‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 159 sur 217 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

mais jamais encore ils n'avaient eu autant de blessés. Scanderbeg se ressentit longtemps de sa chute. Pendant plus de trois mois, l'épaule et le bras furent comme perclus : c'est que, pour combattre de nouveau et pour vaincre, il avait dû faire un effort prodigieux.

Après sa défaite, le général turk s*était réfugié d'abord en Macédoine ; il fallut pourtant bien reparaître ensuite devant Muhammed. Balaban prévoyait un accueil peu favorable; cette fois son attente ne fut pas déçue, comme sur les champs de bataille : reproches d'impéritie, de lâcheté, de trahison, il dut tout entendre, et sut tout écouter ; sa résignation fut stoïque. Puis, ce premier feu essuyé, le général adjura les officiers qui l'accompagnaient» de déclarer comment il avait rempli son devoir. Tous lui ayant rendu un éclatant hommage, le Sulthan s'adoucit un peu.

Enhardi par ce premier succès, Balaban entretint son maître d'un plan dont, selon lui, le succès était infaillible. Mais, pour l'exposer en détails, une conférence particulière devenait nécessaire. Muhammed ayant congédié tous les témoins, entendit le projet , et l'approuva de tout point.

Or, voici en quoi il consistait : deux armées , à peu

près de même force, reçurent l'ordre de pénétrer, en

même temps , en Ëpire , par deux points différents.

acoub Arnauth S à la tète de l'une, devait prendre la

1 Cest-à-dire Jacques l'Albanais. Cet homme, eu effet, était é'otU giûe albanaise.

mer, traverser la Grèce, la Tbessalie et envahir TEpire; tandis que Balaban, commandant Tautre , partirait de la Thrace et de la Macédoine, pour entrer par les déQléi des montagnes au couchant.

Scanderbeg avait le très-grand avantaged*ètre toujours merveilleusement servi par ses espions, et de connattre, à peine adoptés, les desseins de la Porte. Jamais sa situation n'avait été aussi critique : en présence d'un tel pé< ril, il comprit que sa promptitude pouvait seule empêcher la jonction des deux armées. Tandis donc que Balaban envahissait l'Epire avec vingt mille chevaux e( quatre mille fantassins, par la vallée de Yalkbalia, Scan« derbeg vint prendre position à quinze milles de distance, devant le chAteau de Pétralba. 11 n'avait avec lui que huit mille chevaux et quatre mille fantassins; mak c*était la fleur de FAlbanie*

Peu s'en fallut que là une infâme trahison ne mil un terme à cette noble vie. Scanderbeg avait chargé trois officiers d'aller reconnaître le camp ennemi) Tun d'eux , parent du pacha , embaucha les autrei à prix d'argent , et tous trois firent sur la marche , sur l'arrivée , sur les dispositions de l'armée aibanaiiOt les révélations les plus circonstanciées. Us ajoutèrent que son chef épiait une occasion de surprendre les Turks.

Comme ces officiers ne revenaient pas, Scanderbeg craignit qu'ils ne fussent tombés au pouvoir des Tarks, et , avec cinq hommes seulement, il alla lui-même à la découverte.

Page 1