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LA RÉVOLUTION ET SES EXCÈS

Jusqu'en 1792, riiistoire de la Savoie n'a

fuère été que celle des longs efforts de ses abitants pour faire respecter des institutions, imparfaites sans doute , mais qui consacraient la plupart des principes que venait de proclamer la Révolution française. De 92 à 99, cette histoire sera celle des pays livrés à l'arbitraire démocratique, le plus odieux de tous parce qu'il en engendre des milliers ; de 1801 à 1804, elle subira la discipline salutaire d'une réorganisation morale autant que politique; de 1804 à 1815, elle se confondra avec la gloire rayonnante et les désastres légendaires de l'Empire.

L'abandon de la Savoie par l'armée sarde ne causa de surprise qu'à Turin * et à Paris ^

* Huit officiers piémontais furent traduits à Turin devant un conseil de guerre ; on ignore quel fut leur sort (Pinelli. Storia militarej ; le comte Lazzarî, leur chef, perdit son grade ; le comte de Cordon et le marquis de Saint-Séverin , savoyens, furent acquittés. (Journal de l'Institut, Livraison 252.)

' Le ministre Clavières écrivait à Montesquiou : « Je vous

Montesqmou savait à roeireiUe quelles étaient les dispositions du pays et quel langage il lut fallait tenir. Dès les premiers Jours, il promet au Sénat que loun les vietix droits du peuple allohroge lui seront restitués^ il proclame que la justice continuera à être rendue en vertu des lois établies y que le pays sera consulté sur le choix de son gouvernement, et que la France respectera le vole, miel quil soit Comme preuve de sincérité, il quitte Qiambéry, installe son quartier-général à Carouge et se dé* voue à la conquête pacUique de Genève.

Les ministres français, persuadés que le roi de Sardaigne, pour sauver la Savoie, proposait à la Confédération helvétique de reprendre le rojet d'accession qui n avait pu amoutir en 70i, avaient résolu d*enlever promptement Genève, et d*en faire une citadelle qui eût défié FeiTort des coalisés sur la frontière de TEst. Moins fanatique de propagande que Clavières qui, Genevois lui-même, n apercevait la situation qu*à travers sa propre passion , Montes- !|uiou s'efforçait en vain de démontrer au ^mité exécutif les périls de l'entreprise. Le 27 septembre il2, la Diète, informée de l'approche des troupes françaises, avait communiqué au général en chef laproclamation qu'on affichait sur les murs de Genève et à la tète du pont d'Ârve :

« Mous, Avoyers et Lanc lamaïaiis des Xlll Cantons Helvétiques, proclamons, qu*à Texeraple de nos devanciers,

iavile à eiaminer s'il n'y a pas qaelqoe arrangemeoC secret eotre Berne et le roi de Sardaigne ; arrangement d'aecessioo qui eipU4|QeraU peat-étre la retraite précipitée et incompréhenijble des troupes sardes saas combattre. >

nous avons pris Tunanirae et ferme résolution d*observer fidèlement, enversles Hautes Puissances impliquées dans cette guerre, une parfaite et exacte neutralité et de la soutenir à main armée, si les circonstances l'exigent, à quelle fin nos frontières seront garnies des troupes nécessaires pour les garder. 3»

Le 3 octobre, Servaii, lu main forcée par Cambon et Danton, écrivait à Montesquiou :

« n vous faut entrer à Genève de gré ou de force. Malgré les résolutions de son conseil aristocraticjue et bernois, je ne crois pas que cette ville ose résister; mais cette disposition dispense de reste des égards

3 n'aurait pu prétendre son gouvemement. Or, il y a ans Genève 20,000 bons fusils dont nous avons besoin ; si vous y entrez de force, nulle difficulté, vous nous les enverrez. Si vous y entrez de bon gré, vous nous les enverrez encore, avec cette différence que ce sera en payant ou en convenant de les remplacer; si on vous représente que ces armes sont pour la défense de la ville, vous leur offrirez un bataillon. »

On ne concevait pas, à Paris, où affluaient les réfugiés de tous pays, y apportant leurs illusions et leurs désirs, qu il se trouvât un peuple qui refusât d'être français. Mlemands de la rive gauche du Rhin , Belges , Savoyens , tous abdiquaient leur nationalité au sein de la France ; seuls, les Suisses s'obstinaient à rester eux-mêmes. Le 8 octobre, Lebrun, cédant à demi aux sollicitations de Montesquiou et revenant sur les premiers ordres , lui laissait carte blanche pour attaquer ou négocier. Après de longs entretiens avec M. de Châteauneuf, résident de France, expulsé de Genève, et M. de Rochemont, secrétaire d*Etat, le général, fortifié dans son opinion, expédiait coup sur coup les dépêches suivantes :

cil octobre. — Le Conseil de Genève a fait prendre hier les armes à la garnison et aux habitants et leur fit jurer de se défendre jusqu'à la mort. Des avis multipliés venus de Suisse m'apprennent que tout v est dans la

f^lus grande agitation. Si Genève veut résister, toutes es chances sont en sa faveur. Pesez mûrement si l'attaque de Genève vaut les périls d'une rupture immédiate avec la Suisse. — 13 octobre. Le premier coup de canon tiré sur Genève sera le signal pour toute la Suisse de courir aux armes. En supposant que l'on voulût absolument prendre cette ville, il ne fallait pas menacer. Si j'attaque, ce ne peut être qu'avec des bombes, et si les Genevois veulent se défendre sur les ruines de leurs maisons, il est bien sûr qu'avec 15 à 18,000 hommes je ne prendrai pas une place très bonne , dont l'enceinte est traversée par deux grandes rivières^ dont un débordement subit, fort ordinaire dans cette saison, coupe les communications. Clavières a eu là une mauvaise idée ; d'autant que la possession de Genève est inutile à présent que nous avons la Savoie. Il devait nous suffire d en faire sortir les Suisses, et, avec des politesses au lieu de menaces, le tout appuyé de troupes, canons, etc.; la chose serait faite déjà; une mauvaise neutralité avec les Suisses vaut mieux qu'une guerre ouverte. »

Roland et Clavières envoient de Paris un de leurs affidés, le genevois Gosse, pour surveiller la conduite de Montes^uiou. Celui-ci, dans son loyal regret des impatiences des ministres, ne dissimule rien, retient les députés helvétiaues et, en trois jours de conférences^ réussit à ofctenir le point essentiel, l'évacuation de Genève par la garnison fédérale^ moyennant la reconnaisance de la neutralité de la ville et d'une zone de dix lieues autour de son enceinte ^ .

* Les conférences s'ouvrirent à Caroase, le 19 octobre, entre Montesquioa^Pestalozzi, député de Zuricn, Frisching, de Berne, Jacob Prévost, Aroy Lullin et d'Ivernois, représentants de 6e-

Le débat roula sur Tinterprétation de Falliance de 1584 entre les républiques de Berne, Zurich et Genève, quant au droit a intervention des Cantons, et sur l'article v du traité de 1782, quant à l'exclusion du roi de Sardaigne. La convention fut adoptée au conseil genevois par i ,578 voix contre 17 ; le ministre Pache, successeur de Servan, discuta la légalité de cet acte et en retarda la ratification jusqu'au 12 novembre. Le 4 décembre, une insurrection du parti français fut comprimée; et, jusqu'au 19 juillet 94, Genève devint un centre actif de contre-révolution, menacé à chaque instant par les patriotes de Saint- Julien et de Thonon, mais servant d'asile aux émigrés et de quartier-général aux mécontents de toute la région des Alpes.

