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CHAPITRE IX

DIX-HUIT ANS d'histoire CONTEMPORAINE

Les traités de 1815, violés par le roi de Prusse Tannée même de leur signature, violés par l'empereur d'Autriche à Troppaù et à Laybach, venaient, cette fois, d'être déchirés parle

i)euple. Les Savoy ens ne se méprirent pas sur a gravité d'une révolte qui imposait à la Sainte- Alliance l'aveu de la souveraineté de la nation. L'air vivifiant de la liberté circulait de nouveau dans les Alpes ; il enivre les impatients qu'on fusille à Annecy, tandis que les Belges, les Polonais, les Romagnols, les Piémontais se soulèvent avec la même ardeur et des fortunes inégales. Le 27 avril 1831, la mort du roi Charles-Félix transmet le trône à son cousin Charles-Albert, conspirateur en 1821, réactionnaire en 1823.

Pendant l'automne de 1831, le choléra fît en Savoie de tels ravages qu'on prit des précautions tardives pour isoler les pays infectés; trois seules issues restaient ouvertes pour

sortir de Savoie ou y entrer : la route de Saint- Julien, celle des Marches, celle du Pont-de- Beauvoisin; partout ailleurs, on risquait d'être fusillé par les paysans comme on Taisait des soi-disant semeurs de peste en 1723. En janvier 1832, YdJûîbé Guyon prêche la mission à Chambérv. Un an plus tard (du 10 février au 3 mars 183d, pour les provinces, du 15 avril au 5 mai, pour la ville de CSiambéry), le clergé célébra le fameux jubilé de Grégoire XVI où, pour arracher les populations aux légitimes préoccupations de l'avenir, on les solHcita par l'appareil des cérémonies religieuses, les processions aux flambeaux, les discours passionnés, les apostrophes véhémentes, les affiliations mystiques aux confréries et ces attaques imprudentes qui provoquent aux représailles. La dignité du culte fut compromise, l'ordre public troublé ; le gouverneur, M. de Launay, aussi violent que maladroit, ne sut ni agir ni reculer à pi:opos et, si les rues ne furent pas ensanglantées, on le dut à la fermeté conciliante du marguis d'Oncieu. Les fêtes du jubilé étaient à peine terminées

au'avorta un complot militaire, peu connu, ont le dossier, perdu à dessein, ne peut plus donner les détails (20 mai au 12 septembre 1833); d'après la Gazette piémontaise, ce complot^ dans lequel fut compromis le général retraité Guillet, motiva trente-deux condamnations à mort, dont douze furent exécutées. 11 se rattachait évidemment à la conspiration de la Jeune Italie, organisée par l'avocat génois Mazzini, le marquis Rovereto et l'oflicier polonais Ramorino. et qui échoue à Gênes, à Alexandrie (13 et 17 juin), et à Parme (27 octobre). Il se passait en Savoie, en 1833, ce ({u'on

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ivprochait en Franee, sept ans ; plti^ tôt, i QÛirles X. La Con^égation était toute-^puissante ; rien ne se faisait que par Tinfluenoe Mculte et sous le pesant et mystérieux contrôle du clergé. Le trône n'était plus seulement adossé à l'autel, comme avait dit M. de Yillamarina, il en était devenu le marchepied. Il n'y avait pas, en Savoie, de comte de Montiosier pourvdénoncer les abus de cet invisible pouvoir; d'ailleurs, l'établissement des Jésuites v était légal depuis 1823, et à qui confier sa plainte? Au roi? Il était d'autant plus enchaîné au clergé u'il avait plus tristement déserté ses complices e 1821. Au Parlement? Il n'existait pas. Au Sénat ? Il se donnait pour seule mission de rédiger des sentences de mort contre les écervelés politiques ou de porter, en se prélassant , le dais -des processions. A la presse? Elle était muselée. A l'opinion? Elle flottait incertaine entre les horreurs qu'on lui débitait des libé-r vaux et le dégoût que lui inspirait l'hypocrisie Je l'oppression* . C est un grand embarras pour un gouvernement de sortir d'une insurrection. Compromis auprès des libéraux, exploité par la Congrégation, Charles-Albert vivait entre deux périls et trébuchait, l'âme navrée, de fees instincts révolutionnaires à ses obligations de roi absolu.

On accusait, à Rome, de tiédeur et de libéralisme les prêtres de Savoie; on les fit surveiller de fort près par les prêtres de la Propagande, les Dominicains et surtout les Jésuiles

* Comme type du régime manicipal de cette époque» il faut lire le Règlement de police de la ville d'Yenne, aélibéfë le 1^ juillet 1833 sur la proposition du comte de Côrdbn, syndic, et cooaidéTté comme Vun de? plu» lit^éraui.

qui remplacèrent bientôt les curés dans renseignement religieux de la jeunesse et la prédication^ Grégoire XVI institue une délégation apostolique* chargée, en apparence, de réformer la discipline ecclésiastique ; le roi transmet le bref au Sénat pour ou'il ait à le faire publier (19 janvier 1833}; le âl, le Sénat répond par une remontrance énergique où il constate : qu£ le bref présente de dangereuses innovations dont la publication jetterait l'effroi dans les consciences et la désunion dans les familles ; — que le clergé savoyen est irréprochable sous le rapport de la doctrine et des moeurs et que le seul reproche à lui faire est de déployer tin zèle parfois exagéré^. Le Sénat avait en effet compris que sous le prétexte de la réforme ecclésiastique le bref instituait un véritable tribunal d'inquisition, appelé non-seulement à peser sur le clergé mais à contrôler la liberté de penser et jusau'd la conduite privée des citoyens. En face d une attitude aussi résolue, que de patriotiques indiscrétions rendirent publique, te bref de Grégoire XVI resta lettre morte en Savoie. Le Sénat venait de rendre à son pays un dernier service.

Dans les premières semaines de 18B4, les réfugiés italiens et polonais qui avaient reçu l'hospitalité en Suisse s'imaginèrent aue la Savoie, mécontente, irritée, prendrait les armes

I Cibrario (Oriaini, I. 416) cite le texte d'no mémoire écrit de la main du roi iur l'impuMon à donner à l'esprit publie et lee moyene d'anéantir les sociétés secrètes dont mieni que personne il connaissait les dangers.

* Composée da cardinal Morozzo, des archeréqnes de Tnrla et de Gènes» des évéqaes de Vigevano et d'Annecy.

* Registre des affaires ecclésiastiques, XXXlVi folio 144.

au premier signal. S'ils avaient mieux su Fhistoire de ce pays, ils auraient évité à leur parti une sanglante déception. Mazzini et Ramorino, débarqués à Genève avec un millier d'hommes, désarmés car la milice, délivrés par le peuple, pénètrent jusqu'à Saint-Julien et Annemasse, où ils proclament un gouvernement provisoire et font appel au peuple par la vieille formule : L'insurrection est le plits saint des devoirs! Mazzini s'éclipse devant l'indifférence des populations, peu sympathiques aux étrangers, et 3ui s'étonnèrent qu'on voulût disposer d'elles 'une manière aussi brusque ; Ramorino, resté seul avec quelques soldats cosmopolites, se retire à rapproche des troupes piémontaises (!«*", 2 et 3 février); les insurges, désarmés de nouveau par les troupes fédérales, sont internés dans le caijton de Vaud*. Le mouvement de Saint-Julien se combinait avec des tentatives sur les Echelles, Pontcharra, Seyssel et Leyssaud cçui avortèrent. Les commissions militaires tirent fusiller quelques jeunes cens plus exaltés que coupables ; le Sénat sauva les autres en évoquant l'afifaire ; douze des plus compromis furent condamnés, par contumace, à être pendus Le roi exempta de tout impôt pour i834 les communes envahies*.

Les Piémontais appellent le Savoyen : Testa ■ dura! Celui-ci leur réplique, en empruntant

* PREUVES. Document n» CI. — Gazette piémontaûe an 4 février 1834.

* Les douaniers ayant été désarmés par Ramorino, les habitants de la zone en profitèrent pour sortir tout leur argent caché et aller à Genève où ils dévalisèrent les magasins de fers, de draps, de tabacs, de seU et se fournirent ainsi pour longtemps de marchandises prohibées. — Pinelli. Storia militare deiPtmonte. 111. 59.

