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CHAPITRE XII

l'at^înexion 1858 A 1860

Le 10 janvier 1859, à Touverture du Parlement de Turin, le roi Victor-Emmanuel s'écrie : Je ne suis pas insensible au cri de douleur qui, de tant de parties de l'Italie, s'élève vers nou^ ! Le 23, le mariage du prince Napoléon avec la princesse Clotilde, fille du roi, consacre l'union de politique et de sympathie des deux pays.

Le Piémont devenait plus fort à mesure que le sentiment de sa propre indépendance le pénétrait davantage; les incidents qui se précipitaient étaient moins l'elfet d'une préméditation ambitieuse que l'ouvrage même de ' la nécessité. La campagne diplomatique et parlementaire du mois de mars présage la guerre; l'emprunt sarde est voté le 9 avril, après des débats dont le retentissement se prolongera dans l'histoire. Jamais la question n'avait été posée aussi nettement entre les députés de la droite, frémissant de colère plutôt que de crainte devant les progrès de la Révolution, les démocrates décrétant l'unité à tout prix, et

les ministériels associan.t la liberté et le pouvoir pour le salut du pays.

Les menaces de rAutriche se heurtent à l'audace du comte de Cavour; la guerre éclate. Le 27 avril, l'armée autrichienne franchit le Tessin; depuis deux jours, les troupes françaises étaient en marche sur la routt^du Mont- Cenis. L'apparition du drapeau tricolore, à Chambéry, le 25 avril, causa une émotion telle qu'on crut un instant l'annexion consommée sans qu'il fût besoin de protocoles et de congrès. Il se trouvait dans la foule deux vieillards qui avaient vingt ans chacun lors de l'entrée en Savoie des armées françaises en 4792; ils semblaient rajeunis par le bonheur. Leur expansion communicative gagna le peuple ; mais le syndic interdit l'accès du cnemin de fer et les régiments qui suivirent ne furent plus salués que de loin par les cris de : Vive la France! Ces témoignages spontanés du peuple rapprochés des aveux des hautes classes prouvèrent aux hommes d'Etat que le courant annexioniste devenait irrésistible. On comprenait enfin que

i)lus que la race, plus que la reli^on, ulus que a langue * , ce C[ui séparait la Savoie du Piémont c'était la conviction du peuple savoyen d'être uniquement gouverné d'après les préjugés, les besoins et la politique du cabinet de Turin au lieu de l'être conformément à ses désirs, à ses traditions et à ses propres besoins.

* La diffëreoce de race n'est pas toujours un obstacle à la concorde, telle TÂlsace vis-à-vis de la France; ni la religion, telle la Silésie vis-à-vis de la Prusse; ni la langue, tel le Canada vis-à-vis de l'Angleterre. La situation de la Savoie ne pouvait se comparer qu'à celle de l'Irlande, où les griefs de la religion et de l'enseignement étaient aussi les leviers de la révolte.

La Savoie se sentait abandonnée, disait le député Mamiani, comme Ariane sur les rochers de Naxos. Ses députés le comprirent après le discours mélancolique du comte Solar, les paroles ardentes de Brofferio et le langage généreux du comte de Camburzano. Le marquis Costa de Beauregard se leva pour protester une dernière fois et prononça d'une voix vibrante un discours qui émut et passionna l'assemblée.

c Si la monarchie de Savoie n'était pas l'enjeu que M. de Cavour expose, dans cette partie terrible, contre la gloire d'associer son nom à la délivrance de l'Italie, je comprendrais que l'intrépidité du ministre pût se dévouer; mais celui qui n'a pas les secrets dont il est maître ni sa confiance dans l'avenir recule épouvanté devant la responsabilité cju'il assume ! cette responsabilité, je ne ta partagerai jamais. J'ai parlé jusqu'ici comme député de la nation. Comme député savoisien je serai plus explicite encore. . . J'en appelle à votre loyauté, messieurs, la Savoie peut-elle accepter de sang-froid la position qu'on veut lui faire ? Et lui refuserez-vous le droit de dire qu'elle est blessée profondément dans ce qu'elle a de plus cher, le sentiment de la dignité nationale? Est-ce à dire par ces paroles que les députés de Savoie veuillent jeter le découragement dans les rangs de leurs frères ? ah ! gardez-vous de le craindre ; nous savons ce que nous nous devons à nous-même ; et la brigade de Savoie sait ce qu'elle doit à son serment, à l'honneur, à son roi. Tant que nous resterons unis, vous la verrez au premier rang combattre les ennemis du Piémont; mais si, par sa témérité ou son ingratitude, nos soldats, un jour, prennent rang dans les fortes armées de la France, comme nous il seront trop fiers pour exprimer un regret ! d

Ces paroles en même temps que ces pensées tombaient lentes et sonores au milieu du silence de l'assemblée. Le ministère interdit

ne se sent pas la force d'arrêter cette déclaration, derrière laquelle se dresse l'adhésion de toute une province, et peut-être même un remords. Puis l'orateur se souvient que la séparation de la Savoie et du Piémont serait un déchirement, comme la séparation de l'âme et du corps, car un peuple qui rompt avec son

Eassé, avec son berceau, avec ses souvenirs, est ien malade ou bien coupable : il se souvient qu'il est aussi Piémontais et il s'écrie :

« Lorsque les aigles françaises étendront leur vol redoutable sur les rochers du Mont-Cenis^ ah! puissiezvous ne regretter jamais d'avoir si mal comoris Timportante de nos montagnes ; si mal apprécié le cœur et le dévoûment des hommes généreux qui les défendent ! C'est là mon vœu le plus cher, car les affections dynastiques, les traditions, les souvenirs chez nous ne s éteindront pas dans un jour! >

Les victoires de Magenta (4 juin) et de Solferino (24 juin) donnèrent à l'Italie son indé-

