‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 116 sur 217 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Terreur générale.— Inaltérable fermeté de Scanderbeg. — Il rejette la paix offerte de nouveau par Muhammed. — Mosès à la tète d'une année turke.— Sa défaite, ses remords, son retour auprès de Scanderbeg. —Autre défection, celle d^Hamza. Arrivée disa- Pacha.— Hamza proclamé pacha d'Albanie. — Nouvelle victoire de Scanderbeg.— Siège de Belgrade (Servie), par Muliammed. — Fin d'Hunyade.— Mort d'Alphonse, roi de Naples. - Douleur de Scanderbeg.— Deux pachas, Oumour et Sinan, en observation- sur les frontières albanaises. — Suspension momentanée des hostilités. — Scanderbeg en Italie.

L'écroulement de l'Empire grec semblait avoir ébranlé TEurope et TAsie. Tandis qu'une terreur universelle glaçait les âmes, Scanderbeg^ au récit de la catastrophe^ sentit croître son courage avec le danger. Pour la troisième fois, le fier vainqueur de Constantinople lui offrit alors la paix; une troisième fois aussi un petit prince d'Albanie la refusait avec hauteur.

Cependant Mosès ' approchait de l'Epire. Scanderbeg marcha droit à lui, sans feintes, sans embûches^ car de

* Barlktius, f. \ 48, Commentario délie cosedeTurchi e del S. Georg io Scander beg^ Vinegia, 445.

telles précaations eussent été inutiles contre un adversaire aussi vigilant et si bien initié à ses habitudes de guerre. II avait quatre mille fantassins et six mille cavaliers, tous hommes d'élite.

Entré sans obstacle dans la Basse-Dibre, Tennemi arriva jusqu'à la plaine d'Orocher, théâtre de tant de combats, et notamment de la défaite de Mustapha. C'est là que les deux armées se rencontrèrent.

A peine étaient-elles en présence^ que Hosès se détachant des rangs turks^ s'avança vers ses anciens frères d'armes :

c< Albanais ! » s'écria-t-il, « ce n^est point à vous que « j'en veux, mais à votre chef. Qu'il vienne donc, et a vidons seul à seul, corps à corps, notre différend. »

Scanderbeg dédaigna d'abord ce défi d'un traître; mais bientôt, poussé à bout par d'incessantes provocations, il s'élance, le cimeterre en main. A son aspect^ soit frayeur, soit plutôt remords, Mosès, toujours si calme en face du danger, si intrépide contre des milliers de glaives, se (rouble, tourne bride, et court précipitam-^ ment rejoindre son armée.

L'augure n'était pas propice : le combat s'en res-> sentit.

Ébranlés sur toute la ligne, les Turks commencèrent bientôt à plier; pour racheter sa récente faiblesse, Mosès faisait des prodiges de valeur. « Vraiment, » dit alors Scanderbeg , en admirant ce courage égaré, « la trace bison le rend plus brave encore que la fidélité 1 »

Page 1