Cependant, la Savoie avait hâle de consommer son union avec la France. Le 6 octobre, les commissaires de la Convention, d'accord avec les clubs de Chambéry, décident que chaque commune élira, le 14, un député muni de pleins pouvoirs, que ces députés s'assembleront et voteront, à leur tour, ce que sera la destinée du pays. Le vote eut lieu avec enthousiasme, sauf dans trois communes de Maurienne, Lanslevillard, Bessans et Bonneval qui, occupées

i)ar les troupes sardes, ne purent faire connaître eur sentiment. Les députés se réunirent dans la cathédrale de Chambéry le dimanche 21 octobre 1792 et proclamèrent le vœu des populations. Sur 658 communes, 583 avaient voté

nève. La convention fut signée le 92. Par nn singulier hasard, M. de Mnrald, commandant les troupes fédérales, était le petitfils da député bernois qui, en 1704, s'opposait, au nom de la Diète, aux prétentions de Louis XiV. (Voir tome 11 d« cette Histoire, page 433.)

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pour rannexion immédiate à la France, 70 avaient donné à leurs députés des pouvoirs illi* mités, une avait émis le vœu que Ton se constituât en république indépendante, une seule s'était abstenu d!^indiquer son opinion \ L'assemblée , sous l'impulsion ardente du conventionnel Simond, accouru en Savoie, sans caractère officiel, pour démocratiser ses compatriotes y consomme, en sept jours, ce que les assemblées françaises ont mis quatre ans à élaborer. Le 23 octobre, dans leur 4« séance, les députés se constituent en Assemblée nationale des Allo-^ broaes % proclament la déchéance de la Maison de Savoie, la suppression des sept provinces et l'unité indivisible de TAUobrogie. Le 24, l'assemblée admet au serment les corps constitués ; le Sénat se présente à la barre ; le président Giaime offre, au nom de sa Compagnie, les hommages dus à un peuple souverain et libre; le vice-président Doppet répond :

a Vous étiez les magistrats du despotisme, vous êtes ceux de la liberté. Un individu avait usurpé la souveraineté et vous forçait à suivre et à dicter ses caprices; aujourd'hui, le peuple reprend ses droits et vous charge d^les défendre, i»

Le 26, l'évêque, Mgr Conseil, avec son Cha-

Sâtre et son clergé, vient offrir ses hommages à a Nation et V assurer de son zèle à maintenir

* VilIy-la^Poltottx, prorince de Carouge. — Ptocès'^éTbùmt de l'Àttemblée natiofiale dei Àllobroget, imprlmi^s par ordre de la ConventioD. (Paris. 1793.)

* On élut président ravocat Décret, vice-président la médecin Doppet. liOa membres lea plas actifg furent Saint«*Martin, Dacoajdray» Mansord, Arnand, de br^, Jaeqoier, Pallnel, Bérard, Gomery, Folliot, Roch, etr.

les vrais principes de la religion. Doppet, orateur habile et persuasif, lui répond :

< Ministres d'un Evangile saint et sacré dans lequel on puise depuis longtemps des moyens de consolation et des preuves d'égalité, l'Assemblée reçoit vos hommaffes avec d'autant plus de plaisir qu'elle est assurée qu ils sont sincères. Si, dans la Révolution, àlaquelle la France doit la liberté, tous les ecclésiastiques se fussent, comme vous, rappelé les vérités de l'Evangile, les presses de Coblentz n'eussent pas vomi tant de mandements incendiaires. Fidèles à la Nation, vous tournerez les consolations que promet la religion à l'avantage de ceux à qui l'Eternel les destine. )>

Le même jour, l'Assemblée réorganise les corps municipaux et les tribunaux ; décrète le retour à la nation des biens du clergé, en en réservant l'usufruit aux titulaires ecclésiasti-

Îues ; supprime la dime et séquestre les biens e ceux des émigrés qui ne rentreront pas en Savoie dans le délai de deux mois. Le 27, FAssemblée abolit les privilèges; décrète la suppression radicale des droits féodaux ; abolit les douanes sur la frontière de France, les conserve sur les confins du Piémont, de la Suisse et de Genève; abolit la eabelle du sel et du tabac; prohibe les jeux de hasard; abolit la torture; émancipe les hommes majeurs de vingt-cinq ans et les femmes de vingt-un ; puis, émet le vœu solennel d'annexion à la France.

Le 29 octobre (14^ séance), les députés nomment un conseil exécutif de vingt-un membres, chargé de l'administration provisoire du pays jusqu'à la décision de la Convention, etse séparent aux cris de : Vivent les libertés allobrogesl vive la République I Lell novembre, le président Giaime suit l'exemple de son collègue

Lovera di Maria, et se retire en Piémont, il est remplacé, à l'élection, par Tavocat CuriaL Il ne reste plus de Plémonlais dans les emplois publics. Le mardi, 27 novembre, la Convention accepte Voffre des AUobrofjeSj et décrète la réunion de la Savoie à la République, dont elle formera le 84»^ département'. Ce vote est connu à Chambéry le 3 décembre; la nouvelle s'en répand aussitôt de commune en commune et se transmet en quelque» heures jusqu'au sommet des Alpes par le carillon des cloches et la flamme des feux de joie. Le 15 décembre, les quatre conventionnels chargés d'orjjaniser le département du Mont-Blanc sont admis en leur qualité oflicielle; ils déclarent terminée la mission du conseil exécutif et prennent la dictature. C'étiient Tévéque constitutionnel Grégoire, Tavocat Hérault de Séchelles, le jacobin Jagot et le prêtre Philibert Simond. Les trois premiers sont connus; le dernier, trop calomnié*, avait alors trente-sept ans. Né à Rumilly, vicaire au Grand-Bornand, écarté de son pays comme susuectde jansénisme et de philosophie, vicaire de l'évéque de Strasbourjï, puis député à la Convention, Simond s était jeté à corps perdu dans la Hévolution. Il n'est pas d*injure dont on ne Tait flétri; cependant, il ne sollicita le triste et dangereux honneur du proconsulat conventionnel que pour sauver son pays d*atrocités et dlnfamies semblables à celles dont Collot d'Herbois terrifia Lyon et dont Carrier souilla

> PBEUTES. Dommciif d* LXXXVlll.

* J« ne cilenî qve Taiiicle d« Dictionmairt de ( *bbé Griilet, inpfin^ en Id07, ei modifié dans an mos hostile ainsi qna raiiMieni les odes fentes par l'auiear IntHn^me k la marge du inami primitif. iCoUection M&s. de H. Dessaix. k TboDOS.)

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Nantes. Pour être juste, il faut effacer la tache de son apostasie par le souveniic des services qu'il a rendus et surtout des crimes qu'il a empêchés.

Il serait instructif de raconter par le menu les conflits des ambitions qui se disputaient les rôles politiques; comme à Paris, les clubs s'arrogeaient le droit de contrôle sur les actes de l'autorité; comme en France, les assemblées patriotiques de telle ou telle ville s'insurgeaient contre les résolutions de leurs rivaux d'influence ou de civisme. Quantité de pamphlets * traduisirent l'irritation des partis qui, tour à tour, se crurent le droit de peser sur la conduite des commissaires parisiens. Le club de Chambéry accusait Simond de tiédeur ; le club d'Annecy le déclarait l'idole des bons patriotes; leur querelle produisit des incidents piquants. Le 43 janvier 93, Simond se rend à Rumilly et à Annecy pour y organiser les services publics ; les habitants de Chambéry l'accusent aussitôt de vouloir transporter à Annecy, avec sa personne, le chef-lieu du département; et le cluï) des Jacobins le décrète d'accusation (séance du 29 janvier), aux cris de : Le département ou la mort ! Simond se plaint aux Jacobins d'Annecy de l'injustice des patriotes de Chambéry qui l'ont rayé de leur liste; le club lui décerne un brevet de civisme (5 février), et blâme les in-

* Discours du citoyen Claus, ci-devant vicaire de Saint- Léger. (Annecy. 16 pages ia-8<* , sans date , Durand , imprimear.) — Catéchisme des Français pour les Savoyards. (24 pages in -32, sans date ni lieu d'origine.) — Adresse aux habi" tants du Valley ^ par Grégoire, citoyen français. (8 pages in-S». Chambéry , Gorrin.) — Consultation du citoyen Mauclair sur la maladie de (quelques patriotes, (Annecy. Mars 93.)

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ttigants et les (triêtocrates, déguisée en hon$ frcmçais^ de la d^devant capitale du tyran $a/rde. Les Montagnards de Chambéry attaquent Simond et les réactionnaires d'Annecy oanB de virulentes proclamations ; Simond explique sa conduite dans des Réponses pleines de vigueur et de finesse :

€ Pour duper le peuple, s'écrie-t-il, il suffit d'avoir quelque esprit, des fantaisies de fortune, d*aimer les préférences, de s'attacher aux cabales qui les donnent, à l'intrigue qui les soutient. Les citoyens de Chambéry sont pour la plupart animés de bonnes intentions; certains sont fort capables de diriger le peuple dans Tatelier du bien public ; mais qu'ils se préservent de l'esprit d'é^oîsme et de prévention! Qu'ils éloignent de leur société civique ces individus dont tout le mérite se résume dans un si violent amour-propre qu*il leur permet de tout oser. Ces individus nous promettent d'être les Camille, les Scipion, les Brutus de la République ; mais de tels hommes ne s'engendrent pas avec la présomption ; pour devenir le héros de la patrie, il iaut avant tout en être l'enfant et l'aimer comme sa mère. * t^

La pression des clubs força la main à Simond. déjà aénoncé douze fois à la Convention. Le 8 février i 793 , les commissaires suppriment les sièges épiscopaux de la Savoie , les remplacent par Tunique evêché d'Annecy et ordonnent aux

{)r êtres, sous peine d'exil, de prêter serment à a Constitution civile du clergé, votée par la Convention, le 17 juin 1790. Ce fut une lourde faute ; ils déchiraient ce pacte d'abandon à la France qu'avaient acclamé les communes en faisant une seule réserve : le libre exercice du

* Répona du citoyen Simond. (90 pag. ia 8». Annecjr, Durand.

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culte et l'indépendance des prêtres. Jus(]ue-Ià, ce qui se passait dans les provinces voisines * n'avait point inquiété la Savoie, car elle comptait sur la parole ae la France ; lorsqu'on imposa à ses prêtres le serment civique :

« Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de ma paroisse, de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en les défendant ! >

Ils crurent pouvoir y ajouter la formule : en tout ce qiU est de Vorare politique, ce qui réservait les droits de la conscience. On l'exigea pur et simple. La Constitution civile du clergé semblait avoir pour but principal de relever les curés et les obscurs prêtres des paroisses rurales en les émancipant, en les haussant jusqu'aux immunités des prélats. Nos prêtres ne se laissèrent pas séduire à cet appât moral ; ils refusèrent d'asservir leur dignité et de devenir, au spirituel, de simples agents de la société civile. L'état de l'opinion dans les Alpes, de 4792 à 1801 se ressent tellement de l'émotion produite par les événements qui se passaient en Europe, qu'il ne faut point, pour eu saisir les véritables

* La Franche-Comtë fnt Tun defl pays où, sans aller jusqu'à la guerre civile, la résistance l«^gaie ei ta luU<* passive furfïnt les plus vives A B 'sanç-ia, sur 7-i |«rétres asireinls au serment, 64 le refusèrent; dans le département du Doubs, 384 sur 490 s'exilèrent ou furent d»^portés ; -20 ecclésiastiques seulement se marièrent. Le clergé réj^^ulier n'imita puint cet exemple; 79 religieux seulement sur ^66 restèrent fidèles h leurs vœux ; par ooAtre. 358 religieuses sur 877 refusèrent do sortir de leurs couvents jusqu'à ce qu'elles en fussent expulsi'es. (Jules Sauzay. Bist. de la persécution révolutionnaire dans le département du Doubs, de 1789 a 1801. — Besançon. 18tf7.) Le Daupbiné, beaucoup plus remué par les idées révolutionnaires, donne pej)endant des proportions à peu près semblables. Voir, au m^me titre, VHist, de la Révolution dans le département du Ba^$'BhMn, par V4roa Réville.

caractères , que Fintérêt local absorbe exclusivement rattention. Les scrupules de Louis XVI à sanctionner le décret du 21 novembre 1790, et les protestations de la séance du 4 janvier 1791, avaient suffisamment appris aux ecclésiastiques savoyens la portée du serment et le but que se proposaient les ennemis du clergé. Les curés avaient applaudi à l'entrée des troupes françaises, ils s'étaient mêlés aux manifestations enthousiastes des populations, avaient salué avec bonheur les décrets d'abolition des

{)riviléges et ne protestèrent même pas contre a spoliation des biens ecclésiastiques. Le peuple de Savoie, et surtout la classe la plus nombreuse , les paysans , tout à fait étrangers aux regrets et aux illusions des émigrés , n'eurent d'inquiétude que pour la liberté du culte. Malheureusement les révolutionnaires parisiens ne comprirent pas ce sentiment quand ils inaugurèrent contre le clergé ce système d'oppression et de méfiance qui avait déjà fait naître les insurrections, bien plus religieuses que royalistes, de la Bretagne et de la Vendée. Le serment en lui même ne contenait rien qui parût illicite; mais sa concision dangereuse renfermait une adhésion formelle aux articles qui, séparant l'épiscopat du souverain-pontife, sapaient, par le fondement, les droits et l'autorité du pape. Un prêtre est catholique s'il se soumet à Rome; il cesse de l'être s'il s'en sépare. Lorsque les curés furent mis en demeure d'opter entre l'abandon de leurs paroisses et le serment, il y eut, en Savoie, une sensation universelle de douloureuse surprise. La désapprobation et la désaffection succédèrent à la stupeur des premiers jours, quand on comprit

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l'étendue des pertes qu'allait faire le pays. Grégoire lui-même osa dire à la tribune de la Convention : Notis avons promis, de votre part, la liberté du culte aux habitants du Mont- Blanc,, et nous les avons trompés. Le décret {)roconsulaire du 8 février 1793 compromit donc e prestige de la France, fournit aux mécontents un sérieux motif d'agitation et servit les projets des contre-révolutionnaires mieux que 1 argent autrichien et les promesses romaines. Il ne faut pas voir ailleurs la source des troubles qui agitèrent soudainement la province.

