‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 169 sur 217 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

« de mes guerriers, avec mon faible Etat épaisé par tant a de batailles^ que l'Epire n'a plus dans tout son corps a une seule place sans blessure; à peine lui reste-t-il a encore quelques gouttes de sang à verser pour la ré* a publique chrétienne. Dans cette Macédoine, si fertile « en soldats, de tant de princes, de tant de capitaines, de a tant de guerriers, il ne subsiste plus que ma petite ara mée; de notre antique fortune, que notre courage et « des cœurs indomptés.

« Ah! tandis qu'il en est temps encore, venez donc à « notre aide; bientôt peut-être, de l'autre côté de la a mer Adriatique, le deroier athlète de Jésus-Christ aura « disparu.

a Que la détresse de tant de chrétiens vous touche! (i N'oubliez pas que ce sont des ouailles du Sauveur; la « garde vous en est confiée ; et si l'Evangile vous impose « le devoir de les assister dans les besoins ordinaires, ce a devoir ne devient-il pas plus sacré encore quand il « s'agit de leur liberté, de leur existence même? »

Au lieu de secours réels, Scanderbeg reçut des distinctiens honorifiques : Paul II lui fit présent d'un chapeau et d'une épée bénits de sa main. Il y joignit quelque argent, mais point de soldats; ainsi trois mille écus seulement furent versés entre les mains de Démétrius le Franc, cousin de l'archevêque de Durazzo et trésorier de Scanderbeg.

Voilà tous les fruits de ce voyage.

Paul II, il est vrai, écrivit aux princes de la chrétienté,

poor leur demander des subsides ; mais nal ne s'empressa de faire des sacrifices dont le chef soprème ne donnait pas lui-même l'exemple.

En quittant Rome, Scanderbeg eut quelque velléité d'aller jusqu'à Venise. Comme une étroite amitié le liait à la République , peut-être sa prière y trouverait-elle plus d'écho. Mais on l'en détourna, tant la situation de l'Albanie s'aggravait, tant sa présence devenait indts* pensable. II se borna donc à envoyer un de ses secrétaires.

De retour en Epirc, après être venu à Scutari s'entendre avec Josaphat Barbare, il rejoignit, à la tête d*nne nombreuse levée de sujets vénitiens, ses propres troupes. La Macédoine, l'Eselavonie, la Dalmatie avaient envoyé leurs contingents ; ces divers corps dépassaient le cbiffre de treize mille hommes. Avec cette armée et la sienne, commandée par Tanusios, Scanderbeg se sentit en état d'attaquer Balaban, et de tenter la délivrance de Groïa.

Partageant l'armée des alliés eu deux divisions. Il confia l'une à un seigneur albanais , Leccha Dnkbagin; l'autre, à Nicolas Monetti, woyvode de Scutari, son pays natal. Ces troupes, en s'éloignant d'Alessio, devaient traverser les plaines de Pbarsale, puis une grande forêt entre ces plaines et le territoire de Croïa, et se rapprocher de la place sans être vues.

Quant à Scanderbeg, franchir le mont Cruinus^ et de lA fondre sur Tarmée assiégeante, tel était son projet. Pour bien comprendre cette manœuvre, il importe de se rappeler que Croïa, bâtie au sommet d'une haute

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