‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 176 sur 217 · LIVRE VII.— 1464-U · texte numérisé non relu

LIVRE VII.— 1464-U

ques préoccupations, il demanda qu'on fit entrer , près de lui, les seigneurs ses alliés> l'ambassadeur de Venise, ses capitaines.

Quand tous furent réunis, se soulevant avec efiTort, il leur parla ainsi : « Le premier devoir de l'homme, fidèles « alliés et bien-aimés compagnons, c'est d'adorer et de « servir Dieu, puis non-seulement d'aimer sa patrie, de « ne respirer que pour elle, mais de la défendre et de lui « donner jusqu'à la dernière goutte de son sang; car à « tous ceux qui se gouvernent ainsi les sages ont indiqué « une place particulière dans le ciel.

a Combien ces saintes vérités m'ont-elles de tout temps « été présentes au cœur? Comment leur ai-je consacré « toutes mes pensées, toutes mes forces? C'est Dieu d*a- « bord que j'en prends à témoin et vous tous ensuite.

« Depuis mou évasion des mains de Murad, depuis « mon retour aux domaines paternels, vingt trois ans se « sont déjà écoulés; depuis lors aussi, pour notre défense « commune, pour l'indépendance de la république chré- (( tienne, j'ai incessamment combattu un peuple non « moins redoutable par son courage que par son fana^ « tisme. Cette lutte, grâce à la divine assistance et à « votre intrépide concours, à toujours été heureuse.

« Maintenant, âgé de soixante-trois ans, déclinant « vers la vieillesse, saisi d'une grave maladie et dé- « pourvu de mes forces, je m'en vais peu à peu. Oui, « chers compagnons, c'est la volonté de la divine Provî- « dence, qui règle tout pour le mieux, que je dépose au-

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« joard'hui ce fragile fardeaa. Paissé-je échanger ail- « leurs la brièveté et les misères de la vie hamaine a contre les félicités éternelles!

« Cette idée de la mort, ou plutôt cette loi, Dieu m'en « est témoin, ne me trouble nullement, et je subis, sans « murmure, cette nécessité, condition même de notre « naissance. La terre doit enfin retourner à la terre, et t notre àme immortelle vers celui qui nous l'a senle- « ment prêtée.

« Mais, si j'accepte la mort avec résignation, ce n'est « pas pour me soustraire aux dangers, aux labeurs à « travers lesquels toute ma vie, jusqu'à ce jour, s'est c consumée : serviteur de Dieu et de la foi chrétienne, « j'en voudrais afTronter de plus rudes encore, mais le « cercle tracé est parcouru.... »

Ici Scanderbeg s'arrêta un moment; le regard, l'expression du visage étaient toujours les mêmes ; mais la voix faiblissait.

Après un court et solennel silence, il reprit ainsi : a Avant que son esprit, prêt à s'échapper, ne l'abanc donne, votre ami doit vous adresser une recomman* « dation dernière : c'est qu'après avoir , moi vivant, « si glorieusement lutté contre nos tyrans , moi mort , « vous luttiez de même, et que notre sainte cause soit « toujours présente à vos cœurs.

f< Croyez-m*en, si vous restez unis; si vous maintenez « entre vous cette heureuse concorde qui, avec de « petites ressources, accomplit de grandes choses; si le

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