I.IVRE V
de la chrétienté, leur affection reposait sur une admi-r ration mutuelle. Alphonse est le plus grand prince qui soit monté siir le trôpo d'Aragon. Doué d'une merveilleuse éloquence, mais sjnpère ; tr^s- habile politique^ mais loyal ; guerrier redoutable, mais humain, il aimA les lettres, protégea les science^, et, après le désastre de Constantinople, recueillit dans ses Etats les doctes, les glorieux débris du naufrage.
Malheureusement de graves défauts déparaient de si grandes qu0lités : s'engageant dans des guerres contiT nuelles, pour y subvenir il écrasait ses sujets d'jmpàtss plus d'une fois son amour effréné des plaisirs Fei^tralna à de graves abus dautorité, à de regrettables scandales; sa conduite enfin envers l'Eglise, et l'acharnement aveo lequel, pour spolier plus librement le clergé de ses Etats^ il opposa longtemps un anti-pape au pape légitime , permettent de n'attribuer que bien peu d'empire aai sentiments religieux sur sa conscience d'homme et de monarque.
La grande préoccupation d'Alphonse, c'était la posté»rité ; aussi fut-il sur le trône le courtisan des poètes et des historiens, ces dispensateurs de la gloire; sa muni* ficence allait les chercher au loin : pensions, titres, lar-r gesses, il n'épargnait rien. En retour, le Pogge (Poggio Bracciolini), François Philelphe, Antoine de Palerma, ^néas Sylvius , pape depuis sous le nom de Pie II, Georges de Trébizonde, Laurent Valla, Barthélemi Farîo, peintre de sa vie, et Barcellius, narrateur de ses çam-
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pagnes, rivalisaient d'éloges, d'enthousiasme; tous l'ont proclamé Alphonse le Magnanime.
Studieux, avide de connaissances, son réveil était toujours consacré à la lecture; ses soldats, sûrs d'une ample récompense, lui apportaient tous les livres et manuscrits qu'ils pouvaient se procurer. Les Commentaires de César ne le quittaient pas ; chaque jour il en lisait quelques pages.
Sa devise était un livre ouvert. Son précepteur et historiographe, Antoine de Palerme, étant venu visiter le Roi malade à Capoue, lui remit un volume de Quinte- Curce, et celte lecture guérît Alphonse.
Son intrépidité n'éclatait pas seulement sur les champs de bataille; elle fut toujours au service de sa bonté. Voyant un jour une galère chargée de soldats prête à périr dans les flots, il ordonna aussitôt qu'on la secourût; mais comme tous les spectateurs hésitaient, le Roi s'élança dans une barque en s'écriant : « J'aime mieux être « le compagnon que le témoin de leur mort, » et tous furent sauvés.
Un tel cœur rachète bien des fautes.
Par testament, Alphonse déclara héritier de ia couronne d'Aragon son frère Jeaa, roi de Navarre; quant au royaume de Napies, sa conquête, il en disposait à son gré, et le laissait à Ferdinand, son Gis naturel légitimé.
On conçoit tout le prix qu'attachait Scanderbeg à l'amitié d'un pareil homme et les larmes données à sa perte.
Après les premiers jours de douleur, passés dans^une