LIVRE VII
Engagé dans une alliance avec les ehevaliers ée Rhodes et les Véniliens, Ouzoun-Haçan fait envahir FAnatolie. Bientôt mattre de Tokat, non loin d'Amasée^ patrie de Mithridate, de Strabon et de Sélim P' , son général bat une armée turkc. Mais Mustafa, flls du Sulthan et gouverneur d'Iconiam, met les Persans en fuite.
L'année suivante, le 26 juillet 1473 (!«' rebloulewwel, ande l'hégire 878), dans la plaine d'Erzendjan, eu Cappadoce, les deux monarques combattent l'un contre l'autre. La victoire reste longtemps incertaiiie ; enfln l'artillerie de Muhammed l'emporte.
Pendant trois jours, le Sulthan resta sur le champ de bataille, occupé du massacre des prisonniers. Les savants seuls, dont Ouzoun-Haçan aimait à s'entourer, trouvèrent grâce.
L'énergie de la résistance engagea Muhammed à ne pas pousser plus loin son avantage. Sans donc poursuivre Ouzoun-Haçan, il se contenta de favoriser la révolte du fils atné de ce prince.
Reprenant ensuite le cours de ses conquêtes, il enlève sur la mer Noire, aux Génois, Gaffa, qu'en 1775 les Turks abandonneront aux Russes, leurs jeunes et redoutables adversaires, impose un Khan à la Crimée, soumet la Géorgie et la Circassie, subjugue la Moldavie et les les de l'Adriatique, envahit le Frioul, la Dalmatie, et
^ Aujourd'hui Amasieh, au eonfluent de l'Iris et du SeyUx.
contraint la superbe Venise aux humiliations d'une paix onéreuse.
A son retour dans sa nouvelle capitale, après l'heureuse campagne contre Ouzoun-Haçan, Muhammed avait ordonné la mort du grand vézyr Mahmoud-Pacha, personnage non moins éminent par sa valeur personnelle que par son rang. Arrivé à la Porte, ainsi qu'il le dit loiméme dans son testament, avec un cheval^ un sabre et cinq cents aspres, c'est à force de mérite qu'il était parvenu au premier poste de l'Etat. L'Empire loi devait la conquête de la Bosnie, de la Servie, de Négrepont. Protecteur éclairé des sciences, il avait fondé plusieurs institutions utiles. Mais la glorieuse auréole qui entourait son nom ne protégea pas ses jours. Quelques paroles empreintes d'une indiscrète franchise , voilà tout son crime.
Le supplice d'un tel homme souleva rindignation publique : dans la victime, le peuple révéra un martyr*.
Sur un autre théâtre, la mort d'Etienne Cossaricb. prince de l'Herzégovine, suivit de près celle de Scanderbeg *.
En querelle avec ses fils, il avait envoyé, comme otage, au Sulthan, le plus jeune. Peu de temps après, celui-ci abjura, devint le favori de Muhammed, et dans la suite gendre et grand vézyr de Bajezid IL A la mort de leur
1 Jouannln et Jules Van Gaver, Univers pittoresque ^ Turquie. * Voir Notes et pièces justificatives (XXII).