Mgr de Montfalcon , archevêque deTarentaise, avait fait acte d'adhésion à la République ; Mgr Conseil, fort âgé, fort malade, put célébrer la messe d'actions de grâces de l'annexion, mais ce fut son dernier acte public, et il mourut peu après ; Mgr de Brichanteau , évêque de Maurienne, avait émigré en octobre 92 ; Mgr Paget, évêque de Genève , et Mgr de Montfalcon ne s'y décidèrent qu'après le décret du serment. Le 6 mars, les électeurs nommèrent évêque d'Annecv François Panisset*, curé de Saint- Pierre dAlbigny, qui prit possession de son siège malgré les protestations du courageux abbé de ThioUaz, prévôt d'Annecy, et de l'abbé de La Palme, vicaire de Mgr Conseil *. Il y eut

1 Homme instruit, de bonties mœurs, ecclésiastique édifiant, de l'aveu de M. de La Palme lui-même, mais qui paya cher l'honneur de son élection.

* M. de ThioUaz fut arrêté près d'Alby avec M. Besson, le 13 février 93 ; traîné les fers aux pieds jusqu'à Bordeaux, il s'évada, prit la mer, traversa l'Allemagne et vint à Lausanne (8 août), d'où il reprit la direction des prêtres du diocèse. M de La Palme émigra le 31 mars 93 ; de Turin, il organisa la coQtre-révolution avec une infatigable énergie , et ne cessa de correspondre avec les prêtres restés en Savoie. Voir cU cvrieiKx

dès lors scission dans le clergé de Savoie ; on distingua les prêtres émigrés ou réfractaires des prêtres assermentés ou jureurs. La marche hardie et philosophique qu'avait prise la Révolution décida un tiers environ des ecclésiasti- Gues à prêter le serment civique ; les autres émigrèrent * ; quelques curés trouvèrent un asile dans les villages de la montagne et jusque dans les faubourgs de Chambéry et d'Annecy ; beaucoup d'émigrés revinrent quand ils furent assurés de rencontrer partout un asile sûr et une sorte d'universelle et pieuse complicité.

Parmi les prêtres assermentés , les curés de Cruet, du Bourget, et plusieurs des autres diocèses protestaient 9u'u8 s'étaient fait un devoir de conscience de continvsr à exercer le mini»' tère plutôt que de voir les églises fermées, la jeunesse privée de directionnel toutes les i^^j^piétés sans contradicteurs. Le 8 juillet 1799 , le curé Marcel Bouvier écrivait encore à M. de La Palme 9 en lui énumérant les dangers de son opiniâtre résistance : par votre zèle outré, vouf faites plus de mal aux peuples qus ne leur en font les clubs.

Le vendredi, 23 mars 1793, à huit heures du soir, le Sénat disparut à son tour, sans bruit, sans

Srotestation. Sur la simple sommation de la [unicipalité de lui livrer le local habituel des séances, pour y installer le tribunal de district,

détails dans les Mémoires ecclésiastiques pabliés par Mgr le cardinal Billiet.

f La liste des émigrés, au l^ jalllet 1704, contient 1,670 noms, parmi lesquels 1,080 eeclésiastiques. — Voir aussi le Relevé général det émgréi du département du Mont-Blanc, arrêté le 27 frnetidor an II, qui ne contient plus qno 1,479 JUMDS, par suite de radiations.

les sénateurs signent au registre la mention du fait et se séparent. Leurs derniers actes avaient été le dépôt au greffe (25 janvier) de la collection des lois françaises, et une pétition pour la réforme de la procédure criminelle, où ils repoussaient toute solidarité avec les Parlements (15 mars); cette flamme expirante ne jeta même pas un dernier éclat.

Les commissaires de la Convention n'étoient point méchants * ; Hérault de Séchelles s'occupait à graver sur le mur des Charmettes les vers de M"« de Bellegarde :

Réduit par Jean-Jacques habité.

Ta nous rappelles son génie, Sa solitude et sa fierté, Et set malheurs et sa folie.

Aux arts comme à la vérité n osa consacrer sa vie, Et fut toujours persécuté, Ou par lui-même ou par renrie.

Simond, partagé entre le désir de ménager ses compatriotes et la nécessité d'exécuter les décrets de Paris, s'attirait de certaines municipalités de vertes répliques, qui prouvent le courage des citoyens autant que la débonnaireté du proconsul *. Pendant dix mois (avril 93 à janvier 94) après le rappel de Jagotet d'Hérault et le remplacement de Grégoire, Simond et Dumas, restés seuls, se montrèrent plus rudes dans leurs discours que dans leurs actes, et

* Expression d'un vieillard vénérable qui cependant ne les aimait pas et qui passa sept mois en prison à Carouge. (Mém. manuscritt sur la Révolution. A. GENÈVE.)

s Voir aux PREUVES, document inédit n» LXXXIX, le proeèsrverbal de la séance du conseil de la commune de Moûtiers du 15 juin 1798 (^près la réprêstion d€ TMnesJ,

provoquèrent plus de fêtes patriotiques^ que d'exécutions.

Cependant, la fermentation causée par le décret sur le serment des prêtres était à son comble. La ville d'Annecy devint le centre des manœuvres de la contre-révolution ; elle rattachait, par les sommets du Faucigny et la vallée de l'Arve, les troupes sardes, qui occupaient le Val d'Aoste et surveillaient la haute Tarentaise, aux émigrés réfugiés en grand nombre à Genève. M. de ThioUaz était l'âme de la résistance ; Joseph de Maistre en fut le conseil et l'orateur; Lausanne devint sous leur double influence comme un autre Coblentz, en attendant qu'ils eussent fait de la Savoie une seconde Vendée. Leurs émissaires tiraient parti de toutes les fautes commises : de l'impôt aggravé, du commerce anéanti, des levées de réquisitionnaires, et surtout des églises profanées, d'un intrus usurpant le siégé épiscopal, du culte divin livré à des apostats. Comme la Bretagne, à qui l'on montrait les flottes anglaises ramenant un rm légitime, le Faucigny, croyant à chaque heure du jour entendre le tambour des Sîo'aes et voir apparaître le duc de Montferrat par l'un des cols des Alpes, courut aux armes pour chasser du pays les foîbles pelotons de soldats français qui occupaient Sallanches, Cluses, Bonneville * .

* Il y avait à Chambéry un certain nombre de dames et de demoiselles enfarinées de jacobinisme ; une cocarde au sein, réchappe tricolore en sautoir, des sabots aux pieds. Il y eut des déesses de la liberté, fort belles, à Chambéry, Ramilly, Montméiian, Thonon, etc. (^Papiers publics. — Moniteur universel.)

