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se précipitent dans les rues, la ville s'illumine, les habitants se pressent autour des officiers municipaux qui lisent au peuple les détails du siège. La place Saint-Léger, fort étroite alors, était encombrée de cloches descendues des églises; les plus hautes servirent de tribunes aux orateurs populaires qui s'y succédèrent pendant plusieurs heures, à la clarté des torches, au bruit d'applaudissements patriotiques.
En janvier 94, les clubs obtiennent le rappel de Sïmond, suspect de modérantisme ; le 23 fructidor, les Jacobins de Chambéry avaient dénoncé à la Convention la funeste indulgence qui ralentit la marche du gouvernement révolutionnaire et cité quantité d'élargissements dangereux. Simond fut exécuté, à Paris, le 43 avril 94. Son successeur, Albitte, déclare, en prenant la dictature, qu'il faut réparer les erreurs des modérés et imprimer la Terreur à ce nid de royalistes. Le 26 janvier, il décrète la démolition des clochers et le séquestre des églises encore ouvertes au culte ; le 27,1a démolition des châteaux : Ces tanières à tyrans qui entretiennent les brigandages qui désolent la Bretagne, la Lozère et le Midi et qu'il faut supprimer dans un pays de purs patriotes. Le 30, par un odieux abus de pouvoirs, il impose à tous les prêtres constitutionnels une formule de serment qui n'était autre chose qu'une immorale et honteuse abjuration * . Quelques-uns y souscrivirent, surtout des prêtres infirmes et des religieuses, hors d'état de fuir, et qui se rétractèrent dès qu'ils le purent sans danger
* Voir» aux PREUVES , les documents inédits n»» XGVII et l^CTUI et le docTHnent n° 29 des Mém. eeclés. cités.
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de perdre la vie ; les autres, proscrits et persécutés*, passèrent en Piémont ou furent jetés en prison. Quelques-uns, obstinés dans leur foi et se dévouant à leur devoir, refusèrent d'abandonner leurs paroisses et vécurent, de 93 à 99, errants çà et là dans les montagnes qui séparent le Piémont de la Savoie, tantôt effrayés par les visites domiciliaires , tantôt poursuivis par les émissaires des clubs, le plus souvent ménagés et tolérés par les autorités locales. En 95 , Tabbé Molin , curé d'Epierre , disait la messe, les fêtes et dimanches, ctans la chapelle de la Corbière ; on y venait de plus de neuf communes ; Tabbé Molin s'était tellement familiarisé, suivant ses expreèsions , avec les gendarmes d'Epierre, que cependant on changeait souvent, qu'ils s'amusaient et mangeaient ensemble. Ces bons rapports n'étonnaient personne *. En Taren taise, un ecclésiastique d une rare énergie et d'un esprit élevé, M. Martinet, ne quitta point le pays , venant à la dérobée administrer les sacrements , passant d'une pa-
^ Lq directoire de Cluses, pour se faire pardonner sans doute la révolte de 93, mit à prix la tête des prêtres. (Arrêté du 19 nivôse an II.) Le clergé de Savoie se fit remarquer par sa fidélité et sa constance. Parmi ce grand nombre d'ecclésiastiques, 42 curés prêtèrent le serment d'Albitte et se rétractèrent en 1802 ; 17 prêtres ou moines et 7 religieuses seulement se marièrent. (Mém. ecclés., pages 528 à 534.)
2 En mars 94, lorsque les premiers actes d'Albitte n'eurent plus laissé de doutes sur les projets des terroristes, le chirurgien Amblet et le sacristain Burquier enlèvent les reliques de saint François de Sales et de sainte Chantai, les mettent en lieu sûr (d'où elles ne furent retirées que le 28 mai 1806) et les remplacent par des squelettes du cabinet d'anatomie. Ces précautions étaient inutile^» car, lors de la saisie des objets précieux servant au culte^ on respecta les fausses reliques, et, le 12 vendémiaire an V,'on les mit sous scellés pour les préserver de tout outrage. (Revue savoisimne du 15 mars 1865.)