{)endance* ; le 46 juillet, Napoléon 111 traverse es Alpes pour rentrer en France ; ce voyage fut un triompne. On accourait de vingt lieues à la ronde sur la route que devait suivre le vain-

Îueur; l'altitude embarrassée des autorités onnait plus de piquant aux ovations. La

Savoie est déjà à aemUfrançaise avait dit

l'Empereur avec ce sourire attirant et fin dont

* Ce n'est point ici le liou de raconter la guerre d'Italie ; roaici je ne pais passer soas silence la part glorieuse que prirent les soldats et les officiers de Savoie à c^iie rude campagne. Le général Menabrea organisa la défense du territoire avec «ntaot de promptitude que de génie. L'armée française se rappelle les charges brillantes du colonel de Sonnazà Montebello. la froide énergie des colonels Borson. Gabet, de Rolland, et l'impétueux élan, l'obstination héroïquo, l'audace entraînante du général Mollard à l'attaque do San Martino.

il a le secret. Toute incertitude fut dissipée ; Fannexion était faite.

Les démocrates furent battus, le 47 juillet, aux élections municipales ; et la polémique des journaux ne porta plus sur la nécessité de détacher la Savoie du Piémont, mais sur les bienfaits qu'on attendait de la France et sur les réclamations que pourrait élever la Suisse. Il fallait toutefois que ces manifestations symîs et universelles prissent un corps, il un programme, un guide, une âme à ce parti français déjà si grand qu'il tendait à perdre son unité et à se briser en tronçons sous la pression d'adroits diplomates. Deux jeunes hommes, l'avocat Charles Bertier et le docteur Gaspard Dénarié, patriotes généreux, sentirent quel danger devait naître de l'inertie naturelle aux conservateurs et de l'audace gui est l'essence des minorités. Ils prirent l'initiative d'une mise en demeure hardie et assumèrent sur eux la responsabilité des actes qui allaient séparer le parti français du parti libéral dynastique dont M. Costa était le chef. Cette nécessité était rendue impérieuse par les mesures récentes du ministre Rattazzi; les corps de pompiers de la Savoie, suspects au cabinet depuis les ovations dont l'armée française avait été l'objet, venaient d'être dissous (28 juin). En applaudissant à cet acte, les journaux de Turin (l'Opiiiione^ V IndipendenteJ remarquaient que l'esprit de ces corps, dont quelques uns remontaient à l'occupation de la Savoie par la France sous la première République , était devenu entièrement opposé aux institutions qui régissaient l'Etat sarde depuis 1848; surtout à Chambéry, où l'existence d'un

corps de pompiers armés créait de perpétuels conflits avec la garde nationale; le 24 juillet, à la suite d'une réunion chez Tavocat Comier, M. Dénarié adresse au Courrier de Lyon une lettre où il pose nettement la question sor voyenne. Cette lettre, reproduite aussitôt par tous les journaux de France, sert d'attaché aux diverses fractions du parti français et de point de départ pour la rude campagne politique qui allait s'ouvrir. Les députés libéraux comprennent à leur tour qu'ils doivent marcher en tête du mouvement au lieu de se laisser dépasser par l'opinion ; douze d'entre eux se réunissent à Annecy et délibèrent de développer par toutes les voies légales l'idée émise par le docteur Dénarié et qui résume le désir du pays. Une pétition au roi de Sardaigne est immédiatement imprimée à Lyon, nul imprimeur de Savoie n'ayant osé prêter ses presses au comité; on la colporte dans les communes où elle se couvre de signatures. En voici le texte, spirituellement emprunté pour le premier paragraphe à une circulaire de M. de Cavour (du 14 juin 4859) à propos des annexions italiennes et qui, dans le second, posait au roi une question embarrassante.

c Sire, les grands événements qui viennent d'élever si haut la gloire de Y. M. et ceux qui se préparent encore indiç^uent que dç nouvelles destinées attendent les populations italiennes. Les actes émanés de votre gouvernement, les bases de la paix qui a été signée, proclament la fondation d'une nationalité italienne nettement dessinée par les Alpes ainsi aue par le langage, les mœurs et la race de ceux qui doivent en faire partie. — Ces désignations, Sire, excluent la Savoie. La Savoie n'est pas italienne; elle ne peut pas Vêtre, Quel est donc Tavenir qui lui est réservé ? ^

Les agents pîéraontais gui agitaient la Toscane, les Romagnes, les Légations, taxèrent de révolte l'emploi par les Savoyens du droit de pétition. Le parti clérical, disait-on à Turin, soudoie des menées qui sont une violation du Statut; des députés égarés les partagent et la répression doit être aussi prompte que vigou-. reuse. Ces conseils furent entendus. Les journaux français, modérés ou cléricaux, sont arrêtés à la frontière et les imprimeurs invités à ne rien publier sans le visa de Tintendant sous peine de révocation; la Gazette de Savoie

f)rena à partie les douze séditieux d' Annecy ^ et e Caurrier des Alpes^ saisi trois fois à la poste, est suspendu par le ministre en vertu de la loi dictatoriale du 28 avril et poursuivi pour délit d'Etat ; l'Indépendant de la vallée d' Aoste, toute française, a le même sort; le Bon sens d'Annecy, plus heureux, traduit en justice deux fois, est deux fois acquitté. Les douze députés*, cédant au désir du marquis Costa, déclarent s'abstenir de toute démarche se rattachant à la question de nationalité et vouloir se renfermer dans l'élude des besoins pratiques dérivant de la situation exceptionnelle du pays, de son épuisement, rfu sentiment de son autonomie^.

