LIVRE I
vinrent camper sur la Morawa *, en face de Farraée chrétienne, forte de trente-cinq mille hommes.
Soit qu'Hunyade s'indignât de voir si près de lui Tennemi de la foi ; soit qu'il redoutât pour ses troupes les ravages de plus en plus meurtriers de la dyssenterie; soit que déjà quelques intelligences existassent entre le roi de Hongrie et Scanderbeg, le héros valaque, laissant Wladislas dans son camp, passa la Moravia, et vint, avec dix mille hommes, reconnaître la position des Turks.
Une action générale devenait imminente. Scanderbeg voit que le moment est arrivé. Appelant dans sa tente ses plus intimes confidents et son neveu Hamza, que d'éclatants exploits rendaient depuis, longtemps cher aux soldats, il s'ouvre à eux. Tous approuvent son plan, tous jurent d'affranchir la patrie ou de périr.
A peine se sont-ils séparés, qu'Hunyade fond sur les Turks. Pris au dépourvu, mais toujours intrépides, ceux-ci courent en tumulte aux armes; mais, ô prodige! Scanderbeg, l'invincible Scanderbeg fléchit; pour la première fois, il recule, et ses guerriers cèdent le terrain. A ce spectacle, frappé de stupeur, le pacha hésite, se trouble, perd la tète; bientôt toute son armée est en pleine déroute. Les fuyards tombent, en foule, sous le fer d'Hu-
* Prenant sa source en Bulgarie, celte rivière va se perdre dans le Danube.
Une autre rivière du même nom, née aux confins de la Bohême, passe en Moravie el se jelte dans le Danube.
nyade ; ses ardents Hongrois suffisent à peine au massacre, au pillage; quatre mille prisonniers attestent Tétendue de la défaite. Grâce à la vitesse de son cheval, Karam-bey, suivi d'une faible escorte, parvient à s'échapper.
L'instant était favorable : Scanderbeg arrête dans sa fuite le reis-eflfendi de Murad, et lui fait mettre les fers aux pieds, le menaçant d'une mort soudaine s'il n'expédie pas immédiatement au gouverneur de Croïa Tordre, au nom du Sulthan , de remettre la place à 8can«^ derbeg.
Le malheureux obéit, sans stipuler qu'on lui laissera la vie , et aussitôt il est tué , ainsi que quelques Turks qui étaient avec lui; inutile autant qu'odieuse barbarie, où ne se peignent que trop bien les mœurs de l'époque et du pays.
Trois cents hommes, presque tous Albanais, gens de cœur et de dévouement, s'étaient ralliés à Scanderbeg : à leur tête, il marche sur TÉpire, et arrive le septième jour à la Haute-Dibre *, sur les confins des Triballes, à
* La dénomination de Dibre vient, croit-on, deTesclavon Dobro, bon, à cause de la fertilité de son territoire. Gomme autrefois , cette contrée est encore divisée en haute et basse Dibre, appelées par les Scbypetars Dibre-Sipre (ou Dibre supérieure), eiDibre-Posi(o\i Dibre inférieure), A huit lieues au nord de la Haute- Dibre, est située la Basse-Dibre,
L'avant-dernier dey d* Alger , qui a si énergiquement résisté à Tamiral Exmouth , était un aventurier de la Basse-Dibre,
(PoDQUEviLLE, Voyoçe de la Grèce.)
« Duas namque Dibras régie habet illa, sicut natura, it^ etiam