‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 132 sur 217 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

son amant, à qui s'adressa-t-elle ? A ce même René d'Anjou qu'elle combattait la veille. On en vint aux mains dans les rues de Naplesi D'abord repoussé , Alphonse expulsa ensuite la reine; en 1423, il était maitre de la capitale. Puis rappelé en Aragon, au secours du roi de Navarre, son frère, contre le roi de Castille, il évacua le royaume de Naples. Ce fut après la mort de Jeanne, après bien des vicissitudes de guerre qui tiennent du roman, qu'il rentra à Naples par le même aqueduc qu'autrefois Bélisaire.

A la suite de sa réconciliation avec le pape Eugène IV, Alphonse fut reconnu par lui comme légitime souverain de Naples. Malgré les embarras d'une longue et ardente guerre contre François Sforza, duc de Milan, puis contre les Florentins, les Génois ^ et les Vénitiens, il y régna sans opposition jusqu'à sa mort.

Quoique son caractère cruel et dissimulé lui eût déjà fait beaucoup d'ennemis, Ferdinand, alors âgé de trente-quatre ans, ne rencontra néanmoins aucune difficulté : les Napolitains aimaient mieux encore subir un mauvais roi que de perdre leur nationalité, et de passer sous lé sceptre de Jean, roi de Navarre, frère et héritier d'Alphonse, pour n'être plus qu'une province aragonaise.

Mais cette résignation ne pouvait pas durer longtemps : dès l'année suivante, en 1459, se repentant

^ Ils avaient conservé un vif ressentiment de son expédition en

Corse.

366 HISTOIRE PE SCANÛEBBEG.

d'un semblable choix, ils invitèrent le fils de René» Jean d'Anjou, à veiiir disputer cette couronne, prétentipn de ses ancêtres, persévérante et toujours stérile.

Sans hésiter, Ferdinand marcha à la repcontre dç l'ennemi, et fut battu/le 7 juillet 1460, à SarpoS près du lieu où Narsès, en 853, avait, du même coup, tué Téia et la monarchie des Ostrogoths. Vingt jours plus tard, une autre armée qui soutenait sa cause dans la Fouille éprouva le même sort; et telle devint la pénurie de ce prince, que la reine Isabelle, sa fepme, pour lui procurer quelques ressources, dut faire ellemême, avec ses enfants, dans les rues de Naples, une quête.

Presque tous les souverains d'Italie se mêlèrent à cette querelle : François Sforza , duc de Milan , et le pape Pie II, en faveur de Ferdinand, qui venait, en cédant à TEglise le duché de Spolète', de lui restituer les villes de Bénévent^ et de Terracine^, usurpées par son père; la haute noblesse napolitaine, comme la plupart des princes, en faveur de Jean d'Anjou.

En cette extrémité, Ferdinand songea à invoquer

^ B4tie par les Pélasges.

' Jadis une des plus importantes viiles de rOmbrie,elle avait opposé à Annibal une énergique résistance.

* Plus ancienne , dit-on , que Rome elle-même : BenemtUum^ d'^l^ord ville samnite, s'appelait i(/a/om, ou Maleventum, mm de sinistre augure, que remplaça celui de Beneventum,

^ Sur la mer Tyrrhéuienne, ville de la domiqatiou volsque ; elle appartint aux Romains depuis Fan 330 av. J. C.

LIVRî: V.— 1453-1454. Wl

l'assistance de Scanderbeg. Toutefois, avant de tenter auciine démarche, il communiqua son projet au S9int- Père. Non-fieulement Pie IJ l'approuva, mm son jnterr vention personnelle «ppela le priace épirptn en Itftlia,

<¥ Si mon cœur ne m'y portait déjà, » répondit celui-» cj, « le désir du Souverain Pontife suffirait pour me dé? « çider, :*>

Mais à ^a yeux, préserver Tindépendanpe da la pa-r trie, garantir le salut de tous, était le premier des devoirs, le plus cfier intérêt : il accepta dqnc la trêve itér rativement proposée par Muhammed, sans lui laisser toutefois le moins du monde deviner sa pr^ohfiine campagne en Italie. Un profond mystère enveloppa ^ns pes préparatifs,

Ayant ensuite réglé les nflfaire» urgentes, |l confia radministration du pay9 à Woïsfivas un conseil do t4v gence, choisi parmi los hoptimes les plus O^péfimep^l et les plus probes^ devait fissister la prinço^ge,

Tout entier ensuite au supcès <]e fia pouvello isqmpttr gne, il expédia d'ahor(l à ffaples, çon^me fiv^nt-gard% son neveu Goïa avec cinq cents cavaliers 4'éMtet ArdOPPi des prières publiques i acpomplU pieusement, SU pied 4es autels, toqs ses deyoirs religieux, et fissignfi H^guse pour rende?-Yous et Ijeu de rassemblement, clf^ns le plus bref délpij à toutes les galères envoyées d'ït«lJ8, h t^qs les bâtiments épjrotes,

Sientôt il y arriva Iqi-ipème à h tète (le cinq mille

fftntAspini et 4o 4eui: mM cm pent» pnvftllws,

Cette entrée fut un véritable triomphe. Après avoir consacré quelques jours aux préparatifs du départ, Scanderbegy suivi d'un nombreux cortège d'ofBciers et de seigneurs albanais, se rendit au Sénat. Là, David, chan* celier^ dans une harangue solennelle^ salua en lui le glorieux, l'inexpugnable rempart de la chrétienté. L'archevêque de Durazzo^ Paul l'Ange, ami intime, fidèle conseiller^ qui ne quittait jamais Scanderbeg, répondit au chancelier avec le gracieux à-propos et la brillante éloquence dont il possédait l'heureux privilège.

Les adieux faits^ tous les besoins de la traversée prévusy la flotte fut divisée en deux escadrilles : celle de droite se composait de cinq galéasses, dont une portait Scanderbeg et Gine Musakhi ; celle de gauche était égale en nombre; Mosès, ayant avec lui Leccha Zaccharias, la commandait; aucentre^ se trouvaient tous les bâtiments de charge, ainsi couverts et protégés.

Aussitôt que tout le monde fut à bord, Scanderbeg ayant ordonné le silence^ fit, à haute voix, la tête nue, au milieu des équipages, des officiers et des soldats à genoux, la prière suivante :

a Seigneur Jésus-Christ, Fils duDieu vivant, qui sièges « à la droite du Père Très-Haut et Tout-Puissant, en ta a gloire éternelle; qui, dès le commencement, créas de « rien toutes choses, lesquelles ta volonté régit et mo- « dère; qui, de toute éternité, as préélu ta très-âainte « foi chrétienne, et par l'effusion de ton très-précieux « sang et celui de tes saints martyrs et apôtres, l'as ci-

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