' En avril 98, les prisons d'Annecy renferment trois prêtres sur lesquels on a saisi des appels à la révolte, cinq nobles accusés de recruter des soldats pour le roi sarde et cinquantehuit bourgeois ou artisans suspects dHnùivisme,

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Au montagnard du Faucigny comme au Breton, on avait inspiré une haine ardente qui réunissait en un seul sentiment tous ses motifs temporels de rancune ou de répulsion. Sa sombre exaltation religieuse lui persuadait qu'il n'en voulait d l'ordre nouveau que pour l'outrage fait à l'Eglise, pour son Dieu en fuite, exilé aux landes désertes et sans abii que le ciel.

La coalition de TEurope contre la France donnait aux ennemis de la Révolution l'espoir d'un prompt succès. La Vendée se révolte; Dumouriez trahit; la Convention déclare la patrie en danger (24 février) et confie la dictature au comité de salut public (6 avril). Le cabinet de Turin élait convaincu, avec les Cours de Vienne et de Londres, que la nation française 9 divisée par les passions politiques, accepterait la suprématie de l'étranger plus volontiers que la tyraimie des Républicains; il fut vite détrompé ; les Fédéralistes souhaitaient la ruine de la Convention, mais ils ne l'eussent jamais achetée au prix de l'asservissement du pays.

Dès le mois de janvier 4793, l'armée du Val d'Aoste avait été doublée et mise sur le pied de campagne ; en avril, M. de Magland pénètre en Faucigny, visite les chefs du mouvement, s'engage a franchir les Alpes , au premier signal des feux, avec vingt mille Sardes, et retourne à Aoste rendre compte de sa mission. Le plan des coalisés était d'appuyer la révolte des aristocrates de l'Ouest, des Fédérés de Lyon et. du Midi, par le soulèvement des Savoy ens et l'invasion simultanée de la France par Nice et Chambéry et la Belgique. Le 4 mars 4793, les alliés forcent la ligne de la Meuse et pénètrent

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sur le sol de la vieille France ; le dimanche, 10, le massacre des patriotes à Machecoul est le signal de la seconde insurrection de la Vendée ; le 13, Lyon mettait au pilori de BeUecour deux prêtres apostats, Laussel et Chalier, qui menaient la commune.

Le 10 mars, par toute la France, fut proclamé le décret du 24 février : la patrie en danger ! Partout, l'officier municipal, au son du tambour, publia la loi de la réquisition et somma les po-

{)ulations de tout quitter pour marcher à la routière. La Convention imposait aux municipaux la charge d'improviser l'armée, hommes, vêtements, armes, cnevaux ; la commune était taxée à tant d'hommes, tant d'objets en nature ; libre ensuite à l'autorité locale de rec[uérir qui bon lui semblait jpourvu que le contingent fût formé ; cet arbitraire qui, en Savoie, n'était crue renouvelé des anciens édits sur la levée des milices, multipliait les disputes. Point de réquisition ! disaient les paysans. Que deviendront nos villages si les ' Piémontais descendent des Alpes? vous dites que Tennemi approche, qu'il menace nos foyers, eh bien, nous sommes là, sur la frontière, nous la saurons défendre ; mais point de milices pour aller au Nord !

Ce raisonnement péremptoire fut provisoirement admis par Simond. Mais la révolte de Lyon forçait Dubois-Crancé à réunir toutes ses ressources pour ramener à l'obéissance cette ville rebelle et il réclama les recrues de la Savoie. Le mouvement fédéral de Grenoble s'accentuait; il était urgent d'écraser les insurgés de l'intérieur avant que l'armée austrosarde, déjà en retard, ne pût combiner ses attaques avec celles de la Moselle et du Rhin.

SiMond envoya Tordre aux communes d'exécuter la loi du recrutement (24 avril). Les prêtres et les émigrés se hâtèrent de jeter dans les campagnes ces rumeurs qui, en annonçant l'approche des Piémontais, en surexcitant également Fardeur des royalistes et les craintes des patriotes, devaient, par des motifs opposés, contrarier les efforts des municipaux et provoquer l'explosion. Les documents du temps, Îuoique rares , permettent de rétablir la série es événements. Le refus de départ soulève les recrues dans la vallée de Thônes, et amène les combats du pont Saint-Clair et de Marions * :

€ La commune de Thônes, dit un contemporain, devait fournir dans la décade vingt-sept volontaires ou 6,700 livres, celle du Grand Bornand vingt-deux hommes ou 6,000 livres, etc. Refus; les commissaires repartent pour Annecy ; les hommes des paroisses se concertent pour passer en Piémont; ils pensent n'avoir pas le temps de fuir, se décident à résister par la force et font le signal des feux dans toute la Vallée de Thônes. Le samedi, 4 mai, arrivent cent cinquante paysansdu Grand- Bomand, cent de La Clusaz, quarante de Saint-Jean, cinquante-six des Villards, soixante de Manigod, cinquante des Clefs, Serraval et le Bouchot , cent d'Alex avec trois vieilles bombardes prises au château delHenthon; réunis aux deux cents hommes bien armés de Thônes , ils occupent les avenues de Faverges et celles d'Annecy. Le lundi 6, ils entendirent la messe à la chapelle de Thuy et les exhortations de six prêtres. Le mardi au soir, ils virent venir sous le rocher de Morettè une grosse troupe avec des lanternes, sur laquelle on tira un coup de bombarde ; le feu dura de part et d'autre jusqu'à ce qu'un mauvais drôle de Saint-Clair eût trahi et tourné le pont sous lequel on avait disposé des mines

* A Màrlens , le chef royaliste Savey-Guerraz fut tué le 9 mai. (A.rrét du trib. AcrimlBcd de Chambiéry du 8 |ai]|>17930

et le sentier qu'ils avaient fermé avec des abattis de bois et des blocs roulés. Ils gagnèrent les sommités en fuyant. Le 9, la troupe entra à Tbônes où tout fut mis au pillage et brisé. Le 10, on tua Pierre Duroz, syndic, dont les trois fils étaient au service du roi, et qui se fit honneur de les avoir fait partir. * »

Une religieuse, Marguerite Avet, dite Frige^ lette,qm apprenait à lire aux enfants deThônes, avait couru de village en village pour exciter les montagnards à défendre Dieu et le Roi ; c'est la Jeanne Darc de cette prise d'armes. Conduite à Annecy le 15 mai, elle y fut fusillée, le 18, au Pàquier*. Résignée autant qu'héroïque, elle marchait à la rnort en disant son chapelet ; à genoux en face des soldats , elle s'écria : Vive Jésus Dieu! Vive notre roi! Tirez seulement !