roisse à Tautre et n'épargnant ni les fatigues ni les périls. C'est lui, sans aucun doute, (jui rédigea les actes si remarquables de rétractation du serment d' Albitte qu'on trouvera au n^ xcviii des pièces justificatives. Le culte catholique était resté public et respecté, à Moûtiers, jus-
Su'au 30 janvier 94 K Par une contradiction 'une portée singulièrement philosophique, les autorités répubucaines de Chambéry délibéraient (le 28 mai 93) d'assister à la procession de la Fête-Dieu, tout en brisant les cloches des églises pour en faire des sous et en sciant les statues de bois des saints pour le chauffage des hôpitaux*. Deux mois plus tôt, le Conseil général, sur la demande des communes, priait l'évèque de Grenoble d'envoyer en Savoie ses vicaires épiscopaux pour y combattre le fanatisme des ignorants; sept mois plus tard, le même conseil décrétait l'aboUtion de tout ce qui rappelait les préjugés stupides et coupables de la tyrannie et de la prêtrise.
A Thonon, deux jeunes prêtres furent fusillés, M. Vernaz le 22 février, M. Morand le 16 mai, en exécution de l'article 6 du décret du 28 septembre 93 qui punissait de mort les émigrés saisis sur le territoire de la Républiaue ; le 14 août, l'abbé Joguet, arrêté à Cluses, nt pleurer ses bourreaux. On voulait le sauver ; le muni-
* PREUVES. Documents n» XCII h XCV.
* Le conseil de district d'Annecy demande au directoire de Chambéry l'autorisation de faire prendre les bois de charpente ani soutenaient les cloches, de même que les bois des saints àont la iculpture n'ett pas pricUuss^ et qui deviennent inutiles dans les églises fermeest afin que ce bois, réduit en bûches, soit employé an service des hôpitaux qui n'ont que du bois vert (DéHbiraHon du 10 nM$$, an Il.j
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cipal chargé de l'enquête essaya de diriger rinterrogatoire , de façon à détourner l'accusation capitale ; M. Joguet affirmait être arrivé la veille d'Aoste, puis, comprenant l'intention bienveillante de ses juges, il s'écria : Un prêtre ne doit jamais mentir. Je ne puis pas nier ma sortie du pays ; je n'achèterai point ma vie à ce prix. On le fusUla dans un pré * . Quelques jours auparavant, le 27 juillet (9 thermidor) la chute de Robespierre avait clos cette dictature de furieux qui durait, à Paris, depuis le 34 mai 4793. Albitte,se souciant peu de la misère publique et du désarroi social, y avait mis le comble par sa révision de la liste des suspects et l'ordre de placer dans des ateliers les enfants de familles nobles, de dix à dix-huit ans ^ La cessation absolue du travail et du commerce avait amené une disette générale et le renchérissement des objets de consommation ; la livre d^ pain coûta jus(ju'à six livres ^ ; la loi du maximum^ et le régime des assignats n'étaient point de nature à améliorer la situation. Vainement les autorités firent répartir entre les communes le blé saisi dans les couvents et chez les suspects ; il fallut acheter de grandes quantités de grains à Genève et à Marseille. L assignat de cent livres oui valait, en espèces, 62 livres en janvier 479â, tomba à 48 livres en 4794, à 43 livres en avril 4795, à 9 sols en mars 4796.
* Le dossier existait aux Archives municipales de Cltises ; il y a été récemment soustrait. (Lettre du 6 avril 1869.)
* A Chambéry, le marquis de Lescheraines fut mis en apprentissage chez un coutelier, le marquis de Travernay chez un cordonnier, etc.
' Rifgistres du tribuital criminel. Séance du 2 prairial an III.
* Publiée k tïmmhérj le âl octobre 1793.
Le Conseil général ayant acheté quatre canons à Lyon, au prix de 28,070 livres, ne put les payer qu'en nature ; on brisa , à cet effet , les cloches de Hautecombo, la statue en bronze de Tarchevêque de Cantorbéry, les (juatre cloches d'Aix et les deux de Saint-Innocent.
