‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 192 sur 217 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

teur disait : « Mes troupes ne sont invincibles qne quand (( je suis a leur tète y » la mort le saisit à l'improviste, et, en quelques heures, son souffle glacé a éteint tant d'ardentes passions, tant d^impitoyables convoitises.

Ce fut le 3 mai 4481*, le jour même où l'Eglise célèbre la fête de l'Invention de la Sainte-Croix , que Muharamed expira. Date merveilleusement assignée à la fin du plus implacable ennemi de la chrétienté !

Ce monarque eut la bravoure d'un soldat, peut-être même quelques-unes des qualités d'un général ; mais de basses flatteries ont pu seules le comparer à Alexandre * ou à Timur. Quoique ses armées fussent toujours

1 An de l'hégire 886.

s a Alexandre commit des crimes : sa tête n^avait pu résister ii Tenivrement de ses succès; mais par quelle magnanimité ne racheta* t-il pas les erreurs de sa vie! Ses crimes furent toujours expiés par ses pleurs : tout, chez Alexandre, sortait des entrailles. Il finit et commença sa carrière par deux mots sublimes.

a Partant pour combattre Darius, il distribue seç États à ses capitaines : «Que vous réservez- vous donc? » s'écrient ceux-ci étonnés.— 4 U espérance I^i^X qui laissez- vous TEmpire? » lui disent les mêmes capitaines, comme il expirait. — « Au p/tw digneU

« Plaçons entre ces deux mots la conquête du monde, achevée avec trente-cinq mille hommes en moins de dix ans , et convenons que si quelque homme a ressemblé à un dieu, parmi les hommes, c'est Alexandre. Sa mort prématurée ajoute même quelque chose de divin à sa mémoire; car nous le voyons toujours jeune , beau-, triomphant, sans aucune de ces infirmités de corps, sans aucun de ces revers de fortune que l'âge et le temps amènent. Cette divinité s'évanouit, et les mortels ne peuvent soutenir le poids de son ouvrage. « Son empire, dit le prophète , -est donné aux quatre venls du cieL »

(Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem,)

4U4 IIISXOIHE DE SCANDËRBKG.

incomparablement plus nombreuses que les forces ennemies, jamais SCS conquêtes ne dépassèrent i'Euphrate I ni la mer Adriatique; le roi de Perse arrêta sa marche.

Son bras avait conquis la nouvelle Rome : sa pensée ^ rêvait Tasservissemcnt de Pancienne.

Tant de triomphes , Muhammed les dut moins à son habileté guerrière qu^aux surprises d'une politique arti- Gcieuse, aux attentats d'unç ambition sans scrupules, à la supériorité numérique de ses troupes, à cette intrépidité dont les Turks ont donné de si mémorables exemples, à la terreur de son nom. Sur les champs de bataille, une volonté de fer, ne reculant devant aucun sacriGce d'hommes, remplaçait en lui les combinaisons du grand capitaine.

Certes, il mérita son surnom de conquérant, mais presque toutes ses conquêtes furent faciles; en face d'un ennemi énergique, ce prince échoua toujours, et ne triompha d ennemis faibles qu'avec des forces immenses, en les attaquant les uns après les autres. Devant Constantinople, huit mille guerriers le tinrent, cinquante-cinq jours^ en échec ; pendant vingt-trois années, Scanderbeg , avec une poignée d'hommes, le repoussa; Hunyades et les chevaliers de Rhodes brisèrent ses innombrables phalanges; pardessus tout, Muhammed fut fort de la faiblesse de l'Empire Grec, des troubles religieux et politiques de la Perse , de la fragilité de la puissance des Mameluks, de rindifiTérencc et des discordes de l'Occident.

La marine turke, créée par lui, et devenue formi-

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