Le 41 août, le marquis Costa, accusé en Piémont d'être le chef du parti séparatiste, proteste contre les insinuations des radicaux et déclare que la responsabilité des mouvements de l'opinion doit remonter à ces ministres qui, au

^ MM. Costa de Beauregard, Mollard, de Martînel, Grange, Carquet, Ginet. Pelloux, Montgollaz, de La Fléchère, Girod de Montfalcon, Chapperon, Lachenal.

* Le Courrier des Alpes du 30 juillet. — Le Bon sent, monitear des villes et des campagnes (n<> 510, du 12 août 1859);

début de la guerre, ont ouvertement annoncé que la Savoie pourrait être appelée à prononcer, par un plébiscite, sur le changement ou le maintien de son association politique. L'assertion du marquis Costa , révélant un fait peu connu , était appuyée par les discussions des journaux étrangers sur la part légitime que devait espérer la Suisse dans le démembrement de la Savoie; le Journal de Genève et le Bund de Berne s'étaient préoccupés de la Question savoyenne avant la Savoie elle-même, et l'avouaient ingénument en ajoutant : Le mouvement séparatiste clérical de i859 est fils de celui qu'avaient provoqué les radicaux en i848 et, à force de secouer V arbre, il peut se faire que, ie voisin aidant, on arrive à le déraciner. Le marquis Costa savait qu'il appartient aux hommes qu'une triste destinée enchaîne à la vie publique de voir leurs intentions les plus loyales dénaturées par la calomnie; découragé par les attaques dont la presse radicale l'accablait, il se tint dès lors à l'écart, ne se laissant qu'à regret entraîner par ses collègues, et la direction de l'esprit public passa des conservateurs dynastiques aux conservateurs séparatistes auxquels les radicaux et les ministériels coalisés firent une guerre acharnée. Les prétentions helvétiques et certains actes du gouvernement italien jetèrent un nouvel élément de trouble dans le débat. On crut deviner que la Savoie ne serait séparée du Piémont qu'au prix d'un démembrement; que des accords secrets prévoyaient cette éventualité, et (jue le gouvernement, comptant sur la répulsion traditionnelle des Savoyens pour tout ce qui blessait leur autonomie, userait de cet argument pour se

dégager des promesses faites à la France. Toujours aux aguets du côté de Paris, les Savoyens virent une preuve des tiraillements diplomatiques dans le fameux article de Granier de Cassagnacsur V ingratitude de VItalie\

Le voyage en Savoie du prince de Piémont et du duc d' Aoste parut destiné à réchauffer le zèle dynastique ; mais Tabslention de la noblesse et Tatfectation des radicaux à fêter les princes furent également significatives ; le séjour à Genève et à Aix du comte de Cavour * fut exploité, à tort ou à raison, comme une marque de l'empressement du Piémont à brouiller les cartes sans qu'on pût accuser de duplicité les ministres en exercice. La terreur du démembrement se lit jour, pour la première fois, par une lettre anti-française que publia Le Statut et la Savoie le 24 août 4859. Les agents officiels ne cessaient d'apporter des entraves à l'agitation provoquée par les signataires de la pétition au roi ; ils s'efforçaient de peser sur le clergé, tantôt en le menaçant de nouvelles lois Siccardi, tantôt en accusant la France de sacrifier le pouvoir temporel du pape\ Le Bon sens^ organe du clergé Î)endant la suppression du Courrier des Alpes, ait à ces essais une vive réplique :

« Le gouvernement va à la dérive : en politique, il

* Le Pays, du 10 août 1859.

' M. de Cavour, démissionnaire le 13 juillet 1869. après les pr<^]iminaires de A'illafranca qui brisaient ses plans, ne devait rentrer au pouvoir que le 21 janvier 1860. Dans cet intervalle, il parcourut l'Europe au profil du Piémont. On attribue à son inspiration les écrits remarquables publiés à Genève par son ami, M. William de La Rive.

' Le traité de Zarirh réserve les droits des princes italiens dépossédés ; mais le gouvernement français n'interviendra plus

est révolutionnaire ; en religion, il est schismatique. Le désordre moral est rélément où il se complaît. Dans cette situation, il sent que le clergé ne peut pas être avec lui. Que faire? Il prend le parti de le comoattre ou de le paralyser. Quoi ! Les destinées de la Savoie sont en jeu ; il s'agit de fixer son avenir et de rompre avec un état de choses qui compromet nos intérêts religieux aussi bien c[ue nos intérêts matériels, et l'on veut que le clergé soit indifférent à la lutte, qu'il en reste spectateur paisible et fasse des vœux pour les italianissimes et les persécuteurs du père des fidèles ! Mais les intérêts de la patrie sont chers au cœur du prêtre, et ce n'est pas en vain que l'Eglise d'ici-bas s'appelle militante ! (9 septembre.) t>

Le 19 novembre , le tribunal condamne à l'amende le Courrier des Alpes pour les articles annexionistes qui avaient motive sa suppression le 3 août; le journal reparaît le 1®' décembre, la paix ayant révoqué de droit la loi d'exception du 28 avril et ramené la presse au régime du 26 mars 1848. La polémique reprit avec plus de vivacité et des brochures énergiques furent publiées par le parti radical italien, en décembre 4859 et en janvier 4860, pour critiquer les institutions de la France impériale et développer la maxime que les intérêts de la liberté priment les intérêts de la nationalité. Ubi liber» taSf ibi patria! était la devise des radicaux. Ils rappelaient les événements de 4848, alors que la France et le Piémont n'étaient dirigés dans leurs aspirations nationales que par le sentiment de la liberté ; ils affirmaient que, sans les lois (iu 29 octobre, la Savoie se serait levée en masse le 24 février 48 pour l'annexion, et que, sans le

en Italie. La brochure : Le Pape et le Congrès conclat au sacrifice des Romagnes» etc.

