‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 18 sur 217 · LIVRE I.— 1440-U · texte numérisé non relu

LIVRE I.— 1440-U

la nouvelle de son succès. Il recommande à ses partisans de s'armer aussitôt et d'exterminer partout les garni* sons ennemies, avant que Murad.^ déjà très-sérieusement occupé avec les Hongrois, n'apprenne cette révolution.

Le lendemain, dès le point du jour, Scanderbeg fit publier à son de trompe, dans la ville, que vie sauve serait accordée à tous mahométans qui embrasseraient la religion chrétienne et viendraient à lui sans armes ; de plus, ils devaient participer, comme les autres habitants, aux fonctions et dignités publiques. Quant aux récalcitrants, on userait contre eux des plus rigoureui^ droits de la victoire.

A cette époque, encore si profondément empreinte des vestiges barbares du moyen âge, c'était une singulièrjs aberration que cette façon de mettre la vie au prix d'une conversion, et de dire aux àines ; a Changez à l'instant « même, changez complètement, sinon je tue vos corps : c( l'apostasie ou le supplice. » Là, du moins, la date du siècle est une explication; là, une implacable haine, une animositéde races entre vainqueurs et vaincus semblent une atténuation de l'horreur qu'on éprouve ; mais, plus tard, en pleine civilisation, entre chrétiens, que de drames lamentables et sans excuses !

Très-peu de Turks acceptèrent la première clause du triste marché offert; le reste, sans autre espoir que d'échapper encore un moment au supplice, prit la fuite. Tous ou presque tous furent massacrés; plusieurs, pour

arracher à rennemi cet affreux plaisir, se tuèrent euxmêmes. Quelques-uns, soustraits comme par miracle à cette boucherie, vinrent de nouveau implorer la clémence de Scanderbeg.

Cédant à leurs prières, le prince leur accorda la vie avec la .liberté; faveur dont bien peu de ces infortunés profitèrent; car, à peine sortis de Croïa, ils tombèrent entre les mains des paysans, qui les massacrèrent presque tous. Quant au petit nombre de Turks qui reçurent le baptême, on les combla de largesses, et la ville célébra par des fêtes publiques cet heureux événement. Toutefois, comme l'abjuration pouvait n'être pas sincère, ils furent tenus sous bonne garde, pour donner à leur nouvelle religion le temps de prendre racine dans des esprits si brusquement appelés à la recevoir.

Une fois la ville ainsi délivrée , les croissants furent arrachés , les armes de Murad mises en pièces , ses enseignes déchirées, tous les signes de la domination turke anéantis. L'ancien gouvernement reprit sa forme.

Scanderbeg était alors ègé de vingt-neuf ans.

Maître de sa capitale, il annonça par des courriers aux places voisines cette révolution vraiment nationale; toutes imitèrent l'exemple de Croïa ; sauf trois ou quatre, où les Turks étaient les plus forts, partout les garnisons ottomanes furent passées au fil de Tépée. Bientôt de nombreux volontaires vinrent offrir leurs services, et Scanderbeg, se mettant à la tête de toutes

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