— «scieur langage : Mày per la ragUme I La justesse de cette réponse trouvait une démonstration nouvelle dans les événements de 1834. La Sa* voie, enveloppée par les dameurs de Témeute. à deux pas (tes insurrections de Lyon (0 au 13 avril), ae Grenoble et de Vienne; sollicitée par ses propres enfants, exilés ou émigrés; voyant l'Europe entière livrée à la guerre civile, debuis les Romagnes, le Modenais, TEspagne, le Por* tugal, jusqu'aux grandes cités anglaises, la Savoie ne protesta que par son silence ; Charles- Albert comprit enfin Teloquence de ces reproches muets et se hâta de donner à l'opinion de réelles satisfactions. Les services administratifs devinrent l'objet d'améliorations importantes ; le Duché eut deux intendants généraux, Tun à Chambéry, l'autre à Annecy^ ce qui permit une plus prompte expédition des affaires. Les routes réparées^ les rivières endiguées, les cultures exceptionnelles subventionnées, ne coûtèrent à la population que des impôts dont la moyenne ne dépassait ouère douze francs par an et par tête. La ville de Conflans. réunie au bourg de L'Hôpital, prend le nom d Albertville (Patentes du iO décembre 1835); des fabriques, des usines s'élèvent en Cbablais et en Mau* rienne; le gouvernement se relâche des ri- {[ueurs de 1831 et tolère certaines manifestations de la pensée que Charles-Félix eût punies de l'exil ou des galères. Cependant, la voie nouvelle où semblait entrer le cabinet de Turin, voie que lui indiquait l'état politique de l'Italie, ne rassurait et ne persuadait qu'à demi les provinces de langue française. On s'était habitué à certains abus, on craignit de payer d'une absorption, plus complète encore du pa^ys par

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I!élément italien la rançon de quelques avantages apparents. Tant que les lois sur l'enseignement, lois d'assujettissement et d'ignorance qui mettaient en état de suspicion les deux tiers des habitants, n'auraient pas été rapportées ; tant que les lignes de douanes entravaient la production et favorisaient la contrebande, ce dissolvant du travail assidu ; tant que le secret des procédures criminelles perpétuait le préjugé qui taxe le simple témoignage d'odieuse dénonciatioYi ; nul ne pouvait croire au désir sincère du Piémont d'émanciper la Savoie.

L'état intellectuel de la province se ressentait de cette hésitation. Le journal de 1836 est rempli d'articles sur les missions étrangères ; quantité de jeunes gens intelligents, formés à la prêtrise par l'éducation essentiellement religieuse qui dominait depuis 1823, et n'ayant aucun avenir dans d'autres carrières, s'étaient expatriés et se dévouaient en Chine, sur la côte de Coromandel, au fond duThibet, à d'obscurs devoirs. On écrirait une étude pleine d'intérêt sur cette émigration spéciale. Et quel rapprochement ! La servitude de la patrie devenant, au delà des mers, la cause d'une expansion plus rapide et plus féconde du rachat évangélique de peuples ignorants.

En Savoie, tout sommeille encore*. La So-

* Le clergé seul, pins libre d'allures, n'avait poiot désespéré de l'étude et de la science. Mgr Charvaz. évoque de Pignerpl (puis archevêque de Gènes}, publiait son Catéchumène vaudois, dont le titre modeste cache une logique invincible et d'érudites nouveautés; Mgr Rendu (mort en 1860, évéque d'Annecy) achevait son livre de ïlnflnence des lois sur les mœurs et des mœurs sur les Uns ; Mgr fiilliet, évéque de Maurienne, imprimait une impulsion féconde aux recherches paléographiques et statistiques, et formait toute une génération de jeunes prêtres occupés deii

ciété académique de Chambéry propose^ en vain, à quatre reprises (4834 à 1838), pour sujet d'un prix d'histoire : le tableau topographique, statistique et comparatif de Chambéry, avant 4792, et depuis jusqu'en 4834. Pas un mémoire n'est présenté au concours. Etait-ce pure opposition au royalisme des savants associés qui cherchaient dans ce tableau l'éloge de la dynastie? Ou serait-ce parce qu'il ne se trouvait alors, dans la province, aucun esprit assez hardi pour imiter Jean-Jacques prenant, en 4749, le parti des mœurs contre les arts, dans son discours de Dijon, assez courageux pour plaider en faveur de la liberté de janvier 4792, contre la servitude de janvier 4838?

Cependant le Piémont, plus osé, çlus libéral que la Savoie, même dans les régions officielles, donnait l'exemple de travaux historiques sincères et de publications qui n'étaient pas sans audace. En 4832, Louis Cibrario avait écrit ses recherches sur les finances de la dynastie, et Datta son histoire des princes de Savoie de la branche d'Achaïe ; le P. Semeria terminait sa vie de Charles-Emmanuel-le-Grand et préparait l'édition, au'on n'imprima pas, des Mémon*es secrets de 1 abbé Pasini ; en 48S0, la Commission royale des recherches historiques, parla publicationde précieux documents, amoncelait des matériaux pour la critique. En 4836,

sciences naturelles ; M. Tabbé Martinet inauffurait ces travaux de lingnistiaae, de théologie scolastiqae et de critique qui ont valu au modeste prêtre de Moûtiers un renom européen. Mais Jacques Replat, d'Annecy (mort en 1866), gaspillait en badinages littéraires (dont j'excepte V Etude iur la poim det Àlpetj les dons précieux du sentiment et du style, et le poète J.-P. Veyrat, de Chambéry, osait un véritable génie dans les luttes ingrates de rexil.

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le comte Solar de la Marguerite livrait à l'étude les secrets diplomatiques du cabinet de Tuiin

{)arla collection complète des Traités publics ; 'avocat Duboin contmue la RaccoUà, et cette triple source d'informations remplace, pour les Etats sardes, l'œuvre de M. Guizot, la Collection des Mémoires relatifs à Vhistoire de France. De 1836 à 1839, le marquis Léon Costa et Léon Menabrea imposaient, par leur exemple, à la direction des travaux iiltellectuels de leur pays plus de spontanéité et de verdeur ; Menabrea surtout, esprit sagace et hardi, allait porter la lumière sur les points les plus obscurs du moyen-àge ; le premier, il ose prouver que le clergé n'a pas Inonneur ex clusii d'avoir civilisé les Alpes et qu'il n'est point séant de faire à l'histoire de saintes violences. Dans l'ordre judiciaire, Maurice Flandin publie le Répertoire des Edits, Lettres-Patentes, Manifestes et autrès actes du Gouvernement de 1814 à 1834; cette table analytique, devenue indispensable aux hommes d'affaires pour se guider dans le dédale des dix-huit volumes contenant les actes publics intéressant la Savoie promulgués pendant ce laps de temps, était à elle seule la critique d'une législation d'expédients qui se guidait sur les rancunes plutôt que sur les principes. Les rares symptômes de vie publique qui se

i)roduisent ça et là ne sont plus dissimulés avec e même soin que par le passé. On autorise la Îresse à raconter les fêtes de Sallanches (11 juin 837), de La Roche (12 juillet 1838), où se réunissent les officiers et les musiciens des cardes urbaines du Faucigny ; sous le drapeau bleu à croix blanche, aux airs rhythmés des vieilles mélodies, le patriotisme assoupi se réveille.

Aussi la Cour se hâte-t-elle de faire prêcher des missions à Cluses, centre industriel le plus important de la vallée de TArve, parle célèbre P. Lœvenbrûck, orateur véhément et persuasif^ dont on comparait la vigoureuse éloquence a celle du P. Bridaine.

Le 17 août 1838, un bateau à vapeur de Lyon franchit, pour la première fois, les passes étroites du canal de Savières et arrive au Port- Puer. Ce fut un lien nouveau et visible qui rattacha la Savoie à la France ; un débouché pour le commerce ; un progrès énorme pour la rapidité des communications*. L'abbé du Tour d'Héry et M. Emprin ouvrent à Moûtiers une école pour les sourds-muets de naissance ; Técole de géométrie de Chambéry, fondée en 1833, compte quarante - sept élèves; l'école commerciale , cinquante - neuf ; les ateliers d'horlogerie de Cluses procurent l'enseignement professionnel à plus de quatre-vingt-dix apprentis par an. La caisse d'épargnes de Cnambéry, ouverte le 5 juillet 1835, organisée sur un double système de dépôts et de prêts, rendait déjà de grands services en favorisant l'épargne et en atténuant les abus éhontés de l'usure. Le roi prélude à ses réformes législatives par l'abolition, en Sardaigne, de la corvée et des dernières juridictions féodales (mai 1836).

