‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 151 sur 217 · LIVRE VI.--146M · texte numérisé non relu

LIVRE VI.--146M

Pie II rencontra d'abord un obstacle : c'était la paix entre Scanderbeg et le Sulthan, paix jusqu'alors fidèlement observée par les Turks. Muhammed avait même châtié quelques brigandages commis par des troupes frrégulières en Albanie.

Bientôt des dégâts semblables ayant eu lieu sur le territoire vénitien, la République envoya Gabriel Trévisani auprès de Scanderbeg pour le presser de rompre son alliance avec Muhammed. Après avoir entendu cette proposition, le prince la communiqua à son Conseil; d'une voix unanime on la repoussa : l'empressement en effet du Sulthan à réprimer les excès de ses soldats, à restituer le butin pris par eux, n'attestait-il pas suffisamment son respect du traité, son éloignement pour une nouvelle guerre?

Fort contrarié de ce résultat, mais ne se tenant pas pour battu, l'adroit Trévisani se tourna d'un autre côté. Il savait tout le crédit de l'archevêque de Durazzo sur l'esprit de Scanderbeg. Albanais d'origine, d'une illustre naissance, d'un rare esprit, Paul Angelo alliait à une merveilleuse éloquence un vaste savoir, la connaissance approfondie des lettres sacrées et profanes; sa piété était exemplaire, sa vie irréprochable. C'est lui qui avait initié Scanderbeg à la foi chrétienne; il lui avait également enseigné le grec et le latin. Habile politique, docte et vertueux prélat, il n'était pas moins consulté par son prince, par son ami, sur les affaires d'Etat que sur les matières religieuses. Auprès de tous ses

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compatriotes, Angelo jouissait delà même autorité morale. C'est à lui que s'adressa Trévisani : il ne pouvait mieux choisir, car Pie H venait d'agir dans le même sens auprès de ce personnage.

Touché des instances de l'ambassadeur vénitien, ému des maux qui affligeaient déjà la chrétienté, prévoyant l'effroyable tempête que Mubammed amoncelait contre elle, et pressé de répondre à la confiance du Souverain Pontife, l'archevêque pria Scanderbeg de convoquer ses principaux capitaines ; il lui demanda aussi l'autorisa*tion de les haranguer en sa présence.

Au jour marqué, Paul Angelo prit la parole : invoquant, tour a tour, des considérations religieuses et politiques, insistant sur l'insigne et habituelle mauvaise foi de Muhammed, il démontra, dans une ample et véhémente argumentation, tous les périls dont un tel homme armé d'une telle puissance, menaçait l'Europe. A ses yeux, il ne s'agissait plus seulement de l'insatiable ambition d'un conquérant : pour le monde, la question était entre le christianisme et l'islamisme. Or, pour détourner le fléau, pour empêcher le triomphe de la barbarie sur la civilisation, l'unique ressource , c'était une prise d'armes immédiate.

L'effet de ce discours fut puissant sur l'assemblée. Peu s'en fallut que Scanderbeg, profondément ébranlé, ne proclamât, à l'instant même, la rupture de la paix.

Mais ce premier entraînement calmé, il apprécia toute la gravité d'une semblable détermination, et résolut de

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