‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 189 sur 217 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

au témoignage d*un seul historien, on peut remarquer, dès cette époque, une direction nouvelle dans la politique vénitienne : à l'exemple de Ferdinand le Catholique, le Sénat commença à prendre, contre ses ennemis, un point d'appui dans l'amitié des Turks \ L'alliance avec la Porte fut dirigée d'abord contre Ferdinand lui-mêmo, et ensuite contre les Hongrois.

Près d'un demi-siècle avant le traité entre le roi Très- Chrétien et les ennemis de la chrétienté, déjà Naples et Venise s'appuyaient de l'intervention ottomanedans leurs démêlés, et le Sulthan, habile à exploiter cette situation, assistait, suivant les circonstances, les infidèles contre les infidèles, ou, selon le langage des historiens turks, « les « chiens contre les porcs, et les porcs contre les chiens. »

Maître, par la flotte de Kedûk-Ahmed, des deux, îles Ioniennes, avant-postes de l'Italie, Muhammed avait conçu le projet d'une descente sur les côtes de Naples. Mais, avant même le débarquement de ses troupes dans la Pouille, une autre flotte turke paraissait devant Rhodes : l'audacieux Sulthan méditait à la fois la con-

1 « Nous aurons, dit M. de Hammer, occasion de constater de nouveau les efforts multipliés des Vénitiens pour attirer les Turks en Italie et s'allier avec eux. Si Ton s*en rapporte à un passage des Chroniques d'Ënek, les Vénitiens auraient, dès 4 475 , c'est-à-dire pendant un armistice conclu avec Muhamni d, fourni au Sulthan des munitions pour l'expédition entreprise contre les Hongrois; et, après la prise de Sabacz, Mathias Gorvin aurait trouvé deux tonneaux remplis de tlèches marquées du sceau de la République. Mais, en admettant la vérité du fait, il ne faut l'attribuer qu'à une ignoble spéculation parliculière. » {Histoire de V Empire OUaman^ tom, III.)

qaète des deux principaux points stratégiques de U chrétienté en Italie et dans T Archipel \

Ce monarque venait de faire un grand pas. En 14SÙ, tarulis que le vézyr Hessih, renégat du sang des Paléolo- {^res, s'avançait contre Rhodes avec cent soixante voiles et une armée de cent mille hommes, Achmet-Pacha, l>a/ti d'Avlone, ville maritime de l'Epire» et n'ayant i fn nchir qu'une traversée de vingt lieues, arrivait devant Otrante*, en Calabre. Après dix-sept jours de siège, le 11 août 1480, malgré la belle défense de la garnison et la bravoure du commandant, Jean-Francoia Zarto, il emporta d'^saut la ville. Sur les vingt-deax mille habitants, plus de douze mille furent massacrés ou faits esclaves, les jeunes QUes enlevées, les femmes, les vierges duSeigneur odieusementflétries, les vieillards brojéssoas les pieds des chevaux, les prêtres égorgés dans les égllsM, Tarchevèque, vieillard vénérable, écorché vif, le commandant de la place scié en deux. Huit cents habitants, tratnés nus hors de la ville refusaient d'abjurer ; on les égorgea tous dans une étroite vallée, nommée encore aujourd'hui le Val des Martyrs,

A la nouvelle de tant d'horreurs, telle fut l'épouvante en Italie, qu on ne songeait plus qu'à fuir devant l'inipitoyable conquérant. Un moment même, le pape SixtelV médita de se réfugier en Provence, et de transférer une seconde fois le Saint-Siège à Avignon.

4 Hammeh, Histoire de VEmpire Ottoman^ tom. III. * VHydruntum des anciens*

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