Le 20 juin 1837, Charles-Albert, cédant à des instances patriotiques, promulgue le code civil, qui sera exécutoire le l**" janvier 1838. Jusqu'à la dernière heure, le roi avait hésité. Le ministre Barbaroux, perdant pied devant les efforts

* n y aralt des bateaoï'l rapeur sur le lac de Genève depaif le molf de mal 16S$.

du parti rétro^de, écrivit aussitôt à M. Avet, alorsr en Savoie, de revenir immédiatement à Turin; et Ton n'a point oublié le discours élo* ouent et hardi qui entraîna le vote du Conseil aEtat et que M. Avet termina par ces nobles paroles : /{ faut que les hommes aiment les lois auxquelles ils obéissent; il faut qu'ils y aient foi. S'il en est autrement ils sont moins attachés à leur pays j et le respect de la patrie se perd.

Le code Albertin est un franc retour aux idées françaises et la Savoie le considéra comme un gage d'alliance et de liberté. Ce code, rédigé avec une entente parfaite de la situation, ménageait la transition entre les Royales-Constitutions et l'esprit moderne; il conservait les principes du droit romain pour ce qui touchait a la puissance paternelle et aux successions ; il adoptait presque littéralement .les articles du code Napoléon relativement au droit de propriété et aux contrats civils; les hypothèques occultes sont supprimées ; les arrêts de règlements sont interdits. La loi ne sera plus désormais violée ou contredite par le caprice du prince ou l'arbitraire du juge.

La Révolution reprenait ainsi possession de la légaUté après une réaction qui avait duré vin^-quatre années; les hommes de talent et d'initiative trouveront désormais en Savoie l'emploi de leur activité; bien peu s'en iront offrir leurs services à l'étranger, comme pendant la période qui s'écoula de 4792 à 1838. Le pays avait perdu, depuis peu d'années, ouantité de savants modestes et distingjués, la plupart établis en France ' ; ses illustrations disparaissaient

^ Le peintre PeytaTiol «vtettrdv Iflrtefovfr^'de ïttY€$^$k

à leur tour : Joseph de Maistre était mort en 1821 9 BerthoUet en 1822, le marquis Joseph Costa en 1824, Fodéré en 1835. La Savoie jouis<sait alors d'un prestige singulier ; il semblait qu'un charme possédât ses vallées et ses montagnes et s'attachât aux rêveurs qui s'^ réfugiaient. On disait, à Paris, que le français s'était re^ trempé à Èissy dam le génie de Joseph de MaiS'* tre, comme il s'était retrempé, aux Cha/rmetteSy dans V ignorance de /.*/. Rousseau; Lamartine avait immortalisé le lac du Bourget dans la plus belle de ses poésies S et l'auteur du L^épreux devenait en six mois célèbre. Dans les mœurs, on trouvait ce mélange de simplicité et d'ironie naturelles aux gens aue le sort a brusqués et qui restent plus indilTérents qu'insensibles, moins révoltés cfue frondeurs. La Cour de Turin avait cru qu'il suffisait de restituer à de vieilles institutions des appellations vieillies pour res«suciter l'esprit et la forme de l'ancien régime ; mais on ne parlait des nobles syndics qu'en souriant et l'on raillait le préambule ambitieux des manifestes et des placards ofticiels. Malgré la morgue et la froideur des réceptions du château et le soin avec lequel tout ce qui n'appartenait

exposés eo 1801 et 1803 ; le namtsmate Tochon , d'Annecf (n7i*1830) ; M"M Pannf MongellHZ, née Burnier-Pontanel (1798-1839), aae Charles Nodier loua si délicatement pour son livre snr les femmes ; le mathématicien Nicofpt, professeur i Paritf , et l'abbé Borson, mint^ralogiste & Turin ( 1 830); l'astronome Marco;, & Lyon (1885); l'avocat Carrier, du Chftielard, professeur de droit à Dijon (1770-'184l); les astronomes Bouvard et NicoUet, morts l'un à Bruxelles, l'autre en Amérique (1843). En Savoie, G.-M. Raymond, de Sixt (1760-1839) : Claude Saint- Martin, secrétaire de la ville de Chambéry de 1786 à 1887; Mgr Rey, évéqne d'Annecy (1767-184)), etc.

^ Lire le livrç XII* des Confideneei où Lamartiae fait on si déUeieiix tableau de Servoiez et de ses hôtes.

^ à la noblesse en était écarté, la société de ïambéry, qui donnait le ton aux provinces, avait eu le bon esprit de réagir contre ce retour, I)lus apparent que réel, à de vaniteuses prétentions. L'association vraiment égalitaire des ChevaUerS'Tireurs devint un terrain neutre où l'éléffance des nobles ne craignit pas de se rapprocher de l'esprit des bourgeois, où les femmes des deux classes se mêlèrent sans réclamer d'autres distinctions que celles de la beauté, d'autre privilège que celui de la grâce. Ce mutuel accord d'une population que semblait diviser la loi, commencé dans les fêtes, se continua et se resserra par les associations de charité.

De 1822 à 1830, une impulsion nouvelle fut donnée à l'assistance publique, dans toute la Savoie mais spécialement dans la ville de Chambéry , par les forîdations hospitalières du général Benoît de Boigne. Cet aventurier de génie, dont la fortune étrange rappelle les odyssées du major Martin et du général d'Orgoni, avait organisé l'armée des Mahrattes et reconquis avec eux sur les princes de race mogole les plus belles provinces de l'Hindoustan^ De retour en

* Benoit Le Borgne, né en 1751,, mort en 1830, quitta Chambéry pour s'engager snccessivement au service de la France (1768), de la Russie (1773), de la Compagnie des Indes (1778) et dn prince des Mahrattes (1783). Il rentre en Europe en septembre 1796, épouse à Londres la fille du marquis d'O^mond, et reçoit du roi de Sardaigne, le 7 juin 1816, le titre de comte de Boigne. Les Mahrattes, dont il avait assuré la prépondérance sur les autres peuples de l'Inde, furent attaqués par les Anglais après la mort de Tippoô-Saheb, prince de Mysore (4 mai 1799). L'histoire de M. de Boigne, qui fut calomnié et qu'on a mal défendu, n'est écrite que dans les dépêches de sir Palmer, de lord Cornwallis et les livres de Franklin (Eistory of Shah-Aulum, 1798.) et de James Grant Œistory of th$ Mfikrattas. 1896). Ces dépêches et cefte vie seront prochïiine^ ment publiées par les soins de son petit-fils.

Vt

Savoie, il offrit à la charité légale de sa paMe les ressources de revenus princiers et les in* génieuses délicatesses de la charité privée. Il agrandit FHôtel-Dieu, fonde un asile de pauvres, un hospice d'aliénés, un hôpital pour Ibs maladies contagieuses, assainit et embellît la ville, dote le collège, les bibliothèques, les sociétés savantes et les corporations d'intérêt public. Sachant par sa propre expérience quelles sont, en pays étranger, les angoisses de Témigi^nt, il affecte une rente à l'apprentissage de jeunes gens pauvres, fonde des lits pour les voyageurs malades ou fatigués, de toute nation et ae toute religion^ destine une somme annuelle aux prisonniers pauvres qui recevront, chaque samedi, une chemise blanche et quelcjue menue monnaie; etc. Celle de ses fondations qui présente le caractère le plus neuf, le plus origmal, est Fasile appelé Hospice Saint-Benoit^ affecté à quarante vieillards des deux sexes restés sans ressources à la suite de revers de fortune. Le règlement, rédigé dans ses moindres détaHs par M. de Boigne, prévoit avec des ménagements infinis tout ce qui peut adoucir la position des assistés et leur dissimuler l'aumône. Une âme capable de faire le bien avec cette recherche discrète et cette inépuisable générosité n'a pu éprouver que des sentiments nobles et fiers.

