‹ Histoire de SavoieChapitre 15 sur 126 · IM · texte numérisé non relu

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legari ; et les chefs les plus inteUigents du parti conservateur, compromis à chaque instant par les impatiences de leurs écrivains, se décident à créer une feuille destinée à devenir V organe d'un parti grand , sérieux et honnête ^ et qui travaille ouvertement et légalement pour le bonheur de sa patrie, au lieu d'être V expression d'une individualité j Vécho d'opinions extrêmes \ Un comité de douze notables % qu'inspire la sagesse du marquis Costa, assure la responsabilité de la politique du Courrier des Alpes transformé, qui fusionne avec l'Echo du Mont- Blanc. Le programme de la nouvelle rédaction se résume ainsi : La Liberté est un combat perpétuel ; le Roi reste le symbole de l'unité ; le Statut est la charte des droits publics. La gravité de ce mouvement n'échappa point à M. de Cavour qui en fut plus impressionné que des attaques souvent brutales auxquelles il avait été en butte jusque-là. D'accord avec M. Costa pour constituer en Savoie le parti conservateur libéral, il pensait avec lui qu'il n'y aurait pa^s de rouges s'il n'y avait pas de noirs ; mais il devinait aussi que la formation d'un comité d'action pour les honnêtes gens (dans le sens de galantuomo) allait donner au tiers-parti une puissance énorme.

Le service du chemin de fer avait été inauguré le 20 octobre 1856; la première mine de la Percée des Alpes ^ fut allumée sous les yeux

^ Déclaration de principes dn 19 décembre 1857.

> Le marquis Costa de Beauregard, le comte E. de Boigne» les barons Angleye et Girod, les avocats Pillet, Chapperon, Bourbon, Arminjon, le docteur Carret, MM. de Martinel, de Maugny, Michel Dénarié.

3 Cette date n'est point celle du début des trayauz sérieux,

du roi de Sardai^e et du prince Napoléon, le 31 août 1857 ; de la, ils allèrent assister à la pose des pilotis du pont international de Culoz ; mais ces solennités qui, trois ans plus tôt, auraient enthousiasmé les populations, ne furent accueillies qu'avec une curiosité méfiante. Ces travaux n'intéressent que médiocrement le pays, disait le bon sens national; ce tronçon de voie rapide, qui permet de traverser en quatre heures la Savoie, n'est qu'un pont jeté sur nous de la France à l'Italie. Aussi la Savoie ne pritelle qu'une part indifférente à l'exposition des arts et de l'industrie à Turin ^ .

Les trois journaux de Savoie, le Courrier des

lesquels ne farent abordés avec, les machines qu'après Tuo- Dexion, le 13 janvier 1861 h Bardonoècho, le 25 janvier 1863 à Modane. Ce vaste projet d'abaisser les Alpes, rêvé avec l'unité italienne par Chartes- Albert (plans de l'ingénieur Mans, — 1845), ne fut réalisé que par l'énergie do M. de Cavour et Tin* sistanee persuasive de MM. Paleocapa et Menabrea (séances de juin 1857). I /ingénieur chargé de la direction des travaux* M. Sommeiller , do Saint-Jcoiro en Faucigny , s'associant MM. Grandis et Grattoni, transforma par son génie les essais de Maus et de Bartlelt (Traforo délie Àlpi tra Bardonnèehe e Modane. 1863. — Conférences de M. Conte h l'école impériale des ponis-et-chaussées, 1864), inventa des machines à la fois pufMantes et légères qu'il iit mouvoir par Fair comprimé ot ne se laissa décourager ni par les périls de l'entreprise, ni par l'imprévu des obstacles, ni par le dédain des corps savants. C'est une gloire pour le Piémont d'avoir cru possible cette œuvre de géants. La Savoie s'enorgueillit dos trois hommes qui en eurent l'idée (Joseph Médail), oui l'imposèrent à la politique (Menabrea) et la firent passer de la spéculation pure dans la pratique (Sommeiller). Aussi la France, héritant les droits de la Savoie sur la percée des Alpes, a-t-elle pris sa part dans les frais de l'entreprise, tout en laissant au Piémont l'honneur de la direction des travaux (Convention internationale du 7 mai 1862).

