LIVRE V
Tout le fort de Taction s'est concentré aux deux corps de bataille. Scanderbeg, le duc d'Anjou, Piccinîno s'y disputent , avec acharnement , la victoire.
Deux circonstances capitales en décident : Tune, c'est que, ses flancs ayant été découverts par la fuite de sa cavalerie, Tennemi se trouve enveloppé de toutes parts; l'autre, c'est qu'après avoir poursuivi quelque temps les fuyards, Ferdinand et Mosès viennent tomber sur les Génois et les Calabrais, qui forment, ainsi qu'on l'a vu, l'arrière-garde; or, ceux-ci, en voulant s'appuyer sur le corps de bataille, s'y précipitent avec tant de brusquerie, qu'ils en brisent les rangs. Pour se maintenir, il faut les repousser comme des ennemis. Bientôt la déroute devient générale.
Quatre mille morts, mille prisonniers, vingt-cinq drapeaux, telle fut la perte des vaincus : les vainqueurs n'eurent à regretter que mille hommes.
Quant au duc d'Anjou, poursuivi à outrance, il risquait fort d'être pris, si, parvenu au pied des murs de Troja, les habitants ne l'eussent hissé à l'aide d'une corde, et recueilli; de là, ayant gagné Gênes, il s'embarqua pour la France.
Après sa victoire , Ferdinand avait marché droit sur Naples avec Scanderbeg; il y fut proclamé roi sans difficulté; toutes les autres villes suivirent Texemple de la capitale. Une seule, dans la Fouille, Trani *, résistait en-
* Turenum (Terre de Bari). Détruite, en 4134, par Roger II,
core. FerdiDand lui oyait aatrefois donné pour gouverneur un Sicilien nommé Fusiani : celui-ci^ Tôyahtla lutte des deux compétiteurs et le royaume en feu, résolut de garder la place pour soncompte personnel, et de s'y créer une petite souveraineté indépendante. Comment prévoir, en effet, que Ferdinand, dépouillé dé tous ses Ëtats, pourrait jamais le troubler dtlns sa joaissance?
Fusiani de savait pas qu'en politique, pour deviner juste, il faut souvent prévoir l'invraisemblable.
Comme il avait fortiQé la place, et qu'une foulé de hardis aventuriers, d'affamés pillards, fléau des pays d'alentour, en formaient la redoutable garnison, uri siège en règle eût été nécessaire : « Soyez tranquille, » dit. en Haut, Scanderbeg au Roi, « j'en viendrai à bout <x a moins de frais. » Et aussitôt il part avec une troupe choisie.
Arrivé près de Trahi, il embusque presque tous ies Albandid , leiir ordonne de ne paraître qu'à son appela s'avance jusqu'aux portes de la ville, et demande j parler au gouverneur. Fusiani étant aussitôt sorti avec une escorte à peu près égale à l'escorte apparente de Scanderbeg, celui-ci le prend à part, insiste sur tous les périls auxquels son imprévoyante obstination l'exposéy et lui parle, en détail, des récompenses, des honneurs
d'abord grand-comte, puis roi de Sicile , elle retrouva bientôt sa prospérité.