Statut du 4 mars, elle aurait proclamé la Répn* blique le 3 avril ; que se rattacher à la France en 1859, ce n'était point s'unir à la France de i789, mais à la France des capucins et des chouans, à la France de la Saint-Barthélémy, des réactions de i8i6, de la prise de Rome et de la défection de Villafranca\

Jamais les manifestations de la pensée n'eurent plus de poids dans la région des Alpes crue pendant Tannée qui s'écoula du 46 juillet 1859 aul 4 juin 4860; jamais on ne s'y émut davantage à la lecture des papiers publics; jamais les angoisses patriotiques ne mirent la plume à plus de mains que la recherche du vrai rendit éloquentes. Fait caractéristique, sur les 37 brochures publiées en Savoie pendant cette courte f)ériode , celles qui dénigraient la France et 'Empire sont devenues fort rares, celles qui souhaitaient l'annexion sont restées dans toutes les familles. Une lettre écrite de Marin (Chablais^ au Bon senSy le 44 janvier 4860, peint, sur le vif, l'état des esprits dans la province la plus agitée par les manœuvres hostiles.

« Supposons que la Savoie soit faite française. Le Cbablais et le Faucigny se réveilleront à ce mot ; c'est un vieux proverbe : Cette fois on est français^ dit-on, quand une difficulté est vaincue ou qu'un bonheur survient. — On est donc Français et z&ne. Point de douaniers sur le lac, point de douaniers à Saint-Gingolph, à DouvainC; à Saint-Cergues, à Argentière, à Morzine, à Samoëns, à Annemasse. On respire, — et, en écrivant ces mots, je soupire. — Nous allons, nous venons en Valley, dans le canton de Vaud, dans le canton de Genève ; nous vendons, achetons en pleine liberté. Point

* La vérité vraie sur la question de Savoie. (Daté d'JLlbert- Tilie. janvier 1860. Anonyme. — Imprimé à Annecy.)

d'horaire pour passer au bureau des douanes; nous sommes cnez nous comme dans les belles années de 1804, 1808, 1812. Avec cette perspective, si vous me trouvez dans nos contrées quelqu'un qui veuille être suisse, je donne la plus belle de mes vaches à l'hôpital. € II est si aisé de faire pour nous ce qu'on a fait pour le pays de Gex ! Certes ! c'est une belle dame que la Suisse, et attrayante dans la fête des vignerons , dans son tir fédéral, dans ses "li emblèmes flottants d'union et de liberté. Mais la dame a un fort vilain caractère dans son ménage. Son humeur diaboli(jue dure deux mois chaque année au temps des élections ; et quand elle choisit ses juges ! J'ai entendu dire qu'à Genève, les Fruitiers dfAmenzell annonçaient chaque fois que si le vote leur déplaisait, ils laperaient. Leur salle électorale s'appelle la boite aux gif fies î Merci de l'égalité républicaine! — Savez-vous que quand une famille allobruge a arrosé de son sang toutes les victoires de la France, durant la République et l'Empire, elle ne voit que là son histoire? Pour la bourgeoisie et le peuple, à tout le moins, ce n'est pas douteux. C'e^;t un phénomène curieux à étudier, la noblesse, en Savoie, sous la dynastie des ducs et rois , eut à elle seule le monopole des hommes, de la science ou de l'éducation. A peine la France, en 1702, eût-elle frappé du pied sur notre Allôbrogie qu'il en sortit des centaines d'hommes éminents, dont les noms rappellent notre génie réveillé sous le souffle de la France. 1815 sonne; la nuit se fait; nos provinces n'enfantent plus rien. Le gouvernement du Piémont n'a pas bonne main ; la volonté lui a manqué; que sais-je? Le fait est là. Et nous renaîtrions encore; oui, monsieur, nous renaîtrions ! »

Le parti suisse, peu nombreux, car il ne réunit que 953 voix lors de la voUilion, en lui accordant avec les votes négatifs le chiffre des abstentions volontaires et celui des bulletins nuls, demandait, comme en 4704, comme en 1814, Taccession à THeivélie, sinon de la Savoie tout entière, au moins des bassins de la Drause

et de FArve, c'est-à-dire du Chablais et du Fauciffny. Les défenseurs de ce système, renouvelé en partie du projet que M. Pictet proposait en 4814 au Congrès de Paris, insistaient sur les différences sensibles qui distinguent les Savoyens du bassin du Léman des Savoyens de la vallée de Flsère, et sur le peu de rapports établis entre les deux régions.

€ La Savoie se partage en deux zones d'intérêts distincts. Le midi, composé de la Maurienne, de la Tarentaise et de Chambéry, peut-être d'Annecy, a son courant commercial vers la France ; le nord^ composé principalement du Chablais et du Faucigny, n'a de relations commerciales qu'avec Genève et la Suisse; tout converge là, sauf (juelques mulets vendus à la Tarentaise et quelques cuirs expédiés en Piémont. Le midi et le nord, la haute et la basse Savoie n'ont même entre eux aucun rapport, presque point de matière d'échange. Des montagnes infranchissables les séparent depuis le Mont-Blanc jusqu'à La Roche; un seul chemin leur sert de communication, et la pauvre patache qui va d'Annecy à Bonneville ne cahote jamais que des nonnes, des prêtres et de malheureux plaideurs ; encore faut-il ajouter que la création du cnemin de fer de Chambéry à Genève lui a enlevé la moitié de sa chétive clientèle. Quant au Chablais, il n'a pas même un pedon pour lui porter ses lettres de Savoie; on lui a refusé un courrier de Bonneville à Thonon ; il ne peut aller en France et en Savoie qu'en empruntant le territoire, les voitures , les services publics de Genève. La scission d'intérêts entre le nord et le midi de la Savoie est tellement frappante qu'un habitant quelconque des deux territoires la signalera sans hésiter. Demandez à un Tarin, ou à l'habitant de Conflans, à celui d'Aiguebelle, ce qu'il désirerait être ; Français, dira-t-il. Ne lui parlez