La loi des suspects fut exécutée avec certains ménagements qu'on ne retrouva point ailleurs; cent trente-deux nobles ont été détenus dans les prisons de Chambéry en 93 et 94 ; beaucoup furent élargis quoique mal notés; aucun ne fut exécuté*. Les femmes figurent sur les listes comme plus fières et indomptables que les hommes ; au contraire de ceux-ci , pas une ne foiblit *. Le règlement des prisons de Chambéry (l'évêché et le couvent de Sainte-Claire), daté du 26 mai 94, signé MorcI et Gabet, n'est point brutal ; les femmes, les hommes et les prêtres sont séparés ; on y boit à Tordinaire du vin vieux; le travail y est permis, ainsi aue la lecture ; le lince y est changé chaque décade ; les citoyens Cnaboud et Bonjean poussent les attentions jusqu'à remettre aux détenus privés de livres, une vingtaine d'heures de messe trouvées dans la bibliothèque des Jacobins. En septembre 94, dix-sept nobles étaient détenus à uarouge, quatre à Uonneville, un noble et trente prêtres à Annecy. A Moûtiers, d'après les registres^ d'écrou ', on compte, le 18 ventôse an II, dix-sept détenus , dont sept prêtres, sept paysans, deux femmes et un noble ; le 10
* Arrêté da 14 thermidor an IL
* Regiitru du Comité révolnliounaire du dUtriel de Chatte béry, — Listes des suspects*
* PREUVES. Dêcumenti inédUt n^ CXXUl à CXXVIIL
floréal,cinquante-(matre,(iont dix prêtres, neuf femmes, quatre uoDles et trente-un paysans ou artisans. Mais si la Terreur fut moins atroce en Savoie qu'en France, si les mœurs publiques s'y refusaient aux saturnales du sang et d!e la folie, si l'on ne put trouver dans le département du Mont-Blanc personne qui voulût remplir l'office d'exécuteur de justice, et nas un ouvrier qui consentît à construire la guillotine , il n'en faut pas moins avouer qu'à aucune époque plus de contraintes odieuses ne furent exercées à la fois sur un peuple. Quelle plus atroce tyrannie que de menacer toutes les existences par le caprice d'un proconsul, de décimer les fortunes par l'arbitraire des répartitions, par l'abus des réquisitions, de régler d'office les échanges, de renouveler les appellations de toutes choses, de supprimer le culte, d'arracher même l'espérance aux malheureux qu'on martyrisait ainsi au nom de la liberté ! Camille Desmoulins, dans des pages étincelantes de verve et d'audace (Le vieux CordelieVy 45 frimaire an II) a stigmatisé, avec plus de force et d'éclat gue Joseph de Maistre, ces tristes lois que dictaient Ghaumette et Marat.
En avril 94, Masséna avait pris le commandement de Tarmée des Alpes ; il attaque le Piémont par les deux routes de la Maurienne et de la Tarentaise. Le 24, le général Bagdelaune, quittant son poste d'observation du Bourg- Saint-Maurice, que les actes officiels appellent Nargue^Sardes, prit d'assaut les redoutes du Petit-Saint-Bernard ; le 48 juin, il repousse un retour offensif des Piémontais, après un rude combat dans lequel le marauis de Chamousset fut tué, et les rejette en desordre dans le Val
d'Aoste. Les attaques du Mont-Cenis échooaient
f>ar suite des avis crue donnaient aux Autrichiens es habitants de Lans-le-Bourg et de Lans-Ie- Villard; le représentant du peuple Gaston ordonne de transporter en masse, dans les quarante-huit heures, la population de ces deux communes, avec les troupeaux et les meubles, au fort Barraux. Les soldats envahissent le pays le 20 avril, jour de Pâques; les hommes pnrent la fuite et se réfugièrent dans les bois ou en Piémont; à leur retour, qxxelqjxes semaines plus tard, on ne lesinauiéta point. Sur un millier d'habitants, 240 vieillards, femmes et enfants furent menés à Barraux où on les retint deux mois et demi'. Le 14 mai,Masséna força le passade et arriva, d'une traite, jusqu'à Suze. Le 49 juillet, une révolution éclate à Genève; la République y est proclamée; le représentant Soutavie, prêtre apostat, y intronise la Terreur qui ne cessera que par la réaction du 25 mars 1795 ; pendant ces huit mois, le tribunal révolutionnaire prononce 43 sentences de mortet406d'exU«.
