‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 12 sur 217 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

d'un lieutenant suspect, qu'à ces périls mêmes que la bouillante valeur de son jeune lieutenant se plaisait à affronter; soit enfin qu'au fond du cœur une véritable tendresse protégeât cette jeune gloire née à son service, le Sulthan confia à Scanderbeg l'armée qui marchait contre le despote de Servie, Georges, de la dynastie des Brankovitch.

Cette Mésie supérieure^ des anciens est bornée au nord par la Hongrie, à l'ouest par la Russie, à Test par la Bulgarie et la Valachie , au sud par l'Albanie et la Roumélie. Après bien des vicissitudes, afl'ranchie du joug étranger, en 1151, par Tchoudomil, devenue, au XIV® siècle, un puissant empire sous son grand roi, Etienne Pouchan, elle conquit une portion de la Thrace, presque toute la Macédoine, plusieurs villes de la Thessalie et de l'Albanie. Mais bientôt arriva l'époque de la décadence : maîtres alors du pays, les Turks le divisèrent en quatre livabs, Belgrade, Semendrie, Krouchevacht, Novi-Batzar.

1 Mœsia, entre la Save et le Danube, au nord ; les monts Scardus, Orbalus, Gœmus, au sud ; à Touest, le Drin septentrional ; le Pont- Euxin à Test.

CeUe vaste contrée dut son nom aux marécages qui forment le Danube. Ses principaux peuples étaient les Mèses, les Dardanes, les Scordisques , les Picenses, avec un mélange de tribus slaves et finoises.

Complètement conquise sous Auguste , elle fut partagée en deux provinces, Mésie supérieure, ou première Mésie, Mésie inférieure, ou deuxième Mésie. Aujourd'hui elle fait partie delà Bosnie, de la Servie et de la Bulgarie actuelle.

16 HTSTOIKE DE SCANDERBEG.

Si Scanderbeg avait pour amis ses soldats et ses frères d'armes, il n'en était pas de même parmi les pachas, parmi les courtisans qui entouraient Murad : dans ce monde d'ambitieuses intrigues, depuis longtemps déjà la gloire du guerrier albanais avait soulevé contre lui bien des inimitiés : la nouvelle faveur dont il était l'objet vint raviver et concentrer ce foyer de jalousies. Pour perdre l'étranger, tous unirent leurs efforts ; tantôt ils affectaient de célébrer, devant Murad, les habiles largesses qui rendaient Scanderbeg si cher à la multitude; tantôt ils insistaient sut l'aveugle dévouement des soldats à sa personne, donnant même à entendre que l'Albanais aspirait, dans l'ombre, à Théritage paternel, peut-être même à de plus hautes destinées. De telles insinuations, sans produire encore tout l'effet désiré, sans trouver le Sulthan disposé à les accueillir, le préoccupaient néanmoins. C'est qu'en réalité la situation respective de Murad et de Scanderbeg était des plus fausses ; elle ne pouvait durer longtemps.

Instruit de tout, celui-ci, pour détourner les soupçons du maître, s'imposant la dure nécessité de ne plus ménager les chrétiens, poussa la guerre avec plus de vigueur que jamais. Chaque combat était un triomphe, et le vainqueur revenait à Andrinople déposer aux pieds du Sulthan de riches dépouilles. Enfin ayant, dans une grande bataille, défait toutes les forces du despote, il s'empara de plusieurs forteresses, l'expulsa même du pays, et soumit à l'empire turk toutes ces contrées.

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