Sas de la Suisse ; il ne la connaît que par les préjugés e la noblesse et du clergé et les sottes histoires de 160:2. Demandez à un paysan du Chablais ou du Fau-

cigny le sort (|ui lui sourirait le plus ; il vous répondra avec son admirable bon sens : Si Genève est française, il faut être Français ; si Genève est suisse, il faut être Suisse ; si Genève est cosaque, il faut être Cosaque ; on ne différerait peut-être que sur la question de savoir s'il convient mieux que Genève soit française que suisse; mais le Congrès ne nous posera pas cette question.' »

Les chefs de ce parti, composé de démocrates et d'agents italiens, fondèrent à Bonneville un journal spécial, la Savoie du Nord, pour soutenir leur opinion. Ils amassaient des chiffres par centaines cour prouver que le Savoyen qui, Sarde, payait 49 fr. 45 d impôt ne payerait que 8 fr. 68 s'il était Suisse et serait taxé à 27 fr. 70 s'il devenait Français. Les réclamations de la Suisse ofiicielle étaient, d'autre part, fort vives et les malveillants se hâtèrent de saisir ce prétexte pour contrarier la politique impériale. Les diplomates invoquaient ces traités de 4845 que répée de la France venait de déchirer pour toujours; les utopistes se faisaient un argument de l'abandon dans lequel le cabinet de Turin avait laissé le Chablais'. Ils rappelaient le contraste qui étonnait Voltaire en 4754, Rousseau en 4762, qui siirprenait encore, il y a quelques années, les voyageurs; sur la rive suisse du lac Léman, des villas, des

* Joseph Bard. Le Chablaû et le Faucigny, ou la Savoie neutralitée. (BonnevIUe. 1860. Chez Hahn.)

* Pour ne citer qa'an détail, le canton de Lncerae portait ft son budget de l'instmction pnbliqne, en 18&9, 207.272 fr.; le canton de Fribonrg, 139,133 fr., et c'était, en Sniaee, le foyer de la réaction. Le cantoa de Genève payait pour ses écoles 331,548 fr. Le Faucigny, avec une population de 04,000 habitants, de beaucoup suiM^rieure à celle de chacun des trois cantons, ne recevait du cabinet de Turin, pour l'instmction publique, que 98,979 fr.

vignobles, les nombreuses et élégantes villes vaudoises; en face, sur la rive de Savoie, des bois sombres, guelques villages, point de routes. C'est que la terre ouvre son sein fertile, disaient-ils avec Jean- Jacques, aux peuples qui la cultivent pour eux-mêmes; elle semble sourire et s'animer au doux spectacle de la liberté; elle n'est ingrate que pour les esclaves. D'après les dépêches de M. Harris, ministre d'Angleterre à Berne, communiquées au Parlement, la Suisse sollicitait les bons offices de l'Angleterre pour obtenir du Piémont la cession du Chablais et du Faucigny et de la France le district de Gex, c'est-à-dire le flanc du Jura, la route fortifiée des Rousses, le fort de l'Ecluse et la vallée du Rhône, plus le territoire en litige dans la vallée des Dappes. Les plus modérés revendiquaient la neutralisation perpétuelle de la Savoie *. Le démembrement de la province, réclamé par les démocrates d'Annecy, de Thonon, de Genève, qui espéraient arrêter la France au torrent des tisses, servit de prétexte à quelques rares théoriciens qui se firent les apôtres d'une utopie renouvelée de 1568, la Savoie indépendante * ; c'était condamner ce pays à mourir d'asphyxie morale dans son isolement; c'était le suicide^.

^ La Suisse dans la question de Savoie. (6 décembre 1859. Paris et Lausanne.) — William de La Rire. La question de Savf)ie. (Genève. 22 janvier 1860.)

^ P.-J. Drevet. Solution de la question savoisienne. (Cliambéry. 1860.)

> Il y eut aussi les fantaisistes comme l'abbé Mouchet, qui jetaient au vent plus d'injures que de raisons. Nous en sommes donc encore, s'écriait-il, aux temps où les populations sont échangées par un maître, comme deux laboureurs échangent quelques têtes de bétail I Et il raillait les aveuglements du pré^

Les sentiments des partis extrêmes font ex-

f)losion dans les premières semaines de 4860, orsque les débats des Chambres anglaises eurent révélé la gravité de la question savoyenne. M. de Cavour rentre au ministère (2i janvier) et aussitôt le mouvement annexioniste de 1859 reprend avec plus de force ; le Statut est proclamé à Florence ; le peuple de Rome proteste contre le pouvoir temporel; Fanti déclare que Nice restera italienne ; et les démocrates de Ghambéry préparent la fameuse manifestation anti-française au 29 janvier.

C'était un dimanche, par une neige épaisse; quatre à cinq cents personnes, conduites par ceux qui croyaient avoir le secret de Turin, se rendent au château sans réussir à provoquer sur leur passage le moindre cri. Le soir, au théâtre, ces bandes réunies dans un étroit espace eurent enfin le succès de bruit et de clameurs qui leur avait manqué dans les rues ; les menaces, les provocations atteignirent à ce point que les rares séparatistes qui eurent le courage d'assister aux scènes du théâtre s'étaient armés de revolvers*. L'esprit de parti s'empara de cette manifestation avortée; les cléricaux en diminuaient l'importance, et les radicaux l'exagé-

tendu tuffrage univenel, à peu près commo M. de Maistrc niait, en 1706 et en 181 4, la valeur des actes librement consentis par rassemblée nationale des AUobrogcs» sous le prét^-ite q^u la noblene et le clergé n'y avaient point été légalement repris sentét Clettre à S, M, Napoléon III, écrite de Turin, te II avril 1860.)