A dater d'août 94, un régime plus régulier remplaça le proconsulat des conventionnels ; on toléra le séjour des prêtres, le retour des émigrés et la publication des lettres pastorales des évêques dépossédés '. Joseph de Maistre
* Arrêtés des 30 gormioal et % floréal an 11. — Berlolotti. fiaggio in Savoj^. 1838. — Mémoire» du curé Mvlin. 1868.
* Gabarel. Bitf. de rSgUse de Gemètê. Tome 111, page 448.
* Mgr Pa«et, évéqoe de Genève. pnliUa le 15 août 1795, i Twin, le MigUmfmi pamr tadmmisfraiUm en ttcoutt ajrari- Imdi dans U d^he (38 pages) ; il diviae le diocèse en mi«ilaïa. et préroit arec pradenee et déMeatesse tons les eas emberrassanU d'une sHontiiNi anwl diffieile.
qui, de Lausanne, ne cessait de correspondre avec Turin et qui mettait son activité, sa passion et son génie, sans réserve, au service de l'ancien régime, avait écrit, de 93 à 94, Y Adresse à la Convention par les parents de quelques militaires savoisiens, où il protestait contre la confiscation des biens des émigrés et prouvait rUlégalité de certains décrets de V Assemblée des sept jours, puis les Lettres d'un royaliste savoisien à ses compatriotes où il développait cette maladroite formule : Aimer et servir, voilà voire rôle. En 95, mieux avisé, il changea de ton et publia le pamphlet intitulé : Lettre de Jean-Claude Têtu, maire de Montagnole, à ses concitoyens. Cet écrit débute par la formule ironique : Salut et bon sens! et l'auteur en expliquait ainsi, plus tard, la cause et le but :
<K J'étais à Lausanne au printemps de Tannée 1795, lorsque les prêtres, qui rentraient en foule dans le Duché de Savoie, me demandèrent un pamphlet qui fût à la portée de tout le monde et qu on pût répandre avec profusion pour rassainir et diriger l'esprit public. Ils voulaient surtout mettre à profit l'occasion favorable des assemblées primaires qu on venait de provoquer pour une nouvelle élection de représentants. Je composai donc le badinage raisonnable qui suit; il eut une vogue extraordinaire en Savoie et en Suisse ; mats nos efforts dans tom les genres devaient être inutiles, du moins pour longtemps. ^
Ce libelle incisif , tiré à plusieurs milliers d'exemplaires, fut lu avidement en Savoie où les agents du clergé le répandirent. Le Conseil général s'en émut et sollicita la République de Genève d'en faire saisir l'édition nouvelle; les Genevois répondirent, avec un semblant de raillerie, que leuri^ lois s'opposaient à un pareil
acte d'arbitraire, mais (jue, si le Conseil leur faisait passer les 9,000 livres en numéraire que devait coûter l'édition, ils se feraient un plaisir de la leur expédier tout entière, sans que personne en pût distraire un seul numéro.