La Savoie, énervée, se préoccupait médiocrement des idées spéculatives ; elle paraissait, tant elle était sterne, arrivée à ce deçré de somnolence et4e torpeur qui est l'idéal de l'esprit public pour un gouvernement absolu. Les Sjs^vpyens^ oubliés et oublieux, satisfjaits de cer-

tains progrès matériels* dont on exagérait le résultat, et de quelques réformes adroitement jetées sur la route pour en abréger la longueur, s'applaudissaient pourtant comme d'une conquête des plus légères tolérances du cabinet ^rde. Les livres et la presse, si peu libres que soient leurs allures, donnent toujours la mesure à peu près exacte des opinions ou des aspirations d'une époque. Le Journal de Savoie, à dater de 1840, prend une part plus active à la discussion des intérêts locaux', à la politique générale, et commente les affaires de Genève au point de vue catholique. La critique littéraire aborde les problèmes sociaux, traite avec un souverain mépris les livres de Sand et les vers de Hugo, admet à peine Lamartine, suspect

* Chambéry est éclairé au gaz le 19 mai 1839 ; le 11 juillet, le roi inaugure le pont de La Caille, suspendu à 178 mètres audessus du tprrent des Usses, et qui par son élégance et sa hardiesse rappelle les célèbres ponts de Fribourg; le 5 octobre s'ouvre le chemin de fer qui relie Chambéry au lac du Bourget et, qui doit servir à un service direct à grande vitesse, par les bateaux du Rhône, entre Lyon et la Savoie ; les bains de La Perrière (Brides) sont ouverts en 1819 ; les bains d'Evian en 1838; les eaux d'Amphion, dont la réputation était grande au 18^ siècle, redeviennent à la mode vers 1839 ; il y eut 3,500 baigneurs à Aix, presque tous Anglais, en 1827, et 3,914 en 1840. L'ouverture de jeux publics, semblables à ceux des villes d'eaux d'Allemagne et une installation médicale qui fit de l'établissement thermal un centre unique en Europe augmentèrent dans de rapides proportions la vogue et l'éclat d'Aix-les- Bains. L'incendie de Sallanches (le jour de Pâques, 19 avril 1840) produit une émotion européenne ; comme toujours, Genève s'empresse de pourvoir largement aux premiers besoins des incendiés ; elle réitérera ses libéralités, en 1844, pour les incendiés de Cluses.

^ On attribue cette amélioration à la tolérance de M. Avet, devenu ministre de la justice le 16 septembre 1840. Le 1«' janvier 1843, le Journal de Saiooie prend le nom de Courrier des Àljoes, parait trois fois la semaine au lieu d'une seule, et se dâ)arra88e à demi du carcan de la censure.

depuis Jocelyn (1836) et ne considère dans les œuvres de l'imagination ni Fart/ ni le génie, mais le bon esprit. Cependant, la Société d'histoire de Genève, celle de la Suisse romande m publiaient des travaux où une saine phiie s'alliait aux plus solides principes ; F. iè Gingins, dans son Essai sur te Rectorat de Bourgogne, Louis Secrétan dans son édition des Statuts de Pierre III ^ Léon Menabrea dans ses articles de critique historique, donnaient de parfaits exemples et répandaient le goût d'études sérieuses, débarbouillées de la dévotion, comme disait Cibrario, et dégagées des petitesses du parti pris.

Un symptôme significatif avait récemment prouvé que le >sens vital n'était qu'assoupi et

aue la Savoie serait encore susceptible d'enlousiasme. Jean -Pierre Veyrat, jeune exilé que le malheur fit chrétien, rentra dans son pays après sept ans d'absence. En 4841, il fit imprimer ses poésies : La coupe de Vexil, qu'on lut avec émotion; l'édition fut épuisée en quel-

3ues semaines. Il promettait un rival à Claude e Buttet; on l'appela prématurément le Lamartine des Alpes; nul doute qu'avec l'âge il n'eût acquis un talent plus personnel et plus original, mais il mourut en 1844. Ses rêveries sont la paraphrase de ces beaux vers :

Oni ! si rade que soit le sein de la patrie , Et si rare le lait dont la tôTre est noorrie, Oni^ la patrie est douce et Texil est amer .'

Sa philosophie, faite de mélancolie et de religion, se résume dans cette pensée délicate :

Et cet arbuste, hélas! si frêle Qn'nn oiseaa courbe de son aile»

Ce roseaa qa*an Jour voit përir, N'ont pas assez de cette terre.

Seigneur ! pour vivre et poor moarir !

Les jalons dont Charles- Albert marquait la route devenaient de plus en plus rapprochés, grâce à l'insistance de quelques esprits d'une trempe austère. Barbaroux, Avet, Solar, ne jugeaient pas qu'il fût de la dignité royale de mettre en réserve des lois qu'on distribuait comme des à-comptes lorsque le créancier devenait exigeant ; ils pensaient que la nation avait le désir du mieux plutôt que le goût du changement, et qu'on réussit à guider le peuple, ce grand enfant, en lui dissimulant la règle

Îïutôt qu'en lui mesurant la liberté. De 484 o à 837^ lès lois de 4822 étaient seules venues modifier la discipline réactionnaire ; depuis 4837, le code civil (i^^ janvier 4838); l'ordre aux juges de motiver leurs décisions (4®*' mars); le code pénal (45 janvier 4840); le code de commerce (4«r juillet 4843), avaient accéléré le mouvement progressif. Le caractère d'une nation se montre plus à découvert par la pratique des lois que par la constitution du gouvernement; les constitutions vivent d'emprunts, une loi peut n'être que l'œuvre d'un penseur, tandis que dans l'exécution les partis se groupent, les instincts s'accusent et des besoins nouveaux naissent, à mesure que l'on pénètre au vif de certaines situations jusque-là mconnues. Pareil phénomène se produisit en Savoie lorsque le mécanisme législatif se fut modifié à demi dans le sens français ; ce faisceau d'éléments contra- ^ctoires tendit à se rompre par le fait d'une expansion naturelle; la foule distingua mieux, autant par instinct que par réflexion, dans

l'arsenal des lois piémontaises, les actes similaires appropriés a sa nature de ceux qui lui répugn£ent malgré le long usage. ^

Cette répugnance s'accentua à proportion

Sue Ton comprit aussi davantage la nécessité e réformer certaines pratiques gênantes ; il se forma d'abord de petits partis, groupés autour d'un intérêt commun bien defmi, d'une idée frappante, intelligible sans effort; ils réclamèrent isolément ce qui leur paraissait personnellement désirable. Le succès haussa leur ambition jusqu'à des réformes plus générales et ces croupes, associés d'abord par un intérêt particmier, arrivèrent bientôt à se réunir dans une communauté de vues moins limitées.

L'impôt excessif de la douane et les complications légales des poids et mesures furent les fremiers points discutés parce qu'ils touchaient plus d'mtérêts et gênaient également l'essor du commerce et de l'industrie. Sait-on ce ou'était^ en 1845, la confusion des mesures et des poids en usage dans les sept .provinces de Savoie?

« Un consommateur entre à Chambéry chez un boulanger pour demander une livre de pain, on lui remet 1/2 kilogramme ; il va chez Tépicier acheter une livre de café, et le marchand se sert du poids de Chambéry de seize onces à la livre ; le débitant de sel fait usage de la livre de Piémont qui se compose de douze onces. L'orfèvre pèse l'argenterie au poids de Paris; enfin certaines marchandises se vendent à la livre de marc. Cet individu a donc reçu cinq fois, sous le nom de livre, un poids différent. S'il commissionne des marchandises dans les provinces de Savoie, il devra varier ses calculs d'après les lieux où il a ses relations, car les villes d'Annecy, de Thonon, de Bonneville et de La Roche ont

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chacune due livre d'un poids particulier. Quant aux mesures de lon^eur, elles varient suivant les corps de métiers, les objets ou les localités. Quelques ouvriers emploient un pied oui est 1/3 du mètre; le charpentier se sert du pieu de cnambre; le menuisier et le ferblantier font usage du pied de roi qui est plus foible d'un demi-pouce ; les entrepreneurs se servent assez ordinairement du mètre. On compte en Savoie vingt-sept aunes de grandeur différente en y comprenant le raz ae Piémont usité dans la haute Maurienne. Le tisserand ne se sert pas de la même aune que le marchand, et, dans certaines localités, il y â une aune pour mesurer les draps fins, une aune plus longue pour mesurer les gros draps. Pour les mesures de surface, le plâtrier se sert de la toise de six pieds carrés, le menuisier de la toise de huit pieds de roi carrés, le maçon du mètre carré, le charpentier de la toise de huit pieds de chambre carrés. On trouve la même diversité dans la mesure des solides; les mesures agraires sont bien plus variées, le journal a vingt-cinq catégories; il y a quarante-cinq mesures de capacité pour les liquides, sous le nom de POT, variant de i litre 24 (Evian) à 3 litres 16 (Cusy). Le pot avec lequel on mesure l'huile diffère de celui avec lequel on mesure le vin. Nous avons pour les grains quarante-une mesures de capacité différente dont la plupart portent le même nom, source inévitable de fraudes et d'erreurs, sans compter qu'il faut distinguer, chaque fois, entre la mesure rase et la mesure œmble. On remarque, surtout à Chambéry, que la mesure connue sous le nom de veissel est plus ou moins grande suivant qu'on mesure du froment, du seigle, de l'avoine, du maïs ; il y a le bichet, la coupe, Vémine, le muidy le picot y le quarts la quarte, le setier, le m^oudurier, etc. * »