* Lire les proclamations dn Comité d'initiative patriotique {Ti et 98 janvier) ; la lettre écrite (4 ft^vrier) anx journaux de Bruxelles par les chefs de la manifestation, le conseiller municipal Maro Bnrdin, l'ingénieur des mines Lâchât, le juge Mugnier, l'ex-député Lachenal, l'avocat J.-J. Rcy. et le n^ du 8 février 1860 du journal belge la Tribune, imprimé à Liège.

raient. La presse anghâse, belge, genevoise, en pjît lexle pour nier Vnnanimilé d'opinion de 1h Sîivoie et pour déclarer qu'à tout prix il falluit empêcher l'aimexioii des Alpes à rEtnpire ou, tout au moins, partager cette province entre les trois Etats intéressés.

Les d/'bals des Chaml)res anglaises, reproduits à Tenvi par les journaux de toute nuance avec li.^s commentaires les plus contradictoires, ne laissaient pas que d'inquiéter l'opinion beaucoup plus que les excitations des partis extrêmes. Le 7 février, lord Norraamby propose de remercier la reine d'avoir protesté contre Féveiitualité de la cession de la Savoie à la France. Lord Granville, avec cette courtoisie qui sert aux diplomates à dévaliser leur pensée, répond qu il serait inopportun de préjuger les décisions de Puissances amies ; que cependant, M. Walewski, tout en reconnaissant que cette mesure avait fait Tobjet de conversations antérieures à la guerre , dans le cas de certaines évenlualilés qui ne s'étaient pas produites^ déclarait que la France n'y attachait pas une extrême importance, et que M. de Cavour jpour sa part, avait dit au ministre anglais à Turin

Îu'il n'existait pas de traité de cession et que le iémont n'avait nul désir de céder la Savoie à oui que ce fût. Rien de plus vrâL Mais lord Granville aurait pu ajouter que l'Empereur Napoléon n'hésiterait pas à réclamer l'exécution des engagements pris, quelle que fût l'intratitude du Piémont, quelle que fût la méfiance e TEurope.

Les gens clairvoyants se sentaient en présence a un double danger : le démembrement ou le muiatieu de l' union. Le démembrement,

réclamé comme un pis aller par la Suisse et TAngleterre pour attemier les dangers de Varir flexion; le maintien de ruiûon, souhaité par M. de Cavour, lequel voulait, en se dérobant, forcer la France à tolérer les annexions italiennes, et gui, certain de l'opposition obstinée que la Savoie ferait à Tidée du démembrement, comptait, en cas de plébiscite, sur le vote du statu quo. La fermeté conciliante de l'Empereur déjoua le plan des ilalianissimes; le patriotisme des Savoy ens mit à néant les prétentions helvétiques.

Le 15 février 1860, quinze notables de Chambéry * se décident à tout braver pour rompre ce faisceau de manœuvres hostiles et de négociations équivoaues dont souffrait le pays. On accusait Id. de Cavour d'inspirer la propagande démocratique dans la vallée de llsëre et]a pro-

i)amnde suisse dans le bassin du Léman ; il allait qu'une manifestation solennelle de Topinion vint démentir les calomnies et décourager les espérances. Ces quinze citoyens rédigent la Déclaration suivante, à laquelle quarante-trois autres adhésions immédiates ' viennent ajouter un appoint moral considérable :

« L'éventualité de la réunion de la Savoie i la France

* L'avocat Charles Bertier, esprit alerte, plume indaire ; le doeteor Gaapard Déaarié, dont le dëiiniëressenient rare fat à la baoteor des Instincts généreux ; le comte GreyÛé do Bellecombe, éloquent, absolu anns ines convictions ; l'avocat Cornier, aussi modeste que dévoué au pays; le député de Martinel, ehevaleresque de cœur et de langage ; et des amis dignes d'eui, 1. Cnilierie-Dupont, baron Girod de Montfatcnn, Timoléoo, Ghapperon. H. Laracine, Bourbon, F. Charles, Vivian. F. Gros Laarant Berthet» Heuri Ract, furent Ut députét de VopénUm.

' G. Forest, sénateur, comte E. de Boigne, baron d'Alexaidrjf, avocat D^p^is, docteur Revel, FiDftSrDoplani, Bes^i

donne lieu à des manœuvres destinées à détacher de la vieille famille savoisienne les provinces du Chablais, du Faucignv et même une partie de celle d'Annecy. — De semblables tentatives, qui menacent d'anéantir une communauté d'intérêts, de sentiments, de gloire et d'honneur national, ne sauraient être flétries assez énergi([uemenl par tous les Savoi^iens amis de leur pays et qui ont le culte de la patrie. — Diviser la Savoie, ce serait déchirer son histoire, humilier sa noble et patriotique fierté, insulter à ce qu'un peuple possède de plus cher au monde. Nous repoussons comme un crime de lèsepatrie toute idée de morcellement ou de division de l'antique unité savoisienne. »

Cette déclaration fut comme, rétincelle qui met le feu à des traînées de poudre. De toutes parts on s'y rallia ; des milliers de signatures couvrirent les listes, et les angqisses patriotiques des membres du comité de Chambery se changèrent en indicible satisfaction lorsqu'ils virent les communes les plus importantes du Chablais et de la vallée de T Arve répondre à leur appel. 1^ frontière militaire de 1845, la neutralité helvétique qui pesait sur la Savoie du Nord s'écroulaient à la voix du peuple*. Le 26 février, Mgr Alexis Billiet, archevêque de Chambery, à la tête du clergé , protestait à son tour contre

Félix Gniat, docteur Carret, comte d'Àviernoz, Benoit Mollard, doctear Grand, avocat besâon, Cléry, Perrotin, Héritier, Vuagnat, baron de Viry. Gillet, Antonioz, docteur Mollard, Joseph de Traveroay, Michel Dénarié, Calloud, Ddage, Bocqoin, Prallet, Ëroest Arminjon, doctear Déage, Petit, Mathieu, Mareschél, Emmanuel Grand, Charles, baron V. du Bourget, Camille du Bourget, avocat Bichard. Bichard, baron de Couz, comte Capré de Mégève, Goybet, Michaud, Duclos, Bonne de Savardin.