Le chef des royalistes du Grand-Bornand, Jean Avrillon, pris le 21 mai, fut exécuté le 29 ; quant aux paysans obscurs saisis les armes à la main, on les fusilla sur place et l'on incendia leurs chalets ; tous périrent avec le froid courage de Pierre Duroz; quelques-uns avec le mépris railleur du perruquier Louis Pin, de Thônes, lequel requis pour le service particulier du chef de la colonne républicaine, déclara que ses opinions ne lui permettaient pas d'accommoder les cadenettes du citoyen commandant, et qu'il lui scierait plutôt le cou avec son rasoir. Le sacristain Louis Revêt et l'ex- officier Joseph Donnier, saisis quelques mois plus tard, con*

' Extrait d'une lettre de M. de Lachenal, plébaia de Thônea, datée de Monttiey (Valley) le 33 mai 1793, adressée à soa ricaire, Tabbé Grand, réiagié à Lausanne, et copiée dans les Arch. du chfltean de Thorens par M. Eloi Serand. — Voir aussi le rapport du général Dornac (Monitturj et la Rev. iavoiiienne.

< PREUVES. DocumrU inédit ii« XCIX.

— 161 — im-vtu

vaincus d*avoir figuré parmi les promoteurs les plus exaltés de la révolte, furent aussi condamnés à mort * .

A Saiîît^ndré en Maurienne, un essai d'enrôlement et d'appel aux armes ne réussit pas mieux; on fusilla après enquête sommaire quelques émigrés rentrés pour cette occasion et livres par les paysans % parmi eux le capitaine de Marescnaî. D'autres manifestations partielles se produisirent sur plusieurs points ; on fit beaucoup d'arrestations ; les tribunaux renvoyèrent la plupart des paysans comme ayant été égarés par de fausses nouvelles, ' C'est de Finsurrection de Thônes qu'il faut dater le début de la Terreur en Savoie, de même que c'est au décret de serment civique qu'il faut faire remonter l'origine des premières oppositions aux lois révolutionnaires.

Simond applique aussitôt à la Savoie, coup sur coup , les décrets non encore exécutés sur les titres féodaux, les biens nationaux, l'arrestation des prêtres réfractaires, la surveillance des suspects. Ces lois brutales, qui seraient peut-être tombées en désuétude, dans nos contrées, sans la prise d'armes des Royalistes, sont publiées à grand fracas comme un défi à la coalition. Pendant les mois de juin et de juillet on entassa sur les places publiques les terriers, titres et parchemins des archives publiques et

^ On les fasilla, à Annecy, le 9 mars 1794. Le registre d'écron» presque illisible, porte on Donnier ou Doncieu,

'112 communes envoyèrent des volontaires contre les insurgés de Thônes ; la plupart apprirent en route la fin de la révolte ; ceux de Chambéry, partis le 9, étaient de retour le 15. Délib, du conseil de la commune, — Séances des 17 et 18 mai.)

* PREUVES. Document inédit n» LXXXIX.

ilnAUh — 162 —

privées et on les brûla aux applaudissements stupides d'une foule insensée. Moûtiers^ et Thonon se distinçièrent par Téclat qu'on y donna à ces fêtes de la destruction. A Cnambéry, le 21 juillet, comme on brûlait au Verney les titres des couvents et que les poltrons de la ville venaient l'un après l'autre déposer sur V autel de la patrie^ l'un ses croix de Saint-Maurice et de Malte, l'autre ses titres de noblesse, un troisième sa clef de gentilhomme de la chambre, un anobli de date récente offrit aussi ses patentes et les jeta au feu; une vieille femme lui dit en patois : Ce ne brulea pas ^ y è co blet (ça ne brûle pas; l'encre n'est pas sèche). Et la mordante ironie fut accueillie par des vivats, carie euple, s'il jalouse tout ce cju il voit au-dessus de ui, a parfaitement le sentiment des ridicules et flétrit l'ingratitude, môme quand elle lui profite. Au mois d'août, les Austro-Sardes se décident à prendre l'offensive ; mais ils avaient man- C[ué l'occasion* ; les jacobins tenaient plus que jamais tout le pays et Lyon allait succomber. 16,000 hommes attaquent simultanément la Tarentaise et la Maurienne ; ils se hasardent lentement dans ces montagnes, voyant un )iége dans la retraite des Français et fouillant es i)ois et les villages avant de faire un pas en avant. Le marquis de Cordon mit plus d'un mois (30 juillet au 7 septembre) pour arriver de Lans-le-Bourg à Argentine , et n'osa point

^ PREUVES. Documenté inédits ii<» XC à XCIl.

* Voir les quelques ligues çue Thiers coosacro h cette campfegne (ïïiHûtte dt la Rhoiution, tome V» page 86). c On devait pét éràtudrè, dMl, r«rt(achemMt deêSffvoyards pour le« P#fcDçais, car les assfgiia|8/et les réquisitions ne leur avaient encore fait connaître de la liberté que ses dépenses et ses rigueurs. »

attaquer les Républicains ,concentré& à Âiguebelle. Le duc de Montferrat, reliant ses opérations en Tarentaise à celles de M. de Cordon par la colonne mobUe du baron de La Tour, avait compromis ses troupes dans la gorge de Bonne val, où quelques tirailleurs tinrent trois régiments sardes en échec pendant dix-sept heures (15 au 16 août); il entra sans coup férir à BouTff-Saint-Maurice le 16, fiit battu à Haute^ cour le 19, occupa Moûtiers le 23, y réinstalla le gouvernement royal et s'y établit, faisant de La Roche-Cevins une tête de pont sur Conflans et occupant solidement les passag;es qui , de La Vanoise au col de Basmont, lui donnaient accès en Maurienne. Le mois de septembre se passa pour les Austro-Sardes à se fortifier à Cevins et à Argentine, à redouter une attaque de flanc par le col du Galibier et la gorge de Valloires, à sonder les dispositions équivoques des populations et à répandre à profusion des bulletins et de fausses nouvelles.

Kellermann n'avait pour défendre la ligne des Alpes contre l'attaque des Sardes et les complots de l'intérieur que 5,069 hommes \ Il se concentra à Aiguebelle , d'où il menaçait toute la vallée de l'Isère, inquiéta l'ennemi par des alertes sur ses flancs, et laissa Simond avec environ 3,000 sardes nationaux savoyens augmentés de 4,000 volontaires dauphinois et provençaux, échelonner ces forces depuis Chambéry jusqu'à Abondance, et maintenir l'ordre, compromis dans cette région.

* Trois bataillons en Fancigny, deux régiments en Tarentaise, quelques compagnies en Maurienne. (Rapport du 9 septembre à la Convention.)

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Le seul acte intelligent des coalisés, pendant leur campagne de 17^ fut la pointe hardie que M. de Magland fit en Faucigny. Le 11 août, cet officier, avec 200 soldats savoyens restés en Piémont, tourne les Alpes par le col de Balme, descend à Chamonix, rencontre, le 17, à Saint- Gervais, une patrouille républicaine qu'il désarme et fait sonner le tocsin dans toutes les paroisses de la vallée de TArve. Le 18. il rallie 300 Piémontais qui débouchent par le col du Bonhomme ; puis il rassemble environ 400 paysans et une centaine de chasseurs de chamois et de contrebandiers, excellents tireurs, qui le guident par les sentiers de la montagne jusqu'au pont Saint-Martin, en face de Sallanches.

a Celte petite armée t attaqua, le 21 août, les Français qui, forts de 1,800 nommes, n'en furent pas moins battus et ne se rallièrent que le 24, sous les murs de Genève. On leur prit un canon, deux caissons, une vingtaine de chevaux et dix-sept blessés. Cet exploit, dont on eut soin de répandre aussitôt la nouvelle dans toutes les vallées, exalta tellement les paysans qu'ils accoururent de toutes parts en demandant des armes ^t qu'on fut oblieé de refuser des fusils à plus de 3,000 hommes. Cent de ces braves montagnaras vinrent au Petit-Saint-Bernard prendre deux canons qu'ils traînèrent ou portèrent à force de bras à travers le pas du Bonhomme. Après la prise de Sallanches, la colonne de Faucigny prit position à Cluses où elle se retrancha^ en attendant gue les autres corps de l'armée d'invasion fussent arrivés en ligne. * »

Ce succès coûta assez cher à M. de Magland pour qu'il ne pût, malgré son désir, descendre

* A. TURIN. Àrehivio militâtes Précis des moarements de rsrméedeS. M. pendant la campagne de 1798 ea Savoie.