' Sur les 1514 numéros du catalogue, la Savoie ne figure que pour 170 ; la plupart des articles exposés ne sont que des échantillons de marbres et de rainerais, symbole expressif de force et d'inertie.

Alpes y conservateur, la Gazette de Savoie, ministérielle, et le Progrès, démocrate, continuaient une polémique dont le mot final était obstinément un retour aux idées françaises. Le prodigieux essor donné à toutes choses par le second Empire, la prépondérance que son gouvernement avait acquise en Europe attiraient et flattaient également l'amour-propre et l'intérêt ; le cousin du prince, dans ses rapides voyages, avait conquis les sympathies des penseurs. Tout parlait d'annexion. La restauration des tombeaux de Brou (juillet 1858), qui rappelait à la dynastie de Savoie comment elle avait Serdu cette province de Bresse et Bugey , si ère d'être française ; l'échec des frères de la Sainte-Famille et des sœurs de Saint-Joseph devant les comités d'examen qu'on accusa de préventions ; les Lettres italiennes de Félix PlateP, remplies de portraits à la plume , Vifs et délicats, qui firent connaître à la France les hommes du jour, le comte de Cavour, M. Menabrea, le marquis Costa, Mgr Billiet; et surtout la fête que les anciens soldats de l'Empire offrirent, le 15 août, à la mémoire de leur vieil Empereur avec un enthousiasme que signala le Moniteur,

Tandis que la députation savoyenne vote avec plus d'ensemble que jamais contre les résolutions du ministère et se constitue au sein du Parlement comme une petite Gironde, le journal du comité conservateur reprend sa thèse favorite, raille les députés chargés d*une nouvelle enquête sur la question de sB.voiT jusqu'où peut aller l'intervention légitime du clergé dans

* Causeries ; Savoie et Piémont. — Lettres écrites de Flo-* rente, etc. (^857 à 1860).

les affaires publiques , étourdit M. de Cavour avec le cliquetis des chiffres, des impôts, des emprunts, voici dix ans de liberté, s'écrient les annexionistes, comparons. En 1848, la Savoie ne payait que 7,/i<)5,036fr. 35 d'impôt; en 1858, elle subit a titres divers une contribution totale de 14,185,601 fr. 70: sur cette somme, l'Etat dépense surplace 6,473,114 fr. 40; c'est donc un chiffre net de 4,712,487 fr. 50 que le Piémont absorbe aux dépens de la Savoie ^ Sur 1,361 emplois publics, 232 sont livrés à des Piémon-

* La division de Chambéry, compronant les quatre provinces de Savoie-Propre, Haute-Savoie, Maurienne et Tarentaise, avait perdu 23,3d5 âmes, en 185B, sur sa population de 1848. n n'y avait que 25,627 électeurs inscrits; l'instruction primaire se résumait en Tarentaise par 300 écoles, 13 0/0 des tiommes et 19 0/0 des femmes illettrés. (Procèt^erbaux du Conseil, Session de 1858. Costa, président*; Àvet et Pillet, secrétaires.)

L'émigration a toujours été permanente en Savoie ; chaque année des milliers d'iiommes, dans la force do l'âge, vont cliercher au dehors, et surtout en France, l'emploi de leur activité et de leur génie inventif: mais jamais la proportion n'avait été plus forte que depuis 1848. En IB49 , on comptait à Genève 7f 153 Sa voyons établis à demeure fProcès'^erbaux des séanees du Conseil divis. d'Annecy) ; en 18.59, il y en avait 12,000 ; ce n'est pas une des moindres curiosités de l'histoire des Alpes h notre époque que de voir la prolestante Genève envahie et comme snbmergée sous le flot des immigrants qui lui viennent de Savoie; M. de Richement a précisé les résultats de ce changement dans une série d'articles remarquables. (La nouvelle Genève, — Le Correspondant. 1867.) Mais si l'émigration du Chabiais se portait sur Genève , celle des autres provinces avait des préférences marquées pour les grandes villes françaises, Paris, Lyon, Marseille ouï possèdent de véritables colonies savoyennes, dont les membres ne se confondent pas, comme on pourrait le croire, dans la foule des artisans ; beaucoup occn-