* Les promoteurs du mouvement furent en Genevois MM. Le- ▼et, Replat, Ruphy, Pissard, Bastian, Agnellet^ etc.; en Faucigny, MM. Pelloux et Morand ; eu Chablais, MM. Ramcl, BéëiaU:» Naz, Foliiét, etc.

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un démembrement qui compromettait l'unité religieuse de la calholii|ue Savoie. I^es (jriucipaux organes de la pre^^se europoenne se décidaient aussi en faveur di*s vœux d*armexion mnnifestés avec tant d'anItMir. Le Journal dm Débalêj le Monde^ le Morning'Post invo(|uent en faveur de la France les compensations territoriales admises par les traités de raticien ré- J:ime pour tout agrandissemf^nt du Piémont en talie; et Y Indépendance belge publie, d'après le Press f de Londres (18 févriei*), des révélations piquantes sur ratlitude de M. de Cavour et l'histoire secrète de V annexion depuis l'entrevue de Plombières. VOpinione, deTurin, avoue elle-même qu'en face des événements dltalie il n'est point surprenant que la France se préoccupe de renverser une barrière élevée contre elle, en 1815, par la malveillance de la Coalition. Ce subit revirement dans les commentaires officieux de la presse révélait un accord défuiitif; les actes orliciels en apportèrent des preuves positives. Ainsi les classes de 1830, 1831, 1832 et 1833, rappelées sous les drapeaux, reçurent tout à coup contre-ordre, à cause du mauvais état des routes, prétexte qui ne trompa personne.

On répandit dans les campagnes des dmtogu£s de paysans \ où la malice de l'homme de parti empruntait la finesse du montagnard et la

* Les argomonts tlrëfl des iniërAts mAtëriels étaient les tnlet» compris. Le parti français ne se faisait pas faute de Us mettre en loroière. En exécution d^s traités de commerce , la Savoie ne pouvait exporter annuellement en Pranre que l,-200 tonnes de lunte; au-dessos de ce chtftrv le tarif douanier équivalait àuDO prohibition. Le plâtre d'AîKiicbelle. vendu 1 fr. les 100 kilos et coûtant 0 fr. 85 de transport junqu'A l.yon. payait Ofr» 75 à là douane. Le sel coûtait U fr. 38 le kilo au lien de Ofr. 00

bonhomie narquoise du laboureur. Les Entretiens du père Jean répoii<lireril aux Opinions du père André, En voici uu écliantillon :

c Eh ! Jean ! Eh ! bien donc ! Dis-moi : quand nos enfants vont en Piémont emportent-ils de l'argent? — A qui le dis-tu, Jacques ? Toujours. lis emportent tout l'argent de la famille. — En rapportent-ils aonc du Piémont ? — Jamais. — Et ceux qui reviennent de France?

— Toujours. Ceux de la Tarentaise, de la Maurienne, d'Albertville, du Faurigny, achètent tous des terres en arrivant de France. — As-tu vu quelqu'un acheter des terres avec de l'argent gagné en Piémont ? — Jamais.

— Dis-moi seulement. Sais-lu d'où vient notre argent?

— Je n'ai jamais fait attention. — Regarde voir celui

Sue tu as dans ta poche. — Ah oui! les écus que vient e me prêter le gros Thomas à 6 du 100 pour payer ma gabelle. Tiens ! ce sont tous écus de France. — C'est toujours comme ça. — Mais Jacques, et l'aident à la figure de notre roi où va-t-il ? — Je pense qu'il va en Lombardie. Va! du Piémont il ne viendra jamais que des Piémontais! »

M. Brunier (23 février) renouvelle son plaidoyer de 1848 pour l'annexion ; le comte Greyfié de Bellecombe termine une brochure piquante contre les prétentions helvétiques (5 mars) par ces mots : La nature a fait la Savoie française, ne contrarions pas V œuvre de la Providence, M. Anselme Petetin, dans des lettres spirituelles, réduit à néant les plaintes des Genevois et les calculs des Anglais. Le 8 mars, le Conseil provincial de Chambéry * proteste, par 29 voix

dans la zone et de 0 fr. 15 ailleurs. Quant anx impôts, pour ne citer qne le plus critiqué, celui des droits-r<^uni8, il se calcnle itur le vin débité» tandis que le régime sarde des gabelles aceensées faisait payer le débitant qu'il eût on non vendu.

* Président, le marquis Costa : secrétaires, MM. Àvet et Pillet. — Un cri unanime d'indignation a retenti dans nos val- ■ léts; prenofu la défense de la patrie outragée ! etc.

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contre 8 abstentions, en faveur de Yimité inâi* visible de la Savoie et adhère à la déclaration du 15 février; le Conseil d'Annecy l'irnile ])ar 23 voix contre 7. Ce serait un novvean parlai/e de la Pologne! s'écria le gênerai MtMiabrea. Le mot fit fortune et décida M. de Cavour.

