LIVRE V
et les Epirotes se livraient avec sécurité à Tagriculture, au soin de leurs troupeaux. Habile à proGter de cette heureuse circonstance y Scanderbeg parcourait les campsignes, réparait, autant que possible^ les maui^ d^ la guerre , élevait d'utiles constructioqa , assainissait les villes, et partout fortipait les points vulnérables. Sur le sol de l'Ëmathie ^ gisaient d'antiqpes et précieux dé^ bris : il les recueillait avec un soin pieux. Ce même homme, si terrible à la guerre, savait, par une soudaine et merveilleuse transformation, concentrer tout entière dans le gouvernement intérieur de son pays cette inf4'>tigable activité que ne put jamais ni surprendra ni affaiblir son formidable ennemi.
. Jusqu'au dernier instant de sa vie, Scanderbeg espéra que le Pape, le roi de Naples et la République de Venise réuniraient leurs efforts pour défendre un peuple libre et chrétien , intrépjde gardien des côtes de la fu^r
* K Parqni les naUon^ qqe le sort a jetées dans la Macédoine, et dont un ^rand non^bre d'individus se sont faits Mahométans, on remarque une peuplade, entièrement bulgare, qui habile TÉmalhie supérieure , située au couchant de TAxius , aux environs des ruines de ^tobi (capi^^le de |a quatrième divisian de 1^ l^acé^oine, d'après le règlement de Paul Emile, et qui prenait le titre de municipe).
« Cette contrée est peuplée de Mabométans qui parlent tous entre eux la langue bulgare. On ne peut douter que cette peuplade pe soit d'origine scylh^ : son isolement dans çe^\e partie de la Macédpjup, ci-devant Bulgarie, fait asseï connaîlre qu'elle est de la race cj^s autres Bulgares, dont elle est environnée. Quelque cause extraordinaire aura déterminé les habitants à se j^ter dans Tislamisme. » (CousiNÉRY, Voyage dans la Macédoiifi^t \^^' !•)
Adriatique et de l'étroit passage qui sépare la Grèce de l'Italie.
Mais loin que les Latins formassent une croisade pour défendre Scanderbeg, ce fut le héros épirote qui alla lui-même défendre Ferdinand en Italie; c'était une occasion de payer au Gis tout ce qu'il devait d'amitié, de reconnaissance au père.
Voici à quelle occasion : vers 1420, tandis qu'Alphonse y^ d'Aragon^ maître aussi de la Catalogne, du royaume de Valence, des lies Baléares, de la Sicile, de la Sardaigne, cherchait à semparer de la Corse, pour mieux dominer la Méditerranée, Jeanne II, de Naples, attaquée par Louis III , d'Anjou, offrit à Alphonse de l'adopter et de l'instituer son héritier, sMl lui engageait son appui. Heureux d'accepter une proposition si conforme à ses vues, ce prince envoya une flotte à Naples^ força son compétiteur à lever le siège, et plusieurs forteresses lui furent immédiatement remises.
Mais le bon accord ne subsista pas longtemps : indigné de l'arrogance de Carâccioli * , amant de la Reine, Alphonse le fit arrêter. Jeanne n'était pas d'humeur à supporter une usurpation de cette nature : pour venger
* Durant les dix-huit années de sa honteuse faveur, il s'était fait nommer grand sénéchal, duc de Venuze et comte d'Avellino. Tant de honteuses faveurs n'avaient pas assouvi sa cupide ambition : il en exigeait d'autres, quand Jeanne , révoltée d'une telle audace , finît par ordonner son arrestation. Carâccioli résista-t-il ? Une instruction secrète éiait-elle donnée? Toujours est-il que les agents de la yolonté royale le tuèrent.