LIVRE VI
multueux; tristes auspices pour Tauguste voyageur I
Arrivé à Ancône^ il y trouva encore une multitude de gens dépourvus de t^fit, et attendant tout du Saint- Père. Mais sa situation m lui permettait pas de les contenter. Il dut donc, à son grand regret, renvoyer ceux qui ne pouvaient s'entretenir eux-mêmes pendant six mois. Néanmoins, toujours paternel, et ne considérant que le bon vouloir, il leur accorda les indulgences de la croisade. Aux autres, il promit leur passage sur deux galères vénitiennes; mais, comme ces galères tardaient à paraître, la patience leur manqua, et presque tous se séparèrent.
Tandis que, de jour en jour , la solitude se faisait autour de lui. Pie II reçut des ambassadeurs de Raguse, lui annonçant que si les vaisseaux promis à la flotte pontificale partaient, une armée turke, campée à trente milles de leur ville, les menaçait d'une entière destruction. Ferme en face de cette nouvelle affliction, le Pape les exhorta à la persévérance, et leur promit de prochains, de puissants secours ; dernière espérance qu'il avait grand'peine à conserver lui même.
Un moment, il fut tenté d'aller s'enfermer dans Raguse, car peut-être le péril personnel du chef suprême, du père commun, toucherait les cœurs de la chrétienté. Mais bientôt de meilleures nouvelles lui arrivèrent : les ïurks s'étaient dirigés d'un autre côté.
Enfin, devant Ancône, une flotte vénitienne parut: c'étaient douze galères sous les ordres du doge Christophe
330 IIISTOIIIE DE SCANDERBEG.
Moro. Elever vers Dieu son cœur reconnaissant, fut le premier sentlnjent de Pie II. Puis, s'étant fait aussitôt porter sûr le rivage, il contempla longtemps ces vaisseaux tant désirés, et rompant le silence : « lasqu'à ce « jour , • s'écria-t-il douloureusement , « îl m'avait V manqué une flotte pour accomplir un grand devoir ; a aujourd'hui, c'est mol qui vais manquer à la flotte! i>
Et il ne se trompait pas, car tous ses autres maux s'aggravaient d*une dyssenterie aiguë.
Peu d'heures lui restaient à vivre.
A ce moment suprême, ce n'était pas la tnort qui attristait Pie II, mais l'idée de son œuvre interrompue.
Aussi, près d'expirer, supplia-t-11 le cardinal de Pavie dcpoursuivrorGntreprise,etdes'embarquer.AppeIanteasuitctousles cardinaux aubaiserdopaix, il leur demanda le pardon de ses fautes, des prières pour le repos de sou Ame^ et mourut entre leurs bras, le 14 août i464, Agé de cinquante-neuf ans S le jour môme oùScanderbeg battait Sheremetbeg.
Ainsi disparut de la scène du monde cet iEnéas-Sylvius Piccolomini, l'un des souverains les plus éminents de la grande famille pontiQcale, l'un des hommes les plus savants, les plus éclairés de son siècle.
Avant de quitter Rome, qu'il ne devait plus reVoîrj Pie II avait, par une bulle expresse, rétracté tous ses
* Jacobi Papienbis Commcnlarior. lib. I ; — Joakn. Simomsta ib. XXX, In viid Fraiicisci S/^or/îa';— Sismondi, Histoire de^ Républiques Ilalimncê du moyen ûye.