~ Kb — 1798-1794

la vallée jusqu'au Léman et y donner la main aux émigrés rassemblés en nombre à Genève de toutes les parties de la Suisse * . Le 15 septembre, les Français, ayant reçu des renforts, et trouvant un solide appui dans les jacobins de Thonon et de Bonneville, enlevèrent Cluses à la baïonnette après un jour de combat. Le 28, ils donnent Tassant aux redoutes de Mirabel, les enlèvent le 29 après une lutte furieuse et entrent le soir même à Sallanches. Le représentant Simond fit fusiller, sous ses yeux, dix-sept paysans trouvés parmi les prisonniers sardes. La colonne fuyait à la débandade et disparut par le col du Bonhomme ; on oublia de rappeler les postes détachés, ce qui permit aux népublicains de faire 540 prisonniers, traités fraternellement, aille raif^orl de Charles Verdelin à la Convention. On retrouva, cachés sous la neige, à Notre-Dame de la Gorge, quatre canons que Tennemi n'avait pu emporter. Un détachement, guidé par les gens du pays, s'échappa du côté de Vallorsine et gagna Martigny. Simond écrivait de Sallanches, le 2 octobre : Les co7itnbutions que f impose sur les communes qui n'ont pas voulu prendre les armes sont en espèces sonnantes, ce qui privera les jeunes gens du moyen dépasser à l'étranger^.

' Dès le mois de mars» le coDseil de Chambéry avait signalé ces rassemblements au conueil exécutif de Paris et avait réclamé de la république de Genève l'expulsion des réfugiés français.

* H est constant que ie recrnteroent des régiments provinciaux de Savoie, qui se trouvaient en Piémont en 179^, continua jusqu'en 1796, etijue les soldats licenciés par M. de Cordon dans les Bauges rejoignirent isolément leur corps, h Suze, en 1704. C'est un bel exemple de fidélité au drapeau.

im^vm — 166 —

Et le commissaire Rassat, rendant compte au club des Jacobins de Chambéry de l'état de l'opinion disait, des cantons de Thônes et de Samt-Gervais, qu'il ne s'y trouvait guère qu'un patriote ou deux par commune.

Le bruit de Farrivée des Piémontais et de leur victoire certaine avait été si fort accrédité dans les environs d'Annecy que, pendant l'ab* sence des principaux patriotes parcourant les communes pour réchauffer le civisme des officiers municipaux, divers incidents prouvèrent que le régime révolutionnaire y était plutôt subi

Î n'accepté. Dans les premiers jours d'août, ongeray, maire de Marcellaz, se concerte avec ses amis, ecclésiastiques pour la plupart ; ils imaginent de soulever les paroisses aux coups du tocsin* , de forcer Rumilly à se déclarer pour le roi, de gagner d'un côté Annecy, de l'autre Seyssel et par là de se rattacher au JursL aux émigrés de Suisse, aux fédérés de Lyon. Le 12 août, dès l'aube, les sacristains des églises sonnent le tocsin à Montagny, Salles, Bloye, Saint-Félix, Boussy, Vallières ; vers midi, les cent royalistes de Marcellaz, munis de fourches, se présentent devant Rumilly, parlementent, suions de se trouver seuls au rendezvous, en face de gardes nationaux bien armés, qui les raillent de leur présomption et chantent en guise de refrain, les premiers vers de la

* Les cloches des églises, sauf une par commnoe, forent transportées à Annecy, de tont le Chablais et du Faacigny. On en compta jnsqn'à 800 snr la place Notre-Dame. En février 1704, vingt-sept paysans forent accusés d'avoir volé des cloches el Jetés en prison; il en vint, en effet, de plosieors paroisses, chercher la noit les cloches de leur église ; ils les cachaient snr des chars à bœnfs, sons des tas de foin, et, comme ils avaient ioin de choisir les pins grosses, on découvrit la fraude.

complainte patoise'de Jean Ménenc, fort à propos dans la situation :

Ha mor ! Mor che tan ge desîrô !

Vin trôna Jo ponro Pire!

Après quelques instants d'hésitation, les paysans, saisis d'une panique soudaine, se dispersent dans les bois, perdant une douzaine de traînard qu'on mena aux prisons de Tlle.

Le 21 août, le jour du combat du pont Saint- Martin, des feux allumés sur les hauteurs apprirent aux agents royalistes d'Annecy et à leurs aflidés, parmi lesquels Burdet, La Fiéchère, etc., la présence des Piémontais. On profite aussitôt du départ d'un convoi de grains destiné à la colonne républicaine; les femmes détellent les charriols, vont criant par la ville qu'on les affame, forcent les portes de la prison, renversent les arbres de liberté, et mènent de force M. de La Fléchère à la maison de .ville. Le 22 août se passe en fiévreuse attente; les chefs, embarrassés de leur facile succès, perdent vingt-quatre heures à se concerter, tandis que les femmes, toujours plus ardentes, plus passionnées que les hommes*, envahissaient l'évêché> brûlant les papiers et les meubles de M. Panisset, et le poursuivant avec une telle furie que le malheureux vieillard fut obhgé de passer quatre heures caché sous l'arche d'un pont. Le lendemain les gardes nationales de Chambéry et de Rumilly entrent dans la ville, l'ordre s y rétablit comme par enchantement, et l'infortuné La Fléchère, qu'un faux avis appelle sur

* Témoin l'épisode bien connu de la Pralon, (Séance du clnb des Jacobins d'Annecy du 6 janvier 98.)

la route de Faverges, y est massacré par des assassins ^

A la nouvelle de l'assaut de Cluses, Kellermann avait pris l'offensive; il enlève le col de la Madelène et coupe la ligne ennemie ; le duc de Montferrat simule une attaque sur Conflans ^ septembre) pour masquer sa retraite ; les Français le poursuivent, tambour battant, Vépée aux reins ^ suivant ses propres expressions, et, le 8 octobre, les deux corps d'armée sardes reprenaient leurs positions du mois de juillet, à La Thuiie et à Suze '. Pendant la courte occupation de Moûtiers par les troupes royales, un edit, daté de Coni, avait institué un Conseil de ' justice ambulatoire, chargé de rétablir en Sa^ voie la religion, les juges et les syndics ^ tels qu'ils étaient avant Vinvasion, au fur et à tne^ sure de la reprise de possession du pays par les coalisés. Ce conseil, composé du président Dupuy, des sénateurs Ballard, de Marigny, de Montagny, et des avocats Cristillin et Bal, siégea sept jours à Moûtiers (du 26 septembre au 3 octobre); il n'a point laissé d'archives ^.

