurienne, publiées par le cardinal Billiet, V, 13.