Il y avait des siècles que les princes de la Maison de Savoie s'étaient inquiétés de ce

* Article dn baron Jacquemoud dans le Journal de Savoie, page 727. — Consulter également la Notice sur les poids et mesures de 6.-M. Raymond.

diaos et avaient essayé d'y porter remède ^ . Un manifeste caméral de 4826 remit en vigueur les vieux édits ordonnant le dépôt, à la maison commune de toute bourgade où se tenait un marché, de l'étalon des poids et des mesures spè^ ciaux au pays. Le gouvernement adopta l'emploi du système métrique décimal dans les monnaies, dans la perception des impôts de douane et dans les adjudications de travaux publics^ ; mais la confusion restait obligatoire pour les transactions particulières et le commerce étranger lui-mênïe hésitait à se compromettre dans des opérations qui exigeaient une connaissance approfondie de ce dédale financier. L'édit du 11 septembre 1845 vint enfin supprimer ce fâcheux état de choses; quoique la réforme fût universellement réclamée, un respect excessif de la routine fit accorder un long délai de cinq ans pour ménager la transition. L'emploi exclusif du système métrique ne devint obligatoire que le l^r janvier 1850 ; iusque-là, les particuliers eurent le choix entre les anciennes mesures et les nouvelles. L'édit de 1845 resta pourtant un des solides jalons de ce progrès ^ que les événements européens imposaient au Piémont.

* En 1389, la régente Bonne de Bourbon avait ordonné d'équipoller toutes les mesures de Savoye à celles de Chambéry (Statuts et Règlements pour la Chambre dés eomptesj; voir aussi les art. 38 et 29 du titre II du livre l*» des Coutumes d'Aoste, le Rèalement général des maîtres des monnoiêspour les pays deçà les monts^ etc.

* En France le système métrique décimal était obligatoire depuis le S novembre 1801 ; un décret de 1812 y accommoda les anetennes appellations ; une loi de 1837 les supprima.

> Lé rigonreuz hiver de 1846 à 1847 permit à la Savoie de donner une preuve de la vitalité qu'elle avait acquise depuia

De 4840 à 1847, le contre-coup des événements politiques retentit en Savoie comme des coups de cloche d'appel. Tandis qu'on accusait la France de violer les traités d'ITtrecht par les mariages espagnols, l'Autriche, la Russie et la Prusse violaient une fois de plus les traités de 4845 par la sunpression de la république de Cracovie. De 4846 à 4848, l'ébranlement universel de l'Europe prouva que la Révolution • suivait sa marche progressive^ et que la réaction contre l'absolutisme politique et la servitude morale, réprimée dans les Alpes en 4824, en 1834, en 4^, en 4834, allait fatalement aboutir à un nouvel éclat.

La Savoie, placée entre deux foyers révolutionnaires, le Piémont et la Suisse, se préoccupait à bon droit des événements dont Lucerne en 1845, Berne et Genève en 1846, Fribourg et le Valley en 1847, avaient été le théâtre. La révision du pacte fédéral, les affiliations aux sociétés secrètes dites de la Jeune Allemagne ne causaient pas plus d'émotion aux Savovens que les mouvements constitutionnels de Naples ou les menées de Mazzini ; mais l'organisation du Sonderhundj la suppression des couvents de l'Arçovie et du Valley, l'intolérance bernoise, la défaite des catholigues, l'expulsion des Jésuites (juillet-novembre 1847), intéressant leurs pro-

1817 ; elle se suffît à elle-même, sans secours étrangers, grâce à de prévoyantes mesures. La commune de Chambéry, par exemple, acheta à Marseille et à Nice 6,800 hectolitres de blé (5,440 sacs) qui coûtèrent 263,486 fr. 37 ; elle les revendit an cours de 1846 avec un bénéfice de 5,394 fr. Pendant les semaines les plus rudes, du 27 mars au 24 avril 1847, la ville distribua des bons de pain (12,000 kilos par semaine) à 0 fr. 60 le kilo, et paya la différence aux boulangers chaque fois que la taxe dépassa ce prix.

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près oroyanoes, touchant à des intérêts communs, sollicitèrent leur attention et furent vivement discutés par l'opinion publique, surtout lorsque Genève devint le refuge des exilés démocrates et que le Congrès fédéral eut voté la saisie des biens du clergé.

Les trois années qui précédèrent 1848 furent donc profondément agitées ; rien ne trouble l'esprit public comme ces rumeurs équivooues, ces brmts vagues qui, dans le silence calculé • de la presse , ne précisent rien ^ laissant tout supposer, tout prévoir et tout cramdre. De plus en plus , à l'intérêt inégal qui la passionnait

I)our tels incidents plutôt que cour tels autres, a Savoie se sentait moins réunie que rattachée au Piémont et se laissait incliner vers la France. Tandis que la Suisse semble adopter les maximes mazziniennes , l'Italie est entraînée vers Vidée unitaire par les écrits d'Âzeglio, de César Balbo, de Gioberti, de Mamiani. La Savoie n'adoptait ni ces maximes ni cette idée. La mort de Grégoire XVI précipita les événements; ce fut dans ime attente inquiète que l'Europe vit se fermer les portes du conclave. Le comte Rossi, ambassadeur de France, avait déclaré aux cardinaux le désir qu'exprimait M. Guizot dans une dépêche célèbre : Nous voulons un pape italien qui comprenne l'esprit de son siècle. Le 47 juin 4846, on proclame le nom du nouveau pape, le cardinal Mastai-Ferretti, accueilli par les transports d'une joie indicible. Les premiers actes de Pie IX sont des bénédictions et des libertés. Tout se règle d'abord sur la sagesse de ses pensées : Il nous faut dix anSj disait-il, pour faire pénétrer dans le sens intime du peuple V esprit natUmal etpo"

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litupie. Montanelli proclame que trois pas avec Rome valent mieux que quatre dans elle ; à Tu-^ rin , Baibo désavoue la hardiesse des utopistes ; Mazzini semble abdiquer dans les saintes mains du pontife; M. Guizot le retient, M. Thiers Fencourage , lord Minto le pousse en avant ; r Autriche, inquiète, observe ces mouvements de l'opinion et sent une fois encore sa domination compromise dans cette Italie d'où l'avait tant de fois chassée le réveil patriotique des Lombards. Du 5 au 8 décembre, les Apennins et les Alpes, d'un bout à l'autre de l'Italie, furent éclairés par des feux, au vieux cri national de : Fuori ioarbarit Le roi Charles-Albert, cédant à l'exemple de Rome, réorganise renseignement supérieurs crée des chaires d'histoire et de philosophie, s'entoure des esprits les plus éminents du parti libéral et laisse pressentir qu'il est prêt à tout. Quelques actes maladroits de l'Autriche, l'hésitation du pape dont

* Depuis 1840» Tinstruction primaire avait fait de sérieux progrès. En 1843, la Tarentaise, dont la population est d'environ quarante mille habitants, possédait 185 écoles de paroisses ou de hameaux. La moyenne des enfants assistant an catéchismes (base aussi sûre que l'était jadis, pour le chiffre des habitants, le nombre des communiants), et sachant lire et écrire, ratait de 60 0/0 povir l'ensemble de la Savoie ; la moyenne augmente à mesure que l'on s'avance dans les hautes vallées : de 87 0/0 en Tarentaise et en Maurienne, elle descend à 50 0/0 dans les paroisses voisines de Chambéry. La Société royale académique publiait de remarquables travaux d'érudition; le comte de Vignct, le comte Marin, l'avocat Raymond, M. Replat, d'Annecy, par leur exemple ; le comte de Loche, l'avocat Guy. par la fondation de prix annuels, encourageaient le mouvement tulellectuel. Des écoles pratiques de dessin, de mathématiques, de musique s'ouvraient sous le patronage d'hommes éminents qui, comme le marquis Costa, le comte Pillet-Will, le comte de Boigne, subventionnaient les améliorations matérielles des corn* munes rurales tout en donnant une impulsion pratique excellente aux méthodes agricoles et à l'enseignement supérieur.