Le 40, une proclamation du gouverneur, M. Orso Serra, laisse entendre que le consentement du cabinet sarde est acquis à la séparatinn de la Savoie * ; c'est le jour même où THmilie et la Toscane se déclarent unies au Piémont. Le Cowrnerd^sAiîp^s exprime aussitôt le sentiment du parti conservateur par ce cri passionné :

« Enfin nous voici Français ! Cet acte délie nos consciences de tous scrupules; il est licite d'avouer nos préférences. Demain nous serons ciluyens de la grande nation. La France est notre more; tout jeunes, nous avons appris à balbutier son nom avec amour et respect ; les chansons de France ont bercé notre enfance et égayé notre jeunesse ; nous avons partagé sa gloire et ses revers ; nous avons pleuré avec elle à Waterloo et nous avons battu des mains au retour de ses aigles triomphantes. Vive la France ! i

Une députation de quarante notables, dirigée par un comité de cinq membres, MM. Greviié de Bellecombe, Bertier, de Lachenal, Rupîiy, Dessaix, se rend à Paris et porte à l'Empereur l'expression des vœux unanimes du pays. Le

* Cependant les manœuvres d'intimidation et de sédaction ne discontinuaient pas. Le 16 mars, M. Duchesne écrivait du Bettonet : c Nous sommes indignés des embarras que le gouvernement met en œuvre pour paralyser les votes d'union à la France. Je dis le gouvernement , parce qu'il nous arrive des brassées de brochures que le syndic remet au pedon communal et que le pedon nous distribue. 11 n'est pas jusqu'au porteur de contraintes qui ne s'en mêle, avec des prières qui ressembleot à des menaces. »

21 mars 1860, Napoléon HT, dans une audience soleimelle, entouré de tout Tapparat que Tétiquette réserve aux seuls ambassadeurs, répond aux discours des Savoyeiis par des paroles dont la dignité tière eut un retentissement européen :

f Les circonstances dans lesquelles se produit cette rectification de frontières sont si exceptionnelles aue, tout en répondant à des intérêts légitimes, elles ne blessent aucun principe et par conséquent n'établissent aucun précédent dangereux.

« En effet, ce n'est ni par la conquête ni par l'insurrection que la Savoie et Nice seront réunies à la France, mais par le libre consentement du souverain légitime, appuyé de l'adhésion populaire. Aussi, tout ce qui en Europe ne cède pas à un esprit d'antagonisme d'une autre époque, regarde comme naturelle et équitable cette adjonction de territoire. L'accueil fait aux communications adressées par mon gouvernement aux Puissances représentées au Congrès de Vienne autorise, pour la plupart d'entre elles, la juste espérance d'un examen favorable.

« Mon amitié pour la Suisse m'avait fait envisager comme possible ae détacher en faveur de la Confédération quelques portions du territoire de la Savoie ; mais, devant la répulsion qui s'est manifestée panni vous à l'idée de voir démembrer un pays qui a su se créer à travers les siècles une individualité glorieuse et se donner ainsi une histoire nationale, il est naturel de déclarer que je ne contraindrai pas au profit d'autrui le vœu des populations.

« Je tiendrai à honneur de réaliser toutes vos espé- '^ rances. >

Le traité de Turin, du 24 mars 1860, est affiché le même jour à Ghambéry et à Paris*. Le 25, ont lieu les élections des députés ; dans

* Art. l^". Le roL de Sardaigtie consent à la réuntoo de lâ Savoie et da comté de Nice h la France, et renonce pour lai et

beaucoup de communes, leshulletîns portent le nom oe Napoléon 111. Le 20, ht Gazelle milu taire Aq Turin publie les ndit^ux de Tarmée italienne aux soldats de la bri};ade de Savoie, ces braves qui firent, depuis huit siècles, le renom militaire de la dynastie; le 28, les régiments français qui quittent Tltalic traversent de nou* veau la Savoie et sont accueillis non plus comme des libérateurs, mais comme des frères et des fils. Une proclamation du roi, triste et noble, délie ses suiets du serment de fidélité. Le traité de Zurich (10 novembre 1859) avait permis au Piémont, par son silence, d*unifier Tltalie à ses risques et périls; le traité de Turin consacrait aussi, tacitement, ce droit éventueP.

Le 27 mars, le journal le Slatut et la Savoie parait encadré de noir et déclare ou'il cesse sa publication, pour ne point assister a rassassinat moral de la patrie. Le 29, John Perrier et une centaine de réfugiés tentent de soulever les

SM desMDdants e( «es âoece^seors. en fa^ eor de TEmpereor des Prançjiis, à m« droiu «nr ces lerriioiret . Celle réaoion sera •ffecmée sans nalle eootniinle de U volonié des popaUtioDS« et les deoi gontreroeanenis se coarerteroot sur les meil leurs aoyeas d'apprécier et de constater lea maDifestaiions de reite voloalé. — Art. 9. Le roi de S«nlai(;ne transfère les parties neairali«è<^&de la Savoie a«i condiiioos aQt4]o**lle< il les possède laHiB^Bie, et l'Eifioemir des Prani^di» prcMiiri Je ^enieodre à ee Mjet, Uat avec les l*B»^Mnre< rt-pr^vnt^^rt an Cuogrès de Vkmo qv'avw U OMifedrmiioo hHvéfiqtif — Art. 8. 4 et 5. Dstt eo«»imNMis ■niMa d«*ienDifieroot )e^ frontières des deoi filai* et tonte» questions i&t iJenie» — An 6. Lfy sojels sardes. oriCtBâiresde U Saroée et Ju ct^mir de \ ire. joniroaU perdait refl»aod d'nae uib^ de U Ucalie «ic tr»cf*Attt U roBsenralioo de la aalMMiahif sanle,

* Le It nar»^ le nos avait ucf*t le JérrH d eeaeiloa de la TMnne; •• hmàs pim* urd. <^iiniiki(l< pur an po«r la cnaïqséle 4t* DMBxâisnles. La lenlie de irmir iSe ^c^Moe. le toi rvçai «rois fflil>t>giiiifn sttio^tsuk Mil dr Sii«i«r(^i. de Jags et 4» Moyer, fil Im iff iHiiitl h» \wax de U

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