‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 14 sur 217 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

A cette époque, Eugène IV occupait le siège pontifical. Ce pape, dont la vie fut si orageuse, et qui ne reconnut qu'à sa dernière heure * le néant des ambitions humaines, voyait avec indignation la Servie aux mains des infidèles.

D'un autre côté, la mort, en 1439, d'Albert d'Autriche, roi de Hongrie *, embarrassait fort les Hongrois, qui sentaient le besoin d'opposer aux progrès des Turks une digue puissante.

Ayant tourné leurs regards vers le fils du fameux Jagellon, vers Wladislas VI, roi de Pologne, bientôt, en 1440, ils placèrent une seconde couronne sur la tète du jeune monarque. Jean Corvin* Hunyade, ce vivant rempart de la Hongrie contre les Ottomans, avait jeté sa puissante épée dans la balance, en faveur de Wladislas, qui, pour reconnaître un tel service, le créa wayvode de Transylvanie. Aussitôt Eugène envoya au nouveau roi le cardinal Julien (Juliano Cesarini, cardinal de

* « 0 Gabriel! » s'écria-l-il alors, « qu'il eût bien mieux valu pour a toi ne devenir ni cardinal ni pape , mais vivre et mourir dans ton « cloître, occupé des exercices de ta règle ! »

' Son mariage, eu H21, avec Elisabeth, fille de Tempereur Sigis« mond , avait rendu à la maison de Habsbourg des droits sur les royaumes de Hongrie et de Bohême.

^ S'il eût tiré quelque orgueil de sa naissance, ce grand homme aurait pu , par sa mère , se rattacher aux empereurs de Constantinople^ et le nom de Gorvinus autorisait un Yalaque à se croire issu des plus illustres patriciens de Rome.

Dans leurs armes , les Hunyades avaient un corbeau enserrant de son bec un anneau d'or.

Saint-Ange), pour l'exhorter à secourir le despote. Séduit par l'aspect religieux et chevaleresque de cette expédition, Wladislas donne sa parole; fatal consentement, qui devait bientôt, après la triste violation d'un serment solennel, lui coûter la vie. Sans perdre de temps, Wladislas réclama l'assistance des chevaliers de l'ordre ïeutonique; mais ceux-ci refusèrent de prendre part à cette nouvelle guerre. Pour excuse, ils alléguaient l'épuisement où les avaient réduits leurs récentes expéditions en Prusse et dans la TJvonie. Plus heureux du côté des Polonais et des Valaques, le roi en obtint une forte armée, entretenue à leurs frais pendant six mois. A ces troupes vint se joindre un nombre considérable de volontaires allemands.

Wladislas ayant passé le Danube avec son armée, alla attaquer et prit la ville de Sophia, VUlpia sardica des anciens la Triadiiza des Bulgares, bâtie par Justinien, entre Tlsker ( l'OEsus ) et la Nissava.

Au premier bruit de cet armement , Murad mit le siège devant Belgrade. Mais, après sept mois d'opiniâtres efforts, il fut contraint de le lever : Hunyade était là.

Impatient de venger rhonneur du Croissant, le Sulthan rassemble une armée dequatre-vingt mille hommes, devance l'entrée des chrétiens en Mésie, lance sur la Hongrie vingt mille combattants commandés par Scanderbeg et Karam-bey, pacba de Roumélie, et suit, avec le gros de ses forces, cette puissante avant-garde.

Entrés d'abord en Bulgarie, les deux généraux turks

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