LIVRE VII
<( bien public est toujours votre unique, pensée, patrie, ce famille, indépendance, tout sera sauvé.
« Il me reste a vous parler de mon fils : ce précieux « dépôt, je le confie à votre courage. Sa tendre, sa (( frêle jeunesse ne lui permet ni de repousser le péril, « ni même de le prévoir.
« Tigre altéré de sang, Muhammed va convoiter cette (c proie facile; il l'aurait bientôt déchirée, si vous ne c( protégiez le pauvre enfant.
<( Défendez-le donc , ainsi que nuit et jour j'ai dé- « fendu votre bien-être, votre gloire, ne vivant pas pour c< moi, mais vivant pourvous, pour vos enfants, vous « donnant mes jours, vous donnant mes nuits.
« Tous, vous le savez, jamais je ne vous ai regardés « comme des satellites, comme des sujets, mais comme a des amis et des frères
« Maintenant, voici que je meurs et que, pour la prête mière fois, je vous abandonne.
a Cette fidélité, cette tendre afiection que vous avez « trouvées en moi , oui, je vous les demande aujour- « d'hui pour mon fils Jean; qu'il soit mon représentant « parmi vous.
« Adieu Adieu! »
Alors les assistants s'approchèrent et reçurent Tembrassement suprême. Des larmes coulaient de tous les yeux; des sanglots s'échappaient de toutes ces mâles poitrines.
Seul, le mourant était calme.
Scanderbeg demanda ensuite son flis.
En le voyant paraître, une joie mélancolique éclaira un moment son paie visage.
Le jeune prince était tombé à genoux devant le lit de son père : Scanderbeg le contempla quelque temps en silence, leva les yeux au ciel, et le rapprochant le plus possible de son coeur, «Mon fils, » lui dit-il, « mon cher € lean, je te laisse bien faible, hélas!
a Si tu es bon , tes Etats seront forts et stables ; débiles, « si tu es autre. Applique toi donc, cher enfant, à pré- <x férer l'honneur et le devoir à tous les autres biens. Lk ta seulement tu trouveras salut, gloire, grandeur.
a Maintenant ton âge ne te permet encore ni de gou- «c verher, ni de combattre. De farouches ennemis, et, à « leur tète, notre implacable persécuteur, Muhammed, « t'assiègent de toutes parts. BientAt, mon pauvre petit « enfant, si ta main impuissante essayait du pouvoir, « tu serais perdu. Aussitôt donc, mon cher cœur, que a tu auras fermé les yeux de ton père, et que tu auras « livré mon corps au tombeau, passe, avec ta mère, dans K la Fouille, établis-toi dans tes villes % attends-y des (c forces suffisantes.
a Parvenu à l'adolescence, vas trouver l'illustre Sénat « de Venise : il te replacera au siège de tes ancêtres. « En attendant , c'est à sa garde que je te confie , « pour qu'il l'administre, le défende et te le conserve; << car telles sont mes conventions avec la République.
^ Celles que le roi Ferdinand avait données à Scanderbeg.