La lettre de Jean-Claude Têtu encouragea les meneurs de la réaction à provoquer aes manifestations publiques. Les populations ne craignirent plus de protester bruyamment si Ton gênait le culte, môme dans les villes les
S lus républicaines. M. de Tbiollaz, dont l'inomptable énergie faisait, en Fauci^ny, le désespoir des commissaires français, imagina de supprimer le dernier semblant d'Eglise constitutionnelle en arrachant de son siège révoque élu, et en prouvant ainsi que toute transaction était impossible entre les catholiques et la société civile. 11 entoure M. Panisset de séductions et de terreurs, Tébranle dans ses convictions, pèse sur sa conscience déjà fort troublée * et le décide à fuir. Ce fut un véritable enlèvement; révêque part de nuit, à cheval, escorté de quelques prêtres réfractaires qui lui servent à la fois de guides et de surveillants. On l'entraîne à Beflerivc, ou l'embarque pour Lausanne, où il signe, le 22 février 1796, une rétractation solennelle qui est un chef-d'œuvre de
* Le 5 février 94, M. Panisset, poar éviter de souscrire aa serment d'Albitte, avait renoncé à l'exercice dfs fonctions tacerdotales ; Albitte accourt, le tlalte, le presse, le naonnrc et le fait jeter en prison. Après deux mois de détention, M. l'ani8M;t, de nouveau violemment sollicité par Albitte, consent h prêter le serment si Icm termes en sont modifién; Albitte feint de rectifier la formule, et TévÔnne, par respect pour les magistrats du peuple, la signe sans la tire{^ mai MSH), Dès qu'il se sut joué, il protesta. (Lettres à Pie Vî, du 14 juillet 95, et à M. de La Palme, 37 juillet.) Ces documents existent aux A. M. d'Annecy.
remords , d'éloquence et de sincère humilité * . La fuite de l'évêque élu et la dispersion de son clergé, exploitées par la contre - révolution, devinrent le signal d'actes plus graves ; la résistance passive se changeait en sédition permanente. Le 15 mars 97, l'abbé CoUomb célébrait la messe, au milieu d'une affluence considérable, dans l'église de Rumilly ; les soldats du 2® bataillon de lOise voulurent le saisir ; il y eut émeute pour le délivrer. Des faits analogues se passèrent à Saint-Rémy, à La Rochette, et jusque dans l'église de Lémenc, où les habitants refusèrent de laisser entrer des prêtres jureurs.
Le 48 fructidor (4 septembre 4797) ramena la persécution du cierge. On remit en vigueur la loi sur les prêtres réfractaires, et les commissaires Carelli et Ducoudray donnèrent des ordres précis pour qu'on saisit tous les réactionnaires convaincus d'actes séditieux. Quatrevingts ecclésiastiques furent condamnés à la déportation*, dix-neuf à la réclusion, un seul fut acquitté. Beaucoup échappèrent aux poursuites; parmi eux le vicaire-général de La Palme, caché dans les environs de Chambéry.
Les merveilleuses campagnes de Bonaparte
* La rédaction de ce document, en 34 pages (imprimé à Lausanne), est attribuée à Joseph de Maistre. L'évêque Panisset fut nommé, en 1803, desservant de la petite paroisse de Tresserves, où il mourut en 1809.
' Presque tous furent dirigés sur les lies de Ré etd'Oléron, bien peu sur la Guyane. Consulter les Mém. ecelés. du cardinal Billiet, les Souvenirs de la persécution, par le curé Molin, et surtout les divers écrits publiés en 1799 soufi le titre : Lettres de remerciments des prêtres déportés et captifs du diocèse de Genève aux fidèles, dans lesquels on trouve quantité de faits intéressants pour le lecteur impartial.
en Italie assuraient l'annexion diplomatique de la Savoie ; les illusions du roi Victor-Amédée * s'évanouirent lorsqu'il souscrivit à l'armistice de Cherasco (26 et 27 avril 1796)*. Par le traité de Paris, du 15 mai 1796, le roi de Sardaigne renonce à tous ses droits sur l'ancien duché de Savoie et sur les comtés de Nice , de Tende et de Beuil ; il promet de démolir les fortifications d'Exilles, de la Brunette et de Suze et s'oblige au renvoi des émigrés ^ Le 16 octobre, le roi Victor-Amédée IIP meurt, laissant à son fils Charles-Emmanuel IV un trône qui s'écroule*. Le traité de r4ampo-Formio (17 octobre) l'enveloppe par la République française agrandie^
< Le ^3 mars 94, il signait le traité de ValeDciennes par lequel il cédait à riatricbe le Norarais eo échange des territoires qui pourraient échoir aux Anstro-Riisaes dans leurt conquêtes futures en Dauphiné et en Provence,
* Le récit de cette nait mémorable a été écrit par le marqnia Joseph Costa, savoyen J'on des commissaires daroi. en quelques pages pleines de grandeor et d'émotion. (A. TURIN. Àrehivio militare.J
* Le chevalier de Revel négocia , sans succès » en juin 96, auprès du gouvernement français pour qu'on restituât aux émigrés savoyens les biens vendus nationalement et qu'on abro-
feât en leur faveur, sans condition, les lois de sûreté générale, oseph de Maistre rédigea à c>e propos un remarquable mémoire à consulter.