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lé parti noir inquiète la conscience, les bruyantes impatiences des radicaux, tout un ensemble de préjugés, d'abus, qui avaient pour eux là sanction du temps et la force d'inertie des intéressés, entravent, pendant Tannée 4847, la marche progressive des réformes. L'affaire de Ferrare, Tattitude réservée du cabinet des Tuileries, favorable au libéralisme italien mais trop ménager de la politique autrichienne, arrêtent le pape ; il se laisse devancer par la Toscane et la Sardaigne .

Un double courant partageait les conseils de Charles-Albert ; les uns ne voulaient avancer qu'au signal de Rome et adoptaient pour formule que le vaisseau de VÈtat doit rester amarré à la barque de saint Pierre; les libéraux proclamaient, au contraire, la nécessité de décisions promptes et assuraient que l'Italie se donnerait au prince qui marcherait le premier. Balbo, d'Azeglio, Avet pressent Charles-Albert de se mettre, sans plus délibérer, à la tête de la Révolution italienne ; ils lui représentent la haine que tous les Italiens portent aux traités de 1845, lui rappellent le rôle de ses glorieux ancêtres, font briller à ses yeux le prestige de l'indépendance italique, peut-être la couronne des rois Lombards. Emu par de vigoureuses et patriotiques manifestations , le roi céda , et la promulgation spontanée des lois organiques du 29 octobre 4847 consomma la rupture définitive du Piémont avec la Sainte- Alliance. Plus le roi se rapprochait des idées italiennes et plus il se séparait de la Savoie. L'acte du 29 octobre préparait fatalement la guerre avec l'Autriche, et le succès du Piémont ne pouvait aboutir qu'a l'abandon de ses provinces transalpines,

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Le roi supprime les tribunaux excej)tionnels et les juridictions spéciales du Conseil et des auditeurs généraux de Tordre des SS. Maurice et Lazare, de FAuditoriat général de Cour et des chasses royales, de la Commission d'économat, des Magistrats de santé, etc. Il abolit tout privilège du for civil, non-seulement pour les particmiers, mais encore pour le patrimoine royal^ ce qui réduit au simple contentieux administratif la juridiction lente, coûteuse et compliquée de la royale Chambre des comptes, tant aucivU qu'aie criminel. La juridiction ordinaire, en matière administrative, est attribuée aux Conseils .d'intendance auprès desquels est créé un n^agistrat Sour représenter le ministère public. Le Codcj e procédure criminelle, basé dorénavant sur la publicité des débats, donne pour garanties à la liberté individuelle la responsabilité du magistrat et le contrôle de l'opinion. La créatioa d'une Cour de cassation assure l'unité de jurisprudence.

La réorganisation municipale fait revivre les principes de 1563 et de 1734. Les membres des conseils des communes seront, de nouveau, librement élus par des électeurs classés en caté-

Î pries ; les attributions délibératives sont coulées à ces conseils, les mesures d'exécution sont départies aux syndics ; toute distinction de classe est abolie entre les conseillers ; les syndic^ sont choisis au sein du conseil. La création de chanceliers de l'impôt avec des agents chargés de la conservation des cadastres et du contrôle de l'administiation communale sert à régulariser les imperfections de gestions, confiées souvent dans les villages à des incapables ou id^a négligents. Les provinces sont déclarées

des êlre$ moraux administrés par des conseils provinciaux qui seront des corps permanente et aélibéra/nts. Les conseillers sont choisis par le roi, partie sur les listes des conseils communaux, partie narmi les syndics. Les conseils Srovinciaux éliront les membres du congés 'arrondissement et de division administrative ; les conseils et les congiès éliront leurs présidents. Des conseillers d'Etat extraordinaires,

i^istres

de Tautonté civile, indépendamment des registres que les curés continueront à tenir sous le rapport ecclésiastique. D'après le règlement sur la presse, la censure n'atteindra plus que ce qui attaque les lois ou la religion.

L'acte qui parut en Savoie le plus radical, celui qu'on accueillit avec une satisfaction sans mélange et dont on sut au roi plus de gré que de tout le reste, tant il est vrai qu'un atome de liberté pratique vaut toutes les utopies parlementaires, ce fut la suppression des commandants de place. Un décret spécial abolit le régime exceptionnel (jui confiait la police à l'autorité militaire; les intendants en demeurent seuls chargés sous la haute surveillance des ffouvemeurs ; des règlements détaillés limitent les droits des officiers de police vis-à-vis des particuliers et déterminent les cas où l'on doit faire appel à l'autorité militaire désormais subordonnée à l'élément civil , comme cela doit être dans toute société moderne ; car l'élément civil représente la loi, l'élément militaire la force, et la loi prime la force.

Nul ne se méprit^ en Savoie^ sur la gravité

et l'étendue de ces concessions ; le 4 novembre, jour de la fête du roi, d'universelles et enthousiastes manifestations, aussi spontanées qu'unanimes, couvrirent de feux les montagnes ; Annecy, Thonon, Bonneville, Cluses, Albertville, illuminèrent trois jours de suite. La presse fit écho :

€ Naturellement réservé, réfléchi et peu enthousiaste, l'habitant de nos contrées se distingue par un attachement profond et sincère aux principes d'ordre et de morale ; il ne veut pas détruire pour régénérer ; mais il attend tout du temps et de l'expérience. Aussi la Savoie, tranquille à l'ombre d'un trône aucjuel elle était liée par une affection de huit siècles, restait simple spectatnce des agitations dont le bruit venait jusqu'à elle sans l'émouvoir. Ce cri de joie qui retentit aujourd'hui de toutes parts, cet élan spontané qui émeut nos popular tiens naguère si calmes, ne sont donc point une explosion de surprise à la vue d'un bonheur inattendu, car le passé nous avait appris à compter sur l'avenir; c'est l'accent naïf de la plus sincère reconnaissance. * "»

Les libéraux, après le premier entraînement, firent toutefois remarquer certaines dissonnances (jue la réaction avait introduites dans l'économie des lois organiques. Qu'était-ce qu'une liberté de la presse, disaient-Us, faisant dépendre l'impression d'un manuscrit du visa de la censure? Les quatre évêques de Savoie protestaient aussi contre cet examen préventif qui rendait un laïc juge de leurs lettres épiscopales. Les ministériels eux-mêmes répétaient le mot piquant du comte Avet : Il faut savoir mettre de la sobriété jusque dans la sa^iesse, et les radicaux allaient disant partout : Ces réformes

^ Courrier de$ Â^s éia^ 9< novambM 1847:.

ont un incanvénimti de^t d*èlre wi^todrai au bon plaisir; un caprice leStdwmSfMntapirite les reprend,. Malgré le 'cJaoix40>deux'magii^mt8 savoyens^.MM.FicûUet et ÂnsmioD^ pour metger à la Cour dâicassatiau^ nialgrèlerûle oeii^- 3idérable que tfoU.de Wrficocnpataio4)eflràveiënt pris dans leseonseUs duroiyonaacasaît te ]?ié>mont de vouloir* italiauBén laSavme./el Ton n'avait point aftaestle critît[tiefe^p0ul4ebntettrayal du 15 juin 1847. qui réduisait à^ litne seute animée les études de droit dans l' école* de Chambéiry et faisait une;obttgatiQn^au& étudiants de tertniner leurs cours-àJ'Uuiver^dté dç Turiav Quel secret motif faisait si mal apprécier dd4 réàls bienfaits ?< Comment wie dynastie ai >briliantè, si populaire^ ne trouv!0it'^el|e>^ dè>ce '£âtë'd^ Alpes, queifiéAanfleeiinjiistide? C*ëst qiie^la Savoie, reçpeotiieusemânt ^aAtaehée^ au «prince, détestait I^ Piémont, Six semaines: aftiite las acclamations du 4 novemkte^ la êékïtimiùn éta$|t telle que . l'organe officieux db.* gouvernemenit s'écriait >,- ^. ,v. -»,•-••.• ,- v - •

« fi eét de^ personnes au càmctérp lirniile uu méfiani qui doutent de la riéàlité de ce qu^élle^ Voient et de ce qu'elles entendent. Encore sous l'influence d'un autre ordre de (^eses.ellM mesurent lesdniftHuHoQ^ doûVèl)es d'après le cerclé étroit dan^ lequel étaient litnit^ea lé^ manifeiltatians d^ la.p^nsé^etdci l]i^|^Uigance.^ G^i4<hH des amis. du progrès; ioaii(,desaini&nonfiliBtâBt»4|uliM savent marener que si on les entraîne; qui avAneent ea regardant sans cesse en arrière, et dtii ne lerbiént à là réalité de* choses- qa'avrès' les dvoif aépaif^ées.'* )i^

En dépit ^lesisaéeontents, le pro|[rès''nç' lais^ sait pas que de se manifester; pi^r cprtàûxs détistUs

< Courrier d€$ Àlp$$ da 10 décambre 1847.

