LIVRE VI
« la République de Venise, utile à la République Chré- « tienne, et vous méritera les récompenses de l'autre vie.
« Nous savons que chez les Vénitiens il n'est point « nouveau de voir les princes monter sur les flottes, et c< conduire les opérations de la guerre. Ce qui a été jugé c< convenable autrefois le devient bien plus aujourd'hui, (( qu'il s'agit de combattre pour la religion et pour la « cause de Jésus-Christ, notre Sauveur.
(c Venez donc, notre cher fils, et ne vous refusez pas « à partager des travaux que nous-mème nous avons (c résolu d'entreprendre. Ne nous objectez point votre c( vieillesse, comme si l'âge était une excuse. Le duc c< Philippe, qui est vieux comme vous et qui vient de « plus loin, doit entreprendre ce voyage; et nous aussi, « quoique déjà parvenu à notre soixante-deuxième ce année, atteint par la vieillesse, nous n'hésitons cepencc dant point, malgré les infirmités qui nous tourmentent « jour et nuit, à partir pour cette expédition. Gardez- « vous, sous prétexte de votre âge ou de votre faiblesse, « de vous dispenser d'une guerre si nécessaire, si sainte. c( C'est de vos conseils, c'est de votre autorité que nous c( avons besoin, et non de la vigueur de votre bras. c( Philippe nous apportera assez de forces. Voilà ce que (( nous requérons de vous : préparez-vous à venir.
(c Nous serons trois vieillards dans cette guerre. La « trinité est agréable à Dieu. La Trinité divine proté- « géra la nôtre et mettra nos ennemis en fuite devant « nous. Cette expédition sera appelée la guerre des
a vieillards. Les vieillards ordonneront et les jeunes (( gens exécuteront : ils combattront et sauront dis^ (c perser les ennemis.
c( C'est une illustre entreprise que celle à laquelle ce nous vous invitons. Gardez-vous d'y manquer^ et ue ce craignez pas une mort qui conduit à une meilleure ce vie. Nous sommes tous réservés à mourir dans ce sièc( cle. Or il n'y a rien de plus désirable que de bien (( mourir, et il n'y a pas de plus belle mort que celle (( qu'on reçoit pour la cause de Dieu.
a Venez donc^ et que votre présence nous console. c( Ou nous reviendrons victorieux avec l'aide du Selce gneur ; ou bien^ s'il en a décrété autrement^ nous (( subirons le sort qu'il nous a préparé dans sa sainte a miséricorde.
(( Rien ne peut nous arriver qui ne nous soit fatO' « rable, en soumettant humblement notre Volonté à la ce divine Providence.
« Donné à Rome, à 9aint*Pierre^ l'an de l'incama-' (( tion du Seigneur 1463, le viii des kalendesde novein* ce bre, et le 6« de notre pontificat. * »
Mais dans cet appel au courage, à la foi^ pouvaitil être oublié , le puissant athlète dont le nom seul glaçait les Turks d'effroi; et dont les ports et forteresses, situés en face de Tltalie, protégeraient le débarquement des Latins?
^ Daeu, Uisloiu de la République de VeniWt tom. !!•