‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 134 sur 217 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

comprenant les Sqientins (Hydronie et Brunduiium étaient leurs principales places ), la Messapie aveo les Calabres et la Pencétie ; l'autre, italique, comprenant TApulie propre, la Dauhie, la péninsule du mont Gargane.

Scand^rb^g pyant appris que c'était le MùnU Gargam {MontStin(o Angeh)^ oélèbre par Tapparition de sainte Michel : «Pieu soit loué » 8'écria-t-il,« et hàtons-nous de <¥ ce côté, » I) avait, en effet, pour cet archange guer-p Fier, une dévotion particulière, et le chef des célestes railices était pour lui un ange à part. Aussi, à l'aspect d'un lie^ où son invocation était en si grand honneur, le prinpe se mit à genoux, et implora son intercession aur prèa de Dieu, pour le succès de l'entreprise.

Bientôt l'armée ayant pris terre, Scanderbeg, débarqué avec l'archevêque, envoya reconnaître le pays. In-r formé par ses coureurs que l'ennemi n'était pas loin, il remonta sur son vaisseau et fit voile vers Bari , aa^ ciennement Bariufn ^.

Il était temps, car Ferdinand, serré de près dans cette place par le duc d'Anjou et par le célèbre comte Jacques ficcinino % n'avait plus guère d'autre alternative qqe 4q ge rendre ou d'être pr|s l'épée ^ )a mm-. MaiSi î la WBle

t Cette ville, soumise aux Romains jusqu^à la chute de TEmpire, avait conservé son régime municipal. Tombée au pouvoir des Sam<» sins, p^is (les en^p^reyrs ^repp, e||c fut, plHS Iî>r4» prise f^f des Normands, qui en firent la capitale de leur principauté ; elle passa ensuite aux-rois de Naples.

* Second fils de Nicolas Piccining, Tiin des p)i|)| grgpds généraux

apparition des vaisseaux auxiliaires^ les assiégeants se retirèrent précipitamment à dix lieues de là.

Libre alors^ Ferdinand courut au-devant de Scan* derbeg ; Tentrevue fut des plus affectueuses. Après les premières effusions de mutuelle reconnaissance, les deux princes s'acheminèrent ensemble vers Bari; partout, rar leur passage, accouraient les populations, impatientes de contempler de près le héros dont le nom occupait tant la renommée; Pair retentissait d'acclamations; à cette grande voix de la multitude, Tartillerie mêlait son tonnerre.

Il importait d'arrêter immédiatement un plan d'opérations. Se concentrerait-on aux environs de Bari, ou marcherait-on vers les Âbruzzes, afin d'en ouvrir les passages aux confédérés qu'attendait Ferdinand, et de &*avanccr ensuite, à la tète de toutes ces forces réunies» contre l'ennemi? Cette dernière opinion ayant prévalu» une garnison suffisante fut laissée dans la ville, et l'armée partit avec des vivres pour cinq jours.

A la faveur d'épaisses ténèbres, elle passa près de l'ennemi, qui ne se doutait même pas du mouvement, gagna les Abruzzes, fondit à l'improviste sur les postes qui en gardaient les passages, tua les uns, prit ou dispersa les autres, et se mit en communication avec les généraux alliés, Frédéric d'Urbin et Alexandre Sforza.

Tous les moyens d'action se trouvant ainsi réunis,

de ritalie au xv^ siècle : il fut le quatrième et dernier chef de la célèbre milice de Braccio Ui Montone.

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on alla prendre position près d'Ursara, petite ville de la Fouille, fidèle à Ferdinand.

Mais, sur l'avis que le comte Piccinino se rapprochait deBariy place dont la conservation était de la plus haute importance, Scander beg se chargea de cette expédition avec ses Albanais. A peine arrivait-il, que l'ennemi se présenta, mais sans engager d'action générale.

Toute la journée se passa en escarmouches; bien qu'inférieurs eu nombre, les Albanais y eurent toujours l'avantage.

Comme une bataille devenait inévitable, et qu'il en redoutait l'issue, Piccinino eut recours à la ruse : s'avançant à la tète d'une escorte, il demanda Scanderbeg.

Celui-ci ne se fit pas attendre.

Isolés ainsi de leurs troupes, les deux chefs choisirent un lieu à distance égale des armées respectives^ découvert de tout côté, et à l'abri d'une surprise.

C'est là qu'eut lieu la conférence.

Quand Piccinino, de mine chétive et de taille exiguë, vit en face de lui ce redoutable adversaire, à la haute et athlétique stature, à l'air martial, au regard d'aigle, au teint basané, a l'énorme moustache relevée, au costume oriental, aux armes turkes, il sembla un peu déconcerté et garda quelques instants le silence. Mais sa surprise augmenta bien autrement encore lorsque Scanderbeg l'ayant pris par le milieu du corps, l'éleva en l'air, le baisa sur le front et le remit doucement à terre comme un objet fragile.

J74 ' HISTOIRE flE SCANDERBEG.

