LIVRE VIL
Tarme docile semblait s'animer de toute Ténergie de son maître. La surprise du Turk était au comble. Souriant alors, Scanderbeg le congédia avec ces paroles : ce Dis au « Sulthan qu'en lui envoyant le cimeterre^ j'avais gardé ce le bras. »
Dans ses nombreux combats, plus de deux mille Turks périrent de sa main.
Mais son énergie morale, son courage étaient plus étonnants encore; c'est à ce titre que Scanderbeg a pris place dans l'immortelle famille des héros. Ainsi , au moment où la puissance ottomane est en pleine période ascendante, il entreprend, avec trois cents hommes seulement, la délivrance de sa patrie et l'expulsion des turks. Durant vingt-quatre années d'une guerre à mort, qu^opposa-t-il à de formidables armées qu'enivrait le double fanatisme du Koran et de la conquête? Des poignées de braves, mais il les embrasa de son héroïsme. Plus le péril grandissait , et plus aussi son front s'illuminait d'une mâle allégresse; dans ses regards rayonnait la victoire.
Souvent cette puissance, terreur de l'Europe et dominatrice de l'Orient, lui offrit des traités : Scanderbeg repoussa fièrement, constamment,, toutes propositions contraires à la dignité, à IMndépendance de l'Albanie; et cela , dans des extrémités où sa perte sembl&it imminente. Ne demandant jamais la paix, il la rompit sans hésiter, quand le bien de la religion et la sûreté de l'Etat l'exigèrent, sans craindre le fardeau d'une telle responsabilité.
390 HISTOIRE DK SCANDERBEG.
Alimentée par ces deux forces réunies de TAme et du corps, son activité était infatigable. Toujours en mou- Tement, toujours occupé de ses affaires civiles ou militaires; ne se renfermant pas dansCroïa, sa capitale, mais se transportant sans cesse d'un point sur un autre, selon la nécessité du moment; ne sacrifiant au sommeil, aux repas, que le moins de temps possible ; d'une sobriété, d'une pureté de mœurs exemplaires; rigide observateur de ses devoirs religieux, Scanderbeg ne donna jamais, dans sa vie publique et privée, que de salutaires exemples. A ses hautes facultés s'unissaitune affectueuse mansuétude. Généreux, comp&tissant, accessible àtous, toujours disposé à accueillir une demande, pourvu que la justice et l'intérêt public n'en souffrissent pas ; indulgent , il aimait mieux reprendre que punir } clément, il aimait i découvrir quelque circonstance qui pût motiver la grâce des coupables.
Aussi sa bonté n'était-elle pas moins en honneur chez les Turks que sa vaillance. Beaucoup d'entre eux Tenaient, en Albanie, solliciter la faveur de le servir; d'autres, sans intérêt personnel, sans céder à l'appât d'une récompense, lui révélaient toutes les trames de la Porte contre lui. Plus d'une fois, des hommes arrivés avec des intentions perfides, avec de criminelles missions, y renonçaient tout à coup : sa confiante loyauté , magique ascendant , les subjuguait : ainsi désarmés, ils lui vouaient attachement, fidélité sans bornes.
A la guerre, un jour de bataille, ce n'était plus le