‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 17 sur 217 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

oflFet, dès que Scandeibeg paraît, saluant en lui le reprt5sentant du Grand-Seigneur, il ouvrit les lettres impériales, les baisa respectueusement, et proclama son successeur. Aussitôt la garnison et les principaux habitants de la ville vinrent rendre hommage au nouveau gouverneur.

Ce changement causait une allégresse générale : aux yeux des Turks, que tant de fois Scanderbeg avait menés à la victoire, son nom seul était un talisman, et ils aimaient sa libéralité, ses manières affables. Quant aux Croïens, leur étonnement égalait leur joie : « Singu- « lière politique que celle deMurad, w disaient-ils entre eux! « Eh! quoi, c'est au maître légitime de cette ville « que le Sulthan en confie le gouvernement! Veut-il « donc donner des armes contre lui-même, ou fait-il à « Scanderbeg et à nous l'injure de nous croire tellement a dressés au joug, que cette épreuve soit sans danger « pour lui? » Puis, les plus âgés rappelaient avec orgueil quels éclatants présages avaient signalé la naissance du jeune prince : « La Providence,» se demandaient-ils, (( allait-elle donc enfin accomplir ces glorieuses « prophéties? »

Le prétendu gouverneur ne tarda pas à dissiper toute incertitude : ayant convoqué les plus notables citoyens, il leur révèle son plan, et Ton convient de tout. Vers minuit, les Albanais embusqués au fond des bois sont introduits dans la ville, et distribués çà et là, selon l'importance des postes; on ferme les portes; plus de retraite

possible. Soldats et Croïens attendent en silence le signal.

Tout à coup une immense clameur éclate : Liherlé * / liberté! A ce cri, que des milliers de voix répètent, tous s'élancent, tous fondent sur les Turks. Le gouverneur tombe un des premiers; bientôt de toutes parts le sang ennemi ruisselle; plusieurs (et ceux-là sont les moins à plaindre] passent du sommeil à la mort; d'autres veulent fuir, mais toute issue est fermée, et soit qu'ils résistent, soit qu'ils se rendent, on les égorge sans pitié; rien ne les protège, ni leurs prières, ni leurs blessures, ni la sainteté même des églises. Affamé de carnage, l'Albanais savoure avec délices toutes les joies de la vengeance : les hurlements des victimes ne font qu'exciter son implacable furie. En6n, réduits au désespoir, traqués sans merci, une troupe de Turks vient se jeter aux pieds de Scanderbeg, qui, le cimeterre en main, chef et soldat à la fois, dirige partout l'exécution de ses ordres; implorant sa clémence, Ils le conjurent d'épargner leur vie. Ces supplications le touchent. Après mille efforts pour disputer cette proie à ses Albanais, il gagne un jour, et l'on remet au lendemain à prononcer sur leur sort.

Cependant, après avoir pourvu à la sûreté de tous les postes, et mis la ville à l'abri d'une surprise, Scanderbeg envoie en toute hâte Hamza à la Basse-Dibre, avec

^ « Libertas in omnium erat ore, libertatid nomen undique resonabat. »

(Babletius, Ëistoria de vita et gestis, etc.)

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