‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 170 sur 217 · LIVRE VII.--U · texte numérisé non relu

LIVRE VII.--U

montagne^ domine les champs émathiens. A l'une de ses extrémités, le terrain présente, de toutes parts, des escarpements inaccessibles; sur leurs rochers à pic se dressent les murs de la ville. Mais, du côté opposé, la crête même de la montagne s'abaisse insensiblement vers la plaine^ et se termine par plusieurs monticules. Au sommet de cette croupe, et en suivant ses anfractuosités, un étroit sentier ouvraitles seules communications possibles entre Croïa et la campagne. Balaban campait sur le flanc même du Cruinus.

Son plan de campagne étant réglé, Scanderbeg arriva le premier à l'ennemi.

11 atteignait déjà la montagne, lorsqu'on Pavertit que Jonyma , qui amenait à Balaban, son frère, un renfort considérable, n'était plus qu'à une faible distance.

Prendre aussitôt l'élite de ses troupes, ordonner au reste de l'attendre, surprendre, après une marche de nuit, Jonyma au milieu des montagnes, tailler en pièces une partie de sa division, mettre le reste en fuite, s'emparer du général et de son fils Aydar, rejoindre, la même nuit , son armée , tout cela est aussitôt exécuté que conçu.

Au point du jour, les deux prisonniers, liés et garrottés ensemble, sont exposés aux regards de Balaban. Avec la même rapidité, Scanderbeg attaque le sommet du Cruinus, en déloge un gros poste Turk, y établit les siens, et, par des exprès, annonce aux confédérés ce premier avantage.

360 HISTOIRE DE SCANDEKBEG.

A la vue de Tennemi si près de lui, et planant, comme par enchantement^ au-dessus de sa tète^ Balaban ne peut revenir de sa surprise. Mailre néanmoins de lui-même, il harangue ses troupes et cherche à leur persuader qu ayant des intelligences dans la place, une vigoureuse attaque en ouvrira les portes. Aussitôt Croïa est sommée de se rendre : en cas de résistance, tout sera mis à feu et à sang. Puis le général turk attend l'effet de cette injonction.

Pour toute réponse, les Croïens font, contre des avant* postes, une sortie qui les culbute. Furieux alors, le pacha se jette en avant pour repousser les assaillants. Comme ceux-ci se retiraient en bon ordre et sans avoir perdu un seul homme, Georges Alexis, excellent arquebusier albanais, lui perce la gorge d'une balle. Resté ferme à cheval, Bulaban court au galop, vers son quartier; mais au moment de mettre pied à terre, il chancelle et tombe mort, arrosant ainsi de son sang ce sol natal qu'il avait tant de fois ravagé.

Cette mort jeta l'épouvante parmi les Turks : dans la nuit même, ils se retirèrent, en silence, jusqu'à la plaine de Tyranna, à huit milles de Croïa. Lorsqu'au jour Scanderbeg voulut reconnaître leur camp, il n'y trouva plus un seul homme, mais des munitions, des vivres en trèsgrande abondance. Sa rentrée, au bruit de lartillerie et des acclamations publiques, fut un nouveau triomphe national.

Peu de jours après, deux offlciers turks se présen-

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