Revena de son émotion, l'astucieux comté entra eti matière : à Tentendre, grâce à ses habiles, à ses mystérieuses mesures, le royaume deNapies était assuré à Ferdinand; bientôt aussi, toujours grâce à elles, duc d'An-* joQ et Français seraient obligés de se retirer. MàM comme cette importante question exigeait un long ett^ tretien, que d'ailleurs la nuit arrivait, il offrit de remettre l'entreTue au lendemain, après être convenu du lieu, de rheure, du nombre d'hommes que chacun d'etlf amènerait. En attendant, Piccinino proposait Uhe ^ni^ pension d'armes, heureux présage d'utié prochaine et durable paix entre deux partis qui bientôt h'eri fordie^ raient plus qu'un seuh

Le lendemain matin, à rheiii*e dite, le loyal Albfltldis, ftvec sept cavaliers seulement^ marchait droit, satis défiance, au rendez-vous. Mais, en chemin, il renbOntM un soldat du camp ennemi. Fasciné par Tadmifation qdë Scanderbeg inspirait â tous les braves, cet hotnitie te- * nait, en toute hâte, l'exhorter à ne pas aller plus Ibln, car le lieu de l'entrevue était semé d'embûches; passif outrej c'était tomber, mortouvif, au pouvoir du cotiite; Scanderbeg ayant aussitôt tourné bride> envoya quelqtttirf pelotons de cavalerie reconnaître les lieux | dr, tOttt n'était que trop conforme au récit du soldat.

Indigné d'une si noire perfldie^ il la divulgua haute-^ ment, et résolut de châtier, dès le lendemain, le trattrêi Officiers, soldats, tous partageaient son juste ressenti'^ ment.

Moins que jamain PicciriiMo tt'aui-ttit tObltt Hsqtter Utië bataille contre des trduped ainsi eittltées s aiii premiërei ombrés de la nuit , il décampa dans la direction de Ifôcera. Le lendemain matiu^ toutiâs leii dispositions de Scanderbeg étaient prises, car il prévoyait Un cottibat« Mais, calculant l'avance que l'ennemi avait éur lui, il renonça à le poursuivre, et rartiena son armée à Ursara, où Ferdinand l'attendait avec la division italienne.

Là allait se vider, le 18 août, la grande querelle entré les deUx prétendants.

Trois lieues seulement séparaient UrSâra dé NiWerai et quiîique le mont Seglano et la ville de Troja * fussent entre elles, les armées se trouvaient à proiimité Tuttë de l'autre. En de telles circonstances^ la montagne devenait un point stratégique important : Picdnibo VoUltit s'en emparer ; mais Scanderbeg l'avait déjà prévenu i il en était maître. Ce fut là un vif désappointement pour le comte, qui vit tout de suite quel avantage lui échappait. Le mal étant sans remède^ il chercha, par ses di§*> positions, à en atténuer, autant qUe poigslble, M e&ëtSi £n tète du corps de bataille qui s'étendait sur tro!» lignés, Piccinino plaça toute son artillerie,' entremèlél

^ Cesldans cette ville, fondée^ dit-on, sods le» empereurs ^recs Michel et Basile , qu'Urbain II (désigné par Grégoire VII mourant, comme Tun des trois hommes dignes de lui succéder), Vainqueur dé Tanti-pape Guibert, et, au concile de Clermont, en 4095 , éloqdeat promoteur de la première croisade , asseinbla un concile devenu célèbre. Urbain 11 était né, en France, à Lagny, près de Chàtillon-sur-Marne.

de nombreux piquiers, les arquebusiers et arbalétriers formaient la première; l'infanterie napolitaine et apulienne, la seconde; les Génois et Calabrais, la troisième, comme une sorte d'arrière-garde. Sur les ailes, se déployait toute la cavalerie: les Angevins, à droite; les Italiens, à gauche*

Scanderbeg et Ferdinand avaient donné moins de profondeur à leur corps de bataille; il n'avait que deux lignes, toutes d'infanterie, tant italienne qu'albanaise. La cavalerie italienne formait l'aile gauche : Ferdinand la commandait; l'albanaise se composait de Dibriens et de Macédoniens : les premiers, sous Mosès; les seconds, sous Giurize : c'était l'aile droite. —

Surprendre l'ennemi par la soudaineté de ses attaques» sans lui laisser le temps de se rétablir, telle était l'habitude de Scanderbeg : il appliqua ici le même principe.

S'ébraniant tout à coup, avec un épouvantable brait de clameurs humaines, de clairons, de tambours, d'armes à feu, Tarmée albano-italienne se précipite sur l'ennemi ; telle est son impétuosité , que l'artillerie de Piccinino ne peut pa^ même lirer. Effrayés de ce tumulte, les chevaux d'attelage se cabrent sur la gauche, qu'ils mettent en désordre. Au moment où, remise de ce premier tumulte, elle cherche à se raccorder, une rude charge de Mosès et de Giurize achève de la rompre et la disperse.

De son côté, Ferdinand donne sur la droite avec la même vigueur; bientôt il Ta renversée.

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