LIVRE IV
« ennemis roulent sous les pieds de ton cheval ^l » Puis les tristes restes du dernier successeur du grand Théodose furent promenés dans toutes les villes de TOrient.
Quant au cadavre, on en permit l'inhumation avec le cérémonial usité aux funérailles des empereurs : c'était étendre la publicité de cette mort.
Deux jours entiers se passèrent en réjouissances : dans ce nouveau festin de Balthazar, les vases sacrés servirent de coupes au Sulthan et à ses convives; l'argenterie des églises, les ornements du culte décoraient la salle du banquet.
Encouragée par de tels exemples, la soldatesque s'abandonna à tous les excès d'une joie effrénée : s'enivrant avec les saints calices, elle couvrait ses chevaux des chappes, des parements d'autels, des vêtements sacerdotaux pillés dans les églises.
Pour n'être pas en reste de profanations , les janissaires promenèrent dans leur camp, au son du tambour, un crucifix coiffé d'un bonnet turk, en criant: Giaours, voici le Dieu des chrétiens! Et l'image sacrée subit les mêmes outrages qu'autrefois VHomme-Dieu. Les saints autels eux-mêmes furent souillés des plus hideux attentats I
A la suite de cette abominable orgie, Muhammed, à moitié ivre, ordonna à l'un de ses eunuques de lui amener le plus jeune fils de Notaras, âgé de quatorze ans, et dont on lui avait vanté la beauté.
» Hammer, Histoire de VEmpire Ottoman, lom. II.
La veille, le grand-duc avait faibli en face du vainqueur : comme il apportait ses trésors aux pieds du Sulthan. « Pourquoi, » lui dit Muhammed indigné, ce pource quoi n'as-tu pas employé cet or à la défense de ton « prince et de ton pays? — ce La volonté de Dieu était, » répondit Notaras , a que ces richesses t appartinssent. » — ce Eh bien! » répliqua très - logiquement Muhammed, « c'est à Dieu que j'en suis redevable, non (c à toi. »
Une imputation plus grave pèse sur sa mémoire i * on lui reproche d'avoir, par une infâme cupidité, remis à Muhammed la liste des principaux dignitaires de l'État; et le Sulthan aurait promis mille aspres à chaque soldat rapportant une de ces tètes lâchement vendues. Ce qu'il y a de certain, c'est que le lendemain, à la place du citoyen avili, le père reparut dans toute sa dignité; le même homme qui avait fléchi devant lemattre, se releva devant le bourreau : « Jamais, » dit- il à l'eunuque, « ja- « mais mon enfant ne servira aux infâmes plaisirs de ton « maître : plutôt ma mort et celle de tous les miens a qu'une telle souillure dans ma famille. »
Muhammed arracha lui-même l'enfant des bras de son père, et enferma l'innocente victime dans son palais.
Notaras exhorta ses deux autres fils à mourir en chrétiens, et s'écria en les bénissant : « Vous êtes juste, ô mon
* DucAs, XL. Au reste, il faut n'accueillir qu'avec réserve toutes ces incriminations, car les passions, les Laines du temps ne revivent que trop dans les histoires contemporaines.