LIVRE 1.— 1440-1'J44. !i
ses troupes^ arriva à la Basse-Dibre. Hamza, déjà tranquille possesseur du pays, l'y attendait. Avant d*aller plus loin, Scanderbeg détacha deux mille hommes d'élite sur la frontière, près de Sfétigrad et du Tomoros, tant pour interdire toute retraite aux ennemis présents, que pour rendre aux Turks Taccès plus difficile. En effet , ces contrées, dans la direction de la Macédoine et de la Thrace vers PÉpire, offraient des chemins assez praticables. Quant à lui, il descendit en personne, avec le reste de ses troupes, dans la Basse- Dibre, c'est-à-dire dans la partie septentrionale de la grande chaîne de ces montagnes. Ce fut là, inappréciable bonne fortune, que Mosès Golento vint embrasser sa cause. Non moins illustre en Albanie par son courage que par la noblesse de sa race, ce guerrier rendit, dans la suite, au chef de son choix les plus signalés services. Chaque jour augmentait les forces de Scanderbeg; c'était, parmi les villes et les seigneurs, une sorte d'émulation à qui fournirait le plus d'hommes, d'argent, de munitions.
Tout marchait donc au gré de ses désirs; mais restait une rude tâche , de toutes la plus difficile : l'entière expulsion des Turks encore maîtres des autres places. Malheureusement leurs garnisons étaient nombreuses et à l'abri d'un coup de main. Impossible donc de rien entreprendre contre elles sans des moyens d'attaque proportionnés aux ressources de la défense. Toutes ces considérations mûrement pesées, Scanderbeg ordonna à
ses lieutenants de rassembler le plus de monde possible, et de se rendre aussitôt à Croïa, où il venait d'appeler tous ses parents, maîtres des villes de TÉpire, Croïa domine, du haut de ses roches escarpées, les mémorables plaines où César et Pompée, en présence, s'observèrent solennellement , avant de décider du sort de Rome.
Prenant les devants, Scanderbeg vint y attendre ses troupes.
Mais avant d'entrer eii campagne, il voulut soumettre à une sorte de délibération publique cette grave entreprise, au succès de laquelle le sort de sa patrie était attaché.
■ Quand les divers contingents furent réunis , au âombre de douze mille hommes environ, et les chefs rassemblés en conseil, « Braves amis, » leur dit-il, « je a ne vois ici rien de surprenant, rien que ma pensée a. n'ait déjà prévu, toutes les fois qu'elle se rappelait a l'antique héroïsme de cette nation, votre indomptable c( patriotisme, votre vieille fidélité à mon père. Jamais « je n'ai douté de vous, jamais non plus je ne doutai de c< moi : même dévouement, même haine, même cœur; « vous, c'est moi ; moi, c'est vous.
(( Souvent, tandis que je semblais servir nos enne- « mis naturels, vous avez invoqué mon assistance, et ce « souvenir m'est cher. Lorsque, faute d'une chance faa vorable, je vous renvoyais tristement à vos maisons, « peut-être avez-vous cru que j'oubliais patrie, honneur,