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de la ^e usuelle ^ ; la création de la Ban(]çae de Turin facilitait les transactions.; la léffislation se vulgarisait à mesure qu'elle se simj^ait* ; les populations, ramenées à leurs vieilles traditions municipales, se préoccupaient assez de leurs intérêts pour méditer ce reproche, étrange de la part d un journaliste dont le rôle en pareille matière est d'être plus indiscret que personne : Le public est tout à fait curieux ou du moins il l'est devenu à un point extnwrdinaire depuis qu'on lui a permis de l'être.

Le Piémont, désormais lâché sans freins sur la pente, ne perdit point le temps en réflexions et mit en pratique l'axiome révolutionnaire : A qui veut réussir^ V audace. Gioberti exige que Tinstruction publique soit enlevée aux Jésuite ; d'Azeçlio pubue le Programma per l'opimone nauonate; Gênes, Turm^ Nice, font au roi des ovations enthousiastes; il y répond par les paroles hardies que son aïeul CSiarles^ Emmanuel I^^^ adressait, en 1611 , aux patriotes lombards : Que l'opinion des Italiens dicte ma conduite! Le 3 novembre , Je ^traité de Turin consacre runion commerciale et industrielle

* XfO 29 joillei 1847, patentes qui sopprimeot l'artide du Rà» glement de 1773 prohibant la sortie des fourrages et engrais. — Le 14 septembre, la place Saint-Lëger, avec ses trottoirs, défient plas que jamais le rendez-rons à la mode et le cercle des QottteUiates. — Le 20 novembre, avis portant ane les bureaux de poste seront désormais ouyerts, pendant 4 heures^ les dimanches et jonrs de fêtes.

* L'avocat Dësarnod publie le.B^ar/otVe du Coi» eivU ; les avocats Pillet et Revil, la Jurisprudence décennale ou collection d'arrêté rendue par le Sénat, de 1838 à 1848, travail imité du Code Pabrien et des Recueils français de jurisprudence. £n 183^, Tavocat Replat avait déjà rédigé le Manuel du juriscon^ suite saiooitien, excellentes tables de concordance avec le droit français.

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de Rome^ Florepiç^ etTunn^ premier p^is daos la yoie des alliances politiipies; la; Savoie com^ prit qae le faisceau de la 'fédération italiqitô était formé; elle salua' avec bon{ieur^d€fâ^jûiâlÉÉ qui pouvaient Tstsi^ocief dlé-même â lâiîBgfté italienne tout en hiî allégeant la feénSttide'ptêftiontaise. Maïheuféùseniënt, 1^ succesâidçCiïi^ Parme vint, quelques semaines plii^ t^r^j^^sèr-: yir d^occàsîon à une nouvelle et bnitalet }^(j€jir vention des Autrichiens. Le Piémoiit hèéita; le parti radiée 'en prit prétexte, à sort *(yûr;^ur accuser' lés libéraux ' de tfahisdn ; ^ te ^C(ftfiî«é des émiigrés'iiiazzinîèh^ wêeha l'îûi*flî«H^bh

Fun des embarras deladtplotnlrtieeur^opé^hêi la question des réformes lôcateë feisatt pfeée^ celle de rindépèndâriOè; \'id&è âitiiiïé^^Aàiiiàk désorinait toutes les autres. * t-î mu . A Rome, les modérés, impuissants àniMtiyèr le torrent révolutionnaire^ s^êcàfftëtit pc«it<»f6 laisser passer; il Valait nrieux festet ën^ikîït\ et tout hlasarder pouif' le icototeMpêt le diriger*. Des émeutes éclatent' à Patermé, à Napleà^^^ Milan, à Venise ; lés troupes* àutritmenilës d'occupation sont triplées ; lé Piétttoni ïappèU^ ses réserves; les agents de Paris et de Londres essaient sdternativement d'âpiôsér les G*oi£i^s ou de les- aggraver. La lutte n^existailpâS feulement entre le parti de la réaction dé 1815^^14 Ï>a$sioimément attaqué, et te parti de la R^Vd^ ution,^îfÀpatientd^arrlver au pouvoir ; ^è était surtout entre un peuple ianvaM et Fétttog*t envabisseur. • . r ^ - r ;•

< On avait tout ftit pmir ajourner cèltè (îfdèStîiifi j 'cMe apparai^ait seule et terrible <lai(i$Je»aoles .efiarîSes dès

okiÉieeHnSeï^} 'è^ê le^ i^ès'ensanglkhlées des grandes ffHi»J€«lsiiétft6t^ur'le6 charô^ 4e BatAiUe. Du jour au laiflehiâni ^^ il ma s^^t plus a*im boat à l'autre de h Piivi^ii^dei'Téfonnes promiaôs oodesamétiorations Q9ip{^|i<^e$, U^-'agit d0 s'anoerà la hâte et 'de marcher. -:^jÇL'e$U9<^estio^ naUpDale> qui l'en^rte et domine les aiitrçs,' echvaijt euoore le comte Rossi dans une dernière lêuré ii% Guizot (6 avril 1848). L'élan est génénd, irtré^istitile. Les gonvemements it^iens qui ne le secon-

tui^fi; ]OW(iilik)iis d^ i'équîlibre itatien. étaient ^lIQ.sii^ulièmmeEt ekanaéee depuis la triple ftÛ)W^'^'3aio^.embrei8£7. La Savoie ne s'y ti^^i^'point* Désoraiais, la tédâration devenait nn/fiff^^ e'^Mt rit dépendance unitaire que le^iVwSûfmi allait poursuivre, per fas et nefas. ^Hdsi jq$ jmanifoQtatîons eur^nt^eUee un caract^ jbieaa différent, suivant qu'elles se firent sur l'un ou sur l'autre revers des Alpes. ËnLigurie, ei^r^i^PJ^t^ ridée politjyG^uey le «rêve d'indépen- 4aiiae^,^ahaljae de rAjutrici^ke, associaient toutes l^^lQ^oes yives de la population dans un sens ve^^V d^ guersi?e et de lib^té : Vive lé Statut l gu^fw^A VAtiMche^t En Savoie, au contraire, My^ ^a6 b w. sens où la pratique des' affaires ne l^ae^quie'peiil: d'issues aux entrainetnents , et op( :ÎW fs'imtéi^esseiau' positif de la vie beaucoup d/yns qu'aux ut(^es, oncria : Vwent lei réformes ! ijâ j>Fe^e9 organe du parti conservateur et libé- I^,iliî0 paretUjêtrei poySç ce couirt instant, l'intQ^pHW eKaet de l'espjiit public; car le peuple !(}^ Qi^pagniQs et les artisa villes obéis-

sa^eiitt encore aveuglémèni aux ordres du clergé études propriétaires fonciers qui seuls possé- 4sî«iîî^,.^Wfl^Çïice.

k^ïl 'est'éVîêeftr/ptfMialt^on,' qrie le grand ffloave-

ment oui agite la Péninsule, etiqtti aponrbut àë¥é66mh tituer la nationalité italienne^ ne pouvait etthttviaur nous la: même- influence qu'aoc delà des Alpes i'da/lit par>conséqum(y la difféosnee/mi'ena f esoArquifi r Wtre notre attiuide-^t celle de nos irèpief du Pi^poo^e^i^ GèneSy différence «qui. a dc^^ lieu ^i d§ bien &i^$f^Mt bien malignes inte^prétaUoD3. t^ p]ro^amp>e,dk^d octobre n'a pu frapper nos esprits que coronfe ft^otûéssé de réformes et de progrès. Etrangers à la cpiestiôn italienne, les habitants de nos contrées ne pouvaient S;tiiVe comprendre cet élan d'un peuple entier qui 'biise^te joug. Ce que'nous vlinef9d'aboîd>eé lurent'tos réCsmuf qui seules nous' touchaient detprës^tidout l««asÉe aie la populatioa n'était pas à'mème4;au pvetnietftu^MeMf de mesurer toute' rituportAnoe el toute V/it^du^'^^^Çer pendant, on sentit iniMnçtiveniqat qu'i|,se.fwa^ifn grand j)as dans la vp^e.du progrès et 4^ la lihçm^ '^ob compnt qu'il y avait, dans les actes ém£^oésqfur($^ toute une œuvre de régénération et d^éoiancipation, et^ qiioi- (jue l'on ne pût encore en jiigeir toute la gratidëtrr,' ttrî immense cri de jéie et fie reconnaissance sâ)u)Bi^éttë%i^ nouvelle*. »■ •'•♦' ' -' •/!f'>n}>oi