Sentdes positions élevées et ils y font preuve d'un vif sentiment e solidarité. A Paris. l'Œuvre des Savoyards, îondée en 1733 par l'abbé de Pontbriant. continuée par l'abbé de Fenelon, rétablie depuis la Révolution par l'abbé Legris-Duval, donna l'idée des sociétés de secours mutuels dont la prévoyance et le travail furent les bases. L'influence de ces émigrants, leura relations continoelles avec leur pays natali l'écbaafe d'impres-

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tais; sur les 145 officiers de la brigade de Savoie, 34 sont Italiens; et de crier à Tinjustice ! On répand à profusion dans les campagnes quelques pages anonymes où, après des plaintes sur le mépris de TEglise, sur l'impôt, sur le recrutement, sur Taccaparement par le Piémont de toutes les forces vives de la nation, sur la déception des chemins de fer, on insiste en ces termes sur le préjudice causé au pays par les tarifs douaniers :

€ Savez-vous au juste ce que vous payez à la douane sarde si vous achetez à Lyon, à Genève ou à Grenoble les objets de nécessité première que ne produit pas le pays? Non. Eh bien, je vais vous le dire : une casquette paye 50 c. la pièce; un chapeau,'l fr.; un parapluie de soie, 1 fr.; un parapluie ae coton, 50 c; un kilo de chocolat, 50 c; 100 kilos de savon, 10 fr.; 100 kilos de moutarde, 15 fr.; une éponge, 1 fr. la pièce; un litre de sirop, 25 c.y^lns les droits de la bouteille; les médicaments, 1 fr. le kilo ; un cheval, 20 fr.; une mule, 6 fr.; une paire de guêtres, 1 fr.; une malle, 2 fr.; les outils pour les ouvriers ou les laboureurs, 8 fr. les 100 kilos; les articles de Paris, 40 fr. les 100 kilos y compris l'emballage ; la mercerie, 100 fr. les 100 kilos ; un jeu de tarot, 40 c; une robe de soie, 10 fr. le kilo ; la bonneterie, les châles, mouchoirs, cravates de laine, 3 fr. le kilo ; la laine et le coton à tricoter les bas que font nos femmes, SO c. le kilo; et le reste à l'avenant. Voilà les bienfaits du Piémont ! "»

Il se produisit aussi un grand émoi à propos d'un article du Correspondant^ qui débutait » ainsi :

€ Quand on parcourt la Savoie, quand on visite cette

siens et d'idées qui en rësnitait ne furent pas, on le pense bien, sans •attirer de plus en plus la Savoie vers cette France hospitalière.

^ La Savoie €t UPiém(mt,^9x M . Mercier de Lttcombe. Juin 1858.

noble et religieuse contrée, on est étonné de sentir, sous la tran(}uillité oui la couvre, une grande inquiétude. La société est bonne, vertueuse, toute formée à l'obéissance et ali respect, et le gouvernement se trouve im|)atiemment subi. Les mœurs sont simples, fortes, antiques, et les esprits soupirent après des cnangements. Et le peuple où se remarquent ces contradictions n'est pas retenu sous une domination étrangère; il vit à l'ombre de sa royauté nationale, il marche dans les sentiers de ses pères, il demeure l'un des peuples les plus constants, les plus fidèles, les plus soumis du monde I Le voyageur s étonne de ces choses, et, s'il est catholique et français, une sorte d'intérêt aiTectueux et triste se mêle à son étonnement. »

On vit dans ces paroles, à tort ou à raison, le dernier mot des nobles et des prêtres, c'est-àdire des représentants de la grande propriété rurale et des maîtres de l'opinion. L entrevue de Plombières (septembre d858) avait inquiété la diplomatie ; la Question italienne se réveillait avec un soudain éclat, et le Piémont, puni pai' la douloureuse expérience de Novare du cri de désespoir : LIlaîia fara da set gue lui avait arraché le malentendu du 4 avril 1848, se jetait aux bras de la France impériale.

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