‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 10 sur 217 · LIVRE L · texte numérisé non relu

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contre les chrétiens, soit en Grèce, soit en Hongrie, il demandait à Dieu de ne pas permettre qu'il se laissât entraîner à Tardeùr du combat, ne voulant que soutenir rhonneur de ses armes sans détruire l'ennemi; si les troupes chrétiennes étaient trop faibles pour lui résister, Scanderbeg savait, par quelque incident heureux, leur donner les moyens de s'éloigner; si toute retraite devenait impossible, les faisant alors prisonnières, il se plaisait à adoucir leur captivité, à faciliter leur délivrance. Plus d'une fois même, déjà sûr de l|i victoire, il y renonçait, se jetant, comme par hasard, dans des difficultés d'où il ne sortait qu'à force de mouvements hardis, d'habiles manœuvres et sans effusion de sang. Mieux que des victoires meurtrières, de tels succès grandissaient encore Scanderbeg aux yeux de son armée ; pour la première fois aussi des chrétiens bénissaient un général turk. De tous les lieutenants de Murad, nul n'attirait autant de volontaires sous ses drapeaux, et le nom de Scanderbeg retentissait dans toutes les bouches. Chéri des soldats comme un père, il n'était pas moins aimé des officiers, car tous voyaient en lui un ami toujours prêt à faire valoir leur mérite et à pallier leurs fautes. Après la vic-

« de rhistorien [Marinus Barletius) qui suppose que Scanderbeg « ménageait les chrétiens dans toutes les rencontres, tandis qu'il se « précipitait comme la foudre sur Vennemi musulman. » Ce sourire de Gibbon pourrait en provoquer un autre plus motivé, car Tauleur tranche là assez dédaigneusement une question qu'il avait peu étudiée ou que son scepticisme personnel ne lui permettait guères de prendre au sérieux.

i-2 HISTOIRE DE SCANDEKBEG.

toire, Scanderbeg abandonnait à l'armée tout le bulin^ sans jamais en rien réserver pour lui-même; rare désintéressement , qui le distinguait des généraux turks plus encore que ses autres qualités.

Tant d'avantages étaient relevés par un extérieur non moins remarquable : la mâle beauté de ses traits, sa haute taille^ ses larges épaules, son regard d'aigle, Tair de noblesse répandu sur toute sa personne, tout en lui révélait une nature prédestinée au commandement. Une épaisse moustache noire ombrageait sa bouche; été comme hiver, son bras droit, un jour de bataille, était toujours nu, et c'était merveille que de le voir en action. D*une humeur enjouée,' d'une conception rapide, d'une loyauté chevaleresque, d'une indomptable énergie morale, d'une santé de fer, tel était Scanderbeg, quand son père mourut à Croïa.

Aussitôt Murad, sans plus de façon que s'il eût été l'héritier légitime, envoie Sewali, l'un de ses lieutenants, avec un corps de troupes. En peu de jours, soit que le pays manquât de forces pour se défendre, soit que les habitants, sachant les quatre fils de leur prince enlre les mains de l'ennemi, craignissent qu'il ne se vengeât sur eux d'une imprudente résistance, Croïa et toutes les possessions de Jean furent au pouvoir des Turks. Mais depuis longtemps les trois frères de Scanderbeg avaient cessé de vivre. Woïzava, leur mère, fut reléguée, avec sa fille Mamisa, au fond de l'Émathie.

Restait Scanderbeg; or, quel parti prendre envers un

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