L'organe des politiques atténuait ainsi les manifestations bruyantes dont la ville de Chambérv fut le théâtre dans la journée du iO janvier 1848. Le peuple se livrait sans anrièiie-pensée à son enthousiasme.; les. jeiiqes géiis applaudissaienty avec k^. ^^^ianoëjide Jeuriâge, aux temps nouveaux dont Us de croyaient les maîtres ; 0^ le» ine9çi;u:s lurent s^rpriSf d'i|p é^an oui dépassait le^uv3 prévisioiis; Us ç^ë^yei:f(nt de modérer cç^t.eiiitrjaînenûient plii? &}^6iix\^f^ plus unanime, et .^i,Ton .peut .4«oc^p;;V4c^\ix mots j qui paraissent contradictoires/ pl^*j;^'j' fléchi qu'ils ^e rattendaient. d'un pays,,aiipii jugeait insouciant, crédule, ignorant, inerte:

• Courrier dei Alpêt du 11 /ânvler lS4e. * '

. iDaas Js^ y|e .4es peuples, comme dans celle des iodirâduS) lit y a de ces Jieuras où tout un monde cndAes^itfusesvioubliêes, vieillies, gisant obsedrémènt^dans )e<soiiyenir^ uôtipuissantes, prestfûé^dfivyMeë; se ratihm^ sciaâam; s'épanouit et f^Hâtt'^ la vie. Oft'^dirait un cachot fermé depttteMôh^emris et qu'une pdrte ' subitement o'ttvgrté' remplit tout a- coup crune éblouissante hiwi^é.iïia contagion de renûiousiasme émut lies .liommes les plus graves. Un très jeune poètâ^ raiYocftt Piaget, rima. quelques strophes o6ieaiom ckii> roi^Se' méleât à ceux de patne et de4i]yerkéi 'Le musieien ehargé de noter ces vé^ së^ sentit défaillir A la dernière heure; il déi^étepéra dfe trouver ïe rhythnie^ et Taccent ^yé^ ét;|bartiné înspiratton' patriotique, adapta fjàf^r 4e ià Mdrsèiltaîsè à la Savoy enne. Le Isriài^i/^ entraînant et passionné de la musique (Tonna des âiles à.cette strophe particulièrement éloquente et qu'on chanta bientôt d'un bout à l'autre de la Savoie :

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.n. J \ .i'eQplesl Nous étions daoç rattente, ^'^^'^^-* tam dt passé ra flnir I '

' j<. »«j|" P\eTp<p8rle|tMJibr^Y0i^; .

, , , . î , . , Toute têtç sera pliée ~uA.j*|(j. S(i„a !^ niveau Ses mêmes lôî^ ! !:)L ~'Toatetilte^âat«toii saÉetaaU^e! -\%M '". iiTlQîitiwtte^araiifoil.d^pUé! .....

^^nfbtltés' Tes VîIIés', toùtesléS communes eurent lèîtir^ ïêtès civiques, àauP Saint-Jeân de Maurïèi^fié oà ceriathe^ ' ^ens ' possédés d'un mal tticarahte, tà^peur)' compritnérent les manifesiÀûoH^H Lé' mercréfdij^ff février/à huit heures M fe'èîr ^ là toâlle de Turih à Chkmbéry , pavoisée

* Courrier des Àlpei.dn .l«' (évrier 18.48*

de drapeaux et de rameaux de sapin , ^'arvMe au relais du faubourg de Montmélian^; le» v<m^

Seurs crient : Vive te rcil et jettent à poigtiées es imprimés italiens. On accourt, «on s^attroupe ; et la proclamation royale du S' l^iwier oui promet une Constitution ^est lufeau'itaUiëii d'un enthousiasme qui redouble à chaque groupe. Les premiers informés se dispersent aussitôt par la ville et relisent la prt](clatoatîo& de café en café. Des milliers de lumièresis'aUiiment; fallots» lampes, lanternes illii^inent'les rues étroitesf où se presse la popillati(ltL^tOl|t entière. Un cri se fait entendre \ Au* chéMm! et dix mille personnes, à la lueur des^'twehbs et des flambeauit, au son de mufiôcfues^ imj^rovisées, au chant de la Smoiêiénne) aiiX'dris de : Vive le roi f Vive le Statut t Vive la Savoie! se pressent sttr les ranapes et dans^la cour^ vieux nalais d'Emmamiel-Phitiberi. Le gooM^rneur Olivieri ne savait rien encore^, iLremercie les orateurs, Joseph Bonjean et Gl|»sida' Raymond, de lui avoir apporté la bonmnoéveltey et la nuit se passe au milieu d'un tumulte' indicible. Les ^ens les moins démonstratifs sont précisément les plus impétueux, Im ph» îmthousiastes quand une secousse i«âprévue ies arrache à leur habituelle réserve; Le jeudi, cet élan résiste à une pluie battante; des tabfes dressées sous les Portiques, et aux p^Mrchesi des éfflises servent & rëcervoir les signatures dfime aaresse au rd ; la foule, avec la nrasiqiie et des drapeamf, accompagne jusqu'au sortir de la vile le jeune volontaire qui s'offre àomtne estafette

Sour porter à Turin, à franc étrier, les^ vœux e Chambéry. Le 13, dn s'assemble sur la place de Lans autour de la statue qui person-

— aw — mhm

ip&s la ppft^nee; on (Jîppnte, sur \^ ipve ou^iOQ dlu jcbpi)^ du dr^pf^Âui;. 1^^ pi^inôtés l^l^pirteht; aprè». uu discours, de Tayocat (SfÇàXelmà^' lie. aràpisau bleu à cvftifi blâncbë. remplaee le drapeau Ualîea. Lp^ faybourg$ de. Monton^aa^ du Reclus, et de Mâché abdiquent leurS) rivalités séculaires et fi>ût éch^inge de le^TB bannières et de leurs iusi^e^; les femme» de Mâché plantent le lauriei*.4aii3 leurs chbveuXy celles de MontméUan et du Reclus s^'oment de brindilles de rpnqe, et la ^ flamme .pétillante des feux de joîe, les salves de pétards ' éeteirent^ jusqu'au milieu de la nuit) les danses ; des carrefours.

r Jbe 17) tandis qu'un nouvel idit diécrète la

rlibëirté de conscience, une solennité^ officielle

^ succède^ sous le nom de fête civigm^ aux trans-

.iport»> tumultueux et spontanés de Ipi multitude.

àpm le! Te Deum, plu3^ de 4,000 . citoyens

►arméSf.groupésMpar. sections, avi6c des ccn:ps

de* musique et des drap^auj^ desSavqie, d'Itaue

dt die Rome» le3 oorporations marchant par

e^aouades: avec leur^ bannières, parcpur;ept les

.roes^ et.se dispenrsent en banquets i^iQmbreux

-m ieis. rivalités, les cQterie^, lesprit de. parti

$p^ un> instant eifacés. ,par ce^te sympathie

e^ilimuiiicative que re$8ej;it la foule au^ contact

-d'idées généreuses, : , ... .\

J liemânejour, paxeille fête se célébrait .dans

.toutes .les, paroisses. A. Seyssel, un épisode

-:^leiin de grandeur rappela Vélan des fédéra-

,SÎons de 1i790. Cette petite ville sç compose de

dwx bourgades, Vune française, Vau^tre sa-

iVoy^nne, que séjpare le Rhône.. Après la fête,

le» Drières, puis les banquets en commun ; lors-

qu'ilfallut se séparer, le. soir, tous ces voisins

dn même sai^; s'arrêtèrent sur le pont, au dessue du flot éciunant et sombre. Là, ces bommes, tombant à genoux, chapeaux bas, les drapeaux mêlés, è. la lueur des torches, chantèrent l'immortelle strophe :

Aaionr lêo* de la Patrie !

Condilt, (OQtleD* BUf bru Teagean !

LftMné!LOwntf,ch<W«l. .

Coobali aTée tM iHftBiMrâ '.

CH4PItïm t •

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