* Ce prince a, dans ses raédailleSi le front découvert, un nez d'épervier, la finesse de Savoie, l'entêtement d'Autriche. L'habit étriqué des modernes ne va pas à cette race ; il leur faut le cheval, les vêtements flottants, cet éclat de la guerre qui donne du charme aux plus ingrats visages.
* Les emprunts perdirent le roi de Sardaigne comme ils avaient perdu Louis XVI. Les billets de crédit, en drcoUtion le 10 mai 1793 mot 32 millions, s'élevaient à 85 millions et demi le 19 juin 1795. En 1791, on ne les diminuait que de 7 0,0 fur la place de Lvon ; en 1795, on ne les acceptait à Chimbéry qu'à l'escompte de 78 0/0.
la République helvétique , la République ligurienne et la République cisalpine.
La Confédération suisse, en proie à la guerre civile, n'avait pu, de son côté, résister plus longtemps à la force d'expansion de l'esprit révolutionnaire français. Six cantons sur treize étaient démocratiques ; le pays de Vaud voulut s'affranchir de la rude domination des aristocrates bernois dont il supportait impatiemment le jouç depuis 4536 ; l'armée française accourut à l'appel de Lausanne ; et la ligue suisse, dissoute par la force, fut remplacée par une République unitaire (42 avril 98). Le Directoire fait payer son appui par le sacrifice de Mulhouse et de Genève, villes libres; le 20 avril, les agents français prennent possession de Genève au milieu de la stupeur et de l'affliction des habitants, disent ses historiens. Une loi du 8 fructidor an VI (25 août) réorganise la Savoie qui se partage dès lors en deux départements : le Mont-Blanc, chef-lieu Chambéry ; le Léman , chef-lieu Genève ^ .
Les succès dû Directoire et les progrès de la Révolution reforment contre la France une seconde coalition des Etats européens. Les Austro-Russes et les Anglo-Napolitains abordent sur plusieurs points à la fois l'immense ligne de défense qui s'étendait de Naples à Mayence; on comprit alors ce que l'ancienne
* Le Léman , comprenant 27T communes , fut formé avec : 1® le territoire do l'ancienne République de Genève ; 2o l'arrondissem^m de Gex, démembré de l'Ain, ceux de Thonon et de Bonneville, démembrés du Mont-Blanc par 1j| loi de l'an VI ; 3» les cantons de Chamonix, Flumet, Saint-Gervais, Mégève et Sallanches, démembrés du Mont-Blanc par la loi du 38 pluviôse an VIll (17 février 1800); 4fi la commune d'Enlremont, démembrée du Mont-Blanc par le décret du 9 février 1810.
neutralité suisse assurait d'avantages à la France en lui permettant de concentrer ses forces, comme elle le fit de 1792 à 1796, entre Mayence et Strasbourg, d'une part, entre le Mont-felanc et Gênes de 1 autre. Il fallait devancer les coalisés par un coup de vigueur et occuper tout le massif des Alpes pour s'y retrancher comme dans une citadelle qui servît de base d'opérations aux armées d'Italie, du Rhin et de Suisse. Le 6 décembre 1798, le Directoire déclare la guerre aux rois de Naples et de Sardaigne ; le 9, Charles-Emmanuel IV, surpris dans Turin, abdique entre les mains des généraux républicains, cède à la France ses Etats déterre ferme, et se retire avec sa famille dans l'île de Sardaigne, vaisseau battu par la tempête, dernier asile de sa dynastie ^ .
