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trâilles desquels les oiseaux avaient fait leurs nids^
A l'aspect de ce théâtre d'atrocités , le farouche Sulthan s'écria : « Il est impossible de chasser de son c( pays un homme qui a pu y faire de si grandes choses, a et qui a su si bien employer ses sujets et sa puissance.
« Cependant, » ajouta-t-il, regrettant sans doute d'avoir ainsi révélé ses secrètes pensées, « un homme (( qui a commis tant de crimes n'est guère estimable *. »
Ce tigre à face humaine, celte variété de monstre, est un des plus hideux phénomènes de l'histoire.
Au reste, un tel fléau, la Valachie en était redevable à Muhammed ; et si le Sulthan voulut le renverser d'un trône sur lequel il avait concouru à le placer, ce ne fut pas par horreur de ses cruautés : entre tyrans, on se doit de l'indulgence; mais, pour avoir envoyé des ambassadeurs à Mathias Corvin ; pour avoir refusé, avec le tribut annuel, les cinq cents jeunes gens qu'il s'était engagé à fournir; enGn, pour n'être pas venu lui-même déposer ses hommages aux pieds^du Sulthan^.
Tandis que les Turks poursuivaient ainsi leur marche victorieuse, marquant chaque étape par la prise d'une ville ou le renversement d'un trône, que se passait-il en Albanie?
Après avoir pris congé d'un allié qui lui ressemblait si peu, Scanderbeg avait conduit son armée à Trani, où
1 Volucres nidos feceranl in inferioribm eorum (Docas). * Virum qui tanta patraverit non multi faciendum esse, ' Hammer, Histoire de l'Empire Ottoman, tora. lïl.
394 HISTOIRE DE SCANDKRBEG.
l'attendait une flottille. Heureusement débarqué h Darazzo et impatient de voir, par lui-même, l'état de ses Affaires ) il se rendit^ en toute hftte, à Croïa.
Un enthousiasme universel salua son retour. Tous les seigneurs, tous les chefs militaires accoururent; les campagnes arrivaient en foule; les églises retentissaient d'hymnes reconnaissantes; la patrie avait retrouvé son glaive et son bouclier.
Cette lutte d un petit prince d'Albanie contre toute la puissance turke durait déjà depuis dix- neuf années; Muhammed s'indigna. L'homme sous le bras duquel s'écroulaient les empires et qui broyait les peuples comme une vile poussière , jura d'anéanlir enfln tant d'audace.
Adoptant un nouveau plan^ il résolut d'attaquer incessamment^ sans rclàchC; l'indomptable Scanderbeg, et de lui opposer généraux sur généraux.
Sinan^ ouvrit le premier cette nouvelle campagne, avec vingt mille hommes seulement; car, à Constantinople, on croyait, d'après de faux rapports, frapper l'ennemi au dépourvu. Mais comment surprendre un pays dont l'àme s'identiGait avec l'âme d'un chef aussi vigilant?
Tandis donc que le général turk arrivait à marches forcées, plein d'espérance, Scanderbeg, avec huit mille hommes, s'avançait de nuit, en silence, et gagnait la
^ Dont il a été parlé plus haut.
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montagne de Mocrée, passage ordinaire des Turks pour entrer en Albanie.
Une fois l'ennemi engagé dans ces défilés^ les Albanais, prompts comme la foudre, fondent sur lui; la déroute est complète et le carnage énorme; plus des deux tiers tombent morts; tout le bagage, les étendards resteQt au pouvoir du vainqueur. Sinan lui-même fuit à toute vitesse : nombre de Turks, moins bien montés, sont pris, et ne se rachètent qu'à force d'argent. Chevaui; butin 9 Scanderbcg distribua tout à ses troupes; du triomphe, selon son usage, Il ne se réservait que la gloire.
Envoyé pour venger son malheureux devancier, un autre général turk, Hassein-Beg ne rencontre pas une meilleure chance. A peine entré en Albanie, il est, malgré ses trente mille hommes, battu comme Sinan. Sa résistance, toutefois, fut autrement énergique, car plutôt que de permettre la retraite ou d'en donner le honteux exemple, le pacha aima mieux voir tout périr à ses côtés. Mais à la fin, son cheval ayant été blessé, atteint lui-même d'une flèche au bras droit, il erra quelques instants, à travers les ténèbres, avec une poignée d'hommes, et se réfugia sur une colline boisée, non loin du camp chrétien. Il respirait à peine dans cet asile, quand des cavaliers albanais, à la poursuite des fuyards, le découvrirent. Croyant alors le bois rempli d'ennemis, ils coururent avertir Scanderbeg, qui arriva aussitôt avec tous ses escadrons. Interdits à son approche, les Turks
ne savaient quel parti prendre : ou se faire tuer jusqu'au dernier, ou implorer la merci du vainqueur.
Hassein-Beg se résigne à la prière. A pied, sans armes, la petite troupe marche au-devant de Scaoderbeg; arrivé près de lui, le général turk s'incline et porte, avec respect, la main sur les rênes de son cheval : oc Où vas-tu, Scanderbeg ? » lui dit-il, « et à qui en ce veux-tu? Ce n'est pas un honneur que de triompher ce toujours; laisse-toi donc vaincre en ce moment; ce a triomphe de la clémence te sera plus glorieux encore a que le triomphe de tes armes. »
A ces paroles, Scanderbeg se tourne, en souriant, vers les siens : a Mes amis, » dit-il, « rien vraiment ce n'est plus subtil que la mauvaise fortune, ni plus « accort que la nécessité; et comme on parle plus sagece ment vaincu que vainqueur! »
Prenant ensuite le général turk par la main : « Sois a tranquille, Hassein-Beg, » ajoute-t-il avec bonté, ce tu n'auras mal ni déplaisir. »
Conduit aussitôt, avec les siens, dans un lieu sûr, Hassein-Beg y trouva tout ce qui pouvait adoucir les ennuis de la captivité.
Après avoir etploré toute la contrée, Scanderbeg, sûr qu'il n'y restait pas un ennemi, revint à Croïa. Son pre* mier soin, en arrivant, fut de rendre solennellement grâce au Maître qui tient entre ses mains les couronnes royales et la vie des nations.
Cependant le Sulthan suivait inflexiblement son idée ;