LIVRE VIL
père, les deux autres fils d'Etienne obtinrent^ Wladislas, l'Herzégovine Supérieure, Vlatko, l'Herzégovine Inférieure. Mais Wladislas ne tarda pas à s'enfuir en Hongrie, et Vlatko ne conserva que peu de temps la possession de quelques châteaux forts. Bientôt tout le pays tomba sous la domination ottomane, et devint le sandjiakat de Hersek.
De mémorables événements signalèrent l'année 1477 : alors, pour la première fois, les Turks parurent sur les rives du Tagliamento; Mathias Corvin assiégea Vienne; Charles le téméraire, battu à Morat, par les Suisses S périssait bientôt sous les murs de Nancy ; et un autre monarque, non moins téméraire que le fameux duc de Bourgogne, Ouzoun-Haçan , mourait du chagrin de n*avoir pu réconcilier ses cinq fils, et du remords d'avoir fait périr le sixième à coups de flèches. Alors aussi deux lettrés éminents« l'historien persan Abdourrizak» auteur de rhistoire de Timur et de Scharokh , et l'historien arabe Ibu-Schohné, cessèrent de vivre '.
Veuve de son héros, l'Albanie ne lui survécut pas.
Avancé en âge, à bout de ressources, Scanderbeg, pour sauver sa capitale, l'avait^ par une convention secrète, cédée aux Vénitiens. Bientôt cette intrépide cité, qui, sous les regards du grand homme, avait soutenu deux terribles sièges contre Murad et contre Muhammed lui-
* Cest avec les ossements des Bourguignons que fut élevé le fameux ossuaire de Morat; en 1798, les Français le détruisirent.
* Hamher, Histoire de l'Empire Otloman^ tome III.
mème^ Groîa, après ud blocus de treize mois, réduite, non par la mitraille de Fennemi^ mais par la famine, envoya, le 15 juin 4478, une députation aa Salthao : les habitants offraient de se rendre, à condition qu'on leur laisserait la vie sauve, et qu'ils pourraient se retirer librement avec leurs bagages.
Muhammed accorda tout par écrit; il promit même solennellement sa protection, si les Croîens aimaient mieui rester dans la ville. Tous déclarèrent renoncer à leur patrie pour aller s'établir dans tel lieu que leur assignerait la république de Venise. Ayant livré la fwteresse, ils partirent avec une inexplicable sécurité, aonala conduite deHaroun-Pacha. Mais, à peine hors des mars, Haroun, digne satellite d'un tel mattre, les fit enchaîner, et les tratna ainsi devant Muhammed. Sauf quelqne» prisonniers qu'on épargna, dans l'espoir d'une riche rançon, tous les autres furent décapités.
Ainsi disparurent les derniers frères d'armes de Scan* derbeg; toute une glorieuse nationalité allait le aaine de près au tombeau ^
^ Pour contenir ces belliqueuses populations, les conquérants de rÂcarnauie, de TÉpire et de TAlbanie durent leur accorder des privilèges. Le mont Agrafa * obtint le premier un capitaine et des soldats, chargés de maintenir Tordre et la tranquiUité ; Miiban* med II permit même que, dans Tadministration des affaires ci?iles, le premier vote appartînt au cadî , le second à Tarchevéque^ le trmsième au capitaine. Cette constitution, étendue ensuite à toute la Grèce de terre ferme, a puissamment facilité de nos jours Tinsunec-i
♦ Jacov Ady Rizo Nbroulos, Hktoire Moderne de h Grèce*