Quelques mois plus tard, la fortune de la
S terre amenait Suwarow à Turin; Macdonald, oreau et Masséna reculaient pas à pas devant l'invasion. Les départements des Alpes, menacés à la fois du côté de la Suisse et du côté du Piémont, exposés les premiers au débordement des Austro-Russes, étaient dans une extrême fermentation. Les villes de Grenoble, de Chambéry et de Genève envoyèrent au Corps législatif des adresses, remplies de colère et de terreur, qui produisirent une vive sensation. Le Directoire, aux abois, décrétait des impôts qui rentraient mal : il s'aliénait ainsi les populations sans combler le déficit. On avait réauit de 1/8 l'impôt foncier qui ne se payait pas;
* Le 3 mars 1799, le roi protesté, de la rade de Cagliari, contre l'acte du 9 décembre ; il déclare que son abdication provisoire n'a en pour bnt qne d'éviter à ses sujets du Piémont les malheurs dont il était impuissant à les défendre par les armes.
mais Ton exagéra les impôts indirects, les droits de timbre et de mutation (lois du 22 frimaire et du 43 brumaire an VU), les droits de douane ; on imagina des centimes additionnels pour les dépenses locales, des octrois aux portes des villes pour l'entretien des hôpitaux ; et la taxe des portes et fenêtres. La loi sur la conscription (5 septembre 98), fut agjgravée, dix-sept jours plus tard, par Tappel de 200,000 conscrits et l'émission de 125 millions en bons de délégation sur les acquéreurs de biens nationaux. La loi du 6 prairial an VII (25 mai 4799), qui ordonne la perception d'un décime extraordinaire de guerre, en augmentation de tous les impôts, celle qui double la contribution des portes et fenêtres, celle qui abroge les précautions contre la presse, etc., servirent de prétexte et d'occasion à la coalition des partis ; le remplacement de trois directeurs sur cinq (30 prairial — 48 juin), amena au pouvoir ces hommes médiocres qu'on charge ordinairement de tous les intérim^ Sieyès et Barras, unis aux Jacobins, au lieu d'alléger les charges publi-
aues, remettent en vigueur les lois d'urgence e 93, décrètent l'appel des conscrits de toutes les classes, un emprunt forcé et progressif de cent millions, et la loi des otages qui autorise tous les excès de l'arbitraire.
Les partis usent rapidement les hommes ; euxmêmes ne s'épuisent qu'avec le temps, et, en attendant les effets du temps , la dictature est l'unique force qui les puisse dompter. Plus qu'aucune autre province, la Savoie souhaitait et réclamait le retour de ce jeune général, exilé,
* Thiers. Bist. de h Révolution, X. Ul,
disait-on^ au delà des mers par la jalousie des ministres, et qui semblait, en s' éloignant, avoir emporté la fortune de la République. Soudain on apprend qu'il débarque à Fréjus (8 octobre), que le Directoire est renversé (9 novembre 99 — 48 brumaire) et que le Consulat va réparer les maux du pays (24 décembre. — Constitution de Tan VIII). Dès le 43 novembre, Tabolition de la loi des otages, le rappel des prêtres déportés, la tolérance pour le retour des émigrés et r exercice du culte ramènent la confiance. Tandis que Joseph de Maistre publie à Lausanne ses Considérations sur la France, première protestation contre les abus de la Révolution, le préfet du Mont-Blanc, Saussay, fait arrêter les prêtres qui, se méprenant sur les conséquences de la réaction du 48 brumaire, prêchent la désobéissance aux lois et annoncent le retour de l'ancien régime. Le 27 juin 1800, Bonaparte, vainqueur à Marengo , traverse la Savoie pour rentrer à Paris ; sur la route du Mont-Cenis à Pont-de- Beauvoisin, il fait élargir les prêtres détenus et autorise les prières publiques et les processions. Le vicaire général Roeès, revenu de l'île de Ré , contraint par son zèle excessif les autorités de Chambéry à user de rigueur contre les imprudents qui déclament contre les acquéreurs de biens nationaux et vouent aux flammes de iJ'^jlj/er quiconque s* est marié civilement depuis 479é. Le Concordat du 45 iuillet 4804, publié en Savoie en 4802 , vint enun rendre la
f>aix aux consciences et supprimer dans ce pays e seul motif qui pût perpétuer quelque irritation contre l'annexion française.