L'invasion des coalisés et les troubles dont elle futl'occasion redoublèrent les déclamations des Jacobins. Le 28 septembre, le tribunal révolutionnaire est installé à Chambéry^; puis,

* Sa maison fnt rasée. Reg. munieip. LIX, folio 127.

' Lyon, menacé de l'assaut depuis trois mois par les troupes de la Convention, était tombé en leur pouvoir le 7 octobre. Le général savoyen Doppots' était fait remarquer, pendant le siège, par la vigueur de ses attaques et son audace toute française.

* Mgr de Montfalcon, rentré h Moûtiers nvoc les IMémontais le 24 août, y mourut le 22 septembre. Le curé de Salins exerça son ministère jusqu'en 1794.

* Cariai» président; Favre-Buissoo» accusateur public ; Ciijr^

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les excès de Paris et les impitoyables décrets qui frappent la ville de Lyon ont leurs contrecoups en Savoie; le 7 décembre, sur la motion des clubs, le Conseil général du département décrète la saisie des vases d'or et d'argent des églises ; mais Simond ne fut cruel que dans ses proclamations, et le tribunal criminel ne resta impitoyable que dans son langage ; il ne prononça pas une seule fois lapeme de mort*. La loi fut, il est vrai, rigoureusement appliquée, par les commissions militaires, aux émigrés convaincus d'être rentrés en Savoie dans un but politique et atix prêtres non assermentés qui eurent l'imprudence de conserver le costume ecclésiastique et d'exercer publiquement leur ministère'. La plupart furent incarcérés comme suspects et déportés, plus tard, aux îles de Ré et d'Oléron ; beaucoup s'évadèrent ; d'autres restèrent cachés dans les montagnes et jusqu'aux portes de Chambéry , à Bissy et à Barberaz, ni dénoncés, ni poursuivis, quoique

ton, greffier. Favre montra une activité, une énergie et un amour dn bien public qui auraient mérité un autre théâtre et d'autres temps.

* « Si l'on avait voulu être plus rigoureux, on l'aurait pu, car il y avait peine de mort contre les émigrés rentrés, et la plupart des prêtres mis en jugement étaient dans ce cas. > (Mgr Biliiet. Mém. ecclés. 392.) — A. SENAT. Reg. de corresp. pour l'accusateur public, de 1793 à 1795.

* On voit par Taffaire du prêtre Bérard fReg. du frib. crim., folio 25] qu'on tolérait, au plus fort de la Terreur, Tassistance des prêtres aux sépultures, à la condition qu'ils fussent en habit civil. Les Archives constatent que des détenus compromis pour avoir donné asile à des émigrés ou pour avoir crié : Vive le roi! furent acquittés. (Procès de Etienne Adam. 13 nivôse, an II.) Vers la fin de 1793, on réorganise le collège de Chambéry ; parmi les douze professeurs choisis par ^e Conseil géné^ rai, on remarque quatre prêtres.

leur présence ne fût un secret pour personne. Philioert Simond n'était point étranger à cette atténuation des lois révolutionnaires , il fit (preuve, maintes fois, d'une délicatesse de sentiments fort courageuse à une époque où le respect des choses saintes conduisait à Téchafaud ' . La vente des biens nationaux, entravée par les événements de Tété et par certaines incertitudes adroitement répandues, réussit enfin, et doubla le nombre des patriotes par celui des acquéreurs dont l'intérêt personnel fut dès lors attaché à la fortune de la République. Les premiers furent des hommes d affaires, dé hardis spéculateitirs dont Tâpreté recruta des prosélytes etdissipales scrupules des sous-acauéreurs, lesquels accoururent en foule dès qu ils ne se crurent plus directement responsables vis-à-vis des anciens propriétaires MJn épisode touchant

* À AIbeD8,àtire0in. h Saiot-frcniXi lorsque les commissAires nharffés de la saisie des objets pervant an culte troovèrent dans les eîboires des hosties consacrons* ils firent chercher. d*aprèt Ut ordret circulaires de Simond, des prêtres pour les consumer. {^Mém. ecclin. 109.) Consulter aussi la Confession d'un fatriote de Chambéry avec des notes swr quelques hommes du jour. (36 prairial et 15 messidor an III.)

* D'après les lettres de Simond, on n'avait vendu, en janvier 1794, aue pour 7 millions en assignais sur 80. Les décomptes des prix de vente prouvent que, pour un gros acquërenr on 93. on en trouva vingt petits en 94. (Arch. domaniales.) La saisie et la vente des biens ecclésiastiques se firent d'ailleurs avec les mêmes abuu que partout; l'Etal reçut environ 1/10 du prix ; le reste se partagea entre ces oiseaux de proie qui s'abattent sur les malheurs publics. Tous les dosëicrs des ventes nationales étaient déposéb au clii\teau. Far l'effet d*un hasard patriotique. dit Mgr Billiet fUém. ecclés. 81) le feu y prit dans la nuit du i8 au 24 frimaire an VU; cet incendie liquida beaucoup de comptes et paya beaucoup de dettes (14 décembre 1798). On s'étonne, on lisant les inventaires du mobilier des églises et couvents, dn peu de valeur des objets saisis ; on avait porté en Piémont on caché dans le pays tous les objets de prix. En 1796 , le

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vmt, à cette occasion, tempérer les rigueurs légales par un acte de reconnaissance des paysans du pays de Gavot. Les traits épars qui témoignent, en faveur de Thumanité doivent être recueillis avec plus de soin gue les meurtres ou les lâchetés dont l'histoire fourmille. On affichait au district de Thonon la vente aux enchères de propriétés considérables saisies sur la famille de Blonay; M. de Blonay, fatigué de Texil, voulut assister à sa ruine au mépris de Tarrèt de mort qui le menaçait. Caché sous une veste de batelier vaudois, il se rend àla salle du Conseil et , dès les premiers appels de la criée, exalté par le péril, par son audace et par l'étrangeté de la situation, il brave tout et jette un chifïre dérisoire qui baisse la mise à prix des 9/10. On s'étonne, on entoure cet inconnu, on reconnaît l'ancien seigneur; sa hardiesse, le souvenir des bienfaits de sa famille lui assurent, en un instant, la complicité de la foule qui ne se passionne jamais à demi. Personne ne met d'enchères; l'officier municipal hésite un instant ; l'attitude de la foule le rassure ; il lui adjuge successivement les lots, sous la pression du sentiment populaire et avec la caution des paysans d'Evian et de Maxilly qui entraînent joyeusement M. de Blonay dans la montagne, d'où il regagna le Valley.

La soirée du 22 décembre 93 fut marquée à Chambéry par un incident d'un autre genre, et tout aussi dramatique. La dépêche annonçant la prise de Toulon est lue en séance du Conseil; aussitôt, les membres de l'assemblée

total des vases oa reliquaires inventoriés ne s'élevait qu'à 6,938 mares en piHds (le mare 4a 8 onces valant %i grammes l/S*)

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