‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 144 sur 217 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

à peine de retour dans sa capitale, Scanderbeg apprend l'arrivée en Macédoine d'une troisième armée turke. Étonné de Taudace de ce Jussum-Beg, qui, avec dixhuit mille hommes seulement, ose venir provoquer ses Albanais tout bouillants encore du feu de deux récentes victoires, il ne lui laissera pas même Thonneur de mettre, comme ses devanciers, le pied dans TÉpire.

C'est à Scopia *, où Tarmée turke se repose, qu'il court la chercher : résolution hardie ; car, vaincu, com^ ment sortir d*un pays ennemi? Aussi Jussum-Beg était^ il loin de s'attendre à une semblable apparition. Grande fut sa surprise; elle se communiqua aux troupes; bien* tôt général et soldats fuyaient de tous côtés. Il n'y en eut que trois cents qui, préférant l'honneur à la vie» périrent les armes à la main. Si à ce nombre on ajoute les fuyards tués dans la poursuite, le nombre des morts peut être évalué à deux mille. Les prisonniers eussent été un embarras : on n'en Gt pas. Craignant que les pay-» sans ne se jetassent sur ses hommes isolés, Scanderbeg rappela promptement tout son monde au camp.

Un peu remis de cette panique, Jussum-Beg essafa de rallier ses troupes, mais en vain.

Parmi les plus expérimentés capitaines du Sulthan se

' Le livah d'Ouscoub, formé de Tangle N. 0. de Tancienne Macédoine y se trouve entre ceox d^AIadia-Hissar , Scutari , Ochrida, Monastir, Ghiustendil. De tous côtés, la riche vallée de Scopia offre aux regards des champs cultivés et de nombreuses habitations. Scopia est à six heures S, 0. de Travnik.

trouvait un vieil asiatique, nommé Karaza-Beg, homme aussi estimé de Mubammed qu'autrefois de Murad pour ses longs et distingués services. Mais, jaloux de la gloire du prince albanais, il ne s'en consolait un peu qu'en affectant de l'attribuer à la seule impéritie des généraux qu'on lui opposait. Oubliant son Age, emporté par la folle envie de détruire en un jour une grande renommée, Karaza-Beg vint supplier son maître de renvoyer contre l'Albanais; pour abattre le brigandy trente mille hommes au plus suffiraient.

Aussi pressé que lui d'en finir, Muhammed accorda tout; aux trente mille combattants, il en ajouta même dix mille. Sans perdre un jour, Karaza-Beg marcha vers l'Albanie.

Scanderbeg le connaissait depuis longtemps. Pendant ses premières campagnes d'Asie, tous deux avaient campé sous la même tente, et les brillants exploits dont le jeune épirote avait été témoin, ne s'étaientpas eShcés de sa mémoire. Avec sa noble franchise, il ne craignait pas d'avouer que, sans l'Age avancé de Karaza- Beg, il l'aurait plus redouté que ses quarante mille hommes. Aussi, comme il ne s'agissait plus d'un Hassein-- Beg, Scanderbeg ne se borna pas aux mêmes moyens de défense.

C'est renforcé de nouvelles troupes qu'il alla, dans les Dibres, attendre l'ennemi.

Après y avoir bien établi ses troupes, et mis à profit tous les accidents d'un pays montueux et boisé, il déta-'

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cha deux mille hommes, avec ordre d'avancer josqu^aiix frontières des Triballes *; par là, en effet, Karaza-Beg devait entrer en Epire* Puis cette avant-garde, pour ne pas se trahir elle-même par sa masse, se répandit çà et là dans les montagnes, mais à portée de ralliement.

De son côté, le général turk, laissant le gros de Son armée à Chieri, en Macédoine, détacha, en avant, quatre mille hommes dans les montagnes pour s'en assurer les passages, et tomber à l'improviste sur l'ennemi. Mais informé à temps, Scanderbeg les laisse passer; puis soudain les Turks sont rudement chargés ; la plupart périssent; ceux qui parviennent à se sauver, portent bq pacha la nouvelle da désastre.

Un tel coup troubla ce vieillard, auquel Tègc n'a<« vait laissé d'entier que la présomption. Grandes donè furent ses anxiétés. Continuera-t-il à marcher vert l'Albanie? ou bien, vu la saison avancée^ car Thiver était proche , retournera-Ml à ConstautiDûple , pour revenir au printemps? Mais reculer ainsi devant l'homme qu'il s'était si hautement engagé à vaincre y ne pas même le combattre, quelle honte! Et comment affronter les regards du Sultban^ dont il a lui-même provoqué la

1 Janina, iMscvvc:;», ville du moyen âge et résidence du fameux Ali-de-Tèbelen , après avoir été saccagée, au xiie siècle, par les Normands , unis aux Napolitains , était très-flofissante quand lêS Triballes s'en emparèrent.

Sous ce nom de Triballes, ainsi qu'on Ta dit plus haut, les Byzantins désignent souvent les Serviens.

(PouotJBViLLis, Voyage de la Qfkef tom. I*r.>

conGance? Sans hésiter davantage^Karaza-Beg ira cher* cher l'ennemi.

Après deux jours de marche^ arrivéy le soir dans une grande plaine appelée Livad, il fait ses dispositions, et le lendemain matin^ par ses ordres, un héraut va offrir la bataille à Scanderbeg^ ce mais une bataille au grand « jour, sans surprise, ainsi qu'il convient^ non à des a brigands, mais à de braves guerriers. »

« Ya dire à la vieille , » lui répond le prince ^ « qu'elle aura bientôt de mes nouvelles. )>

Et telle est la rapidité de ses mouvements, quHl ar^ rive en vue de l'ennemi presque aussitôt que le héraut.

Certes le temps n'avait pas manqué à Karaza-Beg^^ mais la décision, mais l'activité. Lourd d*esprit comme de corps, il hésitait ; déjà même le pacha inclinait k éviter ce combat, naguère si arrogamment recherché.

Mais Scanderbeg, lui, n'hésitait pas.

A peine les armées furent-elles en présence, que les Albanais s'élancèrent avec leur impétuosité accoutumée. Déjà ébranlé par ce premier choc, l'ennemi sans doute n'aurait pas résisté aux autres charges, quand une pluie torrentielle vint suspendre l'action. Trois jours entiers dura ce déluge, utile allié des Turks. Leur camp était inondé ; déjà beaucoup de chevaux avaient péri noyés; on eût dit un naufrage en plaine. Force fut donc de s'abriter, en toute hâte, sur les hauteurs vol-sines.

Séparé de l'ennemi par des masses d'eau. Scander-

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