LIVRE VIL
Jusqu'à cette époque, lesdépouilles mortellesdu grand homme avaient reposé en paix dans leur saint asile. Mais, en 1478, après l'entière conquête de l'Albanie^ quand les Turks eurent pris Scutari et Âlessio, ils accoururent en foule k son tombeau, impatients de toucher les ossements vénérés. Se les partageant avec une sorte d'adoration, ils les enchâssèrent dans l'or ou l'argent, et les portaient suspendus au cou, comme de précieux ta* lismans de gloire, d'héroïsme, d'invulnérabilité \
Scanderbeg avait combattu dans vingt-deux batailles, toujours le premier à l'attaque, toujours le dernier A la retraite : une seule fois la Providence avait permis qu'une blessure l'atteignit, et encore très-légèrement.
Toujours vainqueurs tant qu'un tel chef avait été A
tion des Hellènes et la glorieuse résurrection de ce noble peuple. Les chefs des milices nationales étaient nommés ArmatoleSf et leurs soidats PcUicares, sans parler des Etlephteêt ou chefs de bandes non reconnus par le gouvernement , devant lequel ils restaient bosUies.
Quant aux troupes laissées pour la garde de TÉpire et de TAlbanie, le Grand-Seigneur leur distribua des fiefs, sur le terriloifè desquels elles se mêlèrent avec les habitants. Mais si les mœurs et le langage se confondirent dans les villes et dans les plaines, il n'en fut pas de même dans les montagnes, dont les rudes habitants surent se faire respecter du gouvernement. La Porte se défiait, non sans motif, de ces montagnards , dont peu à peu les chefs grandirent en puissanee. Aussi était-il rare qu'on y envoyât un pacha étranger.
(César Cantu, Histoire Universelle, tom. XIV.)
1 On conserve, dans la collection du Belvédère, à Vienne, sa grande cuirasse dorée, couverte de figures asiatiques, et semblable aux cuirasses portées encore par quelques chefs tscherkesses. C'est probablement un trophée de ses faits d'armes eh Asie. Les Albanais lui ont voué une espèce de culte.
leur tôte, toujours vaincus depuis qu'ils l'avaient en face y témoins de tant d'actes d'une intrépidité vraiment prodigieuse^ les Turks étaient arrivés, peu à peu, a voir en lui un élre surnaturel et en dehors des conditions ordinaires de l'humanité.
Sa force de corps égalait son agilité : ainsi, d'an coup de sabre, il avait abattu la tête d'un taureau sauvage qui dévastait les campagnes de sa sœur Mamisa. Dans la Fouille, à une partie de chasse, en présence du roi Ferdinand, un sanglier furieux, la terreur du pays, eut le même sort. Après la retraite de Balaban de devant Croïa, Jonyma son frère, et Hédera son neveu, ayant été conduits devant Scanderbeg, liés ensemble, d'un seul coup de cimeterre il les coupa en deux ; terrible représaille des cruautés exercées sur Mosès et les autres chefs albanais.
Souvent, à la guerre, on l'avait vu fendre ainsi un homme armé de pied en cap. Comme on attribuait A la pureté de la trempe les merveilleuses prouesses de cette nouvelle Joyeuse^ Muhammed, durant une de ses rares et courtes trêves, lui fit demander en présent le redoutable cimeterre. L'ayant reçu , il voulut réprouver lui-même ; ses plus robustes lieutenants l'essayèrent aussi; mais aucun des prodiges si vantés ne s'opéra. Muhammed renvoya le glaive : « J*en ai, » dit-il, « d'aussi bons, et même de meilleurs. »
Dès que Scanderbeg l'eut repris, il fit, en présence du Turk qui l'avait rapporté, des choses merveilleuses: